10/02/2012

Les institutions

Le terme « institution » recouvre l’ensemble des lois qui régissent une cité : c’est une notion d’origine politique.

Pour Durkheim, ce sont toutes les croyances et tous les modes de conduite institués pour la collectivité. La sociologie est la science des institutions, de leur genèse et de leur fonctionnement. Les faits sociaux sont définis en termes d’institutions, ce qui permet de montrer leur transmission, leur respect, leur origine …

On retrouve les termes d’un conflit de méthodes entre sociologie et histoire : les historiens étudient des événements qui sont uniques par nature. (A l’origine de la création d’un nouveau courant de pensée : l’école des Annales).

Pour Saussure (1916) c’est le langage qui est une institution humaine. Au contraire des lois ou des coutumes, la langue n’est déterminable que par des rapports humains.

Pour Weber, il faut distinguer trois types de groupements sociaux :

-         les entreprises : poursuite d’objectifs spécifiques

-         les associations : soumission volontaire à des règlements

-         les institutions : les règlements s’imposent à une partie de la population

L’Etat et l’Eglise sont donc les principales institutions.

Dans l’œuvre de  Parsons, on trouve trois grandes approches de la notion :

-         le contenu des intérêts personnels des agents est organisé par des institutions sociales : critique de l’approche économique rationnelle

-         les institutions sont la base d’interactions qui entraînent des comportements variables : allant de l’institutionnalisation à l’anomie

-         les institutions font l’interface entre culture et société

Gurvitch (1950) critique ce terme du fait de sa polysémie : notion trop large (comprend les croyances, les valeurs, les idées …) et trop étroite (aucune place pour le désordre).

Pour Boudon (1979) les institutions ne servent qu’à distinguer entre les systèmes fonctionnels et les systèmes d’interdépendance (qui ne renvoient pas à un arrangement institutionnel).

Berger & Luckmann considèrent qu’une institution suppose un triple processus :

-         extériorisation : sont instaurées par des individus

-         objectivation : acquisition d’une réalité extérieure

-         intériorisation : acceptation par une communauté

Q : les institutions facilitent elles les relations sociales ?


I] Le pouvoir

Le pouvoir est un rapport social entre des individus ou des groupes sociaux.

  • Le pouvoir brut

Russel (1938) estime que le pouvoir est la production d’effets recherchés : « pouvoir de ».

Tandis que Baechler (1978) insiste sur le fait que les individus s’appuient sur d’autres individus pour atteindre leurs objectifs : « pouvoir sur ».

Pour Weber (1922) le pouvoir est toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa propre volonté, même contre des résistances. Cela met en valeur l’existence d’une opposition potentielle.

Ainsi, Weber insiste sur les aspects coercitifs du pouvoir : l’Etat par exemple dispose du monopole de la contrainte physique légitime dans le domaine politique. La force est donc le garant ultime du pouvoir. L’acceptation du pouvoir repose donc à la fois sur la légitimité et la contrainte : cela permet de coordonner l’autorité selon des configurations variables.

  • Aspects inter-relationnels

Pour Dahl (1961) le pouvoir est la capacité d’une personne à obtenir qu’une autre fasse quelque chose qu’elle n’aurait pas fait sans cette intervention. C’est une relation asymétrique. Peu importent les moyens : force, menace, manipulation … D’autant qu’il conteste l’idée que les décideurs représentent un ensemble unitaire et cohérent : son étude porte sur une ville américaine et sur trois types de décisions (nomination des candidats politiques, rénovation urbaine et éducation) et fait apparaître une pluralité des centres de décision. Les décideurs se spécialisent en fonction de la nature du problème à traiter. Les ressources du pouvoir local sont donc fragmentées. Mais particularité propre au système politique US.

Pour Elias (1987) c’est la complexité de la division du travail dans les sociétés contemporaines qui rend les hommes dépendants les uns des autres : le pouvoir naît de cette interdépendance. L’exercice du pouvoir découle du fait qu’un individu dépend davantage d’autrui, que celui ci ne dépend de l’individu.

Pour Crozier & Friedberg (1977) le pouvoir est la capacité d’obtenir par négociation qu’une autre personne réalise un échange qui soit favorable. Les relations entre individus sont déséquilibrées, mais toute personne dispose d’un pouvoir variable en fonction du contexte. Cette marge est la zone d’incertitude que chaque individu contrôle dans une organisation.

Ex : expertise, contrôle de l’information, lien avec l’environnement, maîtrise des règles

 

II] La domination

La notion de domination tend à analyser la dynamique du pouvoir.

  • Les sources de la domination

Pour Marx (1846) la domination est indissociable de la lutte des classes pour la propriété des moyens de production. Elle découle en premier lieu de l’exploitation économique.

De plus, la domination relève d’une exploitation idéologique : les pensées de la classe dominante tendent à s’imposer. Enfin, la domination est politique car les classes dirigeantes s’approprient l’appareil d’Etat.

Selon Weber (1922) il existe deux formes de domination :

-         la domination par constellation d’intérêts : d’origine économique

-         la domination par autorité : rapport de commandement et d’obéissance

On retrouve des notions familières à sa pensée : l’obéissance peut découler de la tradition, du charisme ou de la rationalité. Ce sont les fondements de la légitimité.

Dahrendorf (1959) distingue le pouvoir et l’autorité : le pouvoir est une relation liée à la personnalité des individus, alors que l’autorité découle de la légitimité à user du pouvoir. Les relations de fait et de droit sont distinctes et fondent les différences de classe. Les dirigeants sont autorisés à commander et les autres sont obligés d’obéir.

  • La domination à l’origine des rapports sociaux

Pour Bourdieu, les rapports de domination sont au cœur de l’analyse sociologique (1994). Ils découlent des positions sociales occupés par les individus dans des champs. Les positions dépendent de la quantité de capital possédée et de la nature de ce capital (économique ou culturel). A l’intérieur de chaque champ, les classes dominantes (celles qui possèdent le plus de capital adapté) justifient de manière symbolique leur situation pour légitimer leur domination. Analyse à rapprocher de l’étude des élites.

Ex : les institutions scolaires sont dominées par les grandes écoles

Ex : le patronat français est composé d’une élite très restreinte

Pour Giddens (1979) la domination découle de la structure de la société : celle ci se constitue sur des interactions, des relations de pouvoir asymétriques, des ressources inégales … Le pouvoir et la domination sont complémentaires : ils permettent de constituer la structure de la société, càd de favoriser des relations (qui ne sont pas figées).

 

III] La négociation

C’est un processus par lequel deux ou plusieurs parties interagissent dans le but d’atteindre une position acceptable au regard de leurs divergences.

  • Négocier dans les conflits

La négociation permet aux individus de résoudre les conflits sociaux.

C’est toutefois une notion qui brasse des intérêts variés et contradictoires (individuels, collectifs …) et dont l’équilibre n’est pas toujours stable.

La négociation suppose au préalable une divergence d’intérêt. C’est à la suite d’un processus d’échange et de concessions réciproques que cette divergence pourra être résolue.

Les parties qui négocient sont dans une situation de dépendance, qui peut être mutuelle ou asymétrique.

On peut utiliser les outils de la théorie de jeux stratégiques pour modéliser la négociation : c’est un processus qui tend vers l’équilibre. Mais il faut également prendre en compte les aspects culturels, et la spécificité du processus de communication adopté.

  • L’extension du domaine de la négociation

La négociation a ainsi émergé dans le domaine de la diplomatie pour régler les litiges militaires. Elle a connu une forte expansion dans le domaine du commerce. Elle est aujourd’hui une notion transversale : du travail, Reynaud (1995) à la famille, Kaufmann (1992).

Mais même si de nombreuses disciplines apportent leur pierre à l’édifice (économie, anthropologie ou psychologie notamment), il n’existe pas de théorie de la négociation : on se contente de la comprendre et d’en identifier les facteurs clés.

Ex : analyses de la crise des missiles à Cuba par Aron ou Crozier

C’est finalement plus un processus créateur de lien social, qu’un but en soi, Thuderoz (2000).

 

Conclusion :

Il faut aller au delà des rapports juridiques pour comprendre la société.

Cependant, il est nécessaire de tenir compte des institutions pour analyser le changement social, les conflits d’intérêt …

 

Références :

BAECHLER, Jean : Le pouvoir pur, Calmann Levy, 1978

BERGER, Peter & LUCKMANN, Thomas : La construction sociale de la réalité, Armand Colin, 1966

BOUDON, Raymond : La logique du social, Hachette, 1979

BOURDIEU, Pierre : Raisons pratiques, Seuil, 1994

CROZIER, Michel & FRIEDBERG, Ehrard : L’acteur et le système, Seuil, 1977

DAHL, Robert : Qui gouverne ?, Armand Colin, 1961

DAHRENDORF, Ralf : Classe et conflit de classe dans la société industrielle, Mouton, 1959

DURKHEIM, Emile : Les règles de la méthode sociologique, Puf, 1895

ELIAS, Norbert : La société des individus, Fayard, 1987

GIDDENS, Anthony : Central problems in social theory, University of California Press, 1979

GURVITCH, Georges : La vocation actuelle de la sociologie, Puf, 1950

KAUFMANN, Jean Claude : La trame conjugale, 1992

MARX, Karl : L’idéologie allemande, Nathan, 1846

PARSONS, Talcott : The social system, The free press, 1951

PARSONS, Talcott : On institutions and social evolution, University of Chicago Press, 1982

REYNAUD, Jean Daniel : Le conflit, la négociation et la règle, Octarès, 1995

RUSSEL, Bertrand : Le pouvoir, Syllepse, 1938

SAUSSURE, Ferdinand De : Cours de linguistique générale, Payot, 1916

THUDEROZ, Christian : Négociations, Puf, 2000

WEBER, Max : Economie & société, Plon, 1922

20:13 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

06/02/2012

La stratification sociale

Constat invariant : toutes les sociétés sont hiérarchisées.

Cela pose le problème de la différentiation sociale.

Dans certaines sociétés, la différentiation est rigide : les groupes sociaux sont strictement séparés. Ex : les esclaves (Dockès), les castes (Dumont ou Baechler) ou les ordres

La différentiation rigide repose le plus souvent sur le droit, qui consacre la tradition.

Dans toute société, il existe des inégalités entre individus : les rôles et les avantages qui y sont attachés sont différents selon les individus. Ex : proviseur, professeur et étudiant

Ces inégalités entraînent des différences de revenu et de pouvoir.

Cela permet de raisonner sur la justice sociale (mais c’est une autre question).

L’existence d’inégalités de revenu et de pouvoir n’est pas forcément cumulative. Certaines activités confèrent du prestige sans revenu.

La stratification sociale va chercher à regrouper des individus ou à les isoler des autres. Il faut donc trouver des critères pour découper la société et classer les individus en fonction de leur position sociale.

L’inégalité est également abordée en économie, où elle relève de l’individu : cela dépend de sa productivité et de la rareté de son talent. C’est pourquoi les premières analyses des classes sociales proviennent d’économistes (Quesnay ou Ricardo).

Enfin, les bouleversements des sociétés modernes, des révolutions politiques et industrielles ont réduit les inégalités de droit pour laisser place aux inégalités de fait.

Q : la société n’est elle qu’une superposition de classes ?

 

I] Les classes sociales

Elles sont une des modalités de la stratification sociale.

Mais plutôt que de décrire la hiérarchie des individus, l’analyse en termes de classes cherche à faire apparaître les rapports sociaux qui structurent les sociétés.

Généralement cette approche se base sur les conflits ou la domination.

Certains auteurs pensent que c’est une notion inutile ou dépassée. C’est une des rares notions de sociologie que Durkheim n’évoque pas dans son œuvre.

  • L’approche marxiste

Pour Marx (1850), l’origine de la division sociale provient de la sphère de production.

Une classe possède les moyens de production (les capitalistes), l’autre ne peut qu’utiliser sa force de travail (la classe ouvrière). Les propriétaires du capital exploitent les prolétaires, car Marx considère que la valeur provient du travail.

Cependant, comme le note Mendras, Marx n’a jamais donné de définition précise de la classe.

L’histoire est animée par un mouvement de lutte des classes pour la propriété des moyens de production. Si certains individus ne s’opposent pas aux autres (comme les paysans), c’est qu’ils n’ont pas de conscience de classe.

De plus, l’Etat est un instrument de la classe dominante.

Les rapports de classes seront donc conflictuels. Mais le développement du salariat et la différenciation au sein même de la classe ouvrière a affaibli ce raisonnement.

  • L’approche compréhensive

Pour Weber (1922), il existe trois types de groupes sociaux :

-         les classes : hiérarchie économique

-         les groupes de statut : hiérarchie sociale

-         les partis politiques : hiérarchie du pouvoir

Les classes ne font que regrouper des individus qui ont des chances égales d’accès aux biens et à certaines conditions de vie matérielle. Ce ne sont pas des communautés d’intérêt solidaires. Les classes ne traduisent que des opportunités de vie déterminées par le marché.

Les groupes de statut concernent l’honneur social ou le prestige. Le statut repose sur des jugements de valeurs et des évaluations par les autres membres d’une communauté. Les groupes de statut ont des styles de vie différents : des modes de consommation ou des pratiques culturelles à part. Ex : la consommation ostentatoire de Veblen (1899).

Les partis politiques sont formés sur la base de communautés d’intérêts : économique, religieuse ou ethnique. La politique s’incarne dans des bureaucraties. La position des individus dans les partis dépend de l’influence exercée sur l’action commune.

Weber met en valeur le caractère pluridimensionnel de la stratification : la hiérarchie est variable en fonction de l’échelle d’analyse. Le statut économique et le prestige social ne sont pas identiques. Ex : le capital culturel de Bourdieu (1964).

  • L’approche empirique

Warner (1963) enquête sur une ville américaine, et demande aux individus de classer leurs concitoyens en classes sociales en fonction du prestige qu’ils leur accordent.

En utilisant quatre critères (profession, revenu, quartier habité et nature du logement) Warner met en valeur plusieurs grandes classes et sous classes sociales : upper class, middle class et lower class (chacune subdivisée en lower/upper). Mais généralisation difficile.

Pour dépasser ces approches, certains sociologues ont cherché à les prolonger.

Dahrendorf (1959) pense que les classes sont en conflit autour de l’autorité : elles cherchent à obtenir le pouvoir légitime de donner des ordres à autrui.

Touraine montre que les conflits de classe permettent aux individus de s’affirmer comme sujets (et donc comme individus) pour affirmer leurs valeurs : écologie, féminisme …

Bourdieu (1994) estime que l’espace social est structuré par des relations de domination. La hiérarchie dépend de deux facteurs : le capital économique et le capital culturel. Les individus partagent un habitus de classe : ils incorporent des valeurs qui fondent leur vision du monde.

 

II] La mobilité sociale

Ce sont les changements de position dans la structure sociale.

  • Les formes de la mobilité

On distingue trois grands types de mobilité :

-         la mobilité intragénérationnelle : changement de position entre deux périodes

-         la mobilité professionnelle : changement de profession ou d’activité

-         la mobilité intergénérationnelle : changements par rapport aux parents

L’analyse globale de la mobilité permet de faire apparaître la mobilité structurelle, càd la transformation globale de la société. Mendras (1988) étudie dans cette optique la « seconde révolution française » : augmentation de la production de 65 à 84, quasi disparition de la paysannerie et de la bourgeoisie traditionnelle, tertiarisation, apparition des cadres ou de la classe moyenne. C’est une nouvelle « civilisation des mœurs » fondée sur l’individualisme.

En France, on utilise la nomenclature PCS (professions et catégories sociales) pour mesurer la mobilité sociale : à partir des enquêtes INSEE, on caractérise les individus par leur profession, leur statut, leur qualification, leur position hiérarchique ou leur secteur d’activité.

  • Tendances de la mobilité sociale

On distingue trois grandes tendances de la mobilité sociale :

-         l’hérédité des statuts sociaux reste forte

-         les changements correspondent à une mobilité restreinte : paysans/ouvriers/employés

-         les flux de mobilité sont ascendants

Comme la structure des professions se modifie, elle permet la mobilité (ex : déclin de l’agriculture, augmentation des cadres). Les changements de technologie favorisent également la mobilité. Thélot (1982) montre que la situation économique des 60’s a favorisé la mobilité.

La circulation entre les positions sociales s’explique également par la hausse du niveau d’instruction. Mais pour Boudon (1973) comme le nombre de positions sociales élevées n’a pas autant augmenté que celui des positions scolaires, les études ne sont pas toujours valorisées.

Pour prendre en compte la mobilité sociale, il faut également analyser les opinions.

Ex : la vision de l’american dream n’est pas confirmée dans les faits

 

III] Les élites

Pour rendre compte des évolutions récentes de la société, il faut que l’analyse de la stratification sociale prenne en compte les nouveaux rapports de pouvoir. L’évolution économique a vu l’apparition de nouvelles élites.

  • Les analyses classiques des élites sont d’inspiration politique

Mosca (1896) estime que la souveraineté populaire n’existe pas, et qu’une minorité confisque les pouvoirs et utilise les principes démocratiques pour asseoir sa domination.

Michels (1911) approfondit cette analyse, en montrant que la constitution d’une oligarchie est inhérente à une société qui repose sur la division du travail.

Pour Pareto (1916) les sociétés sont gouvernées par des élites (personnes de grandes capacités) et qu’il est nécessaire qu’il y ait une circulation des élites pour éviter la décadence.

Pour Burnham (1941) la modernité marque l’apparition des « organisateurs » : les sociétés sont dirigées par des technocrates (dirigeants ou cadres).

Mills (1951) analyse l’apparition des « cols blancs », les élites dirigeantes cherchent à concentrer le pouvoir. Ils basent leur domination sur le prestige.

  • La diversité des élites

Pour Aron, les classes dirigeantes ne sont pas une réalité : leurs statuts et leurs pouvoirs divergent en fonction des situations. Ce sont des contrepoids indispensable à la démocratie.

Boudon (1984) insiste également sur l’idée que les élites sont fragmentées et hétérogènes : les ressources nécessaires pour détenir le pouvoir varient en fonction du système social.

Ex : classement des universités

Pour Boltanski (1982) les cadres sont un groupe social dont l’apparition n’est pas naturelle. C’est un processus complexe qui s’impose par la culture, la politique ou les institutions (ex : syndicalisme). Ainsi le plan Marshall et la culture managériale américaine ont contribué à la formation de ce groupe.

Birnbaum (1977) montre que le recrutement des classes dirigeantes est très étroit : les dirigeants économiques ou politiques proviennent de milieux identiques. Bourdieu propose la même analyse pour la haute fonction publique, c’est la noblesse d’état (1989).

 

Conclusion :

Chauvel (1988) montre que le destin des générations dépend fortement de la période de naissance. Les périodes de croissance économique sont favorables à la mobilité (et réciproquement).

 

Références :

ARON, Raymond : Etudes sociologiques, Puf, 1988

BAECHLER, Jean : La solution indienne, Puf, 1988

BIRNBAUM, Pierre : Les sommets de l’Etat, Seuil, 1977

BOLTANSKI, Luc : Les cadres, Minuit, 1982

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOUDON, Raymond : La place du désordre, Puf, 1984

BOURDIEU, Pierre : Les héritiers, Minuit, 1964

BOURDIEU, Pierre : La noblesse d’Etat, Minuit, 1989

BOURDIEU, Pierre : Raisons pratiques, Seuil, 1994

BURNHAM, James : L’ère des organisateurs, Calmann Levy, 1941

CHAUVEL, Louis : Le destin des générations, Puf, 1998

DAHRENDORF, Ralf : Classe et conflit de classe dans la société industrielle, Mouton, 1959

DOCKES, Pierre : La libération médiévale, Flammarion, 1979

DUMONT, Louis : Homo hierarchicus, Gallimard, 1979

MARX, Karl : Les luttes de classe en France, Folio, 1850

MENDRAS, Henri : La seconde révolution française 1965-1984, Gallimard, 1988

MENDRAS, Henri : Eléments de sociologie, Armand Colin, 1989

MICHELS, Robert : Les partis politiques, Flammarion, 1911

MILLS, Charles Wright : Les cols blancs, Seuil, 1951

MOSCA, Gaetano : The ruling class, Mc Graw Hill, 1896

PARETO, Vilfredo : Traité de sociologie générale, Droz, 1916

QUESNAY, François : Tableau économique des physiocrates, Calmann Levy, 1758

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

THELOT, Claude : Tel père, tel fils ?, Dunod, 1982

TOURAINE, Alain & KHOSROKHAVAR, Fharad : La recherche de soi, Fayard, 2000

VEBLEN, Thorstein : Théorie de la classe de loisir, Gallimard, 1899

WARNER, William Lloyd : Yankee city, Yale University Press, 1963

WEBER, Max : Economie et société, Plon, 1922

22:56 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

Le changement social

On cherche à analyser les transformations des sociétés.

Objet de controverses.

On peut définir le changement social « comme étant toute transformation observable dans le temps, qui affecte d’une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l’organisation sociale d’une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire » Rocher (1970).

D’abord constat : grandes modifications sociales en France au XXème. Conflits militaires, structures culturelles, structures économiques, structures politiques ont refondu la société française de manière profonde.

C’est dans l’analyse du changement social qu’on retrouve la plus grande diversité doctrinale : de la sociologie critique (Bourdieu) qui ne voit que des luttes dans le changement à la sociologie individualiste (Boudon) qui rejette les théories générales du changement, tout processus étant « daté et signé ».

Pour Mendras, le changement social est associé au conflit : on passe de l’ordre au désordre.

Une même situation sociale sera interprétée de manière très différente.

Ex : grèves de 1995 selon Touraine (conservatisme) ou Bourdieu (antilibéralisme).

Q ,: une théorie du changement social est elle pensable ?

 

I] Les théories du changement social

Si le changement social est l’ensemble observable des mutations affectant tout ou partie de l’organisation sociale pendant une période donnée ; il faut encore distinguer selon qu’on considère le système social comme tendant vers l’équilibre ou le déséquilibre.

  • Un système social équilibré

Pareto (1916) défend l’idée de l’équilibre social. L’ensemble des forces sociales va tendre vers un rapprochement du fait du rôle central des élites : pour maintenir leur position privilégiée, elles doivent se renouveler. C’est donc par un processus de sélection proche de la concurrence que le changement social va entraîner, mais pour autant la mobilité tend vers la stabilité. Chaque élite incarne un projet de société.

Pour Parsons (1951) on retrouve cette approche équilibrée du changement social : comme la socialisation fait que l’on intériorise des valeurs, le changement se fait sans tensions excessives. Tout acteur évolue dans un système institutionnalisé dans lequel il a des intérêts qu’il préférera ne pas remettre en cause.

Avec Mayo (1933) on a parlé de théorie du changement exogène. Les expériences d’Hawthorne ont montré qu’une organisation était en situation d’équilibre et que le changement provenait de l’environnement.

La vision d’un changement équilibré est poussée à son maximum dans l’optique évolutionniste de Spencer (1898) : la société est vue comme un organisme biologique vivant qui évolue vers des stades de plus en plus évolués.

Tocqueville (1856) considère que c’est la marche vers l’égalité qui est la tendance de fond des sociétés démocratiques. Les personnes qui sont privées de l’égalité y sont d’autant plus sensibles que la société s’enrichit globalement.

Pour Durkheim (1893) le changement social est linéaire et binaire : on passe de la société traditionnelle à la société moderne du fait de la division du travail.

La pensée de Weber (1922) est plus élaborée : le changement prend sa source dans la rationalisation qui est au fondement de la domination entre les individus. Le pouvoir peut ainsi venir de la tradition, du charisme ou de la raison.

  • Un système social en déséquilibre

Cependant ces analyses restent fondées sur l’idée que les sociétés évoluent dans une direction et pour des raisons claires. Mais elles proposent des déterminants extrêmement variés …

Or, on peut également considérer que la société est un jeu de forces contradictoires qui sécrète et organise le changement. C’est notamment la sociologie de Marx qui part de ce postulat : les sociétés sont animées par un clivage de fond entre la classe qui possède les moyens de production et celle qui ne peut qu’exploiter sa force de travail. La lutte des classes est le moteur de l’histoire (1850) car elle rend nécessaire le changement par la révolution.

Plus étonnant, est de retrouver la pensée de Boudon dans cette même logique : le changement social résulte de déséquilibres dans les décisions individuelles des agents qui peuvent provoquer une réaction globale quand elles sont agrégées (1977). Ex : les choix d’études (durée, filière) sont valorisées en fonction des gains attendus et des coûts, ce qui traduit une inégalité des chances entre les classes aisées et populaires (1973). Ainsi l’augmentation de la durée des études ne se traduit pas nécessairement pas une plus grande mobilité sociale.

 

II] Les groupes

Cela renvoie à une grande variété de situations sociales : couple, club sportif, parti, foule …

  • Définir le groupe

Pour Merton un groupe est constitué par l’association d’au moins deux personnes … qui sont en interaction (critère objectif) et qui ont conscience d’une appartenance commune (critère subjectif).

C’est cet aspect intentionnel qui permet de distinguer un groupe d’un simple rassemblement.

La taille du groupe est donc un élément déterminant : pour Olson (1966), plus un groupe est grand, plus il aura de difficultés à s’organiser. Ce sont donc principalement des minorités actives qui vont imposer leurs vues à l’ensemble du groupe.

On distingue les groupes primaires et les groupes secondaires : les groupes primaires comprennent des individus caractérisés par des rapports interpersonnels de face à face. L’identification est forte, ainsi que la solidarité ; même si des rapports de compétition peuvent exister. Ex : famille, camarades, voisins.

Les groupes secondaires sont basés sur des relations plus superficielles, principalement utilitaires. Ils ne concernent qu’une partie de la vie des individus. Ex : partis politiques, syndicats, associations.

  • Groupes d’appartenance et groupes de référence

Le groupe de référence a une fonction comparative : il permet aux individus d’évaluer leur situation les uns par rapport aux autres. Cette définition permet d’expliquer les paradoxes de Tocqueville ou Merton : la frustration des individus augmente quand les opportunités augmentent également.

Le groupe de référence peut servir de modèle normatif et guider le comportement des individus ; mais il peut également être utilisé comme repoussoir, selon Bourdieu (1979) la consommation permet aux classes aisées de se distinguer de ce qui est vulgaire.

Le groupe d’appartenance est celui auquel les individus sont rattachés. Le groupe de référence peut coïncider avec le groupe de référence, mais ce n’est pas systématique. Ainsi la mobilité sociale fait que certains individus ont l’expérience de plusieurs groupes et qu’ils peuvent déterminer celui auquel ils veulent appartenir et celui auquel ils se réfèrent.

Ex : comportement politique (vote trotskyste en France)

Pour Merton, le choix des groupes dépend du prestige qui y est associé.

Pour Boudon (1977) la notion de groupe doit être écartée au profit de l’approche individuelle qui prenne en compte l’interaction directe des individus. Les paradoxes s’expliquent autant par des croyances individuelles que des groupes de référence.

 

III] L’innovation

Tout changement social est une perturbation du fonctionnement d’un groupe : les croyances, les comportements, les institutions évoluent ; ce qui entraîne un déséquilibre par rapport à la situation précédente. On peut donc associer le changement social à l’innovation.

  • Les effets de l’innovation

L’innovation consiste à introduire une nouveauté sociale dans le fonctionnement de groupes équilibrés. Pour être acceptée, une innovation doit prolonger le système technique existant sans le contredire. L’innovation doit se transmettre entre les générations pour s’intégrer à la société. Elle va donc modifier les rapports de pouvoir existants.

Cela peut impliquer une modification des ressources. Ex : le changement démographique

C’est donc souvent une perturbation extérieure (autre groupe ou environnement) qui vient altérer l’équilibre d’une société. Les sociétés sont composées de groupes dont les rapports peuvent être conflictuels.

Le changement n’est parfois pas radical. Il n’est pas non plus instantané ou irréversible.

Ex : la domination scientifique de la Chine antique

  • La circulation de l’innovation

Ce qui est primordial c’est d’analyser la diffusion des innovations : on peut notamment utiliser une approche épidémiologique. Les nouveautés se répandent comme des maladies ou des virus par contamination, elles s’agglomèrent dans des foyers, elles subissent des mutations en fonction de l’adoption par telle ou telle société.

Rappel : les approches de Lewin (1959) ou de Katz & Lazarsfeld (1955) sur la décision dans les groupes et l’influence interpersonnelle.

Pour Tarde (1895), la société est régie par des lois de l’imitation : les innovations comportementales sont fondées sur des comparaisons entre groupes sociaux qui cherchent à se ressembler tout en apportant leur démarche spécifique.

D’où des attitudes spécifiques : précurseurs ou suiveurs, mais sans prédétermination de la diffusion de l’innovation. Ex : OGM

 

Conclusion :

Les facteurs du changement social restent basiques : la démographie, le progrès technique, les valeurs culturelles ou les idéologies.

Pour Mendras on peut proposer des modèles simples et généraux mais qui pourraient aussi bien être laissés entre les mains des historiens.

 

Références :

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOUDON, Raymond : Effets pervers et ordre social, Puf, 1977

BOURDIEU, Pierre : La distinction, Minuit, 1979

DURKHEIM, Emile : De la division du travail social, Puf, 1893

KATZ, Elihu & LAZARSFELD, Paul : Influence personnelle, Armand Colin, 1955

LEWIN, Kurt : Psychologie dynamique, Puf, 1959

MARX, Karl : Les luttes de classe en France, Folio, 1850

MAYO, Elton : The human problems of an industrial civilization, Routledge, 1933

MENDRAS, Henri & FORSE, Michel : Le changement social, Armand Colin, 1983

MENDRAS, Henri : Eléments de sociologie, Armand Colin, 1989

MERTON, Robert : Eléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1953

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22:55 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |