23/07/2012

Touraine & Crozier : les autres grands sociologues

  • Des sociologies originales face à la polarisation

La sociologie française est polarisée à partir des années 60 par l’opposition Bourdieu / Boudon. Recoupe l’opposition individualisme / holisme soit Weber / Durkheim …

Vertu pédagogique qui nuit à l’étude des autres grands noms de la sociologie.

Ici, auteurs qui ont étudié des domaines différents (organisations, mouvements ouvriers) qu’on retrouve plus aisément dans l’étude de la sociologie par domaine.

Ex : Crozier référence en gestion

 

  • Des « grands » auteurs

Pour Ansart (1990) Touraine est un auteur de « sociologie dynamique » avec l’anthropologue Balandier ; Crozier incarne « l’analyse fonctionnaliste et stratégique ».

Pour Berthelot (2000) Touraine représente « la sociologie des mouvements sociaux » ; Crozier « l’action organisée ».

Pour Scheid (1990) ce sont tous les deux des « grands auteurs en organisation ».

 

  • Des écoles de pensée

Sur le plan institutionnel, Touraine comme Crozier sont à l’origine de véritables courants de pensée dont l’importance est aujourd’hui encore palpable.

Ex : auteurs comme Wieviorka ou Friedberg

Ex : centres de recherches CADIS (Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologique) à l’EHESS ou CSO (Centre de Sociologie des Organisations) à l’IEP de Paris

Q : pourquoi leurs pensées ne sont pas dominantes en sociologie.

 

 

I] Alain Touraine

Auteur majeur de la sociologie industrielle et des mouvements sociaux.

Proche politiquement de la deuxième gauche (Rocard).

Formation d’historien.

Sa sociologie se découpe en trois temps :

- La sociologie du travail : première période

- La sociologie des mouvements sociaux : période intermédiaire, de maturité

- La sociologie du sujet : dernière période

On retient généralement deux grands apports à son œuvre.

 

  • La sociologie de l’action

C’est la théorie générale de Touraine, même si aujourd’hui sa vision du sujet semble la dépasser (2000).

Au cours de ses premiers travaux (notamment dans les usines Renault) il distingue trois phases dans l’évolution professionnelle de l’industrie moderne (1955) :

- la phase A : les travailleurs sont des professionnels ayant expérience et habileté

- la phase B : les travailleurs fonctionnent selon le modèle tayloriste

- la phase C : les ouvriers reprennent une part de responsabilité

Pour Touraine, cette évolution explique le déclin du monde ouvrier : recul quantitatif du fait des nouvelles organisations du travail ; augmentation qualitative avec les nouvelles compétences.

A partir de cette analyse il va étudier la conscience ouvrière (1966) : c’est une vaste enquête dans laquelle il cherche à vérifier son hypothèse. La conscience ouvrière est définie par 3 éléments :

- l’identité : l’appartenance à un ensemble

- l’opposition : la lutte contre un adversaire

- la représentation de la société : l’idéologie de l’action

Touraine tire de ses analyses du travail une sociologie des mouvements sociaux qui permet de comprendre les conflits. Pour lui, le fondement des conflits est donc d’origine culturelle.

Vision différente du marxisme ou de la lutte des classes (origine matérielle). Cette approche se matérialise selon Touraine dans le passage de la société industrielle à la société post-industrielle (1969) : càd une société technocratique reposant sur la maîtrise des connaissances et de l’information. « Société programmée ».

La domination sociale se modifie également :

- l’intégration sociale pousse les acteurs à remplir les objectifs fondamentaux de la société

- la manipulation culturelle fait que les institutions agissent sur les besoins et les attitudes des acteurs sociaux

- le contrôle de la société est le fait des organisations qui cherchent à s’imposer socialement

Ainsi, pour Touraine, la société post-industrielle réduit les conflits de classe traditionnels. De nouvelles luttes apparaissent : entre technocrates (issus des grandes écoles) et professionnels (techniciens, ingénieurs, enseignants …) ou opérateurs (consommateurs). La lutte concerne le pouvoir et elle oppose principalement ceux qui maîtrisent les décisions et ceux qui maîtrisent les compétences.

