25/03/2015

Politiques éducatives : la mise en œuvre, un ouvrage de Claude Lessard & Anylène Carpentier

Les politiques éducatives sont un des sujets les plus débattus au sein des sciences sociales. Dans la tradition sociologique comme dans l’histoire de la pensée économique, elles ont été analysées par les grands auteurs : Durkheim, Bourdieu, Boudon, Gary Becker ont structuré notre connaissance des questions éducatives en fournissant des grilles de lecture et d’action pour le monde scolaire. Les notions de capital humain, d’inégalité des chances ou de reproduction font partie des fondements de l’action publique dans le domaine de l’éducation. Au regard par exemple du poids budgétaire du poste éducation, enseignement, recherche dans les finances publiques des pays développés ou du simple fait que l’école concerne tout le monde à un moment ou un autre de sa vie, les sciences politiques et de l’éducation ont affiné notre compréhension de la manière dont sont élaborées et pensées les orientations gouvernementales et institutionnelles en la matière.

La suite du compte rendu sur le site de la revue Lectures : http://lectures.revues.org/17468

Un ouvrage de 208 pages paru aux Presses Universitaires de France

21:05 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques, Lectures, Sociologie |  Facebook | | |

31/12/2014

Le capitalisme a-t-il un avenir ? Un ouvrage de Wallerstein, Collins, Mann, Derluguian & Calhoun

Autour d’un sujet largement abordé par les sciences sociales, les auteurs réunis dans cet ouvrage ont réussi le tour de force de produire une analyse à la fois stimulante et fondamentalement novatrice. C’est en effet à partir des années 2000 que l’on a pu assister au « retour » du capitalisme comme objet d’étude. La succession des crises financières globales (spéculation autour des entreprises de l’Internet, spéculation autour du marché immobilier américain … pour les plus récentes) a rappelé comme une évidence que le capitalisme ne se confond pas avec l’économie de marché, mais qu’il semble plutôt obéir à des évolutions structurelles. C’est pour cela que les raffinements de la science économique mobilisant la théorie néo-classique n’ont pas pu réduire le capitalisme à un modèle robuste : il existe des configurations variées d’accumulation du capital, correspondant à autant de trajectoires socio-historiques diverses. L’une des principales qualités de cet ouvrage est d’en donner un aperçu et d’en ouvrir les perspectives.

La suite du compte rendu sur le site de la revue Lectures : http://lectures.revues.org/16588

Un livre de 200 pages publié aux éditions de La Découverte

11:33 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Géopolitique, Histoire, Idées politiques, Lectures, Sociologie |  Facebook | | |

04/02/2012

Le nationalisme et le totalitarisme

Plusieurs thèmes se croisent :

  • Nation et nationalisme

C’est une théorie politique qui considère que la politique découle de l’Etat-Nation.

Cela soude la communauté autour d’une culture.

Il y a donc un double aspect :

-exclusion de l’autre

-libération des peuples

ex : le nationalisme des révolutionnaires français

On oppose en principe nationalisme et universalisme. Les difficultés rencontrées par l’Internationale Socialiste illustrent bien cette tension.

Enfin, le nationalisme suppose de dépasser les religions, car la croyance a des implications politiques.

Le pouvoir politique peut fusionner les deux notions, si la notion primordiale reste la Nation.

Une nation a une double dimension :

-élective : Gellner (1983) il faut une culture commune qui passe notamment par le biais de l’éducation

-ethnique : Herder (1774) il faut une identité nationale

Il faut faire le parallèle avec l’histoire : c’est la période d’unification des Etats-Nations en Europe.

  • Totalitarisme

C’est une notion récente qui insiste sur les aspects polémiques. Elle est utilisée pour décrire deux grands phénomènes du XXe siècle : les fascismes et le régime soviétique.

Plusieurs traits sont caractéristiques :

-cela dépasse la tyrannie : ce n’est pas le pouvoir d’un seul

-cela repose sur la technique : concentrationnaire, extermination …

-cela découle d’un contexte historique : guerres mondiales, crise économique

-c’est indissociable des idéologies : endoctrinement et terreur notamment

On peut identifier un régime totalitaire par plusieurs points :

-la fusion Etat / société civile : cela découle d’une loi naturelle

-le rôle d’un parti-Etat : c’est l’unique source de légitimité

-le culte du chef : processus de domination charismatique

-le soutien des masses : par le biais de la propagande et du populisme

-la terreur : exploitation des peuples, exécutions sommaires, génocide

 

On constate que nationalisme et totalitarisme ont des sources communes.

La pensée nationaliste s’est incarnée dans les fascismes et le nazisme.

Le totalitarisme propose une explication systémique de ces régimes politiques.

 

I] Ernest RENAN (1823-1892)

Historien. Adepte de la pensée positiviste (à la Comte). Grande carrière.

  • Pensée critique de la Révolution

Pour Renan, c’est un échec en termes de justice, de bien être, de liberté ou de moralité.

Il refuse l’égalitarisme (prôné notamment par les anarchistes).

Il faut rapprocher sa pensée des travaux d’Hippolyte TAINE, historien, qui postule un déterminisme social (à la Darwin).

-C’est une condamnation du jacobinisme : l’Etat a voulu dépasser la Nation.

-C’est une défense du savoir : il faut éduquer pour connaître le caractère français.

Dans La réforme intellectuelle et morale (1871), dans le contexte de la défaite de Sedan ou de la guerre civile de la Commune, Renan défend des positions antidémocratiques.

La souveraineté populaire n’existe pas. Le peuple est composé d’ignorants, il est soumis aux passions, aux intérêts …

L’ordre et la tradition jouent un rôle essentiel pour maintenir la hiérarchie sociale : cela permet aux meilleurs de gouverner.

  • Définition de la Nation

Dans Qu’est ce qu’une nation ? (1882), Renan présente un discours de synthèse sur la question.

-La nation est « un plébiscite de tous les jours » : c’est une volonté permanente de vivre ensemble.

-La nation est « une âme » : elle obéit à un principe spirituel. D’où l’importance du passé.

Renan écarte la race, la langue, la religion ou la terre comme facteurs décisifs. Ce sont des points importants mais pas déterminants.

Renan opère ainsi une réconciliation avec l’héritage de la révolution.

 

II] Charles MAURRAS (1868-1952)

Auteur dont la philosophie politique est nommée « nationalisme intégral » et puise ses racines dans la pensée contre-révolutionnaire (conservatisme).

Mes idées politiques (1937) forment la synthèse de sa pensée.

  • Critique de la société moderne

Maurras considère que la France est en décadence. Le progrès ne découle pas de l’action de la majorité, seule une minorité d’élite a réellement pu faire changer les choses.

Maurras refuse l’universalisme et l’égalitarisme : de ce fait il n’y a aucune autorité.

  • Défense de la monarchie

Dans Enquête sur la monarchie (1909) Maurras fait un exposé de sa doctrine du nationalisme intégral : il défend un retour à la monarchie héréditaire.

Plusieurs arguments sont avancés :

-le retour à la tradition et à la coutume : construction d’un héritage national

-la volonté d’incarner l’unité de la nation : xénophobie

-l’anti-parlementarisme : le roi est au sommet de la hiérarchie politique

-la décentralisation : refus de l’Etat central

  • Projet politique

Incarné dans l’Action Française : un journal et un mouvement politique. Weber (1962)

Plusieurs caractéristiques :

-antidreyfusard

-agitation politique : cibles symboliques (Zola, Rousseau)

-soutien intellectuel : projet éducatif

 

III] Les fascismes et le nazisme

Le fascisme est une démarche politique incarnée par la prise de pouvoir de Benito MUSSOLINI (1883-1945).

Le nazisme est le projet politique exposé dans Mein Kampf (1926) par Adolf HITLER (1889-1945).

  • Les fascismes

Politique réactionnaire : autour de la Nation et de l’Etat, contre les individus et les libertés.

Projet révolutionnaire : action volontariste avec un Etat fort.

Refus de la souveraineté populaire : le pouvoir doit appartenir à un chef charismatique.

Place centrale de l’Etat-Nation : dont le but est d’établir l’ordre.

  • Le nazisme

Politique raciste : supériorité des aryens. Stigmatisation des juifs, des tziganes, des étrangers.

Projet cherchant un fondement scientifique : fait appel à la géographie, la botanique …

Inspiration biologique : refus d’une alliance entre forts et faibles.

Pratique l’eugénisme et l’euthanasie : pour éliminer les faibles.

Antisémitisme : critique de la domination du monde des arts ou du domaine financier.

Propagande populaire : volonté de convaincre et d’asseoir populairement leur politique.

Autorité étatique autour d’un chef.

  • Volonté d’explications

Culturelle : les spécificités nationales (autrichienne, italienne …) permettent d’identifier des traits significatifs (ex : antisémitisme à Vienne).

Economique : conséquence de la crise économique. Cela permet de comprendre le processus de pillage mis en œuvre.

Psychologique : mélange de démence et de manipulation des foules.

Sociologique : phénomènes indissociables de la modernité. Repose sur des techniques scientifiques de pointe, répond aux limites des sociétés libérales, individualistes …

 

IV] Hannah ARENDT (1906-1975) & Léo STRAUSS (1899-1973)

Le totalitarisme présente une approche synthétique des idéologies dictatoriales du XXe siècle.

Hannah ARENDT en expose les caractéristiques dans Le système totalitaire (1951):

-Le totalitarisme est une explication intégrale des faits sociaux (pour le nazisme tout découle de la race ; pour les soviétiques de la classe).

-Le système totalitaire refuse les lois mais met en valeur ses propres lois naturelles (la supériorité de la race aryenne pour les nazis ; la lutte des classes pour les soviétiques).

-Le totalitarisme est une illusion idéologique : il découle d’un délire déductif. Seule compte l’application, la mise en œuvre des idées.

-Ses conditions d’avènement sont indissociables de la modernité : la massification (réponse à une société atomisée), le scientisme (technique prophétique) et la désolation (sentiment de non-appartenance au monde).

-La banalité du mal : régimes qui ont fonctionné grâce à la soumission d’hommes ordinaires, simples exécutants ne remettant pas en cause leur action.

La pensée d’Arendt défend ainsi la place primordiale de la désobéissance civile.

 

Léo STRAUSS propose un raisonnement moins ambitieux dans Droit naturel et histoire (1949), et cherche à relier ces phénomènes à la tradition des idées politiques.

Pour Strauss, le totalitarisme n’est qu’une tyrannie moderne.

Elle utilise la technologie et l’idéologie. Mais le rôle essentiel reste tenu par le tyran, par l’individu politique.

 

Conclusion :

L’idée de nation reste une notion risquée à mobiliser. Elle jour pourtant un rôle essentiel.

Les débats liés à l’immigration en sont une parfaite illustration.

 

Références :

GELLNER, Ernest : Nations et nationalisme, Payot, 1983

HERDER, Johann : Une autre philosophie de l’histoire, Aubier, 1774

HERDER, Johann : Histoire et cultures, Flammarion, 2000

MILZA, Pierre : Les fascismes, Seuil, 1985

WEBER, Eugen : L’Action Française, Stock, 1962

15:39 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |