24/09/2012

Enquête sur les modes d'existence de Bruno Latour

Le grand spécialiste de la sociologie des sciences et anthropologue de la modernité, Bruno Latour vient de publier un ouvrage qui forme la synthèse de ses recherches ...

Ce livre vient juste de paraître aux éditions de la découverte. Il éclaire d'un angle analytique les travaux empiriques de l'auteur dans des domaines variés tels que la vie de laboratoire, le fonctionnement du conseil d'Etat, la conception d'un métro automatique, les politiques environnementales.

La compréhension de l'oeuvre de Bruno Latour n'est pourtant pas une chose aisée. En témoignent son goût pour la provocation intellectuelle comme son refus d'accepter les classifications de ses travaux (sociologie de la traduction ? ; théorie de l'acteur-réseau ? merveilleux acronyme anglais d'ANT ; nouvelle sociologie des sciences ?).

C'est pourquoi quand il s'exprime sur le site de la vie des idées, il faut absolument faire le détour. Et c'est par là :


Bruno Latour par laviedesidees

Le texte de l'entretien c'est sur cette page : http://www.laviedesidees.fr/Le-diplomate-de-la-Terre.html

Un petit passage sur le site personnel de l'auteur qui regorge de publications : http://www.bruno-latour.fr/

Le site de l'enquête (en anglais) : http://aimeinquiry.org/

Le point de vue du Monde des Livres sur l'ouvrage : http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/09/21/qui-a-peu...

Entretien avec l'auteur sur France Culture :


Les matins - Bruno Latour par franceculture

22:14 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

23/07/2012

Touraine & Crozier : les autres grands sociologues

  • Des sociologies originales face à la polarisation

La sociologie française est polarisée à partir des années 60 par l’opposition Bourdieu / Boudon. Recoupe l’opposition individualisme / holisme soit Weber / Durkheim …

Vertu pédagogique qui nuit à l’étude des autres grands noms de la sociologie.

Ici, auteurs qui ont étudié des domaines différents (organisations, mouvements ouvriers) qu’on retrouve plus aisément dans l’étude de la sociologie par domaine.

Ex : Crozier référence en gestion

 

  • Des « grands » auteurs

Pour Ansart (1990) Touraine est un auteur de « sociologie dynamique » avec l’anthropologue Balandier ; Crozier incarne « l’analyse fonctionnaliste et stratégique ».

Pour Berthelot (2000) Touraine représente « la sociologie des mouvements sociaux » ; Crozier « l’action organisée ».

Pour Scheid (1990) ce sont tous les deux des « grands auteurs en organisation ».

 

  • Des écoles de pensée

Sur le plan institutionnel, Touraine comme Crozier sont à l’origine de véritables courants de pensée dont l’importance est aujourd’hui encore palpable.

Ex : auteurs comme Wieviorka ou Friedberg

Ex : centres de recherches CADIS (Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologique) à l’EHESS ou CSO (Centre de Sociologie des Organisations) à l’IEP de Paris

Q : pourquoi leurs pensées ne sont pas dominantes en sociologie.

 

 

I] Alain Touraine

Auteur majeur de la sociologie industrielle et des mouvements sociaux.

Proche politiquement de la deuxième gauche (Rocard).

Formation d’historien.

Sa sociologie se découpe en trois temps :

- La sociologie du travail : première période

- La sociologie des mouvements sociaux : période intermédiaire, de maturité

- La sociologie du sujet : dernière période

On retient généralement deux grands apports à son œuvre.

 

  • La sociologie de l’action

C’est la théorie générale de Touraine, même si aujourd’hui sa vision du sujet semble la dépasser (2000).

Au cours de ses premiers travaux (notamment dans les usines Renault) il distingue trois phases dans l’évolution professionnelle de l’industrie moderne (1955) :

- la phase A : les travailleurs sont des professionnels ayant expérience et habileté

- la phase B : les travailleurs fonctionnent selon le modèle tayloriste

- la phase C : les ouvriers reprennent une part de responsabilité

Pour Touraine, cette évolution explique le déclin du monde ouvrier : recul quantitatif du fait des nouvelles organisations du travail ; augmentation qualitative avec les nouvelles compétences.

A partir de cette analyse il va étudier la conscience ouvrière (1966) : c’est une vaste enquête dans laquelle il cherche à vérifier son hypothèse. La conscience ouvrière est définie par 3 éléments :

- l’identité : l’appartenance à un ensemble

- l’opposition : la lutte contre un adversaire

- la représentation de la société : l’idéologie de l’action

Touraine tire de ses analyses du travail une sociologie des mouvements sociaux qui permet de comprendre les conflits. Pour lui, le fondement des conflits est donc d’origine culturelle.

Vision différente du marxisme ou de la lutte des classes (origine matérielle). Cette approche se matérialise selon Touraine dans le passage de la société industrielle à la société post-industrielle (1969) : càd une société technocratique reposant sur la maîtrise des connaissances et de l’information. « Société programmée ».

La domination sociale se modifie également :

- l’intégration sociale pousse les acteurs à remplir les objectifs fondamentaux de la société

- la manipulation culturelle fait que les institutions agissent sur les besoins et les attitudes des acteurs sociaux

- le contrôle de la société est le fait des organisations qui cherchent à s’imposer socialement

Ainsi, pour Touraine, la société post-industrielle réduit les conflits de classe traditionnels. De nouvelles luttes apparaissent : entre technocrates (issus des grandes écoles) et professionnels (techniciens, ingénieurs, enseignants …) ou opérateurs (consommateurs). La lutte concerne le pouvoir et elle oppose principalement ceux qui maîtrisent les décisions et ceux qui maîtrisent les compétences.

Lecture du mouvement de mai 68 selon cette grille : révolte culturelle, idéologique / étudiants.

Touraine devient ainsi l’analyste des nouveaux mouvements sociaux qu’il oppose au mouvement ouvrier. C’est la sociologie de l’action (1965) (1978) (1980) (1981) (1984) :

- les conduites des acteurs ne sont pas prédéterminées par des situations sociales

- la société est un ensemble de rapports sociaux ayant des intérêts opposés

- la société semble dominée par l’ordre étatique alors qu’il se réduit

- l’action conduit à de nouveaux mouvements sociaux (lutte culturelle)

- les classes sociales se définissent par leur action historique (lutte consciente)

 

  • L’intervention sociologique

Touraine réalise un grand apport à la méthodologie sociologique : la sociologie de l’action repose sur une démarche active du sociologue qui doit aider les mouvements sociaux à se forger une conscience (1978).

L’intervention repose sur 4 piliers :

- Le sociologue doit rencontrer les acteurs sociaux au cour de leur action

- Le sociologue doit s’assurer de la conscience du mouvement social étudié

- Le groupe d’acteurs doit faire émerger l’enjeu de la lutte sociale

- Le groupe doit pouvoir auto-analyser sa lutte

 

Méthode novatrice. Sociologie de terrain, de confrontation. Refus de l’extériorité ou de la neutralité du sociologue. 

 

II] Michel Crozier

Diplômé d’HEC.

Sociologue par accident de l’histoire, son étude initiale déterminera pourtant l’orientation de ses travaux vers les organisations.

Proche politiquement du centre droit libéral (Chaban).

Tête de turc de Bourdieu : sociologie « édifiante » et non « critique ». D’où une méfiance …

Etudes mineures : recherche sur les classes sociales (1965) dont les oppositions d’intérêt ne sont pas déterministes mais dépendent des situations sociales (œuvre de jeunesse) ; le changement politique (1970) (1979) (1987) qui est bloqué par le manque de coopération entre les acteurs sociaux.

Deux grands thèmes de la sociologie de Crozier se sont imposés :

 

  • Le phénomène bureaucratique (1963)

A partir de l’étude de cas de deux organisations publiques (chèques postaux et usine SEITA), Crozier tire une analyse d’ensemble de la bureaucratie.

On peut déceler quatre caractéristiques :

- Le principe égalitaire : l’ancienneté est préférée au mérite

- Le principe de cloisonnement : les postes sont obtenus par concours

- L’impersonnalité des règles : le personnel est protégé

- La centralisation des décisions : hiérarchie

Pour Crozier, la bureaucratie a l’avantage d’être un système stable mais dont les dysfonctionnements ne peuvent être réglés : la centralisation empêche les élites de maîtriser l’information nécessaire au changement. Seule une crise permet de régler les problèmes.

Crozier considère que la bureaucratie est un phénomène culturel français : peur du face à face.

Analyse très féconde : dans les entreprises, dans les autres pays … mais plus nuancée.

 

  • L’analyse stratégique (1977)

Ouvrage de synthèse publié avec Erhard Friedberg basé sur les nombreuses enquêtes menées.

Véritable manuel de sociologie des organisations, il avance plusieurs concepts :

- Les acteurs : ils n’existent que dans un système social

- Les stratégies : les acteurs disposent de ressources qu’ils mobilisent en fonction des contraintes sociales

- Le pouvoir : les acteurs ont le pouvoir d’influencer un autre acteur (maîtrise d’une compétence, de la communication ou des règles de l’organisation).

- Les jeux : les acteurs modifient en permanence les règles de l’organisation

- L’environnement : cadre structurel et contraignant de l’organisation

- Les systèmes d’action concrets : structure au sein desquelles les acteurs définissent des stratégies en termes de jeux pour obtenir du pouvoir

Ainsi Crozier mobilise une analyse systémique de la sociologie qui permet de mettre en valeur la contingence des situations sociales : elles dépendent de rapports sociaux et ne sont pas figées.

Le processus de décision devient donc l’élément clé : les décisions ne sont pas rationnelles, elles sont la meilleure solution à un problème (Simon). Le changement social dépend donc de la capacité des acteurs à mobiliser leurs ressources dans des stratégies de pouvoir efficaces et coopératives.

 

Conclusion :

Enigme Touraine, sociologie moderne mais peu connue. Solution Crozier : étudié en gestion !

 

Références :

ANSART, Pierre : Les sociologies contemporaines, seuil, 1990

BERTHELOT, Jean-Michel dir. : La sociologie française contemporaine, Puf, 2000

CROZIER, Michel : Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1963

CROZIER, Michel : Le monde des employés de bureau, Seuil, 1965

CROZIER, Michel : La société bloquée, Seuil, 1970

CROZIER, Michel & FRIEDBERG, Erhard : L’acteur et le système, Seuil, 1977

CROZIER, Michel : On ne change pas la société par décret, Grasset, 1979

CROZIER, Michel : Etat modeste, Etat moderne, Fayard, 1987

SCHEID, Jean-Claude : Les grands auteurs en organisation, Dunod, 1990

TOURAINE, Alain : L’évolution du travail ouvrier aux usines Renault, Cnrs, 1955

TOURAINE, Alain : Sociologie de l’action, Seuil, 1965

TOURAINE, Alain : La conscience ouvrière, Seuil, 1966

TOURAINE, Alain : La société post-industrielle, Denoël, 1969

TOURAINE, Alain : La voix et le regard, Seuil, 1978

TOURAINE, Alain dir. : Lutte étudiante, Seuil, 1978

TOURAINE, Alain dir. : La prophétie anti-nucléaire, Seuil, 1980

TOURAINE, Alain dir. : Le pays contre l’Etat, Seuil, 1981

TOURAINE, Alain ; WIEVIORKA, Michel & DUBET, François : Le mouvement ouvrier, Fayard, 1984

TOURAINE, Alain & KHOSROKHAVAR, Farhad : La recherche de soi, Fayard, 2000

14:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire, Sociologie |  Facebook | | |

12/07/2012

Les nouveaux classiques de la sociologie : Bourdieu & Boudon

 Opposition classique de deux auteurs qui incarnent des pensées et des méthodes sociologiques antagonistes. Permet de dépasser leur approche par une synthèse pédagogique …

Mais la réalité est beaucoup plus fine : Bourdieu était plutôt opposé à la sociologie de Crozier qui ne comportait aucune critique sociale ; Boudon tentait simplement de penser la sociologie en termes de modèles sans recourir à l’approche trop générale de structure … Ainsi leurs sociologies ne sont pas incompatibles, elles sont souvent complémentaires.

Ex : l’éducation ou la sociologie économique

L’opposition se fonde plus sur les aspects politiques de leurs pensées et les conséquences à tirer en termes d’action.

Bourdieu & Boudon sont aujourd’hui deux références internationales de la sociologie.

Q : comment expliquer la fécondité de leurs analyses ?

 

 

I] Pierre BOURDIEU (1930-2002)

Parcours intéressant : fils de paysan béarnais, il intègre l’ENS, devient professeur d’université puis au Collège de France. Proche de Raymond Aron, leur rupture intellectuelle date de mai 68 pour des raisons politiques. Auteur le plus cité en sciences sociales (avec Michel Foucault), fondateur d’une véritable école de recherche autour d’une revue (ARSS) et d’un projet éditorial.

On peut toutefois isoler la dernière partie de sa carrière : à partir de 1995 la sociologie laisse de plus en plus place à l’engagement politique.

Sa pensée a reçu plusieurs appellations : structuralisme génétique (Ansart), sociologie critique structuralisme constructiviste (Bourdieu) … et de nombreuses critiques.

 

  • Epistémologie

La sociologie scientifique doit aboutir à un discours objectif sur le social : la première mission du sociologue est de rompre avec ses préjugés, ses prénotions ou ses valeurs.

On retrouve des éléments de pensée de Bachelard : les faits sont construits, il faut mettre en place des dispositifs expérimentaux qui permettent de les évaluer (de les constater).

Ce postulat en fera un opposant au relativisme ou au marxisme : la sociologie doit concilier à la fois empirisme et théorie, pour dépasser l’opinion commune. (cf. Merton)

Bourdieu estime que le sociologue doit faire œuvre de réflexivité : rapporter son analyse à sa propre trajectoire sociale. Critique souvent portée à Bourdieu lui même, mais plusieurs ouvrages sont venus réaliser cette auto-analyse.

La sociologie bourdieusienne considère que les agents ont des pratiques qui sont déterminées par leurs structures mentales. Les comportements obéissent à des raisons cachées que le sociologue doit mettre en valeur. Refus du psychologisme. Il faut étudier le sens des pratiques sociales, d’où le terme « agents ».

Ainsi pour Bourdieu, la sociologie et l’anthropologie ne diffèrent pas par leurs méthodes mais par leur objet : société moderne / traditionnelle.

 

  • Concepts

Bourdieu emprunte ces principaux outils d’analyse au vocabulaire économique pour les détourner.

Méthode liée à une critique de l’impérialisme économique (l’économisme) incarné par Becker qui cherche à expliquer tout le social.

- le capital : ensemble de ressources rares et de pouvoirs effectivement utilisables. Capital économique : facteurs de production, biens et revenus. Capital culturel : dispositions intellectuelles, qualifications et biens culturels. Capital symbolique : honneur, prestige et réputation. Capital social : réseau de relations d’un individu.

- les champs : espace de relations entre individus ou institutions en compétition pour un enjeu identique. Chaque champ est structuré par des positions dominantes. Ex : sport, mode, travail, famille, école … Les agents mettent en oeuvre des stratégies pour dominer un champ. (Analogie avec le marché).

- l’habitus : système de dispositions durables acquis par l’individu au cours du processus de socialisation. Notion qui permet de montrer l’influence des structures du monde social et les stratégies des agents pour les modifier. Les éléments constitutifs de l’habitus sont variables : classe, famille, histoire perso.

- les classes sociales : elles découlent des positions des agents dans les différents champs et des luttes pour imposer leur domination. Les classes sociales sont construites et découlent des positions dans l’espace social.

- la domination : les classes dominantes utilisent leur position pour accroître leurs avantages. Pour Bourdieu c’est le produit d’une violence symbolique : les dominants doivent estimer légitimes les fondements de leur domination et les dominés accepter cette domination.

 

  • Analyses

- Les stratégies matrimoniales : étude de la parenté en Kabylie ou du mariage dans la société paysanne béarnaise (2002). Les comportements matrimoniaux reposent sur des actions stratégiques contraintes par les habitus et la distribution inégale des ressources.

- La sociologie de l’éducation : étude des étudiants et de leur culture (1964), du système d’enseignement (1970) ou des grandes écoles (1984). Le capital culturel dont sont dotés les étudiants des classes dominantes leur permettent de mieux réussir leur cursus. La culture scolaire et la pédagogie légitiment la culture de la classe dominante : l’habitus doit concorder avec le capital culturel. Les classes dominantes constituent une noblesse d’Etat (1989) puisque les élites universitaires et économiques suivent un même parcours de légitimation.

- Les pratiques culturelles : étude du goût et du jugement (1979), de la fréquentation des musées (1966) ou de la photographie (1964). La notion de goût est le produit de conditions sociales : chaque classe essaye de se distinguer des autres. Les classes dominantes tentent de légitimer leurs goûts : la visite des musées permet également de se distinguer. Analyse appliquée à la photo ou la littérature (1992).

- Sociologie de la domination : domination masculine (1998) par incorporation de la domination dans les habitus, domination symbolique (diplômes, médias …), domination économique (patronat, construction sociale des marchés), la misère du monde (1993) entretiens de dénonciation et de mise à jour de la domination.

 

 

II] Raymond BOUDON

Sociologue représentant majeur de l’individualisme méthodologique.

Réflexion sur les mathématiques en sciences sociales (prolonge Lazarsfeld).

Travail sur les classiques de la sociologie et l’unité de leur démarche.

 

  • L’individualisme méthodologique

Repose sur une critique du holisme : la sociologie se doit de prendre en compte les individus, le structuralisme et le fonctionnalisme ignorent les rôles des personnes et ne permettent donc pas d’expliquer et de comprendre les faits sociaux. Ils ne s’imposent pas aux individus.

D’ailleurs Boudon opère une relecture des classiques (Marx ou Durkheim) en insistant sur les aspects individualistes de leurs approches qui ont été minorés.

Les faits sociaux sont la somme d’actions individuelles soumises à des contraintes.

Les acteurs sociaux sont rationnels en principe.

La compréhension des faits sociaux repose sur des modèles qui mobilisent des idéaux types.

La difficulté de l’analyse sociale provient de l’agrégation des comportements individuels : la somme des comportements peut déboucher sur des effets pervers (1977), càd non désirés.

 

  • Analyses

- L’inégalité des chances (1973) : chacun trouve un intérêt personnel à poursuivre des études pour améliorer sa situation. Mais cela entraîne comme effet pervers une augmentation de la compétition scolaire : le coût des études s’accroît, ce qui pénalise les individus qui ne possèdent pas les ressources adaptées. En effet, la démocratisation scolaire doit être accompagnée d’une augmentation des positions sociales élevées, qui dépendent d’autres facteurs. Cela ne favorise donc pas la mobilité sociale.

- Le changement social : rejet des théories déterministes. Il n’existe pas de lois générales de l’évolution. Le changement social provient de l’innovation ou du hasard : c’est la place du désordre (1984). Les théories du changement doivent prendre en considération la complexité du social et donc rester locales, partielles et datées.

- Les croyances collectives : il peut être rationnel de croire en des idéologies, càd des idées fausses ou douteuses (1986). En fonction de la culture des individus ou de leur place dans la société, des croyances irrationnelles prennent un sens (1990). Ex : la théorie économique du développement repose sur des hypothèses qui ne sont pas clairement énoncées.

- Le sens des valeurs : Boudon critique le relativisme (1995). Les valeurs morales se fondent sur de bonnes raisons : les jugements de valeur sont liés à des jugements de fait évaluables de manière objective.

 

Conclusion :

Analyses foisonnantes ; véritables systèmes de pensée ; grilles de lectures sociales.

Mais nombreuses critiques possibles (voir au sein des thèmes abordés).

 

Références :

ANSART, Pierre : Les sociologies contemporaines, Seuil, 1990

BOUDON, Raymond : Les mathématiques en sociologie, Puf, 1971

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOUDON, Raymond : Effet pervers et ordre social, Puf, 1977

BOUDON, Raymond : La logique du social, Hachette, 1979

BOUDON, Raymond : La place du désordre, Puf, 1984

BOUDON, Raymond : L’idéologie, Fayard, 1986

BOUDON, Raymond : L’art de se persuader, Fayard, 1990

BOUDON, Raymond : Le juste et le vrai, Fayard, 1995

BOUDON, Raymond : Etudes sur les sociologues classiques, Puf, 1998

BOUDON, Raymond : Le sens des valeurs, Fayard, 1999

BOUDON, Raymond : Etudes sur les sociologues classiques II, Puf, 2000

BOUDON, Raymond : Déclin des valeurs ? Déclin de la morale ?, Puf, 2002

BOUDON, Raymond : Raison, bonnes raisons, Puf, 2003

BOURDIEU, Pierre & PASSERON, Jean-Claude : Les héritiers, Minuit, 1964

BOURDIEU, Pierre ; BOLTANSKI, Luc ; CASTEL, Robert & CHAMBOREDON, Jean-Claude : Un art moyen, Minuit, 1964

BOURDIEU, Pierre & DARBEL, Alain : L’amour de l’art, Minuit, 1966

BOURDIEU, Pierre & PASSERON, Jean-Claude : La reproduction, Minuit, 1970

BOURDIEU, Pierre : La distinction, Minuit, 1979

BOURDIEU, Pierre : Ce que parler veut dire, Fayard, 1982

BOURDIEU, Pierre : Homo academicus, Minuit, 1984

BOURDIEU, Pierre : La noblesse d’Etat, Minuit, 1989

BOURDIEU, Pierre & WACQUANT, Loïc : Réponses, Seuil, 1992

BOURDIEU, Pierre : Les règles de l’art, Seuil, 1992

BOURDIEU, Pierre dir. : La misère du monde, Seuil, 1993

BOURDIEU, Pierre : Sur la télévision, Raisons d’agir, 1996

BOURDIEU, Pierre : La domination masculine, Seuil, 1998

BOURDIEU, Pierre : Les structures sociales de l’économie, Seuil, 2000

BOURDIEU, Pierre : Le bal des célibataires, Seuil, 2002

BOURDIEU, Pierre : Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d’agir, 2004

LAHIRE, Bernard dir. : Le travail sociologique de Pierre Bourdieu, La Découverte, 1999

12:58 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire, Sociologie |  Facebook | | |