Lecture du mouvement de mai 68 selon cette grille : révolte culturelle, idéologique / étudiants.

Touraine devient ainsi l’analyste des nouveaux mouvements sociaux qu’il oppose au mouvement ouvrier. C’est la sociologie de l’action (1965) (1978) (1980) (1981) (1984) :

- les conduites des acteurs ne sont pas prédéterminées par des situations sociales

- la société est un ensemble de rapports sociaux ayant des intérêts opposés

- la société semble dominée par l’ordre étatique alors qu’il se réduit

- l’action conduit à de nouveaux mouvements sociaux (lutte culturelle)

- les classes sociales se définissent par leur action historique (lutte consciente)

 

  • L’intervention sociologique

Touraine réalise un grand apport à la méthodologie sociologique : la sociologie de l’action repose sur une démarche active du sociologue qui doit aider les mouvements sociaux à se forger une conscience (1978).

L’intervention repose sur 4 piliers :

- Le sociologue doit rencontrer les acteurs sociaux au cour de leur action

- Le sociologue doit s’assurer de la conscience du mouvement social étudié

- Le groupe d’acteurs doit faire émerger l’enjeu de la lutte sociale

- Le groupe doit pouvoir auto-analyser sa lutte

 

Méthode novatrice. Sociologie de terrain, de confrontation. Refus de l’extériorité ou de la neutralité du sociologue. 

 

II] Michel Crozier

Diplômé d’HEC.

Sociologue par accident de l’histoire, son étude initiale déterminera pourtant l’orientation de ses travaux vers les organisations.

Proche politiquement du centre droit libéral (Chaban).

Tête de turc de Bourdieu : sociologie « édifiante » et non « critique ». D’où une méfiance …

Etudes mineures : recherche sur les classes sociales (1965) dont les oppositions d’intérêt ne sont pas déterministes mais dépendent des situations sociales (œuvre de jeunesse) ; le changement politique (1970) (1979) (1987) qui est bloqué par le manque de coopération entre les acteurs sociaux.

Deux grands thèmes de la sociologie de Crozier se sont imposés :

 

  • Le phénomène bureaucratique (1963)

A partir de l’étude de cas de deux organisations publiques (chèques postaux et usine SEITA), Crozier tire une analyse d’ensemble de la bureaucratie.

On peut déceler quatre caractéristiques :

- Le principe égalitaire : l’ancienneté est préférée au mérite

- Le principe de cloisonnement : les postes sont obtenus par concours

- L’impersonnalité des règles : le personnel est protégé

- La centralisation des décisions : hiérarchie

Pour Crozier, la bureaucratie a l’avantage d’être un système stable mais dont les dysfonctionnements ne peuvent être réglés : la centralisation empêche les élites de maîtriser l’information nécessaire au changement. Seule une crise permet de régler les problèmes.

Crozier considère que la bureaucratie est un phénomène culturel français : peur du face à face.

Analyse très féconde : dans les entreprises, dans les autres pays … mais plus nuancée.

 

  • L’analyse stratégique (1977)

Ouvrage de synthèse publié avec Erhard Friedberg basé sur les nombreuses enquêtes menées.

Véritable manuel de sociologie des organisations, il avance plusieurs concepts :

- Les acteurs : ils n’existent que dans un système social

- Les stratégies : les acteurs disposent de ressources qu’ils mobilisent en fonction des contraintes sociales

- Le pouvoir : les acteurs ont le pouvoir d’influencer un autre acteur (maîtrise d’une compétence, de la communication ou des règles de l’organisation).

- Les jeux : les acteurs modifient en permanence les règles de l’organisation

- L’environnement : cadre structurel et contraignant de l’organisation

- Les systèmes d’action concrets : structure au sein desquelles les acteurs définissent des stratégies en termes de jeux pour obtenir du pouvoir

Ainsi Crozier mobilise une analyse systémique de la sociologie qui permet de mettre en valeur la contingence des situations sociales : elles dépendent de rapports sociaux et ne sont pas figées.

Le processus de décision devient donc l’élément clé : les décisions ne sont pas rationnelles, elles sont la meilleure solution à un problème (Simon). Le changement social dépend donc de la capacité des acteurs à mobiliser leurs ressources dans des stratégies de pouvoir efficaces et coopératives.

 

Conclusion :

Enigme Touraine, sociologie moderne mais peu connue. Solution Crozier : étudié en gestion !

 

Références :

ANSART, Pierre : Les sociologies contemporaines, seuil, 1990

BERTHELOT, Jean-Michel dir. : La sociologie française contemporaine, Puf, 2000

CROZIER, Michel : Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1963

CROZIER, Michel : Le monde des employés de bureau, Seuil, 1965

CROZIER, Michel : La société bloquée, Seuil, 1970

CROZIER, Michel & FRIEDBERG, Erhard : L’acteur et le système, Seuil, 1977

CROZIER, Michel : On ne change pas la société par décret, Grasset, 1979

CROZIER, Michel : Etat modeste, Etat moderne, Fayard, 1987

SCHEID, Jean-Claude : Les grands auteurs en organisation, Dunod, 1990

TOURAINE, Alain : L’évolution du travail ouvrier aux usines Renault, Cnrs, 1955

TOURAINE, Alain : Sociologie de l’action, Seuil, 1965

TOURAINE, Alain : La conscience ouvrière, Seuil, 1966

TOURAINE, Alain : La société post-industrielle, Denoël, 1969

TOURAINE, Alain : La voix et le regard, Seuil, 1978

TOURAINE, Alain dir. : Lutte étudiante, Seuil, 1978

TOURAINE, Alain dir. : La prophétie anti-nucléaire, Seuil, 1980

TOURAINE, Alain dir. : Le pays contre l’Etat, Seuil, 1981

TOURAINE, Alain ; WIEVIORKA, Michel & DUBET, François : Le mouvement ouvrier, Fayard, 1984

TOURAINE, Alain & KHOSROKHAVAR, Farhad : La recherche de soi, Fayard, 2000

14:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire, Sociologie |  Facebook | | |

12/07/2012

Les libéraux : l'école de Chicago & la nouvelle macroéconomie classique

 Manière commode de regrouper de nombreux auteurs.

Quelques caractéristiques communes forment la base de la pensée libérale actuelle :

- L’individualisme méthodologique

- L’efficacité des mécanismes de marché

- L’inefficacité de l’Etat

Les libéraux se retrouvent également dans les courants du Public choice et du monétarisme et de l’école Autrichienne mais dans une perspective plus radicale. Les économistes de l’école de Chicago ont la particularité d’avoir obtenu une forte reconnaissance institutionnelle.

C’est à l’Université de Chicago que les grands représentants de ce courant enseignent et mènent leurs recherches. Mais certains auteurs en sont issus sans y être rattachés car leur apports vont au delà. Ex : Friedman et Lucas.

L’école de Chicago s’oppose au paradigme keynésien : l’intervention de l’Etat n’est pas une solution efficace pour relancer l’économie, les mécanismes de prix restent incontournables.

Q : quelles problématiques libérales se sont imposées dans l’analyse économique contemporaine ?

 

I] L’approche microéconomique de l’école de Chicago

Deux auteurs incarnent cette approche essentiellement microéconomique :

 

  • George Stigler (1911-1991)

Stigler est en premier lieu un historien de la pensée économique (1965) : il étudie à la fois les textes et le contexte dans lequel sont formés les concepts. Les nouvelles théories influencent la politique économique et les comportements des agents. De même, les problèmes concrets non-résolus rendent nécessaire l’apparition de nouvelles théories.

Stigler développe une théorie de l’organisation industrielle (1968) : il étudie les conditions de fonctionnement des ententes ou les économies d’échelle. Il considère que les monopoles auraient du disparaître du fait de leurs coûts : seules des barrières à l’entrée leur permettent de se maintenir. C’est le principe du survivant.

Comme la libre concurrence et le marché apportent le maximum de satisfaction au consommateur, les réglementations étatiques sont inefficaces. La protection étatique de certaines industries est coûteuse, elle n’aboutit qu’à une rente de situation (1975).

L’organisation industrielle est analysée sous l’angle de la politique économique : les agents cherchent à obtenir une protection de l’Etat pour éviter la concurrence. C’est la capture.

Enfin, Stigler a élaboré une théorie de l’information (1961) : il est nécessaire de prendre en considération les coûts de recherche et de diffusion de l’information sur les biens et leurs prix. De même, l’environnement social ou la famille sont des facteurs d’influence de l’utilité du consommateur.

 

  • Gary Becker (1930-)

Représentant de l’impérialisme économique : (l’empereur ?) càd de l’application du raisonnement coûts / bénéfices à l’ensemble des faits sociaux reposant sur un choix.

Becker a développé la théorie du capital humain (1964) : l’éducation et la formation sont des investissements qui doivent être rentabilisés par des revenus différenciés.

Dans la même logique, le temps comporte un coût d’opportunité (1965) : toute action est un choix entre loisir et travail, on peut donc lui donner une valeur de renoncement. C’est le montant des salaires non perçus qui permet d’établir l’utilité de l’agent.

Becker renouvelle la théorie de la consommation (1996). La satisfaction des consommateurs dépend de leurs goûts. Or, les consommateurs sont souverains pour substituer des produits, les incorporer dans des services ou rechercher des innovations : ils sont producteurs de leurs goûts. On peut donc expliquer les questions de mode ou les effets d’expérience en termes de productivité, de capital et d’investissement.

Son analyse microéconomique lui permet d’investir de nombreux champs d’étude (1976) :

- le mariage et la natalité : les gains de l’homme et de la femme convergent dans un ménage et réduisent la spécialisation. Un enfant peut être un bien d’investissement ou de consommation selon les revenus de la famille.

- le crime : une personne qui commet un délit compare le coût (la probabilité d’être sanctionné) et le bénéfice.

- la discrimination : les fonctions d’utilité des agents prennent en compte la race, la religion ou le sexe ; ce qui implique des différences de prix.

L’analyse de Becker ne considère pas nécessairement que les humains sont égoïstes, il est possible de les considérer comme altruistes ou influençables par les autres. Cela modifie simplement leur utilité, ils restent maximisateurs (2000).

 

 

II] La nouvelle économie classique

Vision principalement macroéconomique. Complémentaire de l’approche microéconomique de l’école de Chicago et des intuitions des classiques. Les nouveaux classiques prolongent les analyses monétaristes.

Ils tirent des conclusions qui remettent radicalement en cause la théorie keynésienne : la politique économique ne peut réduire le chômage ou les fluctuations.

 

  • Les principes de la nouvelle macroéconomie classique

- Les anticipations rationnelles :

Muth (1961) considère que les agents forment leurs anticipations de manière rationnelle, càd qu’ils cherchent à maximiser leur utilité. Ils utilisent donc au mieux toutes les informations disponibles.

Cela n’empêche pas les erreurs de prévision, mais cela suppose que les pouvoirs publics doivent disposer d’informations que les agents ne possèdent pas pour influencer leurs décisions. De plus, les décisions gouvernementales révèlent l’information.

- L’ajustement continu des marchés : tous les marchés fonctionnent parfaitement selon le modèle de l’équilibre général. Cela permet aux agents de réagir de manière optimale en termes d’offre et de demande. L’économie est donc en situation d’équilibre permanent : les prix s’adaptent, Barro (1984).

De même Lucas & Rapping (1969) estiment que les décisions des travailleurs et des entreprises sont rationnelles et qu’elles reflètent un comportement optimisateur.

Ex : l’arbitrage loisir/travail dépend du salaire : si le niveau n’est pas satisfaisant la demande de loisir augmente.

Lucas (1972) montre que l’offre de travail et la production dépendent donc essentiellement des prix : ils reflètent toute l’information disponible.

 

  • Les implications de la nouvelle macroéconomie classique

- Le cycle d’équilibre

Seuls les chocs non-anticipés ont une influence sur les fluctuations de la croissance puisque l’économie est structurellement en situation d’équilibre.

Pour Sargent & Wallace (1976) les anticipations rationnelles rendent inutile l’action gouvernementale pour augmenter l’offre de monnaie ou la dépense publique : les agents s’adaptent en permanence.

- La désinflation

L’inflation est un phénomène monétaire qui découle d’un excès d’offre. La diminution de l’inflation découle d’un ratio de sacrifice (durée d’ajustement des prix) : la contraction monétaire doit donc être crédible pour influencer les anticipations. Sargent (1986)

Les politiques désinflationnistes menées aux USA et au UK dans les années 80 ont été suivies de récession car la politique anglaise n’était pas encore crédible et que la politique budgétaire américaine n’était pas cohérente.

- L’incohérence temporelle

Kydland & Prescott (1977) considèrent que les politiques économiques ont intérêt à contredire les anticipations des agents pour être le plus efficace possible. Les politiques discrétionnaires ne maximisent pas le bien être social, il faut donc encadrer l’action gouvernementale par des règles de politique économique.

Barro & Gordon (1983) montrent que les règles sont plus efficaces que la discrétion car elles permettent d’obtenir une réputation.

Ex : Alesina & Summers (1993) ont ainsi montré que les banques centrales indépendantes sont plus favorables à la stabilité des prix.

- La critique de Lucas

Selon Lucas (1976) les simulations de politique économique considèrent que les paramètres ne sont pas modifiés par l’intervention de l’Etat, ce qui est une erreur. Les hypothèses de la nouvelle économie classique permettent, par contre, de modéliser l’économie dans une situation structurelle.

Blanchard (1984) ne confirme pas empiriquement la critique. Mais cela montre le rôle essentiel des anticipations.

 

Conclusion :

Généralisation du raisonnement économique : agaçant mais stimulant (ex : l’évaluation)

Approfondissement de l’approche monétariste, particulièrement adapté à la stagflation et au besoin de nouvelle politique économique.

 

Références :

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BARRO, Robert : La macroéconomie, Armand Colin, 1984

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BLANCHARD, Olivier : The Lucas Critique and the Volcker Deflation, American Economic Review, 1984

BECKER, Gary : Human capital, University of Chicago Press, 1964

BECKER, Gary : A theory of the allocation of time, Economic Journal, 1965

BECKER, Gary : The economic approach to human behavior, University of Chicago Press, 1976

BECKER, Gary : Accounting for tastes, Harvard University Press, 1996

BECKER, Gary & MURPHY, Kevin : Social economics, Harvard University Press, 2000

KYDLAND, Finn & PRESCOTT, Edward : Rules rather than discretion, Journal of Political Economy, 1977

LAMOTTE, Henri & VINCENT, Jean-Philippe : La nouvelle macroéconomie classique, Puf, 1993

LUCAS, Robert & RAPPING, Leonard : Real wages, employment, and inflation, Journal of Political Economy, 1969

LUCAS, Robert : Expectations and the Neutrality of Money, Journal of Economic Theory, 1972

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

LUCAS, Robert : Evaluation économétrique de la politique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

MUTH, John : Anticipations rationnelles et théorie des mouvements des prix, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1961

SARGENT, Thomas & WALLACE, Neil : Anticipations rationnelles et théorie de la politique économique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

SARGENT, Thomas : Rational expectations and inflation, Longman, 1986

STIGLER, George : The economics of information, Journal of Political Economy, 1961

STIGLER, George : Essays in the history of economics, University of Chicago Press, 1965

STIGLER, George : La théorie des prix, Dunod, 1966

STIGLER, George : The organization of industry, University of Chicago Press, 1968

STIGLER, George : The citizen and the state, University of Chicago Press, 1975

13:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

De la crise pétrolière à la nouvelle mondialisation

 Période allant de 1973 à 2001, ce qui permet d’analyser les décennies. Pourtant de nombreux évènements rendent le découpage aléatoire (ex : début ou fin de cette période de rupture).

 

  • Les années 70

Rappel : la crise débute avec une décision monétaire en 1971, l’abandon de la convertibilité or du dollar. Il faudra attendre 1976 pour confirmer l’abandon du système de Bretton Woods.

Le premier choc pétrolier en 1973 met fin à une longue période de prix faibles dans le domaine de l’énergie. Il est renforcé par le second choc de 1979.

Le choc pétrolier touche les pays industrialisés : inflation, récession et déficits extérieurs. Il met également en valeur l’hétérogénéité des pays en développement. Même si la croissance des pays de l’OPEP permet d’atténuer en partie la récession.

Ces deux événements combinés ont modifié les structures économiques mondiales.

Ex : Askenazy (2011) illustre cette crise structurelle pour les politiques d’emploi en France

 

  • Les années 80

Face à un choc d’offre, les politiques keynésiennes se sont avérées inefficaces. On constate que l’inflation et le chômage peuvent coexister. L’inflation découle de l’augmentation des coûts des entreprises. Lutter contre la hausse des prix devient la préoccupation essentielle.

Les politiques monétaristes montrent qu’il faut mener une politique restrictive et diminuer l’intervention de l’Etat pour rétablir l’équilibre économique. C’est un retour des thématiques libérales, Thomas (1990).

Ex : politique de Volcker à la tête de la Fed ou politique de Thatcher ; mais contre-ex : politique de relance keynésienne de Mitterand, Hall (1987) avant la rigueur en 1983, Sachs & Wyplosz (1986)

L’endettement excessif de certains pays les pousse à suspendre leur dette (Pologne en 1981 et Mexique en 1982). Les pays en développement restent financièrement dépendants.

A partir de 1983, les prix pétroliers diminuent : c’est le contre choc. La politique de relance américaine permet un retour (modéré) de la croissance mais avec un chômage élevé.

 

  • Les années 90

Les politiques menées dans la décennie précédente ont entraîné une rupture radicale avec l’économie des Trente glorieuses. D’une part, les pays soviétiques se sont effondrés. D’autre part, la différenciation des pays en développement est généralisée.

Ex : succès en Asie, échec en Afrique et en Amérique latine, mitigé au Moyen Orient.

Les pays développés connaissent une forte récession au début des 90’s du fait des politiques d’austérité et de déséquilibres variés. D’où un retour du débat libéralisation / relance.

Les ruptures amorcées suggèrent l’émergence d’une « nouvelle » économie, Artus (2002) :

- l’utilisation massive des TIC

- l’accroissement du capital humain

- la maîtrise de l’inflation avec un chômage faible

- la mondialisation des échanges

Q : l’économie a t’elle réellement changé depuis les années 70 ?

 

 

I] Le commerce international

On constate trois phénomènes :

 

  • La concentration et la régionalisation des échanges

Durant la période, le commerce international augmente plus vite que le PIB mondial. La part des marchandises reste prépondérante et concerne essentiellement les produits manufacturés.

Trois grandes zones géographiques dominent le commerce mondial : l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie. Les zones les plus pauvres sont marginalisées, alors que les échanges mondiaux sont de plus en plus régionalisés dans les pays riches, Adda (p. 48 et s).

On constate une nouvelle division internationale du travail : la production est hiérarchisée internationalement par des entreprises qui cherchent à tirer profit des différents marchés.

 

  • Les politiques commerciales

Dans un contexte de crise, la régulation des échanges au sein du Gatt basée sur le consensus laisse place à de nombreux conflits commerciaux entre pays industrialisés.

Les Etats érigent de nouvelles barrières. Ex : mesures techniques ou sanitaires

Les négociations deviennent de moins en moins multilatérales : chaque pays cherche à négocier des accords bilatéraux qui lui soient favorables. Ex : restriction des exportations

C’est pourquoi, l’OMC a pris la place du Gatt avec de nouveaux pouvoirs … mais les négociations n’avancent quasiment pas depuis 1999 (Seattle).

Les politiques commerciales consistent principalement à négocier des accords régionaux.

Ex : APEC, Mercosur, ALENA … Adda (p. 207 et s)

 

  • La construction communautaire

La crise économique a favorisé la relance du processus d’intégration européen : les pays isolés ne pouvant efficacement redresser leurs économies. Ex : crise du SMI

La communauté européenne approfondit dans un premier temps le marché unique, puis les pays européens mettent progressivement en place une Union économique et monétaire : monnaie unique, politique monétaire commune et coordination des politiques budgétaires. Berend (2006) se demande si la mondialisation va signer le retour du laisser-faire en Europe.

 


II] La globalisation financière

La fin du système monétaire mis en place à Bretton Woods induit plusieurs bouleversements :

 

  • L’intégration financière

Le financement des déficits publics croissants rend nécessaire l’émergence de marchés financiers internationaux pour drainer l’épargne mondiale, Chesnais (2004).

La libéralisation financière qui en découle permet aux entreprises de trouver de nouvelles sources de financement.

Les investisseurs institutionnels prennent donc un rôle croissant dans le financement des grandes entreprises multinationales.

Ex : les fonds de pension permettent en principe de financer la protection sociale, mais jouent aussi un rôle dans la spéculation financière, Montagne (2006)

 

  • Les crises financières

La globalisation financière s’accompagne d’une forte instabilité : les marchés et l’épargne sont volatiles. Les financements sont souvent à court terme.

Les pays en développement souffrent le plus de ces stratégies financières. Le système monétaire international semble dépassé face à ces crises, Reinhart & Rogoff (2009).

De plus, les marchés financiers favorisent des comportements mimétiques qui renforcent les crises. La spéculation et la contagion financière sont possibles à l’échelle mondiale.

 

  • Le système monétaire international

Depuis les accords de la Jamaïque de 1976 les Etats sont libres de leur politique de change : de nombreux systèmes ont été mis en place, Adda (p. 105 et s).

Ex : changes fixes par rapport à une monnaie, changes flexibles, parités glissantes …

La création de l’euro a simplifié le système monétaire international : le dollar reste la principale monnaie des échanges mondiaux suivie par l’euro.

Plusieurs propositions de réforme du SMI existent mais elle suppose des accords politiques.

 


III] Les firmes multinationales

Acteurs clés des évolutions économiques récentes.

 

  • Concentration et internationalisation des entreprises

La mondialisation de l’économie est indissociable des flux d’investissement directs à l’étranger (IDE). Ils augmentent plus vite que les échanges internationaux.

Les IDE s’effectuent essentiellement dans les pays de la Triade et principalement entre les Etats Unis et l’Europe, Adda (p. 80 et s).

Les investissements des multinationales obéissent à plusieurs logiques :

- la rationalisation du processus de production au niveau mondial

- le recentrage sur les métiers (la diversification est assumée par le marché financier)

- l’acquisition de technologies innovantes

Reich (1991) montre que les firmes multinationales n’ont pas de nationalité càd qu’elles mènent des stratégies globales. Ce qui pose un problème de régulation.

 

  • Localisation des entreprises

Plusieurs séries d’arguments ont été avancés pour expliquer le développement de l’implantation des firmes multinationales, Adda (p. 90 et s) :

- l’accès aux marchés

- les différences de coûts (dont la fiscalité mais aussi les taux de change)

- le cycle de vie du produit

Pourtant les travaux récents montrent le maintien d’un lien fort entre l’entreprise et son pays d’origine en termes de localisation d’actifs stratégiques, Berger (2006).

 

Conclusion :

Passage d’une crise à une période de forte croissance (la fin des années 90) et peut être à l’amorce d’un cycle Kondratief-Schumpeter.

Mais situation qui découle de choix de politique économique, pas de changements radicaux venus d’on ne sait où !

 

Références :

ADDA, Jacques : La mondialisation de l’économie, La Découverte, 2006

ARTUS, Patrick : La nouvelle économie, La Découverte, 2002

ASKENAZY, Philippe : Les décennies aveugles, Seuil, 2011

BEREND, Ivan : Histoire économique de l’Europe du XXe siècle, De Boeck, 2006

BERGER, Suzanne : Made in monde, Seuil, 2006

CHESNAIS, François dir. : La finance mondialisée, La Découverte, 2004

HALL, Peter : L’évolution de la politique économique sous Mitterand, in HOFFMAN, Stanley & ROSS, George dir. : L’expérience Mitterand, Puf, 1987

MONTAGNE, Sabine : Les fonds de pension, Odile Jacob, 2006

REICH, Robert : L’économie mondialisée, Dunod, 1991

REINHART, Carmen & ROGOFF, Kenneth : Cette fois, c’est différent, Pearson, 2009

SACHS, Jeffrey & WYPLOSZ, Charles : The economic consequences of President Mitterrand, Economic Policy, 1986

THOMAS, Jean-Paul : Les politiques économiques au XXe siècle, Armand Colin, 1990

13:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |