04/02/2012

Le nationalisme et le totalitarisme

Plusieurs thèmes se croisent :

  • Nation et nationalisme

C’est une théorie politique qui considère que la politique découle de l’Etat-Nation.

Cela soude la communauté autour d’une culture.

Il y a donc un double aspect :

-exclusion de l’autre

-libération des peuples

ex : le nationalisme des révolutionnaires français

On oppose en principe nationalisme et universalisme. Les difficultés rencontrées par l’Internationale Socialiste illustrent bien cette tension.

Enfin, le nationalisme suppose de dépasser les religions, car la croyance a des implications politiques.

Le pouvoir politique peut fusionner les deux notions, si la notion primordiale reste la Nation.

Une nation a une double dimension :

-élective : Gellner (1983) il faut une culture commune qui passe notamment par le biais de l’éducation

-ethnique : Herder (1774) il faut une identité nationale

Il faut faire le parallèle avec l’histoire : c’est la période d’unification des Etats-Nations en Europe.

  • Totalitarisme

C’est une notion récente qui insiste sur les aspects polémiques. Elle est utilisée pour décrire deux grands phénomènes du XXe siècle : les fascismes et le régime soviétique.

Plusieurs traits sont caractéristiques :

-cela dépasse la tyrannie : ce n’est pas le pouvoir d’un seul

-cela repose sur la technique : concentrationnaire, extermination …

-cela découle d’un contexte historique : guerres mondiales, crise économique

-c’est indissociable des idéologies : endoctrinement et terreur notamment

On peut identifier un régime totalitaire par plusieurs points :

-la fusion Etat / société civile : cela découle d’une loi naturelle

-le rôle d’un parti-Etat : c’est l’unique source de légitimité

-le culte du chef : processus de domination charismatique

-le soutien des masses : par le biais de la propagande et du populisme

-la terreur : exploitation des peuples, exécutions sommaires, génocide

 

On constate que nationalisme et totalitarisme ont des sources communes.

La pensée nationaliste s’est incarnée dans les fascismes et le nazisme.

Le totalitarisme propose une explication systémique de ces régimes politiques.

 

I] Ernest RENAN (1823-1892)

Historien. Adepte de la pensée positiviste (à la Comte). Grande carrière.

  • Pensée critique de la Révolution

Pour Renan, c’est un échec en termes de justice, de bien être, de liberté ou de moralité.

Il refuse l’égalitarisme (prôné notamment par les anarchistes).

Il faut rapprocher sa pensée des travaux d’Hippolyte TAINE, historien, qui postule un déterminisme social (à la Darwin).

-C’est une condamnation du jacobinisme : l’Etat a voulu dépasser la Nation.

-C’est une défense du savoir : il faut éduquer pour connaître le caractère français.

Dans La réforme intellectuelle et morale (1871), dans le contexte de la défaite de Sedan ou de la guerre civile de la Commune, Renan défend des positions antidémocratiques.

La souveraineté populaire n’existe pas. Le peuple est composé d’ignorants, il est soumis aux passions, aux intérêts …

L’ordre et la tradition jouent un rôle essentiel pour maintenir la hiérarchie sociale : cela permet aux meilleurs de gouverner.

  • Définition de la Nation

Dans Qu’est ce qu’une nation ? (1882), Renan présente un discours de synthèse sur la question.

-La nation est « un plébiscite de tous les jours » : c’est une volonté permanente de vivre ensemble.

-La nation est « une âme » : elle obéit à un principe spirituel. D’où l’importance du passé.

Renan écarte la race, la langue, la religion ou la terre comme facteurs décisifs. Ce sont des points importants mais pas déterminants.

Renan opère ainsi une réconciliation avec l’héritage de la révolution.

 

II] Charles MAURRAS (1868-1952)

Auteur dont la philosophie politique est nommée « nationalisme intégral » et puise ses racines dans la pensée contre-révolutionnaire (conservatisme).

Mes idées politiques (1937) forment la synthèse de sa pensée.

  • Critique de la société moderne

Maurras considère que la France est en décadence. Le progrès ne découle pas de l’action de la majorité, seule une minorité d’élite a réellement pu faire changer les choses.

Maurras refuse l’universalisme et l’égalitarisme : de ce fait il n’y a aucune autorité.

  • Défense de la monarchie

Dans Enquête sur la monarchie (1909) Maurras fait un exposé de sa doctrine du nationalisme intégral : il défend un retour à la monarchie héréditaire.

Plusieurs arguments sont avancés :

-le retour à la tradition et à la coutume : construction d’un héritage national

-la volonté d’incarner l’unité de la nation : xénophobie

-l’anti-parlementarisme : le roi est au sommet de la hiérarchie politique

-la décentralisation : refus de l’Etat central

  • Projet politique

Incarné dans l’Action Française : un journal et un mouvement politique. Weber (1962)

Plusieurs caractéristiques :

-antidreyfusard

-agitation politique : cibles symboliques (Zola, Rousseau)

-soutien intellectuel : projet éducatif

 

III] Les fascismes et le nazisme

Le fascisme est une démarche politique incarnée par la prise de pouvoir de Benito MUSSOLINI (1883-1945).

Le nazisme est le projet politique exposé dans Mein Kampf (1926) par Adolf HITLER (1889-1945).

  • Les fascismes

Politique réactionnaire : autour de la Nation et de l’Etat, contre les individus et les libertés.

Projet révolutionnaire : action volontariste avec un Etat fort.

Refus de la souveraineté populaire : le pouvoir doit appartenir à un chef charismatique.

Place centrale de l’Etat-Nation : dont le but est d’établir l’ordre.

  • Le nazisme

Politique raciste : supériorité des aryens. Stigmatisation des juifs, des tziganes, des étrangers.

Projet cherchant un fondement scientifique : fait appel à la géographie, la botanique …

Inspiration biologique : refus d’une alliance entre forts et faibles.

Pratique l’eugénisme et l’euthanasie : pour éliminer les faibles.

Antisémitisme : critique de la domination du monde des arts ou du domaine financier.

Propagande populaire : volonté de convaincre et d’asseoir populairement leur politique.

Autorité étatique autour d’un chef.

  • Volonté d’explications

Culturelle : les spécificités nationales (autrichienne, italienne …) permettent d’identifier des traits significatifs (ex : antisémitisme à Vienne).

Economique : conséquence de la crise économique. Cela permet de comprendre le processus de pillage mis en œuvre.

Psychologique : mélange de démence et de manipulation des foules.

Sociologique : phénomènes indissociables de la modernité. Repose sur des techniques scientifiques de pointe, répond aux limites des sociétés libérales, individualistes …

 

IV] Hannah ARENDT (1906-1975) & Léo STRAUSS (1899-1973)

Le totalitarisme présente une approche synthétique des idéologies dictatoriales du XXe siècle.

Hannah ARENDT en expose les caractéristiques dans Le système totalitaire (1951):

-Le totalitarisme est une explication intégrale des faits sociaux (pour le nazisme tout découle de la race ; pour les soviétiques de la classe).

-Le système totalitaire refuse les lois mais met en valeur ses propres lois naturelles (la supériorité de la race aryenne pour les nazis ; la lutte des classes pour les soviétiques).

-Le totalitarisme est une illusion idéologique : il découle d’un délire déductif. Seule compte l’application, la mise en œuvre des idées.

-Ses conditions d’avènement sont indissociables de la modernité : la massification (réponse à une société atomisée), le scientisme (technique prophétique) et la désolation (sentiment de non-appartenance au monde).

-La banalité du mal : régimes qui ont fonctionné grâce à la soumission d’hommes ordinaires, simples exécutants ne remettant pas en cause leur action.

La pensée d’Arendt défend ainsi la place primordiale de la désobéissance civile.

 

Léo STRAUSS propose un raisonnement moins ambitieux dans Droit naturel et histoire (1949), et cherche à relier ces phénomènes à la tradition des idées politiques.

Pour Strauss, le totalitarisme n’est qu’une tyrannie moderne.

Elle utilise la technologie et l’idéologie. Mais le rôle essentiel reste tenu par le tyran, par l’individu politique.

 

Conclusion :

L’idée de nation reste une notion risquée à mobiliser. Elle jour pourtant un rôle essentiel.

Les débats liés à l’immigration en sont une parfaite illustration.

 

Références :

GELLNER, Ernest : Nations et nationalisme, Payot, 1983

HERDER, Johann : Une autre philosophie de l’histoire, Aubier, 1774

HERDER, Johann : Histoire et cultures, Flammarion, 2000

MILZA, Pierre : Les fascismes, Seuil, 1985

WEBER, Eugen : L’Action Française, Stock, 1962

15:39 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

31/01/2012

L'anarchisme et le communisme

Marx est le fondateur d’une approche sociologique (avant l’heure) basée sur la domination.

Il prolonge l’approche de Comte, notamment sa vision historique de la société. Mais L’anarchisme rejette à la fois la conception de la propriété issue du libéralisme et l’organisation politique collective issue du socialisme. C’est autour de la notion de pouvoir que se cristallise l’opposition théorique : les anarchistes ne considèrent pas qu’une organisation politique soit capable d’imposer un ordre social.

L’anarchisme estime au contraire, que seuls des êtres humains autonomes et indépendants seront capables d’instaurer des règles efficaces pour vivre ensemble. Aucun principe ne peut dépasser la liberté humaine : l’anarchisme ne conçoit ni Dieu (morale supérieure incarnée par la religion) ni maître (pouvoir supérieur incarné par l’Etat).

Le marxisme cherche à poser les bases d’un socialisme scientifique : en prenant appui sur l’ensemble des sciences sociales naissantes (philosophie, économie ou sociologie) Marx & Engels cherchent à établir un système théorique décrivant la société dans laquelle ils évoluent. Cela devant permettre de la changer par la politique.

Les conflits socio-politiques du XIXe mettent aux prises les nouvelles classes dirigeantes (élites bourgeoises, industrielles et capitalistes) à la classe ouvrière en plein essor. L’idée que les changements de régime doivent passer par des révolutions, seul moyen de réellement faire évoluer les rapports de force politique, devient un point départ de la philosophie politique communiste ou anarchiste. La violence ou l’insurrection deviennent des moyens d’action légitimes pour faire avancer leurs idées. (1848 ou la Commune de Paris).

Anarchisme et communisme lient de manière intime combat politique (au sens propre) et débat théorique. Au sein de la 1ère Internationale (Association Internationale des Travailleurs) la anarchistes et les communistes militent pour des changements radicaux, surtout par rapport aux propositions découlant du socialisme.

Cependant les oppositions entre les deux courants sont trop nombreuses, tant sur les projets politiques que sur les conceptions de la société. Les marxistes dominent l’Internationale, excluent les anarchistes, fédèrent les socialistes. Pourtant cette démarche n’aura aucun débouché politique réel, et l’union internationale des projets socialistes n’aura jamais lieu.

Q : une société meilleure est-elle possible sans l’Etat ?

 

I] Pierre-Joseph PROUDHON (1802-1865)

Philosophe politique français. Autodidacte et d’origine modeste.

Publie Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère en 1846.

  • Critique la propriété privée

Il considère la liberté et l’égalité comme des droits absolus et sacrés. Sans ces droits les individus ne peuvent vivre ensemble.

Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840) il affirme : « La propriété c’est le vol ». La concentration des richesses empêche d’établir la liberté et l’égalité. C’est une conséquence logique de la division du travail. L’opposition entre propriétaires et prolétaires devient inéluctable.

Pourtant, la propriété collective proposée par les socialistes est également critiquable : Proudhon est un penseur libertaire, anarchiste.

Cependant, il ne suggère pas d’abolir la propriété, car elle assure une certaine liberté économique. Proudhon propose de fonder les relations humaines sur le principe du contrat : chaque individu libre pourra négocier son travail. Aucun individu ne pourra donc obtenir plus qu’il ne mérite. Il théorise ainsi le mutualisme (mutuellisme dans son vocabulaire).

  • Accompagner les initiatives ouvrières

Proudhon en conclut qu’il faut développer le crédit aux pauvres pour leur garantir l’indépendance. Il préfère que la classe ouvrière s’organise par elle même.

Il défend une vision prophétique de la politique puisqu’il se méfie des pouvoirs grandissants de l’Etat d’une part, et des inégalités induites par la propriété capitaliste de l’autre.

Cependant, la pensée de Proudhon est marquée par un refus de la révolution. L’Etat n’a pas pour mission d’exproprier les capitalistes : un pouvoir centralisateur ne ferait que chasser l’autre.

Sur le plan politique, il considère qu’une confédération très décentralisée serait le meilleur système permettant de garantir le respect des libertés de chacun.

Proudhon est finalement un auteur ayant une pensée assez incohérente, à la fois critique et optimiste mais sans réel projet politique pour la porter. (Voir ses propres revirements).

On intérêt fondamental est de poser la question de l’harmonie entre justice sociale et liberté individuelle.

 

II] Michel BAKOUNINE (1814-1876)

Philosophe politique russe.

Il prolonge la pensée de Proudhon, mais l’inscrit dans les luttes politiques : les anarchistes cherchant à s’organiser politiquement au sein de la 1ère Internationale.

Bakounine défend ainsi des positions anti-autoritaires radicales : dans Etatisme et anarchie (1873) il montre les trois facteurs ayant peut être joué un rôle important pour l’affirmation de la liberté humaine et qui en sont devenus des obstacles.

-la religion et l’idée de Dieu : il faut refuser la morale

-l’Etat : une autorité centralisée qui décide pour la société

-la propriété : la gestion collective est la meilleure organisation

Le projet de prise du pouvoir étatique par les communistes est également vivement critiqué : la dictature du prolétariat n’est pas concevable. Seule une bureaucratie peut s’emparer de l’Etat, ce qui présente des risques sérieux pour la liberté selon Bakounine.

Pourtant les anarchistes considèrent la violence comme un moyen légitime de faire valoir leurs opinions politiques. La lutte découle du refus de toute autorité et de tout pouvoir qui ne peuvent être qu’oppresseurs.

Cette philosophie politique va finalement servir de fondement à l’anarcho-syndicalisme : organisation ouvrière autonome, indépendante du pouvoir politique dont l’arme de combat est la grève générale. (A comparer à la voie social-démocrate).

 

III] Karl MARX (1818-1883) & Friedrich ENGELS (1820-1895)

Philosophes politiques allemands.

  • Critique du capitalisme

Marx publie Critique de l’économie politique en 1859 et le premier tome du Capital en 1867.

Son approche se fonde sur des principes philosophiques :

-Hegel et le matérialisme

-Feuerbach et l’aliénation

Il utilise le système intellectuel de Ricardo : critique de l’économie par l’économie.

Marx adopte la théorie de la valeur travail. Il mène une réflexion de fond sur la notion de travail, qui semble un peu dépassée aujourd’hui en économie, mais qui garde toute son importance dans le domaine politique.

Marx et Engels mettent en valeur la notion d’exploitation : le capitalisme est un mode de production qui s’approprie la richesse créée par les travailleurs. C’est la plus value : la valeur supplémentaire de la marchandise créée par le travail.

Karl Marx théorise la crise du système capitaliste : l’accumulation du capital (la plus value est réinvestie dans du capital au détriment des travailleurs) va entraîner une baisse tendancielle du taux de profit. L’augmentation du capital se fait au détriment du chômage : une armée industrielle de réserve se crée qui garantit des bas salaires.

Le capitalisme entraîne donc lapaupérisation de la classe ouvrière. Dans le même temps, cela débouche sur des crises de surproduction. Ces crises favoriseront la concentration industrielle : l’élite bourgeoise va s’accaparer le pouvoir économique.

  • Philosophie de l’histoire

Alors que Comte insiste sur le progrès social, Marx considère que la société se fonde sur la lutte des classes.

Pour Marx & Engels la liberté est conditionnée par le niveau de richesse : cela induit une hiérarchisation des conditions de l’action sociale. Il n’y a pas d’autonomie des individus par rapports aux moyens de production contrairement à la vision de Proudhon (1847).

Marx & Engels se basent sur le matérialisme historique et la dialectique :

-l’histoire a un sens : l’exploitation

-la philosophie repose sur des contradictions

Ils s’appuient sur l’histoire pour mettre en valeur l’existence de classes sociales dépendant de la propriété des moyens de production, et leur luttes pour posséder ces moyens.

La lutte des classes permet d’expliquer à la fois les comportements et les croyances :

-les capitalistes cherchent à exploiter les travailleurs et à les maintenir dans une situation de dépendance (prolétaires), alors que la classe ouvrière doit s’émanciper et s’approprier les moyens de produire la richesse

-l’exploitation capitaliste tend à justifier sa domination sur la plan idéologique en s’appuyant sur l’appareil d’état pour imposer ses valeurs et défendre ses intérêts.

Marx a posé des questions essentielles mais a fait l’objet de réinterprétations, de simplifications … le marxisme n’est pas Marx. Reste une approche extrêmement déterministe.

  • Processus révolutionnaire

Favorables dans un premier temps à la violence comme moyen politique de défendre leurs valeurs, Marx & Engels élaborent une véritable théorie de la révolution politique. Celle-ci devra suivre plusieurs étapes :

-dictature du prolétariat : phase transitoire de suppression de l’ordre capitaliste bourgeois par la prise de pouvoir politique (l’Etat)

-organisation économique de type socialiste : transition de la propriété privée à la propriété commune, organisation égalitaire …

-avènement d’une société sans classe : le communisme

 

Conclusion : LENINE (1870-1924) & STALINE (1879-1953)

  • L’Etat parti

La révolution de 1917 permet à Lénine de mettre en œuvre le projet politique de Marx en Russie. C’est cependant un pays non capitaliste, et la dictature du prolétariat ne débouchera que sur une organisation économique et sociale centralisée (voir histoire économique).

  • La dictature totalitaire

Après le décès de Lénine, Staline s’empare du pouvoir en URSS. Il met en place un pouvoir politique bureaucratique extrêmement répressif (la Terreur) justifié par l’opposition extérieure des pays capitalistes.

 

Références :

ANSART, Pierre : Naissance de l’anarchisme, Puf, 1970

GUERIN, Daniel : Ni dieu, ni maître, La Découverte, 1999

GRAWITZ, Madeleine : Bakounine, Plon, 1990

LATOUCHE, Serge: Le projet marxiste, Puf, 1975

LEFEBVRE, Henri : Sociologie de Marx, Puf, 1974

MARX, Karl : Misère de la philosophie, Payot, 1847

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Manifeste du Parti communiste, Flammarion, 1848

MARX, Karl : Les luttes de classes en France, Gallimard, 1850

MARX, Karl : Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Editions sociales, 1852

MARX, Karl : La guerre civile en France, Editions sociales, 1871

22:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

Le socialisme

  • Pensée du XIXe

Liée aux évolutions sociales : principalement l’apparition d’une classe de travailleurs pauvres.

Marquée par le décalage avec l’analyse économique classique (les classiques n’abordent pas la question de la pauvreté ou de manière négative comme Malthus).

Marque également par le décalage avec l’évolution du capitalisme, l’augmentation inédite de la richesse ne profite pas à l’ensemble des populations des pays qui connaissent des révolutions industrielles.

Les penseurs du socialisme s’opposent ainsi aux libéraux qui insistent sur l’individu.

  • Pensée inspirée par la philosophie

Le socialisme puise certains éléments d’analyse chez Rousseau : la place du peuple ou le rôle des mécanismes démocratiques.

Les théories du socialisme naissant s’appuient également sur More : elles cherchent à construire un monde meilleur pour les populations.

Enfin on retrouve certains apports de la pensée d’Hegel : le sens de l’histoire ou le rôle du droit et de l’Etat dans la construction des rapports sociaux.

  • Le socialisme a une dimension idéaliste

De manière paradoxale, le socialisme ressemble à la pensée religieuse. Cet idéalisme comporte une dimension morale et éthique essentielle : seul le fondement diffère, ce n’est plus Dieu, mais la société (le social) qui fonde la pensée politique.

Le socialisme relève ainsi de l’utopisme. Même s’il faut noter que qualifier le socialisme d’utopique sert le plus souvent à le discréditer : il est irréaliste, voire dangereux. Ainsi, les marxistes opposeront le socialisme utopique au socialisme scientifique.

  • Le socialisme est une critique de l’ordre social existant

On retrouve notamment chez Fourier, une dénonciation de la civilisation issue de la société industrielle. Elle n’aurait que trois fonctions :

-réprimer

-corriger

-modérer

Fourier montre ainsi dans Vers la liberté en amour que le mariage est une institution qui consacre la domination des hommes mais ne satisfait aucune des deux parties.

De plus, le libéralisme est insatisfaisant car il glorifie les mécanismes de la concurrence qui permettent au plus fort, au plus rusé ou au plus menteur de s’imposer. La solidarité n’est pas prise en compte.

  • Les penseurs socialistes cherchent à s’ériger en exemple

Au delà d’une simple construction théorique, le socialisme est indissociable d’un travail de réforme sociale de terrain ayant pour but de diffuser des idées et des pratiques en montrant qu’elles fonctionnent (d’où les remarques sur l’utopisme).

 

Q : comment a évolué la conception du socialisme ?

 

I] SAINT SIMON (1760-1825)

Aristocrate et penseur français : Claude Henry de Rouvray.

Publie notamment le Catéchisme des industriels en 1823.

  • Socialisme et science

Il veut fonder le socialisme sur des bases scientifiques. Il montre que l’apport des scientifiques, des artisans (des industriels) est bien plus utile à la société que celui des classes politiques dirigeantes (clergé et noblesse).

Il oppose l’industrialisme au libéralisme. Il établit un système qui respecte le droit de propriété mais qui se fonde sur l’organisation du travail (en vue d’améliorer la situation de la classe la plus faible).

Saint Simon pense que ce seront des techniciens qui gèreront les industries, car il faut des compétences pour organiser le travail. Ainsi, les conditions d’une société solidaire et pacifiée seront réunies.

Enfin, sa pensée emprunte au vocabulaire chrétien, car il justifie sa pensée sur le plan moral.

  • Critique du pouvoir politique

Le qualificatif de socialisme est postérieur à l’élaboration de sa pensée : Saint Simon faisant un constat historique important, le déclin de la société féodale (inégalitaire et en marge des progrès techniques) laisse place à l’avènement d’une nouvelle société industrielle.

Pourtant celle ci comporte également des défauts : l’exploitation du travail, la concentration des richesses et la domination politique de la classe dirigeante.

Saint Simon n’aura jamais de réel débouché politique : partisan de Napoléon, en qui il voit l’homme politique le plus apte à mettre en œuvre sa vision (ex : création de l’école Polytechnique), sa chute consacrera son incapacité à convaincre les politiques.

  • Ses disciples

L’originalité de sa pensée entraîne la conviction de nombreux penseurs qui participeront à la revue le Producteur. Il aura ainsi Auguste Comte pour secrétaire (mais leurs pensées divergeront rapidement). Les Saints Simoniens sont caractérisés par un certain élitisme.

Les capacités des chefs d’entreprise ou des organisateurs sont essentielles pour améliorer le sort du plus grand nombre.

 

II]Charles FOURIER (1772-1837)

Savant français qui s’intéresse aux questions économiques.

Publie Le nouveau monde industriel en 1827.

  • La contradiction nature / raison

Fourier défend une conception naturaliste de l’homme : les passions humaines sont bonnes.

La société humaine évolue vers l’harmonie, mais le commerce dans le monde est à l’origine de désordres sociaux.

Fourier estime que la société industrielle ne prend pas suffisamment en compte l’instinct ou les passions (comme la religion par exemple).

Dès lors, il considère que deux éléments sont essentiels pour qu’une société soit efficace : le bonheur et la justice. Ainsi ce sont les conditions nécessaires à la liberté. Cette approche est originale quand on la compare à la pensée libérale.

Chez Fourier il n’est pas primordial de penser la politique en termes de pouvoir ou d’autorité. Cette vision se retrouvera dans la pensée anarchiste.

  • L’association coopérative

Fourier propose de fonder la vie sociale sur les Phalanstères : ce sont des institutions qui organisent le travail et la vie sociale pour les individus. Préférence pour le travail agricole.

On parle de socialisme associationniste. Vision utopique.

Plusieurs types de phalanstères sont envisagés pour prendre en compte la diversité des classes sociales ; mais pas de différences au sein d’un phalanstère. La recherche de prospérité pour l’association permet d’éviter les conflits.

Cependant cette utopie n’a pas trouvé de financement durable.

  • Ses disciples

Ses analyses sont à l’origine d’un mouvement de pensée et d’un journal : la Phalange.

Les phalangistes sont favorables à ce qu’on nomme à présent la technocratie, c’est à dire le fait de confier la gestion et l’organisation aux personnes les plus compétentes.

 

III] Robert OWEN (1771-1858)

Réformateur anglais.

Publie Le nouveau monde moral en 1844.

  • L’association communauté

Owen est un entrepreneur : il gère une filature à New Lanark (Ecosse).

Il met en œuvre des principes de gestion novateurs : lutte contre l’ivrognerie, le vol dans l’usine, réduction du temps de travail, jardins d’enfant, cours du soir …

Il prône une vision très morale, voire paternaliste des rapports sociaux. Son souci principal est l’amélioration de la condition ouvrière.

Owen cherche à créer une usine modèle où les travailleurs seraient à la fois efficaces et satisfaits. Cette vision sera renouvelée par la gestion (Taylor).

  • L’association et la coopération

La base de sa réflexion est la coopération : une entreprise ne doit pas être basée sur l’exploitation privée (capitaliste) mais sur la propriété commune de la production.

Owen estime que des communautés agraires seront la base de la vie sociale, et qu’elles regrouperont les activités industrielles.

Comme ses idées ne peuvent s’appliquer en Angleterre, il fonde un village coopératif en Amérique (New Harmony) en 1824. Mais dès son départ, la colonie tourne à l’échec. Ce qui montre à la fois son charisme et les limites de sa conception politique.

  • Ses disciples

Même si ce mouvement connaîtra un certain succès, puisque quelques coopératives modèles voient le jour ; ces idées ne s’imposent pas (ex : remplacer la monnaie par des bons de travail). Il reste aujourd’hui une référence pour l’économie solidaire.

La pensée d’Owen influencera fortement le mouvement ouvrier anglais.

-Le chartisme est un mouvement social et politique qui défend des réformes sociales profondes. Mais dans une logique de confrontation avec les dirigeants capitalistes.

-Le syndicalisme (trade unions) reprend la logique coopérative mise en œuvre par Owen. Les ouvriers se regroupant par métiers. Le syndicalisme sera consacré légalement en 1825 (puis politiquement au cours du siècle).

 

Conclusion :

Le socialisme du XIXe n’a plus grand chose à voir avec le socialisme actuel car le marxisme et l’anarchisme en ont modifié sa conception. Même si les principes sont proches.

22:16 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |