14/04/2012

La science

        La science est un phénomène social

La science est un ensemble de connaissances, d’études d’une valeur universelle, caractérisées par un domaine et une méthode déterminés et fondées sur des relations objectives vérifiables.

Domaine étudié par les philosophes : rapport entre le sujet qui connaît et l’objet à connaître.

L’épistémologie va plus loin et analyse le savoir sur le savoir, c’est la science des sciences.

La sociologie cherche plutôt à comprendre comment émerge le savoir. Elle s’intéresse au fait et à la manière de connaître des objets et des idées, de former des concepts et des représentations.

Domaine également étudié par les historiens : intérêt pour les pratiques, les techniques, le contexte social dans lequel elles apparaissent …

La sociologie des sciences va plus loin et cherche à mettre en évidence les liens entre la connaissance et les facteurs sociaux. Ex : l’universalité de la science, son action sur la société, la rivalité entre scientifiques, la qualité de la science …

 

        La science est une construction sociale

Ainsi apparaît tout un courant qui considère que la science ne correspond pas à la définition maximaliste énoncée. La connaissance pure n’existe pas réellement, elle découle des conditions sociales, économiques et politiques dans lesquelles elle émerge.

Le « programme fort » énoncé par Bloor (1997) considère que tous les systèmes de connaissance ont un seul et même fondement : la société. La magie, la religion, le mythe ou la science découlent de quatre facteurs :

- la causalité : une explication déterministe

- l’impartialité : explication des croyances admises

- la symétrie : explication des croyances vraies et fausses par la même cause

- la réflexivité : application des schémas explicatifs à tous les domaines

Mais si la science découle du social, elle ne peut se fonder sur la nature. Elle ne serait qu’une idéologie. Or, les frontières entre science et non-science existent et fluctuent.

Les travaux de Latour et Callon poursuivent dans cette optique : les aspects techniques, sociaux, politiques et économiques sont inextricablement liés à l’activité scientifique.

Cette théorie de l’acteur-réseau ou sociologie de la traduction s’appuie sur une démarche anthropologique, l’étude de la vie en laboratoire ou des stratégies de carrières des chercheurs.

Ex : fabriquer des faits que la communauté doit considérer comme crédibles

Mais certaines connaissances s’établissent sans réseaux ou malgré des oppositions sociales.

Q : quels sont les différents aspects de la crise de la science ?

 

I] Les théories de la connaissance scientifique

  • L’émergence de la science

Merton étudie l’émergence de la science et de la technique en Angleterre. Il montre les conséquences sociales des inventions : dès le XVIIe la science s’institutionnalise pour favoriser l’apparition d’un savoir fiable et solide.

Ex : organisation professionnelle de la recherche

Merton estime que la science n’est pas liée à des besoins économiques et sociaux mais qu’elle découle des valeurs protestantes. La plupart des recherches ne visaient pas des applications pratiques. Les rapports entre la science et la société reposent sur quatre principes :

- l’universalisme : toute vérité peut être vérifiée

- le communalisme : caractère collectif de l’entreprise scientifique

- le désintéressement : éviter que les chercheurs fraudent

- le doute systématique : disponibilité à la critique et à la révision des connaissances

Dès lors, plusieurs autres conséquences sociales apparaissent : la rationalité, l’utilitarisme, l’individualisme, le progrès ou l’amélioration.

Ces principes sont des idéaux qui ne peuvent fonder la science en pratique.

Needham étudie les différences entre science et société à l’Ouest et à l’Est. Il constate que la science moderne repose sur la rationalité, l’empirisme et la systématisation des hypothèses. Ainsi, cette approche occidentale de la science s’est développée grâce au capitalisme et à la démocratie, dont elle est indissociable.

Le processus scientifique découle d’une activité d’observation, d’expérimentation ou de calcul. Les facteurs sociaux ne permettent pas de comprendre ce processus.

Ex : c’est le scepticisme de l’expérimentateur qui fonde l’objectivité du savoir, comme le scepticisme de l’électeur fonde la démocratie.

 

  • La production des connaissances

Kuhn (1977) analyse le processus de changement et de tradition dans les sciences. Il montre que la science évolue du fait d’une tension permanente entre tradition et innovation. Les savoirs acquis sont partagés et fondent une communauté scientifique : ce sont les paradigmes. Une révolution scientifique consiste à remplacer un paradigme par un autre.

Ce sont des processus sociaux qui mènent au rejet ou à l’acceptation des nouvelles théories.

Pour Lakatos, la croissance des savoirs dépend d’une concurrence entre les producteurs de connaissances. Les programmes de recherche sont testés pour être validés ou non, ce qui leur permet de se répandre et de se développer.

Blume (1974) estime que la science n’est qu’une profession traversée par des champs de pouvoir et des contraintes économiques. La recherche est une industrie qui nécessite des moyens et une organisation afin d’être efficace.

Ainsi les travaux de Lebaron sur les croyances et les idéologies des économistes montrent les jeux de pouvoir et l’utilisation du capital symbolique pour imposer des discours et des pratiques au politique.

 

II] Les fondements de la science

  • La validité des lois scientifiques

La connaissance découle d’une logique d’abstraction rationnelle. Elle traduit une rupture avec le sens commun ou l’expérience immédiate.

Si on considère que la rationalité est déterminée par des facteurs sociaux, la crédibilité de lois universelles est remise en cause.

Popper a donc proposé une méthode qui permet de sortir de cette impasse théorique. On ne peut prouver la validité des théories scientifiques si elles reposent sur des hypothèses, on peut simplement les falsifier càd les tester pour les valider.

De même, Popper estime que les théories hypothétiques doivent être révisées en permanence.

Ainsi pour Malinvaud, les économistes ne font pas de « découvertes », car ils ne font pas apparaître de nouveautés importantes, soudaines et irréversibles … Ils vont simplement chercher à établir empiriquement des phénomènes économiques.

 

  • L’expérience scientifique

On distingue l’expérience (vérifier une hypothèse en laboratoire), l’expérimentation (modification d’un phénomène pour l’étudier) et l’observation scientifique.

L’observation va permettre de produire du savoir pour en faire apparaître la cause et les lois. Mais l’observation n’est pas une activité passive d’enregistrement, elle intervient sur le social.

Ex : la critique des sondages par Bourdieu ou son analyse du champ scientifique comme une compétition pour le monopole de l’autorité scientifique

C’est l’organisation conceptuelle des informations recueillies par une classification qui donne un caractère scientifique à l’observation. Ce qui explique que plusieurs interprétations scientifiques soient envisageables.

L’économie qui a longtemps été considérée comme une science non-expérimentale, a développé des pratiques visant à tester des hypothèses :

- l’économie comportementale : situation de laboratoire, Ariely ou Vernon Smith

- les expériences naturelles : situation réelle par incident, List

- les expériences aléatoires contrôlées : situation réelle créée, Duflo

 

  • L’argumentation scientifique

Les théories de l’argumentation considèrent que la logique scientifique aboutit à des démonstrations et que la logique naturelle débouche sur la conviction ou la persuasion. Le savoir est donc décrit sur une base argumentative.

Selon Passeron, les sciences sociales ne peuvent pas reposer sur des objets simples. Elles proposent des découpages et des définitions interprétatives qui ne relèvent pas d’une logique expérimentale. C’est l’espace non-poppérien du raisonnement, même s’il repose sur des méthodes quantitatives.

Boudon montre qu’il suffit de saisir les raisons qui sont à la base des choix ou des actions des individus. L’argumentation permet de donner les bonnes raisons de croire.

Ainsi plusieurs effets peuvent pousser à se convaincre d’idées reçues ou fausses :

- les effets de position : le point de vue

- les effets de disposition : le contexte

- les effets de communication : les informations difficiles à vérifier

- les effets épistémologiques : la confusion entre explication et connaissance

Pour Lazear (2000) l’intérêt des modèles économiques réside dans la solution idéale qu’ils proposent et qui permet d’informer les agents pour qu’ils agissent dans leur meilleur intérêt.

 

Conclusion :

Alors que la science économique fait de la science et du savoir un élément essentiel du progrès, les doutes sur les fondements d’une connaissance universelle et objective remettent en question une vision sans doute naïve : les théories récentes permettent de relativiser sans sombrer dans le relativisme.

 

Références :

AKRICH, Madeleine ; CALLON, Michel & LATOUR, Bruno dir. : Sociologie de la traduction, Presses de l’Ecole des Mines, 2006

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2008

BLOOR, David : Le « programme fort » à l’épreuve de la mémoire, Enquête, 1997

BLUME, Stuart : Toward a political sociology of science, Free Press, 1974

BOUDON, Raymond : L’art de se persuader, Fayard, 1990

BOUDON, Raymond : Le juste et le vrai, Fayard, 1995

BOURDIEU, Pierre : L’opinion publique n’existe pas, in Questions de sociologie, Minuit, 1981

BOURDIEU, Pierre : Science de la science et réflexivité, Raisons d’agir, 2001

DUFLO, Esther : Expérience, science et lutte contre la pauvreté, Fayard, 2009

KUHN, Thomas : La structure des révolutions scientifiques, Gallimard, 1962

LAKATOS, Imre : Histoire et méthodologie des sciences, Puf, 1994

LATOUR, Bruno : Les microbes : guerre et paix, Métailié, 1984

LATOUR, Bruno : La science en action, La Découverte, 1989

LATOUR, Bruno : La clef de Berlin, La Découverte, 1993

LAZEAR, Edward : Economic imperialism, Quarterly Journal of Economics, 2000

LEBARON, Frédéric : La croyance économique, Seuil, 2000

LEBARON, Frédéric : Le savant, la politique et la mondialisation, Editions du Croquant, 2003

LEBARON, Frédéric : La crise de la croyance économique, Editions du Croquant, 2010

LIST, John : An introduction to field experiments in economics, Journal of Economic Behavior & Organization, 2009

MALINVAUD, Edmond : Pourquoi les économistes ne font pas de découvertes, Revue d’Economie Politique, 1996

MERTON, Robert : The sociology of science, University of Chicago Press, 1973

NEEDHAM, Joseph : La science chinoise et l’occident, Seuil, 1977

PASSERON, Jean-Claude : Le raisonnement sociologique, Albin Michel, 1991

POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1934

POPPER, Karl : Conjectures et réfutations, Payot, 1953

SMITH, Vernon : Papers in experimental economics, Cambridge University Press, 1991

11:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

02/04/2012

La religion

Une religion est un système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur, et propres à un groupe social.

 

  • Religion et idéologie

C’est un concept occidental : il débute avec l’instauration du christianisme comme religion d’état par l’empereur Constantin. Idée de base = distinguer religion et politique.

La religion a deux caractéristiques :

- C’est une institution : elle définit les normes de fonctionnement de la communauté des croyants et pour la vie ordinaire.

- C’est une expérience : elle découle d’un désir de croyance.

Le courant marxiste critique de manière très violente la religion : pour Marx & Engels, elle ne fait que traduire les rapports sociaux de domination. La religion est produite socialement, c’est une idéologie qui entraîne l’aliénation des masses.

Pour Tocqueville, l’étude de la démocratie américaine montre au contraire que la liberté religieuse est au fondement de la liberté politique. La religion fournit un cadre d’action dans une société démocratique, elle permet de tempérer les passions.

 

  • Religion et comportements sociaux

D’un point de vue anthropologique, la religion est assimilable à une croyance magique ou rituelle. Pour Levy-Bruhl (1922) elle découle d’une mentalité primitive, par opposition à la mentalité rationnelle des civilisations modernes.

Cette approche assimilant religion et croyance se retrouve aujourd’hui dans l’étude des passions ordinaires, Bromberger (1998) allant du football à la météo en passant par les concours de dictée ou sur l’aspect cérémoniel de la télévision, Dayan & Katz (1992).

Pour Durkheim (1912) la religion est donc à l’origine du social et de la cohésion sociale.

Il distingue la magie et la religion : seule la religion crée du lien social entre les croyants. Pour lui, les croyances religieuses reposent sur une opposition de fond entre le sacré et le profane : les choses sacrées sont protégées par des interdits ; les choses profanes doivent rester à distance des choses sacrées car elles respectent ces interdits. La religion est donc l’idée que la société se fait d’elle même. Elle découle du social. Cela permet d’expliquer l’universalité de la religion.

Weber (1996) ne propose pas de définition de la religion, il s’écarte de la doctrine (théologie) et cherche à étudier les actions qui découlent des croyances religieuses.

La domination religieuse est spirituelle. La vie commune religieuse s’appuie sur deux types :

- l’Eglise : bureaucratie à vocation universelle qui dispense des biens du salut avec des professionnels en symbiose avec la société. Autorité rationnelle-légale : prêtre.

- la secte : association volontaire autour d’une autorité charismatique. Autorité charismatique : prophète.

Par opposition à l’autorité traditionnelle : sorcier ou magicien.

Weber (1905) montre la concordance entre les conduites religieuses issues du protestantisme et le capitalisme.

Ex : le beruf = l’accomplissement du devoir des individus, la prédestination

Ex : l’ascèse = se comporter sur terre comme un saint, travailler pour la gloire de Dieu

Weber considère que le développement de la rationalisation conduit à un désenchantement du monde : diminution des explications magiques aux phénomènes sociaux.

Q : comment expliquer la multiplicité des phénomènes religieux ?

 

I] Les approches sociologiques de la religion

Mettent l’accent sur les croyances et leurs implications.

 

  • La laïcité

C’est une problématique française : elle découle d’un affrontement entre courants philosophiques et traditions religieuses.

Willaime (1996) rappelle que la laïcité est une lutte contre le cléricalisme. Les révolutionnaires veulent réduire le pouvoir de l’église sur la société et les individus.

La déclaration des droits de l’homme proclame la liberté de conscience et de culte. Le catholicisme n’est plus la religion d’Etat.

Baubérot (2004) montre que les pouvoirs publics ont cherché à contrôler le clergé en reconnaissant son utilité publique. Mais la reconnaissance du pluralisme religieux suppose une séparation complète de l’église et de l’Etat : c’est le second temps de la laïcité. La religion est une affaire privée et une liberté publique.

La laïcité a donc trois caractéristiques :

- l’absence de domination d’une religion sur l’Etat ou les individus

- le respect des pratiques et la liberté de conscience

- l’égalité de droit des différentes religions

 

  • La sécularisation

La sécularisation proprement dite est l’autonomisation progressive de la société d’une domination religieuse, Berger (1967). Elle découle de plusieurs facteurs :

- la différenciation institutionnelle : elle repose sur des institutions spécialisées

- le pluralisme religieux : la possibilité de choisir réduit la crédibilité

- l’individualisation : les croyances sont subjectives

- la rationalisation : les sciences et les techniques réduisent son espace

Gauchet (1985) considère que le christianisme est une religion de la sortie de la religion : la sécularisation découle des conceptions théologiques chrétiennes (alliance avec Dieu, contrat). Dès lors, il montre (1998) que ce recul du religieux rend nécessaire une redéfinition de l’Etat et de la démocratie qui n’ont plus d’adversaire. La laïcité est l’aboutissement du processus de sécularisation, il faut réintégrer la religion dans la démocratie.

 

  • Les nouveaux comportements

Kepel et Khorsrokhavar étudient le radicalisme religieux et montrent comment les valeurs religieuses fondent la protestation socio-politique dans divers contextes.

Hervieu-Léger (1999) analyse le renouveau des religions et de leurs fondements :

- la régénération : guérison et rémission

- la conversion : choix de l’identité religieuse

- le réenchantement : grandes manifestations fusionnelles

 

II] Les approches économiques de la religion

Question surtout abordée par le biais de son influence sur les comportements économiques.

 

  • Vision classique

Smith, bien que défenseur du libéralisme, considère que l’Etat doit garantir la liberté religieuse, car l’ordre moral est une condition d’efficacité de l’économie politique.

Weber (rappel) souligne l’adaptation des valeurs défendues par le protestantisme pour le développement du capitalisme.

Suivant cette grille de lecture, Morishima (1982) considère que le succès de l’économie japonaise découle de ses valeurs éthiques (ex : loyauté et dévouement) qui sont adaptées aux changements technologiques.

Pour Guiso, Sapienza & Zingales (2003) les valeurs religieuses permettent d’identifier des traits culturels. Ils se basent sur les études des World Values Surveys pour isoler les caractéristiques religieuses nationales : confiance, intolérance, attitude vis à vis des femmes, attitudes face ou gouvernement et attitude vis à vis de la loi. Ils mettent en valeur un lien entre attitudes économiques et religieuses (qui ne découle pas de l’histoire) mais sans expliquer l’influence de ces attitudes.

Enfin McCleary & Barro (2006) étudient les liens entre religion et croissance économique. Ils constatent que quand les croyances sont fortes, les pays sont en croissance (ex : éthique du travail) mais que quand la pratique est forte, la croissance est plus faible (ex : temps perdu).

 

  • Problèmes modernes

Iannaccone (1998) analyse la religion sous l’angle de la théorie du choix rationnel : la religion est un marché où se rencontrent offreurs et demandeurs. La croyance découle d’un arbitrage entre utilité et coût. Ainsi on retrouve plusieurs conséquences :

- Défense de la compétition entre religions

- La religion accroît le capital humain

- Il existe un marché des martyrs …

Gruber (2005) étudient les interactions de la religion avec la vie économique. Ainsi le fait de vivre dans un quartier où cohabitent des personnes religieuses favorisent la création de richesses, la solidarité et la qualité du cadre de vie. Mais l’analyse se contente d’établir le lien sans fournir d’explication causale.

Gruber & Hungerman (2008) s’intéressent à l’impact d’une ouverture des commerces le dimanche sur la pratique religieuse : ils montrent que la participation diminue ainsi que les dons ; de plus les comportements délinquants augmentent. Cela confirme un effet de substitution entre participation et dons, mais les auteurs soulignent le lien positif entre participation religieuse et revenus (surtout dans les zones où la densité de la participation est élevée).

 

Conclusion :

La méthode indirecte des économistes semble s’imposer de plus en plus : on étudie la religion comme un facteur culturel qui influence les comportements …

 

Références :

BAUBEROT, Jean : Laïcité 1905-2005, entre passion et raison, Seuil, 2004

BERGER, Peter : The sacred canopy, Anchor Books, 1967

BROMBERGER, Christian dir. : Passions ordinaires, Bayard, 1998

DAYAN, Daniel & KATZ, Elihu : La télévision cérémonielle, Puf, 1992

DURKHEIM, Emile : Les formes élémentaires de la vie religieuse, Puf, 1912

GAUCHET, Marcel : Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985

GAUCHET, Marcel : La religion dans la démocratie, Gallimard, 1998

GRUBER, Jonathan : Religious market structure, religious participation and outcomes, Advances in Economic Analysis and Policy, 2005

GUBER, Jonathan & HUNGERMAN, Daniel : The church vs. the mall, Quarterly Journal of Economics, 2008

GUISO, Luigi : SAPIENZA, Paola & ZINGALES, Luigi : People’s opium ? Religion and economic attitudes, Journal of Monetary Economics, 2003

HERVIEU-LEGER, Danielle : Le pèlerin et le converti, Flammarion, 1999

IANNACCONE, Laurence : Introduction to the economics of religion, Journal of Economic Litterature, 1998

KEPEL, Gilles : Les banlieues de l’Islam, Seuil, 1987

KEPEL, Gilles : La revanche de Dieu, Seuil, 1991

KEPEL, Gilles : Jihad, Gallimard, 2000

KEPEL, Gilles : Fitna, Gallimard, 2004

KHOSROKHAVAR, Farhad : L’islam des jeunes, Flammarion, 1997

KHOSROKHAVAR, Farhad : Les nouveaux martyrs d’Allah, Flammarion, 2002

KHOSROKHAVAR, Farhad : L’islam dans les prisons, Balland, 2004

KHOSROKHAVAR, Farhad : Quand Al-Qaïda parle, Grasset, 2006

LEVY-BRUHL, Lucien : La mentalité primitive, Anabet, 1922

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Sur la religion, Editions sociales, 1968

McCLEARY, Rachel & BARRO, Robert : Religion and economy, Journal of Economic Perspectives, 2006

MORISHIMA, Michio : Capitalisme et confucianisme, Flammarion, 1982

SMITH, Adam : Théorie des sentiments moraux, Puf, 1759

SMITH, Adam : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique, Gallimard, 1835 & 1840

TROELTSCH, Ernst : Die Soziallehren der christlichen Kirchen und Gruppen, J. C. B. Mohr, 1912

WEBER, Max : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Gallimard, 1905

WEBER, Max : Sociologie des religions, Gallimard, 1996

WILLAIME, Jean-Paul : Sociologie des religions, Puf, 1995

20:42 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

Les inégalités

  • Problèmes de mesure

Etablir les inégalités économiques permet de souligner les difficultés statistiques et les limites des indicateurs tels que la moyenne, la médiane ou la variance …

D’où la construction d’indices mesurant la dispersion. Ex : rapports inter-quantiles

 Se pose toujours le problème des sources et des données utiles et légitimes : les salaires, les revenus, les patrimoines mais aussi la santé, l’éducation …

D’où une réflexion sur les critères sociaux à retenir. Ex : classe, profession, genre, âge …

Ainsi, on peut opposer l’égalité = traiter de la même façon les individus d’une société et l’inégalité = des différences entre individus ou groupes sociaux qui sont socialement perçues comme injustes ou illégitimes.

 

  • Logique normative

Les inégalités sont liées aux théories de la justice sociale : cela permet de proposer des indices reposant sur une logique de bien être. Ex : l’indice de Gini et la courbe de Lorenz qui comparent la réalité avec une situation d’égalité absolue de la répartition des revenus

Relève également de l’opposition classique nature/culture :

Sur un plan naturel, il existe des inégalités physiques ou biologiques.

Sur un plan culturel, c’est le débat autour du relativisme.

Réflexion en lien avec les utopies :

En théorie, le communisme et l’anarchisme défendent des sociétés d’individus égaux et libres.

En pratique, cela ne s’est jamais concrétisé (ex : l’URSS).

 

I] Economie des inégalités

  • Les inégalités économiques entre pays

Les différences de développement :

Bourguignon & Morrisson (2002) montrent le creusement des écarts entre pays industrialisés et pays en développement à partir de la fin du XIXème. Du coup, on constate de fortes différences de niveau de vie entre aires géographiques.

Plusieurs facteurs entrent en compte :

- la domination coloniale : logique d’exploitation

- des institutions inefficaces

La mondialisation :

L’ouverture commerciale a pu favoriser la croissance de certains pays (ex : Asie du Sud Est) qui ont su attirer l’investissement.

Plusieurs explications coexistent : sur la comparaison Corée-Philippines par exemple

- le rôle du capital humain, Lucas (1993)

- le rôle des inégalités, Benabou (1996)

Car le commerce international n’a pas bénéficié à tous.

Par contre, la concurrence des pays à bas salaires n’explique pas la destruction des emplois dans les pays riches : l’explication la plus robuste est celle du progrès technique. Krugman (1996) montre que les pays qui maîtrisent les nouvelles technologies sont les plus compétitifs.

 

  • Les inégalités économiques dans les pays

Analyse classique :

Kuznets montre qu’un pays qui se développe voit d’abord les inégalités augmenter car l’écart se creuse entre les plus productifs et les autres ; puis quand le développement se diffuse et que l’économie se modernise, les inégalités diminuent.

Raisonnement applicable aux pays européens ou aux USA.

Mais depuis la fin des années 80 on constate un retour des inégalités et donc l’invalidation de la courbe de Kuznets.

Nouveaux constats :

Pour Katz & Murphy (1992) les inégalités découlent d’un progrès technique biaisé : seuls certains individus maîtrisent les nouvelles technologies demandées sur le marché du travail.

Ex : Gabaix & Landier (2008) sur les salaires des dirigeants

De plus, les travaux de Fougère & Kramarz et Goux & Maurin (2001) confirment la persistance des inégalités et ceux de Piketty & Saez (2006) montrent le rôle de la fiscalité dans la concentration des richesses.

 

  • L’approche synthétique des inégalités économiques

Relève d’un travail de synthèse de Piketty (2008) autour de deux questions :

- comment mesurer les inégalités

- comment en tirer des politiques publiques

Car sur un plan théorique, on constate la fin de la courbe de Kuznets à la fin des années 70 et sur un plan politique, une opposition sur les conceptions économiques de lutte contre les inégalités.

Les grands domaines d’inégalités économiques :

Le premier domaine reste l’opposition classique entre capital et travail (identifiée par Marx).

Même s’il existe une grande stabilité de la répartition de la richesse entre capital et travail dans le temps, le constat historique marquant est la fin des rentiers au cours du XXème siècle. En raison des guerres et des impôts (sur le revenu et les successions) la concentration des patrimoines a fortement diminué [jusqu’aux années 80 …]

Le deuxième domaine est constitué des inégalités face au travail.

Il y a une permanence des inégalités de salaires en raison des différences de formation et de qualification (logique de capital humain). D’où l’existence de plusieurs pistes concernant l’école, la discrimination positive, l’approche de Rawls (maximiser la situation de ceux qui ont le minimum), la place des syndicats …

Les outils de redistribution :

Un levier essentiel réside dans la fiscalité. Mais il faut tenir compte des effets incitatifs et désincitatifs. L’impôt négatif permet de lutter contre les trappes à pauvreté ou à inactivité en subventionnant le retour à l’emploi.

Les assurances sociales jouent un rôle primordial. Mais il faut tenir compte des asymétries d’information.

Piketty conteste l’efficacité des relances keynésiennes pour lutter contre les inégalités.

 

II] Sociologie des inégalités

  • Les déterminants des inégalités sociales

Les classes sociales : Dahrendorf (1957) considère que les inégalités découlent du statut social des individus et relèvent d’une logique de conflit social.

- elles découlent des mécanismes de marché

- elles tendent à se cumuler

- l’autorité publique doit agir pour réduire les écarts

Vision adaptée à la configuration de la société industrielle, où la question sociale et les conflits du travail sont structurants.

L’éducation : Boudon (1973) montre que face aux décisions scolaires les individus sont dans une situation d’inégalité des chances.

L’éducation permet d’améliorer sa situation, mais individuellement ceux qui pourraient en profiter le plus ne le font pas en raison de l’incertitude sociale (les débouchés de la formation). Boudon met en valeur un paradoxe entre choix individuel et situation agrégée.

Le genre : pour Bourdieu (1998), les inégalités hommes/femmes s’expliquent par la domination masculine : la famille, l’église, l’école et l’Etat renforcent et légitiment la reproduction de cette domination.  Elle est incorporée socialement et symboliquement.

Les générations : Chauvel (1998) cherche à mettre en valeur les aspects structurants des inégalités sociales en insistant sur les clivages temporels.

- le destin des générations est différent. Ex : très bon pour celles du baby boom ; mauvais pour celles issues de la crise

- le retour des classes sociales. Ex : l’entrée sur le marché du travail est primordiale

- le maintien des inégalités de revenus et de patrimoines

Les facteurs qui avaient permis la réduction des inégalités sont dépassés historiquement : les Trente glorieuses, le salariat, l’Etat social et la mobilité sociale, Chauvel (2006).

 

  • Le système des inégalités

Ouvrage de synthèse de Bihr & Pfefferkorn (2008) qui développe une approche systémique : les auteurs montrent comment les inégalités interfèrent entre elles, en se déterminant et en se générant réciproquement.

Les interactions entre les inégalités :

Ex : la santé correspond à un même effet et des causes différentes (catégories sociales, conditions de vie, modes de vie …)

Ex : le logement correspond à une cause commune et des effets différents (exclusion, qualité, ségrégation …)

Le cumul des inégalités :

Il relève d’un phénomène de polarisation. On oppose d’un côté pauvreté, précarité et vulnérabilité et de l’autre fortune, pouvoir et prestige.

Cette opposition est consacrée par le tournant des années 80, c’est la conséquence des politiques libérales mises en place.

La reproduction des inégalités :

Les auteurs considèrent que la mobilité sociale ascendante est remise en cause. Il y a d’une part, transmission du capital économique et culturel ; et renforcement par les facteurs démographiques d’autre part (taille des familles ou mariage par exemple).

 

Références :

BENABOU, Roland : Inequality and growth, NBER, 1996

BIHR, Alain & PFEFFERKORN, Roland : Le système des inégalités, La Découverte, 2008

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOURDIEU, Pierre : La domination masculine, Seuil, 1998

BOURGUIGNON, François & MORRISSON, Christian : Inequality among world citizens : 1820-1992, American Economic Review, 2002

CHAUVEL, Louis : Le destin des générations, Puf, 1998

CHAUVEL, Louis : Les classes moyennes à la dérive, Seuil, 2006

DAHRENDORF, Ralf : Classes et conflits de classes dans la société industrielle, Mouton, 1957

FOUGERE, Denis & KRAMARZ, Francis : La mobilité salariale en France de 1967 à 1999, in ATKINSON, Anthony ; GLAUDE, Michel ; OLIER, Lucile & PIKETTY, Thomas dir., Inégalités économiques, La Documentation Française, 2001

GABAIX, Xavier & LANDIER, Augustin : Why has CEO pay increased so much ?, Quarterly Journal of Economics, 2008

GOUX, Dominique & MAURIN, Eric : Les nouvelles technologies et l’évolution récente de la demande de travail par qualification, in ATKINSON, Anthony ; GLAUDE, Michel ; OLIER, Lucile & PIKETTY, Thomas dir., Inégalités économiques, La Documentation Française, 2001

KATZ, Lawrence & MURPHY, Kevin : Changes in Relative Wages, 1963-1987: Supply and Demand Factors, Quarterly Journal of Economics, 1992

KRUGMAN, Paul : La mondialisation n’est pas coupable, La Découverte, 1996

KUZNETS, Simon : Economic growth and income inequality, American Economic Review, 1955

KUZNETS, Simon : Croissance et structure économiques, Calmann Levy, 1965

LUCAS, Robert : Making a miracle, Econometrica, 1993

PIKETTY, Thomas : Les hauts revenus en France au XXème siècle, Grasset, 2001

PIKETTY, Thomas : Economie des inégalités, La Découverte, 2008

PIKETTY, Thomas & SAEZ, Emmanuel : The evolution of top incomes : a historical and international perspectives, American Economic Review, 2006

20:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |