07/03/2013

L'Europe et les Etats Unis de 1914 à 1945 : aspects économiques et sociaux

• La domination européenne en 1914

A la veille de la première guerre mondiale, l’Europe est constituée d’empires le plus souvent avec domination coloniale : Hobsbawm (1987) décrit cette « ère des empires » de 1875 à 1914

- le Royaume-Uni : Canada, Antilles, Afrique, Inde & Australie

- la France : Antilles, Afrique, Madagascar & Indochine

- l’Allemagne (récemment unifiée) : Cameroun, Togo …

- l’Italie : Libye, Erythrée, Somalie

- la Hollande (Indonésie), la Belgique (Congo)

- l’Autriche Hongrie et la Russie : empires non coloniaux

Avec les Etats Unis, ce sont les pays de l’occident industrialisé.


  • La première guerre mondiale

Elle débute sur des considérations géopolitiques : conflits d’intérêts sur les colonies, encerclement de l’Allemagne par des alliances, revanche de la guerre de 1870, volonté de l’Angleterre de contenir l’Allemagne …

Ce conflit qui commence dans la ferveur populaire (ex : dépasse l’internationale socialiste) devait être rapide, il durera quatre ans. Le bilan économique et social est terrible :

- sur le plan démographique les morts et les blessés sont très nombreux, 9 millions de soldats et 6 de civils (plus la grippe espagnole) et la plupart avaient entre 20 et 35 ans

- le niveau de production a fortement baissé du fait de l’effort de guerre (chute du PNB d’un tiers entre 14 et 18)

- les belligérants ont du recourir à l’endettement pour financer le conflit, essentiellement auprès des Etats Unis ce qui a entraîné de fortes hausses de prix

- les zones d’opérations sont massivement détruites (ex : France)

 

  • L’après guerre

Les conséquences de la défaite allemande portent en germe les déséquilibres futurs en Europe

- les perdants doivent indemniser les vainqueurs (ex : Traité de Versailles)

- les empires défaits sont démantelés (création de nouveaux Etats) pas les gagnants

- le financement des dépenses militaires a favorisé l’inflation qui perdure après la guerre

- les gains de productivité dans l’industrie : automobile, chimie, industrie lourde …

- la participation de la main d’oeuvre à l’effort de guerre (ex : femmes)

En 1918, la hiérarchie des puissances mondiales est bouleversée mais la plupart des pays n’en tirent pas les conséquences : la Russie vient de connaître une révolution, le Royaume Uni n’est plus la nation dominante économiquement, ce sont les USA. La France est vainqueur politique mais perdant économique.

 

I] Les déséquilibres des années 20

Au cours de la guerre, les Etats ont piloté l’économie. Kuisel (1981) montre ainsi en France le rapprochement entre l’Etat et les industriels pour l’effort de guerre. Ils doivent repenser leur rôle, d’autant que les sociétés ont été largement modifiées par le conflit (ex : monde rural).

  • Les années folles

La sortie de guerre ne se solde pas par une crise économique mais par une période de croissance : les besoins en biens d’équipement ou en matière premières favorisent un développement de l’activité. Ceci s’explique principalement par la reconstruction. Seule l’année 1921 est marquée par une contraction de l’activité brutale (mais courte).

On qualifie cette période d’ « années folles » du fait de la décennie de croissance américaine. Trois facteurs ont permis cette situation : la nouvelle organisation du travail, la standardisation des produits et la consommation de masse. L’Etat en profite pour se désengager de l’économie et appliquer une politique protectionniste.

Les années 20 sont marquées par un fort mouvement de concentration d’entreprises (ex : Konzerns, Ford, Standard Oil) dans les pays développés. C’est également le début des processus de rationalisation des entreprises, comme Renault en France, Fridenson (1972).

 

  • La première mondialisation

De 1870 à 1914 le monde a vécu une période de mondialisation, càd un fort développement des échanges internationaux, sous domination du Royaume Uni (l’ « anglobalization » selon Ferguson). La crise de 1921 déclenche une vague protectionniste : les marchés se ferment à l’extérieur (ex : augmentation des droits de douane).

Le commerce mondial ralentit logiquement : la première mondialisation prend fin. L’Europe est la première victime de ce déclin commercial : elle exporte moins de produits manufacturés et ne possède pas les ressources énergétiques adaptées à l’économie (pétrole).

La reprise économique des années 20 favorise la surproduction qui entraîne une baisse des prix. Celle ci affecte principalement les producteurs et exportateurs de matières premières ou de produits agricoles.

Enfin, les années 20 marquent également la fin des grands mouvements migratoires internationaux : le territoire américain se ferme (quotas sélectifs) de même que les autres pays d’accueil comme le Brésil, l’Argentine, le Canada ou l’Australie. Seule la France met en place une politique d’immigration.

 

  • Les déséquilibres monétaires et les changements politiques

L’étalon or a duré de 1870 à 1914 et a garanti une certaine stabilité du système monétaire international (grâce au rôle essentiel de la Livre Sterling). La guerre a entraîné un flottement des monnaies. Le financement du conflit rend impossible un retour à l’ancien système, chaque pays va mettre en oeuvre une stratégie propre.

L’Allemagne devant payer les indemnisations, va connaître l’hyperinflation en 1923 : les épargnants seront ruinés. La Grande Bretagne mène une politique de lutte contre l’inflation pour restaurer la place de la Livre (et l’étalon or) : les salariés et les consommateurs la subissent. La France subit également l’inflation jusqu’en 1926 où Poincaré met en oeuvre une politique désinflationniste.

Pour Kindleberger (1978) cela découle de l’absence d’un prêteur en dernier ressort. Les Etats Unis n’assument pas leur nouveau rôle de puissance dominante (ex : SDN) et s’orientent vers l’isolationnisme (voire l’unilatéralisme). La grande Bretagne est en déclin économique car elle n’est pas adaptée au capitalisme corporatif, Elbaum & Lazonick (1986).

Les régimes fascistes se développent en Europe sur les déséquilibres sociaux et économiques : frustrations sociales, menace communiste, conséquences des traités … Pour Polanyi (1944) les années 30 marqueront la fin du capitalisme libéral.

 

II] La crise des années 30

Les années folles prennent fin en 1929.

  • La crise américaine

Les USA produisent plus que les trois principaux pays européens en 1929, ce sont les premiers exportateurs mondiaux et les deuxièmes importateurs.

Les années 20 sont marquées par la surproduction, notamment dans le secteur agricole. Celle ci favorise un fort mouvement de spéculation aux Etats Unis : les cotations boursières sont très élevées alors que les profits ou les dividendes sont faibles, les épargnants poussés par la croissance empruntent pour investir en actions.

La surévaluation de la livre anglaise fait qu’aux Etats Unis, il est beaucoup plus facile d’emprunter et d’investir : Wall Street draine des capitaux en provenance du monde entier qui favorisent encore plus la spéculation. La Banque fédérale américaine décide de freiner ce mouvement en pratiquant une politique déflationniste : elle augmente son taux d’escompte pour freiner le crédit.

Face à ce rationnement, les investisseurs paniquent et cherchent des liquidités en vendant leurs placements, Friedman & Schwartz (1963). Les valeurs des actions s’effondrent. Le jeudi 24 octobre 1929, la bourse américaine connaît une panique, un krach : tous les investisseurs vendent leur titre au même moment pour récupérer leurs capitaux.

D’autant que la croissance économique montre des signes de ralentissement qui incitent à réduire les placements boursiers. La chute des cours entraîne la ruine des actionnaires. Le remboursement des crédits n’est plus possible : une crise bancaire vient s’ajouter. Les déposants s’efforcent de récupérer leur argent, ce qui aggrave la situation bancaire. Dans le même temps, les banques ne peuvent plus prêter aux autres agents : fermiers, commerçants … Bernanke (1983).

 

  • La crise mondiale

La dépression américaine va se propager au niveau international car l’économie américaine est le moteur de l’économie mondiale : les banques américaines rapatrient les capitaux investis en Europe. Les USA n’assument pas le leadership économique, Kindleberger (1973). L’Allemagne ne peut plus rembourser ses dettes de guerre. La France et la Grande Bretagne décident de ne plus rembourser les USA.

La crise devient monétaire : l’or est la valeur refuge pour assurer la liquidité, toutes les monnaies sont dévaluées à tour de rôle.

Enfin la crise touche l’économie réelle : les prix agricoles et industriels chutent entraînant une forte contraction de l’activité. Le chômage augmente fortement, les prix baissent, d’autant que le phénomène de surproduction perdure au début de la crise. Robbins (1935) : baisse de la production entre 30 et 50%, le commerce de 1932 représente 1/3 de celui de 1923, 30 millions de personnes sans travail …

 

  • Des réponses à la crise

Pour faire face à la situation, les pays prennent des mesures protectionnistes : quotas, droits de douane élevés … Les pays capitalistes se replient sur leurs empires pour subsister (ex : Angleterre). Les échanges mondiaux se contractent fortement.

Des politiques d’austérité et déflationnistes cherchent à juguler la crise : elles ont des effets désastreux et renforcent la récession. Disqualification de l’analyse économique classique. Les Etats Unis (New Deal) ou la France (Front Populaire) tentent des politiques de relance : soutien à l’agriculture, à l’industrie, aides aux chômeurs, grands travaux.

Les dictatures fascistes mettent en oeuvre un dirigisme économique basé sur les industries militaires et un contrôle strict de toutes les activités (agriculture, travail ou finance) avant de fonder leur action sur les spoliations et l’autarcie.

Les conditions politiques et économiques d’un nouveau conflit sont réunies.

 

Conclusion :

De manière paradoxale, la deuxième guerre mondiale marque la sortie de la crise des années 30. Les Etats s’impliquent encore plus dans la gestion économique du conflit : les besoins de main d’oeuvre, de technologie ou financiers sont coordonnés par les gouvernements. Les pays européens occupés sont systématiquement pillés, Tooze (2006).

Au sortir de la seconde guerre, le bilan est lourd sur le plan humain, concernant les destructions ou les finances … mais la géographie économique est complètement bouleversée. Deux pays en sortent vainqueurs : USA, URSS dans des situations contrastées. L’Europe est dévastée et distancée. De nouveaux pôles font leur apparition : Amérique Latine et Océanie.

Un monde nouveau vient d’apparaître.

 

Références :

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande

Dépression, Idées, 1983

BETTELHEIM, Charles : L’économie allemande sous le nazisme, Maspero, 1945

COCHET, François : La Grande Crise 1929-1939, Dunod, 1998

ELBAUM, Bernard & LAZONICK, Wiliam : The decline of the British economy, Oxford University Press, 1986

FERGUSON, Niall : Empire, Penguin, 2003

FRIDENSON, Patrick : Histoire des usines Renault, Seuil, 1972

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna : A monetary history of the United States 1867-1960,

Princeton University Press, 1963

GALBRAITH, John Kenneth : La crise économique de 1929, Payot, 1954

GAZIER, Bernard : La crise de 1929, Puf, 1983

HAUTCOEUR, Pierre-Cyrille : La crise de 1929, La Découverte, 2009

HOBSBAWM, Eric : L’ère des empires, Fayard, 1987

KEYNES, John Maynard : Les conséquences économiques de la paix, Gallimard, 1920

KEYNES, John Maynard : Les conséquences économiques de la politique de M. Churchill in Essais de persuasion, Gallimard, 1925

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

KINDLEBERGER, Charles : La Grande Crise Mondiale, Economica, 1973

KINDLEBERGER, Charles : Histoire mondiale de la spéculation financière, Valor, 1978

KUISEL, Richard : Le capitalisme et l’Etat en France, Gallimard, 1981

POLANYI, Karl : La grande transformation, Gallimard, 1944

ROBBINS, Lionel : La grande dépression, Payot, 1935

TOOZE, Adam : The wages of destruction, Penguin, 2006

21:54 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

10/09/2012

Histoire et économie

Quand Pierre-Cyrille Hautcoeur économiste et historien, grand spécialiste de la crise de 1929 (auteur d'un ouvrage remarquable sur ce sujet aux éditions La Découverte paru en 2009) expose l'importance qu'une approche historique peut avoir sur la compréhension de la crise actuelle cela vaut le coup d'oeil. Clair et limpide.


Les matins d'été - Pierre-Cyrille Hautcoeur par franceculture

20:09 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

23/07/2012

Les nouveaux keynésiens

La vision keynésienne de l’économie a été mise à mal par la crise économique des 70’s. Sur le plan intellectuel on peut distinguer deux temps :

 

  • La crise de la pensée keynésienne

L’approche défendue par Keynes, puis reformulée par les auteurs de la synthèse, a subi deux grandes séries de critiques.

Les monétaristes ont remis en cause plusieurs intuitions, principalement sur l’arbitrage chômage inflation (Phillips). Cependant les auteurs keynésiens ont pu y répondre en modifiant les modèles de façon à prendre en compte les aspects monétaires.

Par contre les nouveaux classiques ont clairement critiqué le fond même de la pensée keynésienne. Pour Lucas, la macroéconomie doit dépasser Keynes dont les analyses ne sont pas adaptées. Ils regroupent leur refus autour de deux thèmes :

-         la macroéconomie keynésienne n’est pas fondée microéconomiquement

-         les anticipations keynésiennes sont incohérentes

A partir des années 80, l’enseignement et la recherche d’inspiration keynésienne sont discréditées.

 

  • Le renouveau de la pensée keynésienne

Les keynésiens classiques défendent leur approche en faisant valoir l’absence de crédibilité des théories des nouveaux classiques : les cycles réels ou les anticipations rationnelles ne permettent pas d’expliquer les fluctuations économiques selon Tobin (1977).

Les résultats mitigés des politiques d’inspiration monétariste ou nouveaux classiques ont permis aux auteurs s’inspirant de Keynes de reformuler des propositions.

Ex : persistance du chômage en Europe

Les nouveaux keynésiens cherchent en premier lieu à trouver des fondements microéconomiques à la macroéconomie tout en conservant certains postulats tels que la rigidité des salaires et des prix. Ils vont, dans un second temps, s’efforcer d’expliquer cette rigidité plutôt que la considérer comme donnée.

Cependant, les nouveaux keynésiens restent un groupe de chercheurs très variés, ne constituant pas une école (même si un grand nombre provient du MIT) et n’ont pas de cohérence doctrinale (voire politique). Ex : Summers / Clinton ou Obama ; Mankiw / Bush.

Q : pourquoi les nouveaux keynésiens ne visent pas à révolutionner l’analyse économique ?

 

I] Les rigidités

Les nouveaux keynésiens distinguent deux grandes séries de rigidités :

 

  • Les rigidités nominales

Les salaires nominaux sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations du niveau général des prix. Les prix sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations de la demande globale.

Pour les nouveaux keynésiens ces rigidités ont des fondements microéconomiques.

Phelps & Taylor (1977) montrent que la fixation des salaires est souvent déterminée sur une période donnée et définie à moyen terme. Ils sont donc rigides car ils n’évoluent pas en fonction des modifications du marché.

Taylor (1980) considère que la rigidité s’explique également par le fait que les contrats sont renégociés de manière échelonnée dans le temps. Il y a donc un décalage entre les variations de prix et l’adaptation des salaires.

Mais ces théories ne sont pas confirmées empiriquement, car les salaires ne sont pas contracycliques. L’inertie semble plutôt liée aux inconvénients de la renégociation.

Les nouveaux keynésiens insistent également sur la rigidité des prix.

Akerlof & Yellen (1985) considèrent que les ajustements de prix ne correspondent pas aux fondamentaux du marché du fait de l’existence d’une concurrence imparfaite.

Pour Mankiw (1985) les entreprises prennent en compte le coût du changement de prix (les coûts de menu) dans leur décision de ne pas les modifier.

Ex : Cechetti (1986) la réévaluation des prix des magazines se fait à intervalles réguliers.

Les rigidités nominales ont plusieurs conséquences : elles entraînent des cycles d’affaires, elles renforcent les récessions, elles peuvent justifier des politiques de stabilisation.

 

  • Les rigidités réelles

Les rigidités réelles sont des ajustements lents des salaires réels à la productivité du travail et au niveau de chômage.

Ball & Romer (1990) soulignent que les rigidités réelles renforcent les rigidités nominales.

Les rigidités réelles peuvent découler des contrats implicites : Azariadis & Stiglitz (1983) montrent que l’aversion pour le risque des salariés est prise en charge par les employeurs.

Dès lors, les entreprises ne modifient pas immédiatement les salaires réels en cas de choc économique : quelque soit la conjoncture, l’employeur garantit le salaire.

Les rigidités réelles par l’existence d’un salaire d’efficience : pour Akerlof (1982) les employeurs garantissent un salaire élevé en contrepartie des efforts du salarié quelque soit la conjoncture.

Les rigidités réelles peuvent également découler du pouvoir de négociation salariale des syndicats. Selon Mc Donald & Solow (1981) les fixations centralisées de salaires ont cet effet.

En termes de politique économique, les nouveaux keynésiens en tirent deux conclusions : pour réduire le chômage sans augmenter l’inflation il faut renforcer la concurrence sur le marché des biens et du travail ; il faut éviter les effets d’hystérèse (maintien d’un chômage élevé).

 

 

II] L’importance des marchés financiers

La nouvelle économie keynésienne remet en cause le postulat de neutralité des variables financières : les auteurs néo-keynésiens considèrent que les marchés financiers peuvent avoir des effets procycliques si les marchés sont imparfaits.

 

  • Des marchés imparfaits

Stiglitz & Weiss (1981) ont montré l’impact du rationnement du crédit sur les déséquilibres économiques. S’il existe des asymétries d’information sur le marché du crédit, l’offre de fonds ne correspond pas à l’optimum : les taux d’intérêts sont trop élevés, seuls les projets risqués sont mis en œuvre. Ce sont des phénomènes de sélection adverse et d’aléa moral.

Les entreprises sont incitées à prendre des risques pour couvrir le coût de l’emprunt.

De même, les intermédiaires financiers peuvent subir des asymétries d’information.

Bernanke (1983) montre qu’il existe un coût d’intermédiation : les banques doivent évaluer et contrôler les emprunteurs, ce qui peut accroître les pertes financières en cas de non remboursement.

Enfin, le financement par fonds propres peut également faire l’objet d’un rationnement.

Greenwald & Stiglitz (1986) étudient les asymétries d’information entre les actionnaires, les épargnants et les dirigeants. L’information sur la firme est détenue et contrôlée par les dirigeants. Les actionnaires doivent inciter les managers à maximiser la rentabilité de l’entreprise car ils ne peuvent évaluer précisément le risque de défaillance.

Les actionnaires vont rationner le financement par actions au profit d’un financement par dette. On retrouve ainsi la problématique du rationnement du crédit.

 

  • Des politiques économiques repensées

L’imperfection des marchés financiers peut réduire l’investissement et la consommation.

Pour Blinder (1987) c’est une imperfection de l’offre effective.

Bernanke (2000) réinterpréte la crise de 1929 en termes d’imperfection des marchés financiers. Il démontre l’influence des facteurs financiers sur les cycles économiques, les faillites en série de banques ont empêché celles-ci de jouer leur rôle d’intermédiation.

En termes de politique économique, l’analyse de l’imperfection des marchés financiers rend inefficace une politique monétaire visant à modifier les taux d’intérêt. Elle peut agir sur l’offre de crédit en favorisant le refinancement des intermédiaires financiers.

L’Etat doit donc essentiellement mener une politique prudentielle : il faut éviter le risque systémique en assurant la stabilité des marchés. Mais cette action peut engendrer des situations d’aléa moral (ex : crise des subprime).

 

Conclusion :

Les nouveaux keynésiens ont également participé à la reformulation de la théorie du commerce international en situation de concurrence imparfaite (Krugman). C’est donc un travail d’approfondissement de l’économie néo-classique sans rupture radicale.

C’est parfois dans le domaine politique que leur approche a traduit un refus de l’économie dominante. Ex : Stiglitz & Krugman. Avec en parallèle une participation active. Ex : Stiglitz & Bernanke.

 

Références :

AKERLOF, George : Labor Contracts as Partial Gift Exchange, Quarterly Journal of Economics, 1982

AKERLOF, George & YELLEN, Janet : A near-rational model of the business cycle, with wage and price inertia, Quarterly Journal of Economics, 1985

AZARIADIS, Costas & STIGLITZ, Joseph : Implicit contracts and fixed price equilibria, Quarterly Journal of Economics, 1983

BALL, Laurence & ROMER, David : Real rigidities and the non-neutrality of money, Review of Economic Studies, 1990

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande Dépression, Idées, 1983

BERNANKE, Ben : The great depression, Princeton University Press, 2000

BLINDER, Alan : Credit Rationing and Effective Supply Failures, Economic Journal, 1987

CECHETTI, Stephen : The frequency of price adjustment: A study of the newsstand prices of magazines, Journal of Econometrics, 1986

GREENWALD, Bruce & STIGLITZ, Joseph : Externalities in Economies with Imperfect Information and Incomplete Markets, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menus faibles: un modèle macroéconomique de monopole, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

McDONALD Ian & SOLOW, Robert : Wage Bargaining and Employment, American Economic Review, 1981

PHELPS, Edmund & TAYLOR, John : Stabilizing powers of monetary policy under rational expectations, Journal of Political Economy, 1977

STIGLITZ, Joseph & WEISS, Andrew : Le rationnement du crédit et le hasard moral, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1981

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

TOBIN, James : How dead is Keynes, Economic Inquiry, 1977

14:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |