06/02/2012

Les normes et les valeurs

Les normes et les valeurs posent la question de l’intégration sociale.

Il s’agit de comprendre ce qui peut unir des individus dans une société ou les séparer.

  • La tradition utilitariste

Pour les utilitaristes (Bentham) les normes et les valeurs doivent être expliquées par des lois de la nature humaine. Les individus choisissent les actions qui ont les conséquences les plus désirables. Par extension, l’utilitarisme suppose des individus rationnels.

Le système des normes émerge grâce à l’intérêt égoïste qui permet de satisfaire les membres de la société (Hume). La norme suppose l’existence de sanctions. Approche aujourd’hui incarnée par la théorie des choix rationnels (Coleman).

  • L’opposition à l’utilitarisme

La tradition utilitariste a fait l’objet de critiques de fond :

-         elle néglige le consensus social (Comte)

-         elle ne prend pas en compte la solidarité des individus (Durkheim)

Six arguments permettent d’opposer la vision utilitariste des autres approches :

-         c’est une théorie abstraite et naturaliste : ne rend pas compte de la complexité du réel

-         la notion d’utilité n’est pas déterminée : peut correspondre à de nombreux objectifs

-         l’action orientée par l’intérêt peut être immorale : tricherie, non respect des normes

-         toutes les normes ne peuvent être utilitaires : les vêtements, le divorce …

-         certains comportements ne peuvent être expliqués par l’utilitarisme : don, sacrifice

-         l’individu utilitariste est rationnel (atome isolé) alors que les individus sont en interaction

Q : une société peut elle se passer de normes et de valeurs ?

 

I] Les valeurs

Les valeurs sont des idéaux collectifs qui définissent dans une société donnée les critères du désirable : les sociétés définissent ce qui est bien et mal, beau et laid, juste et injuste …

Ces valeurs sont interdépendantes, elles forment un « système de valeurs ».

  • Les valeurs dans la sociologie classique

Pour Durkheim, la question des valeurs est centrale. L’adhésion à des valeurs communes est essentielle pour l’intégration de l’individu à la société (solidarité).

Les valeurs traditionnelles sont modifiées par la modernisation de la société : la solidarité organique permet de lutter contre une individualisation des buts et des valeurs liée à la division du travail.

Pour pallier à ce risque permanent, Durkheim a forgé dans la dernière partie de son œuvre une approche morale des valeurs qu’une société moderne doit conserver pour rester solidaire.

Pour Weber, la rationalité prend la place des explications basées sur la magie ou les croyances. Mais dans le même temps, la science n’apporte pas de réponses alternatives solides au devenir humain. Face à ce « désenchantement » Weber estime qu’un retour aux valeurs transmises par les religions traditionnelles doit s’imposer.

Le savant doit occuper une place particulière par rapport aux valeurs : il doit s’abstenir de juger les actions. Le savant est celui qui propose les clés de compréhension d’une situation, càd d’interpréter les valeurs qui guident les actions.

On retrouve le concept de rationalité par rapport à une valeur. Cela permet d’expliquer que certaines valeurs soient mieux adaptées à des évolutions sociales que d’autres. Weber pense par exemple que l’éthique protestante est mieux adaptée à l’esprit du capitalisme, ce qui explique la corrélation entre les deux.

  • Vers un système de valeur

Pour Parsons (1966), les valeurs sont les données ultimes qui expliquent à la fois la cohérence et la spécificité d’une culture. On peut étudier et comparer des sociétés à travers les valeurs de fond qui les caractérisent. Cela peut faire apparaître les différences essentielles entre plusieurs sociétés et comprendre l’influence des valeurs sur l’action sociale.

Le système de valeur doit en effet être adapté au comportement d’une société. Pour Mendras il faut une « congruence » entre les valeurs et l’idéologie, entre les valeurs et les pratiques.

Les valeurs évoluent donc dans le temps et dans l’espace (évidemment). La sociologie n’est pas la seule science à vouloir les caractériser : philosophie ou économie.

Enfin, grand intérêt : les enquêtes internationales et longitudinales sur les valeurs. Elles sont le matériau de nombreuses analyses extrêmement intéressantes (Stoetzel, Boudon …).

 

II] Les normes

Les valeurs d’une société se concrétisent dans un ensemble que l’on dénomme « normes ».

  • Les normes sont sociales

Les normes sociales sont des règles qui régissent les conduites individuelles et collectives d’une société. Elles font l’objet de sanctions en cas de non respect ou de transgression.

Cependant la sanction n’est pas automatique car il est difficile d’isoler et d’étudier les normes.

Mendras souligne qu’une norme se reconstruit à la suite d’une étude de données diverses : opinions, comportements et situations sociales.

Ex : fumer dans un lycée (contrevient à une norme) ou devant un lycée (pas de sanction)

Il faut donc distinguer l’opinion et la norme par le critère essentiel de la sanction : un groupe est prêt à intervenir, à défendre le non respect d’une norme, pas d’une opinion.

Les normes évoluent dans le temps : elles peuvent devenir moins (ou plus) importantes pour une société. Ex : les enfants hors mariage représentent la moitié des naissances

Il est donc possible que des normes sociales ne se traduisent pas par des pratiques sociales.

  • Normes et opinions

Le paradoxe de Merton (repris par Boudon) montre cette influence croisée entre opinions et normes. Un groupe qui a plus d’opportunités de réussir est beaucoup plus insatisfait qu’un groupe dont les chances sont moindres. L’insatisfaction provient du fait que l’on ne trouve pas normal de réussir comme les autres. (Merton compare les promotions dans l’armée ; Boudon montre qu’une baisse du chômage peut augmenter l’insatisfaction de la population).

Ex : la croissance économique et le sentiment d’insécurité peuvent augmenter ensemble

Il faut que le groupe qui produit les normes ait une certaine cohérence : les situations sociales et les intérêts des individus doivent se rapprocher pour faire émerger des règles.

Ex : aménagement du territoire (services publics dans des zones peu peuplées)

Enfin, Mendras souligne le fait qu’une société se conforme à un ensemble, un « système de normes » et pas à des règles déterminées (et choisies au cas par cas comme des lois).

Ex : la politesse, le mariage, l’école …

On parle dans ce cas d’institutionnalisation des normes : càd qu’un groupe intériorise les règles et sanctionnera tout manquement. Cela n’écarte pas les conflits de normes (jeunes / adultes) ou le fait qu’en fonction des situations sociales (du contexte) la norme soit plus ou moins souple.

 

III] Conformité et déviance

L’existence de normes entraîne deux types de comportements : la déviance (refus de se conformer aux normes) ou la conformité (respect des normes). Ces comportements sont objectifs et non moraux : on peut se conformer sans adhérer ou croire aux normes.

  • La conformité est une notion à géométrie variable

La diversité des règles rend nécessaire une certaine tolérance par rapport à la sanction du non respect. En fonction du contexte (et du temps) on apprend quelles sont les normes essentielles.

Milgram (1974) a montré les risques de la conformité aux normes : un individu peut obéir à des injonctions qu’il refuserait en principe, par simple application de la règle.

Le statut social de l’individu influence la conformité : on exige plus de respect de la part de certaines personnes (curé, professeur, parent …).

Le développement des techniques de surveillance (Lyon, Mattelart) fait disparaître certains espaces d’intimité et d’opacité sociale, pourtant nécessaires à une certaine souplesse d’interprétation des normes.

Cette conformité peut s’expliquer par les progrès de la civilisation, ce qu’Elias nomme « la civilisation des mœurs ». La vie en société rend nécessaire l’apparition de normes (courtoisie, savoir vivre, hygiène …) qui, de plus, marquent l’expression de la conscience d’une société.

Les incivilités sont notamment beaucoup moins tolérées dans les sociétés modernes.

  • La déviance a un sens social

Par opposition à la conformité, les individus qui ne respectent pas les normes sont déviants.

Il existe de nombreuses hypothèses pouvant justifier la déviance : milieu social, personnalité …. A partir de l’étude de Becker (1963) on considère que le fait de transgresser les normes s’explique par le fait qu’elles sont imposées à un groupe par un autre groupe. Une position supérieure dans la société permet d’imposer sa morale.

Lieberman (1956) montre que les ouvriers qui deviennent chefs changent leurs attitudes envers leurs ex-collègues mais reprennent les anciennes s’ils rétrogradent.

Ce qui est considéré comme déviant peut ne plus l’être si les normes sociales évoluent (ex : homosexualité ou folie). Mais en fonction des milieux sociaux, l’appréciation des normes peut être très différenciée.

Sykes & Matza (1957) étudient les techniques de neutralisation : ce sont les justifications utilisées par les individus pour ne pas appliquer les normes sociales.

-         refus de la responsabilité

-         refus de la blessure

-         accusation de la victime

-         condamnation de ceux qui condamnent

-         espérance d’une loyauté plus élevée

La déviance sert de base aux réflexions sur la criminalité.

 

Conclusion : les rites

La sociologie des normes repose également sur l’ethnologie : un rite est une séquence formalisée d’actes accomplis dans un contexte religieux ou magique (par opposition aux normes d’une société moderne).

Le cérémonial qui accompagne certaines pratiques sociales modernes relève du rituel (ex : repas, concours)

 

Références :

BECKER, Howard : Outsiders, Metailié, 1963

BENTHAM, Jeremy : An introduction to the principles of morals and legislation, Oxford University Press, 1781

BOUDON, Raymond & LEROUX, Robert : Y a t’il encore une sociologie ?, Odile Jacob, 2002

BOUDON, Raymond : Déclin de la morale ? Déclin des valeurs ?, Puf, 2002

COLEMAN, James : Foundations of social theory, Harvard University Press, 1990

COMTE, Auguste : Leçons de sociologie, Gallimard, 1839

DURKHEIM, Emile : De la division du travail social, Puf, 1893

DURKHEIM, Emile : L’éducation morale, Puf, 1903

ELIAS, Norbert : La civilisation des mœurs, Calmann Levy, 1969

LIEBERMAN, Seymour : Les effets de changements de rôles sur les attitudes, in MENDRAS, Henri dir., Eléments de sociologie Textes, Armand Colin, 1956

LYON, David : Surveillance studies, Polity, 2007

MATTELART, Armand : La globalisation de la surveillance, La Découverte, 2007

MENDRAS, Henri : Eléments de sociologie, Armand Colin, 1989

MERTON, Robert : Eléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1953

MILGRAM, Stanley : Soumission à l’autorité, Calmann Levy, 1974

PARSONS, Talcott : Sociétés Essai sur leur évolution comparée, Dunod, 1966

STOETZEL, Jean : Les valeurs du temps présent, Puf, 1983

SYKES, Gresham & MATZA, David : Techniques of Neutralization: A Theory of Delinquency, American Sociological Review, 1957

WEBER, Max : Ethique protestante et esprit du capitalisme, Gallimard, 1905

WEBER, Max : Le savant et le politique, La Découverte, 1921

WEBER, Max : Essais sur la théorie de la science, Pocket, 1922

22:54 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

04/02/2012

Le lien social

Terme à manipuler avec précaution : objet d’interprétations diverses.

Aujourd’hui beaucoup utilisé pour déplorer la « rupture » du lien.

C’est dans l’œuvre de Durkheim (1893) qu’on le voit apparaître pour montrer la modification des solidarités issues de la division du travail : mais utilise le terme de « solidarité » mécanique/organique.

Ouvrage de synthèse Pierre Bouvier (2005) : utilise la socio-anthropolgie càd l’analyse de faits sociaux consacrés par des pratiques individuelles et collectives. Or ces pratiques ont pour objet d’inclure et d’exclure les autres individus, le lien est donc une dynamique à caractère politique.

Opposition classique : montée de l’individualisme/affaiblissement du lien social.

La liberté individuelle obtenue par les citoyens s’accompagne d’un « désenchantement » car elle est porteuse de contraintes (voir Weber ou Gauchet) notamment du fait de la place qu’elle donne à la responsabilité individuelle dans les succès ou les échecs.

Q : existe t’il réellement un lien entre les membres d’une société ?

 

I] La socialisation

Correspond au fait de développer des relations sociales, de former un groupe social.

A également été utilisé pour montrer la collectivisation de la production.

  • La fin des communautés

Tönnies (1887) parle du passage de la communauté (basée sur la coutume) à celle de la société (reposant sur la rationalité).

Weber prolonge cette analyse et distingue la socialisation communautaire : fondée sur l’appartenance commune et héritée ; et la socialisation sociétale (taire) : fondée sur l’association volontaire, la concurrence, les intérêts ou les convictions.

La socialisation s’applique à de nombreux sujets. Ex : scolarisation, famille ou politique

Durkheim définit la socialisation comme le processus par lequel une société impose aux enfants ses manières de penser, de sentir et d’agir. Insistance sur la transmission de valeurs : intergénérationnelle et institutionnelle. (Place de l’école essentielle dans sa pensée).

Piaget (1977), psychologue et pédagogue, proposera une autre définition : aspect du développement de l’enfant impliquant l’accès à des systèmes d’interaction qui constituent des formes de coopération par lesquelles il acquiert l’usage de règles, le sens des valeurs et l’acquisition des signes. Conception morale forte. Rôle des enfants ou des adultes prépondérants. Dubar montre que ces deux approches structurent l’étude de la socialisation pour les sociologues (institutions et culture) et pour les psychologues (génétique et cognition).

  • Un fait social difficile à délimiter

Parsons (1955) a également avancé sa définition : la socialisation est un processus systémique qui assure à la fois la reproduction des fonctions sociales vitales des sociétés modernes et le développement psychique des enfants et adolescents, à travers les crises et les phases d’identification qui sont nécessaires à l’intériorisation de ces impératifs fonctionnels. Théorie totalisante (systémique) qui permet de tout englober mais complexe.

Une nouvelle approche de la socialisation est apparue : Berger & Luckmann (1966) c’est une construction sociale de la réalité, un processus symbolique d’intériorisation et d’objectivation du monde dans lequel on vit.

 

II] L’intégration

Désigne les processus par lesquels les individus aussi bien que les institutions d’une même entité sociale sont amenés à se comporter de manière convergente. Englobe donc les comportements individuels et collectifs.

  • Ce que l’intégration n’est pas

On analyse souvent l’intégration par son opposition : l’exclusion. Mais elle peut également se distinguer de la fragmentation ou de l’éparpillement.

L’intégration suppose une certaine cohérence. Certaines structures soutiennent et imposent l’ordre social. De même, l’intégration se fonde sur des comportements humains. Boudon (1995) montre qu’il existe de « bonnes raisons » sociales et individuelles de se comporter d’une certaine manière.

L’intégration est un phénomène dont les dimensions nationale, internationale et régionale sont marquantes : on le constate pour les communications. Les TIC favorisent la diffusion mondiale de normes d’intégration (la télévision également). Cependant, des considérations locales et régionales cherchent également à s’imposer On retrouve les limites de l’intégration.

  • L’intégration et les individus

L’intégration permet de comprendre des comportements de ségrégation ou d’exclusion : certains groupes sociaux sont en marge de la société, ils ne sont pas intégrés. Cela découle de préjugés, de discriminations et de relations de pouvoir. C’est le problème de la déviance (le non respect des normes). Au nom de l’intégration sociale, les pouvoirs publics vont mener des politiques d’insertion (ex : logement, éducation prioritaire). Mais ces politiques n’ont pas permis de rétablir une égalité des chances.

L’intégration peut entrer en conflit avec les groupes sociaux qui cherchent à affirmer leur autonomie : mouvement écologiste, féministe … Par extension, le modèle multiculturel pose les même problèmes d’intégration : peut-on créer du lien social en ne vivant qu’entre soi ? On retrouve des crispations liées à la laïcité (Dubet) ou à l’ethnicité (Wieviorka) que le processus démocratique n’arrive pas à trancher.

 

III] L’exclusion

Notion moderne dont le sens n’est pas tranché. Apparue en 1965 pour décrire le mouvement ATD Quart Monde.

  • Une situation paradoxale

L’exclusion marque le décalage entre la richesse croissante d’une société et le maintien d’une partie de la population aux marges du progrès économique et social, Paugam (1996).

L’exclusion sociale ne se développe pas dans les 60’s car on estime que les exclus sont dans une situation d’inadaptation sociale.

La crise économique montre que le phénomène n’est pas marginal, qu’il est au contraire persistant et se propage dans tous les milieux sociaux d’après Lenoir (1974).

L’exclusion est une notion ayant plusieurs dimensions : elle touche aussi bien l’emploi que l’éducation ou le logement …

L’exclusion est donc une situation de pauvreté qui ne permet pas aux individus de participer réellement à la société. Elle induit une mise à l’écart du mode de vie dominant et s’accompagne d’un cumul de handicaps : santé, échec scolaire, insertion professionnelle …

  • Exclusion et pauvreté

Certaines analyses classiques de la pauvreté ont fait de l’exclusion un phénomène culturel : puisque les familles en situation d’exclusion fonctionnent comme une société à part et incorporent des valeurs défaitistes, Lewis (1961).

L’exclusion et la pauvreté s’expliquent aussi par l’absence d’opportunités économiques objectives combinée à un échec de la socialisation. Merton y voit par exemple une absence d’intériorisation des fins et des moyens de la société américaine.

Paugam (1993) insiste sur la difficulté de définir la pauvreté et l’exclusion sans tomber dans une catégorisation de la population sans réelle portée. L’exclusion est donc plus une dynamique qu’un état de fait objectif. C’est l’aboutissement d’un processus de disqualification sociale (1991) : la place occupée par le travail est de plus en plus fragilisée. Après des années de développement du salariat, celui ci n’est plus aussi protecteur socialement, Castel (1995). L’exclusion traduit finalement une situation de relégation, tant spatiale (comme les quartiers étudiés par Dubet & Lapeyronnie) que sociale, Bourdieu (1993).

 

IV] L’anomie

C’est l’absence de règle, de norme ou de loi.

  • Une notion durkheimienne

Notion introduite en sociologie par Durkheim pour marquer l’échec de la division du travail social, càd l’absence de solidarité. L’anomie peut s’expliquer par des situations économiques : crises, faillites…

C’est dans son analyse du suicide qu’il reprend et étend la notion d’anomie : c’est une des variables explicatives. C’est l’insuffisante réglementation sociale des aspirations individuelles. L’anomie vise tant la vie familiale que la vie économique. L’augmentation du potentiel d’action peut engendrer une frustration. C’est donc une conséquence de la modernisation.

L’anomie n’a pas gardé cette place centrale qu’elle avait dans l’œuvre de Durkheim. Le concept revient avec les nouvelles analyses du suicide des années 50 aux Etats-Unis. Elle a permis d’illustrer les grandes modifications sociales et économiques de l’après guerre.

  • Reformulation du concept

Merton (1938) reprend le terme et en fait le résultat de la discordance entre les buts culturels qu’une société propose à ses membres et les moyens institutionnels légitimes dont ils disposent pour y parvenir. Certains individus vont donc adopter des comportements déviants car ils ne possèdent pas ces moyens légitimes.

L’anomie traduit donc une frustration, contre laquelle il existe plusieurs comportements d’adaptation selon Merton.

-conformisme : accepter les normes et les valeurs

-innovation : trouver les moyens d’y parvenir

-rébellion : refuser les normes et les valeurs pour en imposer d’autres

-évasion : refuser les normes et les valeurs

-ritualisme : attachement aux rites plus fort que les valeurs

 

Conclusion :

Le lien social ne doit pas déboucher sur la conformité (le conformisme) comme le rappellent les recherches de Milgram ou de Zimbardo (Stanford Prison Experiment).

 

Références :

BERGER, Peter & LUCKMANN, Thomas : La construction sociale de la réalité, Armand Colin, 1966

BOUDON, Raymond : Le juste et le vrai, Fayard, 1995

BOURDIEU, Pierre dir. : La misère du monde, Seuil, 1993

BOUVIER, Pierre : Le lien social, Gallimard, 2005

CASTEL, Robert : Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995

DUBAR, Claude : Socialisation, in MESURE, Sylvie & SAVIDAN, Patrick dir., Le dictionnaire des sciences humaines, Puf, 2006

DUBET, François & LAPEYRONNIE, Didier : Les quartiers d’exil, Seuil, 1992

DUBET, François : La laïcité dans les mutations de l’école, in WIEVIORKA, Michel dir., Une société fragmentée, La Découverte, 1996

DURKHEIM, Emile : De la division du travail social, Puf, 1893

DURKHEIM, Emile : Le suicide, Puf, 1897

GAUCHET, Marcel : Le désenchantement du monde, Gallimard, 2005

HANEY, Craig ; BANKS, Curtis & ZIMBARDO, Philip : Interpersonal dynamics in a simulated prison, International Journal of Criminology and Penology, 1973

LENOIR, René : Les exclus, Seuil, 1974

LEWIS, Oscar : Les enfants de Sanchez, Gallimard, 1961

MERTON, Robert : Social structure and anomie, American Sociological Review, 1938

MERTON, Robert : Eléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1953

MILGRAM, Stanley : Soumission à l’autorité, Calmann Levy, 1974

PARSONS, Talcott : Eléments pour une sociologie de l’action, Plon, 1955

PAUGAM, Serge : La disqualification sociale, Puf, 1991

PAUGAM, Serge : La société française et ses pauvres, Puf, 1993

PAUGAM, Serge : La constitution d’un paradigme, in PAUGAM, Serge dir., L’exclusion : l’état des avoirs, La Découverte, 1996

PIAGET, Jean : Etudes sociologiques, Droz, 1977

TÖNNIES, Ferdinand : Communauté et société, Retz, 1887

WEBER, Max : Ethique protestante et esprit du capitalisme, Gallimard, 1905

WEBER, Max : Economie et société, Plon, 1922

WIEVIORKA, Michel : Le racisme, une introduction, La Découverte, 1998

15:45 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

L'action

Qu’est ce que la sociologie ? Titre d’ouvrages classiques (Elias ou Lazarsfeld) car question récurrente de la matière.

Introduction de l’ouvrage de Mendras : refus de donner une définition qui viendrait réduire le domaine de la sociologie.

La sociologie est l’étude des faits sociaux … elle est plus l’application d’une méthode qu’une science pure : il s’agit d’expliquer les actions des individus et de les comprendre.

La sociologie est traversée par de nombreux courants dont les méthodologies ou les centres d’intérêts sont variables mais se retrouvent sur un point : l’étude de l’homme en société.

La sociologie doit donc se confronter à d’autres matières telles que l’anthropologie ou la psychologie sociale dont les préoccupations sont analogues (quoique) ou de domaines quasi concurrents comme l’économie.

Q : quel est le registre des actions des individus en société ?

 

I] L’action individuelle

Expliquer un phénomène social suppose d’en retrouver la cause.

  • La sociologie postule que la causalité n’est pas simple

Pareto (1916) économiste et sociologue proposait de différencier action logique (rationnelle et donc économique) des actions illogiques (sociologiques).

Toute action est basée sur des raisons qu’il appartient de faire apparaître.

Selon Weber (1922) les actions peuvent être traditionnelles (coutume), affectives ou rationnelles. La rationalité de l’action peut être instrumentale : en raison de règles ; ou axiologique : en raison de valeurs.

Les causes de l’action peuvent être individuelles (individualisme méthodologique) ou collectives (holisme). Grand débat de fond de la sociologie = dépassé aujourd’hui

  • Choix rationnel ou structuralisme ?

L’action sociologique n’est elle alors qu’une variante de l’économie, doit-elle en adopter les méthodes et les définitions ? Oui selon Coleman (1990) : c’est la théorie du choix rationnel.

Sociologie et économie ne diffèrent que par leur objet d’étude.

Au contraire, l’approche structuraliste (Levi-Strauss) considère que ce sont les structures sociales qui s’imposent à l’individu.

L’action est donc indissociable des croyances de l’individu. Cela permet à la sociologie d’analyser la religion, la participation politique, la famille … autant de sujets où le comportement humain obéit à une logique parfois paradoxale.

Boudon met par exemple l’accent sur les effets pervers de certaines actions (racisme) ou sur l’idéologie cachée derrière d’autres actions (développement).

 

II] L’interaction

L’interaction est le processus par lequel nous agissons et réagissons face aux individus qui nous entourent.

  • L’importance du contexte

Dans un monde globalisé où les communications dépassent les frontières, les interactions changent car elles impliquent des contacts entre cultures variées (Giddens).

Ex : touristes anglais aiment être dépaysés et aller dans des pubs ou au McDo

L’étude de l’interaction est souvent basée sur les aspects les plus routiniers de la vie sociale : elle cherche à donner un sens aux activités quotidiennes.

Tout une école sociologique se penche dans cette optique sur l’interactionnisme symbolique : les situations sociales sont déterminées par un contexte et par une construction par les acteurs. Ex : étude des vagabonds, des gangs, des médecins, de la ville

Ce courant explique l’action sociologique par les interactions entre individus.

  • Interaction, groupe et communication

L’interaction traduit une logique de groupe (généralement restreints) et essaye de faire apparaître les rapports d’influence entre eux.

Ex : les recherches de Mayo (1933) ou de Lewin (1959) en psychologie sociale

Grâce à l’analyse des interactions on peut identifier des meneurs (leaders) et comprendre des processus de décision. Cela découle notamment des processus de communication du groupe. Ex : centralisation

Giddens évoque ainsi l’importance de la communication non verbale : visage, gestes et émotions dans l’explication des comportements.

Le problème des interactions est leur généralisation à une société de masse. Ce sont souvent des rapports personnels qui expliquent des actions sociales. Ex : les opinions politiques

Un autre courant de pensée a mis en valeur l’intérêt de l’interaction pour la sociologie : l’ethnométhodologie (représentée par Garfinkel). Ce courant montre que les individus mettent en place des méthodes qui ont pour but de donner du sens à leurs actions.

Ex : jury, négociation commerciale, conversation banale …

Giddens estime que les interactions traduisent la sociologie de la vie quotidienne et permettent de mieux expliquer les actions.

Ex : s’asseoir à côté de quelqu’un dans un bus interfère avec son espace personnel

Il faut donc prendre en compte les notions de temps et d’espace pour étudier les interactions.

 

III] L’action collective

C’est le moyen utilisé par les individus pour poursuivre des buts valorisés lorsque l’action individuelle est impossible ou risque d’échouer.

  • Les organisations

L’action collective est souvent l’origine des organisations : entreprises, administrations, associations … Friedberg fait de l’organisation le produit de l’action collective, elle se justifie par les limites de la rationalité des acteurs.

L’action collective implique des actes coordonnés (étudiés par le management notamment) et des objectifs communs. Cela s’applique aux émeutes, aux modes, aux paniques ou à tout phénomène de masse. C’est également un domaine de la psychologie sociale car cela mobilise des notions telles que l’instinct, l’imitation ou la régression.

La sociologie propose également des explications basées sur la mobilisation.

Ex : les conflits du travail, le syndicalisme

  • Les nouvelles méthodes d’expression collective

L’action collective est le moyen de faire valoir le point de vue de groupes.

Ex : boycott, consommation citoyenne

Les groupes d’intérêt (lobbies) sont une des traductions les plus importantes de l’action collective. Olson (1966)parle du « paradoxe de l’action collective » car les individus vont chercher à utiliser à leur profit cette action. Les biens collectifs peuvent pousser les individus à en profiter sans en supporter le coût. Ce sont des passagers clandestins (free riders).

Hirschman (1970) a proposé un modèle général de l’action collective, 3 choix existent : exit, voice ou loyalty. Soit on quitte le groupe, soit on prend la parole, soit on reste loyal.

 

IV] Les mouvements sociaux

Ce sont des cas spécifiques d’action collective.

  • La mobilisation

Les mouvements découlent d’une mobilisation : être disponible pour l’action. On peut associer mouvements sociaux et modernisation : ils sont la dynamique qui permettent à une société d’évoluer.

On peut associer mouvements et politique : engagement pour modifier la société, Tilly (2006).

La mobilisation des mouvements sociaux peut s’expliquer par 2 grands facteurs : l’organisation et les ressources d’un groupe.

  • Le sens des mouvements sociaux

Comme l’action collective permet d’exprimer de nouveaux intérêts, les mouvements sociaux traduisent les nouvelles préoccupations d’une société. On parle de « nouveaux mouvements sociaux » décrits notamment par Touraine.

Ex : l’environnement ou les « sans » (domicile, papiers …)

Pour Touraine & Khosrokhavar (2000) la mobilisation permet de s’affirmer en tant que sujet (donne un sens à l’action).

Les mouvements sociaux ont une forte dimension symbolique : la mobilisation est identitaire. Elle traduit l’état d’esprit des participants.

Les médias jouent un rôle déterminant dans la construction de ces mouvements : ils éclairent l’identité de l’action et en traduisent une perception.

Ex : crise des banlieues ou CPE

Les mouvements sociaux peuvent être également à visée négative : action de minorités, conservatisme ou populisme.

Ex : grèves de 1995 = le grand refus

 

Conclusion :

L’action éclaire la sociologie.

Elle fait apparaître la grande diversité des approches sociologiques.

 

Références :

BOUDON, Raymond : Effet pervers et ordre social, Puf, 1979

BOUDON, Raymond : L’idéologie, Fayard, 1986

COLEMAN, James : Foundations of social theory, Belknap, 1990

ELIAS, Norbert : Qu’est ce que la sociologie ?, Editions de l’Aube, 1970

FRIEDBERG, Ehrard : La dynamique de l’action organisée, in CABIN, Philippe dir., Les organisations, Editions Sciences humaines, 1999

GARFINKEL, Harold : Recherches en ethnométhodologie, Puf, 1967

GIDDENS, Anthony : Sociology, Polity, 2001

HIRSCHMAN, Albert : Défection et prise de parole, Fayard, 1970

LAZARSFELD, Paul : Qu’est ce que la sociologie ?, Gallimard, 1970

LEVI-STRAUSS, Claude : Anthropologie structurale, Plon, 1958

LEWIN, Kurt : Psychologie dynamique, Puf, 1959

MAYO, Elton : The human problems of an industrial civilization, Routledge, 1933

MENDRAS, Henri : Eléments de sociologie, Armand Colin, 1989

OLSON, Mancur : Le paradoxe de l’action collective, Puf, 1966

PARETO, Vilfredo : Traité de sociologie générale, Droz, 1916

TILLY, Charles : Regimes and repertoires, University of Chicago press, 2006

TOURAINE, Alain & ali : Le grand refus, Fayard, 1996

TOURAINE, Alain & KHOSROKHAVAR, Farhad : La recherche de soi, Fayard, 2000

WEBER, Max : Economie et sociétés, Plon, 1922

15:44 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |