13/11/2017

Evidence-based policy making in the social sciences. Methods that matter, un ouvrage dirigé par Gerry Stoker & Mark Evans

Comprendre et expliquer les phénomènes sociaux repose sur la qualité de la preuve des arguments avancés et constitue le quotidien de l’enseignant-e chercheur-euse face à ses hypothèses et ses conclusions. C’est également le fondement d’un pan entier de l’évaluation des politiques publiques1, dont les méthodologies et les enjeux sont étudiés principalement en sciences politiques2. Dans ce contexte, cet ouvrage se penche sur les approches dites « evidence-based » (fondées sur des données probantes) popularisées dans le domaine médical depuis les années 19903. La démarche « evidence-based » visait dès l’origine à apprécier la capacité d’un médicament à améliorer la situation des patients traités en comparant l’évolution de leur santé avec d’autres patients non traités. Tous les patients sont sélectionnés de manière aléatoire et ne savent pas s’ils bénéficient du nouveau traitement ou d’un placebo. Cette méthodologie s’est progressivement étendue à d’autres champs scientifiques, en particulier dans les sciences sociales, comme l’illustrent par exemple les travaux publiés par Banerjee et Duflo en économie du développement4. Dépassant les débats théoriques sur la lutte contre la pauvreté des pays moins avancés, les auteurs cherchent de manière très pragmatique « ce qui marche » pour améliorer la situation des habitants de nations en développement (ex : faut-il donner ou vendre des moustiquaires pour protéger contre les épidémies ? Comment inciter les jeunes à aller à l’école et leurs professeurs à y être présents ? Dans quelles conditions favoriser le micro-crédit ?...). Les approches « evidence-based » semblent toutefois incarner une forme de scientisme, une technique pure et dépolitisée... que le livre de Stoker et Evans vient questionner en présentant une des premières synthèses académique sur le sujet (en attendant une publication francophone). (...)

1 Selon le décret du 18 novembre 1998, il s’agit « d'apprécier, dans un cadre interministériel, l'efficacité de cette politique en comparant ses résultats aux objectifs assignés et aux moyens mis en œuvre ».

2 Bernard Perret, Évaluer les politiques publiques, Paris, La Découverte, 2008.

3 Sur ce sujet, voir Miriam Salomon, Making Medical Knowledge, Oxford, Oxford University Press, 2015, compte rendu de Clément Dréano pour Lectures : https://lectures.revues.org/20270.

4 Abhijit V. Banerjee, Esther Duflo, Repenser la pauvreté, Paris, Seuil, 2012, compte rendu de Camille Sutter pour Lectures : https://lectures.revues.org/8284.

 

La suite du compte rendu sur le site de la revue électronique Lectures : https://lectures.revues.org/23784

Un livre de 312 pages paru chez Policy Press.

11:31 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Actualité, Economie, Histoire, Idées politiques, Lectures, Sociologie |  Facebook | | |

05/05/2017

L’illusion du bloc bourgeois, un ouvrage de Bruno Amable & Stefano Palombarini

La lecture de ce court ouvrage en pleine élection présidentielle française est associée à une étrange sensation pour le lecteur. Les économistes Bruno Amable et Stefano Palombarini étudient en effet dans L’illusion du bloc bourgeois la crise politique du modèle français en mobilisant leur spécialité, l’économie politique. C’est à partir de cette branche de l’économie qui analyse les questions politiques (vote, décision publique, organisation des pouvoirs...) que les auteurs interrogent l’avenir électoral de la France. Leur démarche consiste à identifier la répartition des blocs sociaux entre les différentes offres partisanes. Ils constatent une rupture entre les partis dits « de gouvernement » et les classes populaires qui ne s’estiment plus représentées ni prises en compte. Car les mesures décidées par les partis successivement au pouvoir depuis les années 1970 (globalement identifiés par les auteurs comme la droite libérale et le parti socialiste) ne sont pas parvenues à satisfaire la totalité de leurs électorats, qui sont par nature variés. (...)

La suite du compte rendu sur le site de la revue électronique Lectures : https://lectures.revues.org/22789

Un livre de 178 pages publié aux éditions Raisons d'agir

PS: en complément une chronique récente de Bruno Amable qui éclaire son analyse par l'actualité électorale http://www.liberation.fr/debats/2017/04/25/le-candidat-d-...

09:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Actualité, Economie, Histoire, Idées politiques, Lectures, Sociologie |  Facebook | | |

10/02/2017

Les péchés secrets de la science économique, un ouvrage de Deirdre McCloskey

Voilà clairement un ouvrage à mettre entre les mains de toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à l’économie. Pour l’enseignant ou le chercheur qui se pose des questions épistémologiques comme pour le lecteur curieux, interloqué par la récente « querelle des méthodes » qui a suivi la publication de l’essai des économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg1, cette réflexion sur la manière dont se construit le savoir dans la « science lugubre » est particulièrement stimulante et à-propos. Trop rares sont en effet les livres qui savent aborder de manière simple et claire les fondements méthodologiques de la science économique. Cette tradition, portée par des grands auteurs tels que Milton Friedman2 pour le monde anglo-saxon et Edmond Malinvaud3 pour le monde francophone, semble ne plus avoir cours, comme si les questions épistémologiques avaient été tranchées définitivement en économie, alors qu’en sociologie, par exemple, elles font toujours débat. (...)

1 Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique, Paris, Flammarion, 2016.

2 Milton Friedman, Essais d’économie positive, Paris, Litec, 1995.

3 Edmond Malinvaud, Voies de la recherche macroéconomique, Paris, Odile Jacob, 1991.

La suite du compte rendu sur le site de la revue Lectures : https://lectures.revues.org/22298

Un livre de 109 pages aux éditions Markus Haller

17:18 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire, Lectures |  Facebook | | |