06/02/2012

Le changement social

On cherche à analyser les transformations des sociétés.

Objet de controverses.

On peut définir le changement social « comme étant toute transformation observable dans le temps, qui affecte d’une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l’organisation sociale d’une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire » Rocher (1970).

D’abord constat : grandes modifications sociales en France au XXème. Conflits militaires, structures culturelles, structures économiques, structures politiques ont refondu la société française de manière profonde.

C’est dans l’analyse du changement social qu’on retrouve la plus grande diversité doctrinale : de la sociologie critique (Bourdieu) qui ne voit que des luttes dans le changement à la sociologie individualiste (Boudon) qui rejette les théories générales du changement, tout processus étant « daté et signé ».

Pour Mendras, le changement social est associé au conflit : on passe de l’ordre au désordre.

Une même situation sociale sera interprétée de manière très différente.

Ex : grèves de 1995 selon Touraine (conservatisme) ou Bourdieu (antilibéralisme).

Q ,: une théorie du changement social est elle pensable ?

 

I] Les théories du changement social

Si le changement social est l’ensemble observable des mutations affectant tout ou partie de l’organisation sociale pendant une période donnée ; il faut encore distinguer selon qu’on considère le système social comme tendant vers l’équilibre ou le déséquilibre.

  • Un système social équilibré

Pareto (1916) défend l’idée de l’équilibre social. L’ensemble des forces sociales va tendre vers un rapprochement du fait du rôle central des élites : pour maintenir leur position privilégiée, elles doivent se renouveler. C’est donc par un processus de sélection proche de la concurrence que le changement social va entraîner, mais pour autant la mobilité tend vers la stabilité. Chaque élite incarne un projet de société.

Pour Parsons (1951) on retrouve cette approche équilibrée du changement social : comme la socialisation fait que l’on intériorise des valeurs, le changement se fait sans tensions excessives. Tout acteur évolue dans un système institutionnalisé dans lequel il a des intérêts qu’il préférera ne pas remettre en cause.

Avec Mayo (1933) on a parlé de théorie du changement exogène. Les expériences d’Hawthorne ont montré qu’une organisation était en situation d’équilibre et que le changement provenait de l’environnement.

La vision d’un changement équilibré est poussée à son maximum dans l’optique évolutionniste de Spencer (1898) : la société est vue comme un organisme biologique vivant qui évolue vers des stades de plus en plus évolués.

Tocqueville (1856) considère que c’est la marche vers l’égalité qui est la tendance de fond des sociétés démocratiques. Les personnes qui sont privées de l’égalité y sont d’autant plus sensibles que la société s’enrichit globalement.

Pour Durkheim (1893) le changement social est linéaire et binaire : on passe de la société traditionnelle à la société moderne du fait de la division du travail.

La pensée de Weber (1922) est plus élaborée : le changement prend sa source dans la rationalisation qui est au fondement de la domination entre les individus. Le pouvoir peut ainsi venir de la tradition, du charisme ou de la raison.

  • Un système social en déséquilibre

Cependant ces analyses restent fondées sur l’idée que les sociétés évoluent dans une direction et pour des raisons claires. Mais elles proposent des déterminants extrêmement variés …

Or, on peut également considérer que la société est un jeu de forces contradictoires qui sécrète et organise le changement. C’est notamment la sociologie de Marx qui part de ce postulat : les sociétés sont animées par un clivage de fond entre la classe qui possède les moyens de production et celle qui ne peut qu’exploiter sa force de travail. La lutte des classes est le moteur de l’histoire (1850) car elle rend nécessaire le changement par la révolution.

Plus étonnant, est de retrouver la pensée de Boudon dans cette même logique : le changement social résulte de déséquilibres dans les décisions individuelles des agents qui peuvent provoquer une réaction globale quand elles sont agrégées (1977). Ex : les choix d’études (durée, filière) sont valorisées en fonction des gains attendus et des coûts, ce qui traduit une inégalité des chances entre les classes aisées et populaires (1973). Ainsi l’augmentation de la durée des études ne se traduit pas nécessairement pas une plus grande mobilité sociale.

 

II] Les groupes

Cela renvoie à une grande variété de situations sociales : couple, club sportif, parti, foule …

  • Définir le groupe

Pour Merton un groupe est constitué par l’association d’au moins deux personnes … qui sont en interaction (critère objectif) et qui ont conscience d’une appartenance commune (critère subjectif).

C’est cet aspect intentionnel qui permet de distinguer un groupe d’un simple rassemblement.

La taille du groupe est donc un élément déterminant : pour Olson (1966), plus un groupe est grand, plus il aura de difficultés à s’organiser. Ce sont donc principalement des minorités actives qui vont imposer leurs vues à l’ensemble du groupe.

On distingue les groupes primaires et les groupes secondaires : les groupes primaires comprennent des individus caractérisés par des rapports interpersonnels de face à face. L’identification est forte, ainsi que la solidarité ; même si des rapports de compétition peuvent exister. Ex : famille, camarades, voisins.

Les groupes secondaires sont basés sur des relations plus superficielles, principalement utilitaires. Ils ne concernent qu’une partie de la vie des individus. Ex : partis politiques, syndicats, associations.

  • Groupes d’appartenance et groupes de référence

Le groupe de référence a une fonction comparative : il permet aux individus d’évaluer leur situation les uns par rapport aux autres. Cette définition permet d’expliquer les paradoxes de Tocqueville ou Merton : la frustration des individus augmente quand les opportunités augmentent également.

Le groupe de référence peut servir de modèle normatif et guider le comportement des individus ; mais il peut également être utilisé comme repoussoir, selon Bourdieu (1979) la consommation permet aux classes aisées de se distinguer de ce qui est vulgaire.

Le groupe d’appartenance est celui auquel les individus sont rattachés. Le groupe de référence peut coïncider avec le groupe de référence, mais ce n’est pas systématique. Ainsi la mobilité sociale fait que certains individus ont l’expérience de plusieurs groupes et qu’ils peuvent déterminer celui auquel ils veulent appartenir et celui auquel ils se réfèrent.

Ex : comportement politique (vote trotskyste en France)

Pour Merton, le choix des groupes dépend du prestige qui y est associé.

Pour Boudon (1977) la notion de groupe doit être écartée au profit de l’approche individuelle qui prenne en compte l’interaction directe des individus. Les paradoxes s’expliquent autant par des croyances individuelles que des groupes de référence.

 

III] L’innovation

Tout changement social est une perturbation du fonctionnement d’un groupe : les croyances, les comportements, les institutions évoluent ; ce qui entraîne un déséquilibre par rapport à la situation précédente. On peut donc associer le changement social à l’innovation.

  • Les effets de l’innovation

L’innovation consiste à introduire une nouveauté sociale dans le fonctionnement de groupes équilibrés. Pour être acceptée, une innovation doit prolonger le système technique existant sans le contredire. L’innovation doit se transmettre entre les générations pour s’intégrer à la société. Elle va donc modifier les rapports de pouvoir existants.

Cela peut impliquer une modification des ressources. Ex : le changement démographique

C’est donc souvent une perturbation extérieure (autre groupe ou environnement) qui vient altérer l’équilibre d’une société. Les sociétés sont composées de groupes dont les rapports peuvent être conflictuels.

Le changement n’est parfois pas radical. Il n’est pas non plus instantané ou irréversible.

Ex : la domination scientifique de la Chine antique

  • La circulation de l’innovation

Ce qui est primordial c’est d’analyser la diffusion des innovations : on peut notamment utiliser une approche épidémiologique. Les nouveautés se répandent comme des maladies ou des virus par contamination, elles s’agglomèrent dans des foyers, elles subissent des mutations en fonction de l’adoption par telle ou telle société.

Rappel : les approches de Lewin (1959) ou de Katz & Lazarsfeld (1955) sur la décision dans les groupes et l’influence interpersonnelle.

Pour Tarde (1895), la société est régie par des lois de l’imitation : les innovations comportementales sont fondées sur des comparaisons entre groupes sociaux qui cherchent à se ressembler tout en apportant leur démarche spécifique.

D’où des attitudes spécifiques : précurseurs ou suiveurs, mais sans prédétermination de la diffusion de l’innovation. Ex : OGM

 

Conclusion :

Les facteurs du changement social restent basiques : la démographie, le progrès technique, les valeurs culturelles ou les idéologies.

Pour Mendras on peut proposer des modèles simples et généraux mais qui pourraient aussi bien être laissés entre les mains des historiens.

 

Références :

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOUDON, Raymond : Effets pervers et ordre social, Puf, 1977

BOURDIEU, Pierre : La distinction, Minuit, 1979

DURKHEIM, Emile : De la division du travail social, Puf, 1893

KATZ, Elihu & LAZARSFELD, Paul : Influence personnelle, Armand Colin, 1955

LEWIN, Kurt : Psychologie dynamique, Puf, 1959

MARX, Karl : Les luttes de classe en France, Folio, 1850

MAYO, Elton : The human problems of an industrial civilization, Routledge, 1933

MENDRAS, Henri & FORSE, Michel : Le changement social, Armand Colin, 1983

MENDRAS, Henri : Eléments de sociologie, Armand Colin, 1989

MERTON, Robert : Eléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1953

OLSON, Mancur : Le paradoxe de l’action collective, Puf, 1966

PARETO, Vilfredo : Traité de sociologie générale, Droz, 1916

PARSONS, Talcott : The social system, The free press, 1951

ROCHER, Guy : Le changement social, Seuil, 1970

SPENCER, Herbert : Principes de la sociologie, Alcan, 1898

TARDE, Gabriel : Les lois de l’imitation, Les Empêcheurs de Penser en Rond, 1895

TOCQUEVILLE, Alexis de : L’Ancien régime et la révolution, Gallimard, 1856

WEBER, Max : Economie et société, Plon, 1922

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Les normes et les valeurs

Les normes et les valeurs posent la question de l’intégration sociale.

Il s’agit de comprendre ce qui peut unir des individus dans une société ou les séparer.

  • La tradition utilitariste

Pour les utilitaristes (Bentham) les normes et les valeurs doivent être expliquées par des lois de la nature humaine. Les individus choisissent les actions qui ont les conséquences les plus désirables. Par extension, l’utilitarisme suppose des individus rationnels.

Le système des normes émerge grâce à l’intérêt égoïste qui permet de satisfaire les membres de la société (Hume). La norme suppose l’existence de sanctions. Approche aujourd’hui incarnée par la théorie des choix rationnels (Coleman).

  • L’opposition à l’utilitarisme

La tradition utilitariste a fait l’objet de critiques de fond :

-         elle néglige le consensus social (Comte)

-         elle ne prend pas en compte la solidarité des individus (Durkheim)

Six arguments permettent d’opposer la vision utilitariste des autres approches :

-         c’est une théorie abstraite et naturaliste : ne rend pas compte de la complexité du réel

-         la notion d’utilité n’est pas déterminée : peut correspondre à de nombreux objectifs

-         l’action orientée par l’intérêt peut être immorale : tricherie, non respect des normes

-         toutes les normes ne peuvent être utilitaires : les vêtements, le divorce …

-         certains comportements ne peuvent être expliqués par l’utilitarisme : don, sacrifice

-         l’individu utilitariste est rationnel (atome isolé) alors que les individus sont en interaction

Q : une société peut elle se passer de normes et de valeurs ?

 

I] Les valeurs

Les valeurs sont des idéaux collectifs qui définissent dans une société donnée les critères du désirable : les sociétés définissent ce qui est bien et mal, beau et laid, juste et injuste …

Ces valeurs sont interdépendantes, elles forment un « système de valeurs ».

  • Les valeurs dans la sociologie classique

Pour Durkheim, la question des valeurs est centrale. L’adhésion à des valeurs communes est essentielle pour l’intégration de l’individu à la société (solidarité).

Les valeurs traditionnelles sont modifiées par la modernisation de la société : la solidarité organique permet de lutter contre une individualisation des buts et des valeurs liée à la division du travail.

Pour pallier à ce risque permanent, Durkheim a forgé dans la dernière partie de son œuvre une approche morale des valeurs qu’une société moderne doit conserver pour rester solidaire.

Pour Weber, la rationalité prend la place des explications basées sur la magie ou les croyances. Mais dans le même temps, la science n’apporte pas de réponses alternatives solides au devenir humain. Face à ce « désenchantement » Weber estime qu’un retour aux valeurs transmises par les religions traditionnelles doit s’imposer.

Le savant doit occuper une place particulière par rapport aux valeurs : il doit s’abstenir de juger les actions. Le savant est celui qui propose les clés de compréhension d’une situation, càd d’interpréter les valeurs qui guident les actions.

On retrouve le concept de rationalité par rapport à une valeur. Cela permet d’expliquer que certaines valeurs soient mieux adaptées à des évolutions sociales que d’autres. Weber pense par exemple que l’éthique protestante est mieux adaptée à l’esprit du capitalisme, ce qui explique la corrélation entre les deux.

  • Vers un système de valeur

Pour Parsons (1966), les valeurs sont les données ultimes qui expliquent à la fois la cohérence et la spécificité d’une culture. On peut étudier et comparer des sociétés à travers les valeurs de fond qui les caractérisent. Cela peut faire apparaître les différences essentielles entre plusieurs sociétés et comprendre l’influence des valeurs sur l’action sociale.

Le système de valeur doit en effet être adapté au comportement d’une société. Pour Mendras il faut une « congruence » entre les valeurs et l’idéologie, entre les valeurs et les pratiques.

Les valeurs évoluent donc dans le temps et dans l’espace (évidemment). La sociologie n’est pas la seule science à vouloir les caractériser : philosophie ou économie.

Enfin, grand intérêt : les enquêtes internationales et longitudinales sur les valeurs. Elles sont le matériau de nombreuses analyses extrêmement intéressantes (Stoetzel, Boudon …).

 

II] Les normes

Les valeurs d’une société se concrétisent dans un ensemble que l’on dénomme « normes ».

  • Les normes sont sociales

Les normes sociales sont des règles qui régissent les conduites individuelles et collectives d’une société. Elles font l’objet de sanctions en cas de non respect ou de transgression.

Cependant la sanction n’est pas automatique car il est difficile d’isoler et d’étudier les normes.

Mendras souligne qu’une norme se reconstruit à la suite d’une étude de données diverses : opinions, comportements et situations sociales.

Ex : fumer dans un lycée (contrevient à une norme) ou devant un lycée (pas de sanction)

Il faut donc distinguer l’opinion et la norme par le critère essentiel de la sanction : un groupe est prêt à intervenir, à défendre le non respect d’une norme, pas d’une opinion.

Les normes évoluent dans le temps : elles peuvent devenir moins (ou plus) importantes pour une société. Ex : les enfants hors mariage représentent la moitié des naissances

Il est donc possible que des normes sociales ne se traduisent pas par des pratiques sociales.

  • Normes et opinions

Le paradoxe de Merton (repris par Boudon) montre cette influence croisée entre opinions et normes. Un groupe qui a plus d’opportunités de réussir est beaucoup plus insatisfait qu’un groupe dont les chances sont moindres. L’insatisfaction provient du fait que l’on ne trouve pas normal de réussir comme les autres. (Merton compare les promotions dans l’armée ; Boudon montre qu’une baisse du chômage peut augmenter l’insatisfaction de la population).

Ex : la croissance économique et le sentiment d’insécurité peuvent augmenter ensemble

Il faut que le groupe qui produit les normes ait une certaine cohérence : les situations sociales et les intérêts des individus doivent se rapprocher pour faire émerger des règles.

Ex : aménagement du territoire (services publics dans des zones peu peuplées)

Enfin, Mendras souligne le fait qu’une société se conforme à un ensemble, un « système de normes » et pas à des règles déterminées (et choisies au cas par cas comme des lois).

Ex : la politesse, le mariage, l’école …

On parle dans ce cas d’institutionnalisation des normes : càd qu’un groupe intériorise les règles et sanctionnera tout manquement. Cela n’écarte pas les conflits de normes (jeunes / adultes) ou le fait qu’en fonction des situations sociales (du contexte) la norme soit plus ou moins souple.

 

III] Conformité et déviance

L’existence de normes entraîne deux types de comportements : la déviance (refus de se conformer aux normes) ou la conformité (respect des normes). Ces comportements sont objectifs et non moraux : on peut se conformer sans adhérer ou croire aux normes.

  • La conformité est une notion à géométrie variable

La diversité des règles rend nécessaire une certaine tolérance par rapport à la sanction du non respect. En fonction du contexte (et du temps) on apprend quelles sont les normes essentielles.

Milgram (1974) a montré les risques de la conformité aux normes : un individu peut obéir à des injonctions qu’il refuserait en principe, par simple application de la règle.

Le statut social de l’individu influence la conformité : on exige plus de respect de la part de certaines personnes (curé, professeur, parent …).

Le développement des techniques de surveillance (Lyon, Mattelart) fait disparaître certains espaces d’intimité et d’opacité sociale, pourtant nécessaires à une certaine souplesse d’interprétation des normes.

Cette conformité peut s’expliquer par les progrès de la civilisation, ce qu’Elias nomme « la civilisation des mœurs ». La vie en société rend nécessaire l’apparition de normes (courtoisie, savoir vivre, hygiène …) qui, de plus, marquent l’expression de la conscience d’une société.

Les incivilités sont notamment beaucoup moins tolérées dans les sociétés modernes.

  • La déviance a un sens social

Par opposition à la conformité, les individus qui ne respectent pas les normes sont déviants.

Il existe de nombreuses hypothèses pouvant justifier la déviance : milieu social, personnalité …. A partir de l’étude de Becker (1963) on considère que le fait de transgresser les normes s’explique par le fait qu’elles sont imposées à un groupe par un autre groupe. Une position supérieure dans la société permet d’imposer sa morale.

Lieberman (1956) montre que les ouvriers qui deviennent chefs changent leurs attitudes envers leurs ex-collègues mais reprennent les anciennes s’ils rétrogradent.

Ce qui est considéré comme déviant peut ne plus l’être si les normes sociales évoluent (ex : homosexualité ou folie). Mais en fonction des milieux sociaux, l’appréciation des normes peut être très différenciée.

Sykes & Matza (1957) étudient les techniques de neutralisation : ce sont les justifications utilisées par les individus pour ne pas appliquer les normes sociales.

-         refus de la responsabilité

-         refus de la blessure

-         accusation de la victime

-         condamnation de ceux qui condamnent

-         espérance d’une loyauté plus élevée

La déviance sert de base aux réflexions sur la criminalité.

 

Conclusion : les rites

La sociologie des normes repose également sur l’ethnologie : un rite est une séquence formalisée d’actes accomplis dans un contexte religieux ou magique (par opposition aux normes d’une société moderne).

Le cérémonial qui accompagne certaines pratiques sociales modernes relève du rituel (ex : repas, concours)

 

Références :

BECKER, Howard : Outsiders, Metailié, 1963

BENTHAM, Jeremy : An introduction to the principles of morals and legislation, Oxford University Press, 1781

BOUDON, Raymond & LEROUX, Robert : Y a t’il encore une sociologie ?, Odile Jacob, 2002

BOUDON, Raymond : Déclin de la morale ? Déclin des valeurs ?, Puf, 2002

COLEMAN, James : Foundations of social theory, Harvard University Press, 1990

COMTE, Auguste : Leçons de sociologie, Gallimard, 1839

DURKHEIM, Emile : De la division du travail social, Puf, 1893

DURKHEIM, Emile : L’éducation morale, Puf, 1903

ELIAS, Norbert : La civilisation des mœurs, Calmann Levy, 1969

LIEBERMAN, Seymour : Les effets de changements de rôles sur les attitudes, in MENDRAS, Henri dir., Eléments de sociologie Textes, Armand Colin, 1956

LYON, David : Surveillance studies, Polity, 2007

MATTELART, Armand : La globalisation de la surveillance, La Découverte, 2007

MENDRAS, Henri : Eléments de sociologie, Armand Colin, 1989

MERTON, Robert : Eléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1953

MILGRAM, Stanley : Soumission à l’autorité, Calmann Levy, 1974

PARSONS, Talcott : Sociétés Essai sur leur évolution comparée, Dunod, 1966

STOETZEL, Jean : Les valeurs du temps présent, Puf, 1983

SYKES, Gresham & MATZA, David : Techniques of Neutralization: A Theory of Delinquency, American Sociological Review, 1957

WEBER, Max : Ethique protestante et esprit du capitalisme, Gallimard, 1905

WEBER, Max : Le savant et le politique, La Découverte, 1921

WEBER, Max : Essais sur la théorie de la science, Pocket, 1922

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04/02/2012

Le lien social

Terme à manipuler avec précaution : objet d’interprétations diverses.

Aujourd’hui beaucoup utilisé pour déplorer la « rupture » du lien.

C’est dans l’œuvre de Durkheim (1893) qu’on le voit apparaître pour montrer la modification des solidarités issues de la division du travail : mais utilise le terme de « solidarité » mécanique/organique.

Ouvrage de synthèse Pierre Bouvier (2005) : utilise la socio-anthropolgie càd l’analyse de faits sociaux consacrés par des pratiques individuelles et collectives. Or ces pratiques ont pour objet d’inclure et d’exclure les autres individus, le lien est donc une dynamique à caractère politique.

Opposition classique : montée de l’individualisme/affaiblissement du lien social.

La liberté individuelle obtenue par les citoyens s’accompagne d’un « désenchantement » car elle est porteuse de contraintes (voir Weber ou Gauchet) notamment du fait de la place qu’elle donne à la responsabilité individuelle dans les succès ou les échecs.

Q : existe t’il réellement un lien entre les membres d’une société ?

 

I] La socialisation

Correspond au fait de développer des relations sociales, de former un groupe social.

A également été utilisé pour montrer la collectivisation de la production.

  • La fin des communautés

Tönnies (1887) parle du passage de la communauté (basée sur la coutume) à celle de la société (reposant sur la rationalité).

Weber prolonge cette analyse et distingue la socialisation communautaire : fondée sur l’appartenance commune et héritée ; et la socialisation sociétale (taire) : fondée sur l’association volontaire, la concurrence, les intérêts ou les convictions.

La socialisation s’applique à de nombreux sujets. Ex : scolarisation, famille ou politique

Durkheim définit la socialisation comme le processus par lequel une société impose aux enfants ses manières de penser, de sentir et d’agir. Insistance sur la transmission de valeurs : intergénérationnelle et institutionnelle. (Place de l’école essentielle dans sa pensée).

Piaget (1977), psychologue et pédagogue, proposera une autre définition : aspect du développement de l’enfant impliquant l’accès à des systèmes d’interaction qui constituent des formes de coopération par lesquelles il acquiert l’usage de règles, le sens des valeurs et l’acquisition des signes. Conception morale forte. Rôle des enfants ou des adultes prépondérants. Dubar montre que ces deux approches structurent l’étude de la socialisation pour les sociologues (institutions et culture) et pour les psychologues (génétique et cognition).

  • Un fait social difficile à délimiter

Parsons (1955) a également avancé sa définition : la socialisation est un processus systémique qui assure à la fois la reproduction des fonctions sociales vitales des sociétés modernes et le développement psychique des enfants et adolescents, à travers les crises et les phases d’identification qui sont nécessaires à l’intériorisation de ces impératifs fonctionnels. Théorie totalisante (systémique) qui permet de tout englober mais complexe.

Une nouvelle approche de la socialisation est apparue : Berger & Luckmann (1966) c’est une construction sociale de la réalité, un processus symbolique d’intériorisation et d’objectivation du monde dans lequel on vit.

 

II] L’intégration

Désigne les processus par lesquels les individus aussi bien que les institutions d’une même entité sociale sont amenés à se comporter de manière convergente. Englobe donc les comportements individuels et collectifs.

  • Ce que l’intégration n’est pas

On analyse souvent l’intégration par son opposition : l’exclusion. Mais elle peut également se distinguer de la fragmentation ou de l’éparpillement.

L’intégration suppose une certaine cohérence. Certaines structures soutiennent et imposent l’ordre social. De même, l’intégration se fonde sur des comportements humains. Boudon (1995) montre qu’il existe de « bonnes raisons » sociales et individuelles de se comporter d’une certaine manière.

L’intégration est un phénomène dont les dimensions nationale, internationale et régionale sont marquantes : on le constate pour les communications. Les TIC favorisent la diffusion mondiale de normes d’intégration (la télévision également). Cependant, des considérations locales et régionales cherchent également à s’imposer On retrouve les limites de l’intégration.

  • L’intégration et les individus

L’intégration permet de comprendre des comportements de ségrégation ou d’exclusion : certains groupes sociaux sont en marge de la société, ils ne sont pas intégrés. Cela découle de préjugés, de discriminations et de relations de pouvoir. C’est le problème de la déviance (le non respect des normes). Au nom de l’intégration sociale, les pouvoirs publics vont mener des politiques d’insertion (ex : logement, éducation prioritaire). Mais ces politiques n’ont pas permis de rétablir une égalité des chances.

L’intégration peut entrer en conflit avec les groupes sociaux qui cherchent à affirmer leur autonomie : mouvement écologiste, féministe … Par extension, le modèle multiculturel pose les même problèmes d’intégration : peut-on créer du lien social en ne vivant qu’entre soi ? On retrouve des crispations liées à la laïcité (Dubet) ou à l’ethnicité (Wieviorka) que le processus démocratique n’arrive pas à trancher.

 

III] L’exclusion

Notion moderne dont le sens n’est pas tranché. Apparue en 1965 pour décrire le mouvement ATD Quart Monde.

  • Une situation paradoxale

L’exclusion marque le décalage entre la richesse croissante d’une société et le maintien d’une partie de la population aux marges du progrès économique et social, Paugam (1996).

L’exclusion sociale ne se développe pas dans les 60’s car on estime que les exclus sont dans une situation d’inadaptation sociale.

La crise économique montre que le phénomène n’est pas marginal, qu’il est au contraire persistant et se propage dans tous les milieux sociaux d’après Lenoir (1974).

L’exclusion est une notion ayant plusieurs dimensions : elle touche aussi bien l’emploi que l’éducation ou le logement …

L’exclusion est donc une situation de pauvreté qui ne permet pas aux individus de participer réellement à la société. Elle induit une mise à l’écart du mode de vie dominant et s’accompagne d’un cumul de handicaps : santé, échec scolaire, insertion professionnelle …

  • Exclusion et pauvreté

Certaines analyses classiques de la pauvreté ont fait de l’exclusion un phénomène culturel : puisque les familles en situation d’exclusion fonctionnent comme une société à part et incorporent des valeurs défaitistes, Lewis (1961).

L’exclusion et la pauvreté s’expliquent aussi par l’absence d’opportunités économiques objectives combinée à un échec de la socialisation. Merton y voit par exemple une absence d’intériorisation des fins et des moyens de la société américaine.

Paugam (1993) insiste sur la difficulté de définir la pauvreté et l’exclusion sans tomber dans une catégorisation de la population sans réelle portée. L’exclusion est donc plus une dynamique qu’un état de fait objectif. C’est l’aboutissement d’un processus de disqualification sociale (1991) : la place occupée par le travail est de plus en plus fragilisée. Après des années de développement du salariat, celui ci n’est plus aussi protecteur socialement, Castel (1995). L’exclusion traduit finalement une situation de relégation, tant spatiale (comme les quartiers étudiés par Dubet & Lapeyronnie) que sociale, Bourdieu (1993).

 

IV] L’anomie

C’est l’absence de règle, de norme ou de loi.

  • Une notion durkheimienne

Notion introduite en sociologie par Durkheim pour marquer l’échec de la division du travail social, càd l’absence de solidarité. L’anomie peut s’expliquer par des situations économiques : crises, faillites…

C’est dans son analyse du suicide qu’il reprend et étend la notion d’anomie : c’est une des variables explicatives. C’est l’insuffisante réglementation sociale des aspirations individuelles. L’anomie vise tant la vie familiale que la vie économique. L’augmentation du potentiel d’action peut engendrer une frustration. C’est donc une conséquence de la modernisation.

L’anomie n’a pas gardé cette place centrale qu’elle avait dans l’œuvre de Durkheim. Le concept revient avec les nouvelles analyses du suicide des années 50 aux Etats-Unis. Elle a permis d’illustrer les grandes modifications sociales et économiques de l’après guerre.

  • Reformulation du concept

Merton (1938) reprend le terme et en fait le résultat de la discordance entre les buts culturels qu’une société propose à ses membres et les moyens institutionnels légitimes dont ils disposent pour y parvenir. Certains individus vont donc adopter des comportements déviants car ils ne possèdent pas ces moyens légitimes.

L’anomie traduit donc une frustration, contre laquelle il existe plusieurs comportements d’adaptation selon Merton.

-conformisme : accepter les normes et les valeurs

-innovation : trouver les moyens d’y parvenir

-rébellion : refuser les normes et les valeurs pour en imposer d’autres

-évasion : refuser les normes et les valeurs

-ritualisme : attachement aux rites plus fort que les valeurs

 

Conclusion :

Le lien social ne doit pas déboucher sur la conformité (le conformisme) comme le rappellent les recherches de Milgram ou de Zimbardo (Stanford Prison Experiment).

 

Références :

BERGER, Peter & LUCKMANN, Thomas : La construction sociale de la réalité, Armand Colin, 1966

BOUDON, Raymond : Le juste et le vrai, Fayard, 1995

BOURDIEU, Pierre dir. : La misère du monde, Seuil, 1993

BOUVIER, Pierre : Le lien social, Gallimard, 2005

CASTEL, Robert : Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995

DUBAR, Claude : Socialisation, in MESURE, Sylvie & SAVIDAN, Patrick dir., Le dictionnaire des sciences humaines, Puf, 2006

DUBET, François & LAPEYRONNIE, Didier : Les quartiers d’exil, Seuil, 1992

DUBET, François : La laïcité dans les mutations de l’école, in WIEVIORKA, Michel dir., Une société fragmentée, La Découverte, 1996

DURKHEIM, Emile : De la division du travail social, Puf, 1893

DURKHEIM, Emile : Le suicide, Puf, 1897

GAUCHET, Marcel : Le désenchantement du monde, Gallimard, 2005

HANEY, Craig ; BANKS, Curtis & ZIMBARDO, Philip : Interpersonal dynamics in a simulated prison, International Journal of Criminology and Penology, 1973

LENOIR, René : Les exclus, Seuil, 1974

LEWIS, Oscar : Les enfants de Sanchez, Gallimard, 1961

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15:45 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |