18/03/2012

Sociologie industrielle

Sociologie industrielle = appliquée à l’industrie. Va se prolonger dans la sociologie des organisations. Organisation = entreprise, administration … Support de l’action collective.

 

I] Théories classiques

Avant de devenir un domaine sociologique, les organisations sont théorisées par des professionnels.

• L’organisation scientifique du travail

Frederick Taylor, ingénieur, cherche à analyser les méthodes de travail des entreprises dans lesquelles il travaille. Il publie en 1911: Les principes de la direction scientifique.

- la division horizontale du travail : la parcellisation

- la division verticale du travail : séparation entre conception et exécution

- le salaire au rendement

- le contrôle du travail : contremaîtres

Contexte historique : passage d’une économie artisanale à la production industrielle de masse et la généralisation du travail en usine et en ateliers.

Il ne faut pas confondre Taylor et taylorisme càd la généralisation de la direction scientifique.

La productivité doit permettre de réduire au maximum les gaspillages.

Tout le raisonnement de Taylor est fondé sur une utopie scientiste : le « one best way ».

Il met en valeur le rôle que va jouer l’encadrement : animation, motivation et contrôle.

Le taylorisme n’a pas entièrement disparu. Ex : grande distribution, restauration rapide.

• L’administration générale ancêtre du management

Henry Fayol, ingénieur français, expose les grands principes de gestion d’une entreprise.

Il publie en 1916 : Administration industrielle et générale qui relève les principes suivants :

- prévoir et planifier : rationaliser l’avenir

- organiser : allouer des ressources

- commander : faire exécuter

- coordonner : faire fonctionner l’entreprise dans son ensemble

- contrôler : vérifier la bonne marche de l’entreprise

Rôle essentiel du management. Principes très généraux, de bon sens, forment la base du fonctionnement des organisations.

Les organisations deviennent sociologiques avec la théorie de la bureaucratie de Weber. Raisonnement prolongé par Crozier ou Merton : sur les dysfonctionnements liés aux règles.

 

II] La théorie des relations humaines

Réaction à l’application du taylorisme.

• Les origines de la théorie des relations humaines

Sur le site de la Western Electric à Chicago en 1924, des chercheurs seront invités à mener des expériences sur les conditions de travail en atelier pour vérifier l’application du taylorisme

Les expériences d’Hawthorne coordonnées par Elton Mayo (1933) portent sur des domaines tels que les conditions d’éclairage, la constitution des groupes de travail, la rémunération aux pièces, la fatigue, les pauses … Elles vont durer cinq ans. Passage progressif à des entretiens.

Constat étonnant : que quelque soient les conditions modifiées, la productivité augmente.

Deux conclusions sont tirées de ces expériences :

- l’effet Hawthorne : le fait d’observer les participants modifie leur comportement, l’intérêt porté par la direction au travail entraîne une augmentation de la productivité

- l’importance des relations interpersonnelles : la cohésion et les bonnes relations à l’intérieur d’un groupe de travail influencent la productivité, des normes informelles de travail se développent dans l’atelier

Mise en valeur des aspects psychologiques pour les individus membres de l’organisation.

Mais généralisation difficile car certains aspects sociaux ne sont pas traités (syndicalisme, rémunération ou ascension sociale)

• Les groupes

Kurt Lewin(1935) et son équipe font apparaître trois formes de leadership dans les groupes en se basant sur l’analyse de groupe d’enfants dans un centre de loisirs.

- le leader autoritaire : se tient à distance du groupe et dirige par les ordres

- le leader démocratique : cherche à encourager les membres du groupe à faire des suggestions, à participer à une discussion ou à faire preuve de créativité

- le leader laisser-faire : peu impliqué dans la vie du groupe et participation minimale

Dans le groupe dirigé autoritairement, le rendement est élevé mais sans relation de confiance et avec des attitudes agressives. Dans le groupe démocratique, la mise en place de règles de direction ne s’est faite que progressivement par apprentissage. Les relations sont bonnes, les travailleurs sont autonomes même sans leader. Dans le groupe laisser faire, les résultats sont mauvais, les travailleurs sont dépendants du leader qui ne souhaite pas s’impliquer.

Lewin conclut donc que le management démocratique est le plus efficace mais qu’il faut certaines conditions pour le faire émerger : dialogue, relations de confiance, responsabilisation et durée (car c’est une solution efficace à moyen terme).

De plus, Lewin découvre la dynamique de groupe. Il étudie les modes de consommation des ménagères, grâce à deux groupes homogènes avec des systèmes d’animation différents. Un groupe suit une conférence donné par un médecin nutritionniste, l’autre discute du sujet. (Consommer des abats en raison de l’effort de guerre).

Le premier groupe manifeste son intention de suivre les conseils du médecin, le deuxième est peu convaincu et mène des discussions parfois virulentes. Celui-ci passera le plus à l’acte.

Selon Lewin, le fait de subir passivement une explication n’est pas aussi efficace qu’une dynamique de groupe où des individus remettent collectivement en cause leurs croyances, cela favorise leur mémorisation et leur implication.

• La motivation

Abraham Maslow (1954) les êtres humains cherchent par leur activité à remplir des besoins spécifiques que l’on peut hiérarchiser. On parle souvent de la pyramide de Maslow.

- les besoins physiologiques : manger, dormir …

- les besoins de sécurité : protection, logement …

- les besoins d’appartenance : être accepté par les autres

- les besoins d’estime : être reconnu par les autres

- les besoins d’accomplissement : s’épanouir

Son hypothèse est qu’un individu satisfait ses besoins de manière hiérarchique. De plus, chaque personne ne se focalise que sur le niveau de besoin qu’il a atteint.

Mais pas réellement de confirmation dans les faits (notamment de la hiérarchie).

 

Références :

FAYOL, Henry : Administration industrielle et générale, Dunod, 1916

LEWIN, Kurt : A dynamic theory of personality, McGraw Hill, 1935

MASLOW, Abraham : Devenir le meilleur de soi-même Besoins fondamentaux, motivation et personnalité, Editions d’organisation, 1954

MAYO, Elton : The human problems of an industrial civilization, MacMillan, 1933

TAYLOR, Frederick Winslow : Les principes de la direction scientifique, Dunod, 1911

23:25 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

15/03/2012

L'école et la méritocratie, un ouvrage d'Elise Tenret

La méritocratie scolaire est un sujet que cette étude sociologique cherche à éclairer à la fois empiriquement et théoriquement. Ce livre est issu d’un travail de doctorat d’Elise Tenret dirigée par Marie Duru-Bellat portant sur les croyances en la méritocratie. Il prolonge à la fois les recherches de l’auteure et celles de sa directrice de thèse. Dans Le mérite contre la justice Marie Duru-Bellat avait en effet entamé une réflexion sur les liens entre le mérite, l’égalité des chances et la justice. Il en ressortait un constat plutôt inquiétant pour l’institution scolaire caractérisée par des difficultés sérieuses à reconnaître objectivement les mérites de chacun.

La suite de la note de lecture sur le site Liens socio : http://lectures.revues.org/7858

13:40 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Lectures, Sociologie |  Facebook | | |

10/03/2012

Sociologie politique

  • Une science de la politique ?

Domaine difficile à isoler en sciences sociales : étudié à part entière en sciences politiques ou en parallèle avec le droit constitutionnel, dépassé par certains travaux d’économie. D’autant que les aspects politiques se retrouvent dans l’œuvre de certains sociologues : de Durkheim à Touraine en passant par Bourdieu. Du coup c’est un domaine difficile à définir : science de l’Etat, des comportements politiques, de la domination … ? Pas d’unité théorique.

La sociologie politique reste un phénomène situé historiquement et géographiquement : c’est un problème marquant des sociétés modernes occidentales.

  • L’origine des démocraties et des dictatures

Hermet (1986) montre que les processus qui mènent à la démocratie ou à la dictature découlent du comportement des élites. Celles-ci arbitrent entre deux choix antagonistes : conserver le pouvoir ou obtenir du pouvoir.

Les élites mettent donc en œuvre trois stratégies politiques : la dynamique démocratique représentative, le clientélisme ou la perversion du libéralisme.

  • Les formes d’Etat

Badie & Birnbaum (1979) considèrent que l’Etat moderne n’est ni le résultat d’un processus universel de modernisation, ni la conséquence du développement du capitalisme. C’est une invention historique qui offre une solution politique pour s’imposer face aux féodalités. Les pays les moins étatisés sont passés sans conflits de l’économie rurale au capitalisme.

Rôle essentiel du pouvoir spirituel : les religions qui dissocient les pouvoirs politique et spirituel ont favorisé l’invention du concept d’Etat par opposition à l’église.

  • Les révolutions sociales

Tilly (1970) étudie la contre-révolution en Vendée et cherche à comprendre pourquoi certains habitants ont accepté le nouveau régime alors que d’autres se sont soulevés contre.

Le facteur déterminant est l’existence de relations entre les paysans et les bourgeois des villes pour des raisons commerciales. L’absence de relations repose sur des conflits fonciers : les paysans interprètent la révolution comme une atteinte à leur communauté.

La mobilisation collective découle donc de facteurs politiques.

Q : peut-on concevoir une société sans politique ?

 

I] Les comportements politiques

La vie politique est une lutte pour l’exercice du pouvoir légitime. Dans les sociétés occidentales : elle découle d’un affrontement partisan.

        Les déterminants sociaux et historiques du comportement électoral

Siegfried (1913) étudie la géographie électorale et montre que certaines régions ont des préférences marquées en fonction de plusieurs variables : le degré d’intervention de l’Etat, la place de la religion, le niveau de peuplement …

Gaxie (1985) étudie les corrélations entre les facteurs économiques, démographiques, culturels ou religieux et les préférences électorales. Le constat est double : il existe une grande permanence de la distribution des votes en France ; mais les électeurs réagissent également aux discours politiques. Ex : type d’élection, nature des enjeux ou conjoncture …

Bois (1963) cherche à dépasser le modèle de la géographie électorale qui n’explique pas tous les comportements. Il considère que les facteurs explicatifs du vote découlent de l’histoire.

Les orientations politiques découlent de grands traumatismes historiques transmis par la mémoire collective, notamment la Révolution française.

Le Bras & Todd (1981) considèrent que les systèmes anthropologiques sont déterminants pour comprendre le vote : le développement culturel, religieux ou économique … Pour ces auteurs, le facteur essentiel réside dans les structures familiales et de parenté.

Les familles communautaires sont plutôt de gauche, les familles nucléaires et autoritaires votent à droite.

 

        La rationalité des électeurs

Grunberg (1985) analyse le changement des comportements électoraux entre 1981 et 1984.

Comme la moitié des électeurs ont modifié leur vote sur une courte période, on ne peut imputer ce comportement à des facteurs sociaux.

La volatilité électorale découle d’un comportement individualiste utilitariste.

Green & Shapiro (1995) montre qu’on peut analyser les électeurs comme des acteurs menant des stratégies : ils votent de manière rationnelle afin de maximiser leur utilité.

Cependant, ce modèle basé sur le raisonnement économique suppose des hypothèses de comportement fortes (ex : transitivité) et il débouche sur la conclusion paradoxale que le vote ne présente que peu d’intérêt puisque le vote individuel influence peu le résultat.

L’envers de la rationalité s’exprime dans le vote contestataire :

Lavau (1981) étudie le vote communiste en tant qu’expression d’un refus du système politique et d’un mécontentement.

Perrineau (1997) analyse la montée du vote Front national en France. Il constate une progression du vote FN dans les régions touchées par la crise et la désindustrialisation. Les couches sociales les plus défavorisées sont l’essentiel de l’électorat du FN.

 

II] Le pouvoir politique

Le pouvoir pose la question de l’Etat et de ses structures.

        Le concept de pouvoir et la place de l’Etat

Weber (1922) développe une théorie du pouvoir rationnel : c’est le fait d’imposer un comportement à une personne. Pour Marx, le pouvoir est un instrument de domination de la classe dirigeante. Optique partagée par Bourdieu.

Pour le courant élitiste (Pareto, Mosca ou Michels) les dirigeants de l’Etat appartiennent à des élites. Les sociétés modernes sont donc profondément inégalitaires.

Dahl (1961) considère que le système politique est composé d’une multitude de groupes en compétition pour faire prévaloir leurs intérêts. Bien que ces groupes disposent de ressources et d’influences inégales, leur lutte pour le pouvoir découle de leur compétence. De plus, comme leur pouvoir découle d’élections régulières, les dirigeants doivent composer entre eux.

C’est la conception pluraliste de la politique. Optique partagée par Aron.

Grémion (1976) montre ainsi qu’un Etat centralisé comme la France doit tout de même s’appuyer sur les pouvoirs locaux pour mettre en œuvre ses politiques. Le pouvoir central négocie avec les préfets et les notables.

Toutefois, Lindblom (1977) montre l’influence excessive du pouvoir économique dans la compétition politique aux USA.

 

        Les politiques publiques et les professionnels de la politique

Thoenig (1973) définit la politique publique comme un programme d’action propre à une ou plusieurs autorités publiques ou gouvernementales.

Aujourd’hui la légitimité de l’action publique est remise en cause.

Cohen, March & Olsen (1991) analysent les processus décisionnels comme un modèle de poubelle : les décisions sont un mélange de solutions préconçues, parfois mal adaptées au problème et qui sont prises en fonction des contingences du moment.

Lascoumes & Le Galès (2007) considèrent qu’il vaut mieux étudier les réseaux politiques que d’isoler l’Etat et la société civile : les décisions publiques découlent d’arrangements entre groupes sociaux, dont l’Etat.

La politique est animée par deux types de professionnels : les élus et les fonctionnaires.

Les dirigeants politiques sont essentiellement les catégories privilégiées de la population.

Gaxie (1973) montre que les femmes et les ouvriers sont quasiment exclus des postes politiques importants.

Birnbaum (1977) montre la concentration des élites au sein de la classe politique dirigeante, tout en notant la transformation du personnel. La IIIe et la IVe Républiques voient apparaître de nouvelles professions au sommet de l’Etat : les classes moyennes supérieures (avocats, médecins, journalistes …) remplacent les propriétaires fonciers et les industriels, qui sont eux même remplacés par les Hauts fonctionnaires sous la Ve.

 

Conclusion : La socialisation politique

Percheron (1974) montre l’importance des interactions entre parents et enfants dans l’élaboration d’une opinion politique. La socialisation politique découle de trois logiques : l’identification aux parents, l’intériorisation des normes et l’élaboration progressive des attitudes politiques.

On constate donc à la fois l’importance de la transmission familiale des choix politiques et l’influence des autres groupes de socialisation.

 

Références :

BADIE, Bertrand & BIRNBAUM, Pierre : Sociologie de l’Etat, Grasset, 1979

BIRNBAUM, Pierre : Les sommets de l’Etat, Seuil, 1977

BOIS, Paul : Paysans de l’Ouest, Editions de l’EHESS, 1963

DAHL, Robert : Qui gouverne ?, Armand Colin, 1961

GAXIE, Daniel : Les professionnels de la politique, Puf, 1973

GAXIE, Daniel dir. : Explication du vote, Presses de Sciences Po, 1985

GREEN, Donald & SHAPIRO, Ian : Choix rationnels et politique, Revue Française de Science Politique, 1995

GREMION, Pierre : Le pouvoir périphérique, Seuil, 1976

GRUNBERG, Gerard : L’instabilité du comportement électoral, in GAXIE, Daniel dir. , Explication du vote, Presses de Sciences Po, 1985

HERMET, Guy : Sociologie de la construction démocratique, Economica, 1986

LAVAU, Georges : A quoi sert le parti communiste français ?, Fayard, 1981

LASCOUMES, Pierre & LE GALES, Patrick : Sociologie de l’action publique, Armand Colin, 2007

LE BRAS, Hervé & TODD, Emmanuel : L’invention de la France, Hachette, 1981

LINDBLOM, Charles : Politics and markets, Basic Books, 1977

COHEN, Michael ; MARCH, James & OLSEN, Johan : A garbage can model of organizational choice, Administrative Science Quarterly, 1972

PERCHERON, Annick : L’univers politique des enfants, Armand Colin, 1974

PERRINEAU, Pascal : Le symptôme Le Pen, Fayard, 1997

SIEGFRIED, André : Tableau politique de la France de l’Ouest, Imprimerie Nationale, 1913

THOENIG, Jean-Claude : L’ère des technocrates, L’Harmattan, 1973

TILLY, Charles : La Vendée, Fayard, 1970

WEBER, Max : Economie et société, Plon, 1922

00:23 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |