23/07/2012

Les nouveaux keynésiens

La vision keynésienne de l’économie a été mise à mal par la crise économique des 70’s. Sur le plan intellectuel on peut distinguer deux temps :

 

  • La crise de la pensée keynésienne

L’approche défendue par Keynes, puis reformulée par les auteurs de la synthèse, a subi deux grandes séries de critiques.

Les monétaristes ont remis en cause plusieurs intuitions, principalement sur l’arbitrage chômage inflation (Phillips). Cependant les auteurs keynésiens ont pu y répondre en modifiant les modèles de façon à prendre en compte les aspects monétaires.

Par contre les nouveaux classiques ont clairement critiqué le fond même de la pensée keynésienne. Pour Lucas, la macroéconomie doit dépasser Keynes dont les analyses ne sont pas adaptées. Ils regroupent leur refus autour de deux thèmes :

-         la macroéconomie keynésienne n’est pas fondée microéconomiquement

-         les anticipations keynésiennes sont incohérentes

A partir des années 80, l’enseignement et la recherche d’inspiration keynésienne sont discréditées.

 

  • Le renouveau de la pensée keynésienne

Les keynésiens classiques défendent leur approche en faisant valoir l’absence de crédibilité des théories des nouveaux classiques : les cycles réels ou les anticipations rationnelles ne permettent pas d’expliquer les fluctuations économiques selon Tobin (1977).

Les résultats mitigés des politiques d’inspiration monétariste ou nouveaux classiques ont permis aux auteurs s’inspirant de Keynes de reformuler des propositions.

Ex : persistance du chômage en Europe

Les nouveaux keynésiens cherchent en premier lieu à trouver des fondements microéconomiques à la macroéconomie tout en conservant certains postulats tels que la rigidité des salaires et des prix. Ils vont, dans un second temps, s’efforcer d’expliquer cette rigidité plutôt que la considérer comme donnée.

Cependant, les nouveaux keynésiens restent un groupe de chercheurs très variés, ne constituant pas une école (même si un grand nombre provient du MIT) et n’ont pas de cohérence doctrinale (voire politique). Ex : Summers / Clinton ou Obama ; Mankiw / Bush.

Q : pourquoi les nouveaux keynésiens ne visent pas à révolutionner l’analyse économique ?

 

I] Les rigidités

Les nouveaux keynésiens distinguent deux grandes séries de rigidités :

 

  • Les rigidités nominales

Les salaires nominaux sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations du niveau général des prix. Les prix sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations de la demande globale.

Pour les nouveaux keynésiens ces rigidités ont des fondements microéconomiques.

Phelps & Taylor (1977) montrent que la fixation des salaires est souvent déterminée sur une période donnée et définie à moyen terme. Ils sont donc rigides car ils n’évoluent pas en fonction des modifications du marché.

Taylor (1980) considère que la rigidité s’explique également par le fait que les contrats sont renégociés de manière échelonnée dans le temps. Il y a donc un décalage entre les variations de prix et l’adaptation des salaires.

Mais ces théories ne sont pas confirmées empiriquement, car les salaires ne sont pas contracycliques. L’inertie semble plutôt liée aux inconvénients de la renégociation.

Les nouveaux keynésiens insistent également sur la rigidité des prix.

Akerlof & Yellen (1985) considèrent que les ajustements de prix ne correspondent pas aux fondamentaux du marché du fait de l’existence d’une concurrence imparfaite.

Pour Mankiw (1985) les entreprises prennent en compte le coût du changement de prix (les coûts de menu) dans leur décision de ne pas les modifier.

Ex : Cechetti (1986) la réévaluation des prix des magazines se fait à intervalles réguliers.

Les rigidités nominales ont plusieurs conséquences : elles entraînent des cycles d’affaires, elles renforcent les récessions, elles peuvent justifier des politiques de stabilisation.

 

  • Les rigidités réelles

Les rigidités réelles sont des ajustements lents des salaires réels à la productivité du travail et au niveau de chômage.

Ball & Romer (1990) soulignent que les rigidités réelles renforcent les rigidités nominales.

Les rigidités réelles peuvent découler des contrats implicites : Azariadis & Stiglitz (1983) montrent que l’aversion pour le risque des salariés est prise en charge par les employeurs.

Dès lors, les entreprises ne modifient pas immédiatement les salaires réels en cas de choc économique : quelque soit la conjoncture, l’employeur garantit le salaire.

Les rigidités réelles par l’existence d’un salaire d’efficience : pour Akerlof (1982) les employeurs garantissent un salaire élevé en contrepartie des efforts du salarié quelque soit la conjoncture.

Les rigidités réelles peuvent également découler du pouvoir de négociation salariale des syndicats. Selon Mc Donald & Solow (1981) les fixations centralisées de salaires ont cet effet.

En termes de politique économique, les nouveaux keynésiens en tirent deux conclusions : pour réduire le chômage sans augmenter l’inflation il faut renforcer la concurrence sur le marché des biens et du travail ; il faut éviter les effets d’hystérèse (maintien d’un chômage élevé).

 

 

II] L’importance des marchés financiers

La nouvelle économie keynésienne remet en cause le postulat de neutralité des variables financières : les auteurs néo-keynésiens considèrent que les marchés financiers peuvent avoir des effets procycliques si les marchés sont imparfaits.

 

  • Des marchés imparfaits

Stiglitz & Weiss (1981) ont montré l’impact du rationnement du crédit sur les déséquilibres économiques. S’il existe des asymétries d’information sur le marché du crédit, l’offre de fonds ne correspond pas à l’optimum : les taux d’intérêts sont trop élevés, seuls les projets risqués sont mis en œuvre. Ce sont des phénomènes de sélection adverse et d’aléa moral.

Les entreprises sont incitées à prendre des risques pour couvrir le coût de l’emprunt.

De même, les intermédiaires financiers peuvent subir des asymétries d’information.

Bernanke (1983) montre qu’il existe un coût d’intermédiation : les banques doivent évaluer et contrôler les emprunteurs, ce qui peut accroître les pertes financières en cas de non remboursement.

Enfin, le financement par fonds propres peut également faire l’objet d’un rationnement.

Greenwald & Stiglitz (1986) étudient les asymétries d’information entre les actionnaires, les épargnants et les dirigeants. L’information sur la firme est détenue et contrôlée par les dirigeants. Les actionnaires doivent inciter les managers à maximiser la rentabilité de l’entreprise car ils ne peuvent évaluer précisément le risque de défaillance.

Les actionnaires vont rationner le financement par actions au profit d’un financement par dette. On retrouve ainsi la problématique du rationnement du crédit.

 

  • Des politiques économiques repensées

L’imperfection des marchés financiers peut réduire l’investissement et la consommation.

Pour Blinder (1987) c’est une imperfection de l’offre effective.

Bernanke (2000) réinterpréte la crise de 1929 en termes d’imperfection des marchés financiers. Il démontre l’influence des facteurs financiers sur les cycles économiques, les faillites en série de banques ont empêché celles-ci de jouer leur rôle d’intermédiation.

En termes de politique économique, l’analyse de l’imperfection des marchés financiers rend inefficace une politique monétaire visant à modifier les taux d’intérêt. Elle peut agir sur l’offre de crédit en favorisant le refinancement des intermédiaires financiers.

L’Etat doit donc essentiellement mener une politique prudentielle : il faut éviter le risque systémique en assurant la stabilité des marchés. Mais cette action peut engendrer des situations d’aléa moral (ex : crise des subprime).

 

Conclusion :

Les nouveaux keynésiens ont également participé à la reformulation de la théorie du commerce international en situation de concurrence imparfaite (Krugman). C’est donc un travail d’approfondissement de l’économie néo-classique sans rupture radicale.

C’est parfois dans le domaine politique que leur approche a traduit un refus de l’économie dominante. Ex : Stiglitz & Krugman. Avec en parallèle une participation active. Ex : Stiglitz & Bernanke.

 

Références :

AKERLOF, George : Labor Contracts as Partial Gift Exchange, Quarterly Journal of Economics, 1982

AKERLOF, George & YELLEN, Janet : A near-rational model of the business cycle, with wage and price inertia, Quarterly Journal of Economics, 1985

AZARIADIS, Costas & STIGLITZ, Joseph : Implicit contracts and fixed price equilibria, Quarterly Journal of Economics, 1983

BALL, Laurence & ROMER, David : Real rigidities and the non-neutrality of money, Review of Economic Studies, 1990

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande Dépression, Idées, 1983

BERNANKE, Ben : The great depression, Princeton University Press, 2000

BLINDER, Alan : Credit Rationing and Effective Supply Failures, Economic Journal, 1987

CECHETTI, Stephen : The frequency of price adjustment: A study of the newsstand prices of magazines, Journal of Econometrics, 1986

GREENWALD, Bruce & STIGLITZ, Joseph : Externalities in Economies with Imperfect Information and Incomplete Markets, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menus faibles: un modèle macroéconomique de monopole, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

McDONALD Ian & SOLOW, Robert : Wage Bargaining and Employment, American Economic Review, 1981

PHELPS, Edmund & TAYLOR, John : Stabilizing powers of monetary policy under rational expectations, Journal of Political Economy, 1977

STIGLITZ, Joseph & WEISS, Andrew : Le rationnement du crédit et le hasard moral, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1981

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

TOBIN, James : How dead is Keynes, Economic Inquiry, 1977

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Touraine & Crozier : les autres grands sociologues

  • Des sociologies originales face à la polarisation

La sociologie française est polarisée à partir des années 60 par l’opposition Bourdieu / Boudon. Recoupe l’opposition individualisme / holisme soit Weber / Durkheim …

Vertu pédagogique qui nuit à l’étude des autres grands noms de la sociologie.

Ici, auteurs qui ont étudié des domaines différents (organisations, mouvements ouvriers) qu’on retrouve plus aisément dans l’étude de la sociologie par domaine.

Ex : Crozier référence en gestion

 

  • Des « grands » auteurs

Pour Ansart (1990) Touraine est un auteur de « sociologie dynamique » avec l’anthropologue Balandier ; Crozier incarne « l’analyse fonctionnaliste et stratégique ».

Pour Berthelot (2000) Touraine représente « la sociologie des mouvements sociaux » ; Crozier « l’action organisée ».

Pour Scheid (1990) ce sont tous les deux des « grands auteurs en organisation ».

 

  • Des écoles de pensée

Sur le plan institutionnel, Touraine comme Crozier sont à l’origine de véritables courants de pensée dont l’importance est aujourd’hui encore palpable.

Ex : auteurs comme Wieviorka ou Friedberg

Ex : centres de recherches CADIS (Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologique) à l’EHESS ou CSO (Centre de Sociologie des Organisations) à l’IEP de Paris

Q : pourquoi leurs pensées ne sont pas dominantes en sociologie.

 

 

I] Alain Touraine

Auteur majeur de la sociologie industrielle et des mouvements sociaux.

Proche politiquement de la deuxième gauche (Rocard).

Formation d’historien.

Sa sociologie se découpe en trois temps :

- La sociologie du travail : première période

- La sociologie des mouvements sociaux : période intermédiaire, de maturité

- La sociologie du sujet : dernière période

On retient généralement deux grands apports à son œuvre.

 

  • La sociologie de l’action

C’est la théorie générale de Touraine, même si aujourd’hui sa vision du sujet semble la dépasser (2000).

Au cours de ses premiers travaux (notamment dans les usines Renault) il distingue trois phases dans l’évolution professionnelle de l’industrie moderne (1955) :

- la phase A : les travailleurs sont des professionnels ayant expérience et habileté

- la phase B : les travailleurs fonctionnent selon le modèle tayloriste

- la phase C : les ouvriers reprennent une part de responsabilité

Pour Touraine, cette évolution explique le déclin du monde ouvrier : recul quantitatif du fait des nouvelles organisations du travail ; augmentation qualitative avec les nouvelles compétences.

A partir de cette analyse il va étudier la conscience ouvrière (1966) : c’est une vaste enquête dans laquelle il cherche à vérifier son hypothèse. La conscience ouvrière est définie par 3 éléments :

- l’identité : l’appartenance à un ensemble

- l’opposition : la lutte contre un adversaire

- la représentation de la société : l’idéologie de l’action

Touraine tire de ses analyses du travail une sociologie des mouvements sociaux qui permet de comprendre les conflits. Pour lui, le fondement des conflits est donc d’origine culturelle.

Vision différente du marxisme ou de la lutte des classes (origine matérielle). Cette approche se matérialise selon Touraine dans le passage de la société industrielle à la société post-industrielle (1969) : càd une société technocratique reposant sur la maîtrise des connaissances et de l’information. « Société programmée ».

La domination sociale se modifie également :

- l’intégration sociale pousse les acteurs à remplir les objectifs fondamentaux de la société

- la manipulation culturelle fait que les institutions agissent sur les besoins et les attitudes des acteurs sociaux

- le contrôle de la société est le fait des organisations qui cherchent à s’imposer socialement

Ainsi, pour Touraine, la société post-industrielle réduit les conflits de classe traditionnels. De nouvelles luttes apparaissent : entre technocrates (issus des grandes écoles) et professionnels (techniciens, ingénieurs, enseignants …) ou opérateurs (consommateurs). La lutte concerne le pouvoir et elle oppose principalement ceux qui maîtrisent les décisions et ceux qui maîtrisent les compétences.

Lecture du mouvement de mai 68 selon cette grille : révolte culturelle, idéologique / étudiants.

Touraine devient ainsi l’analyste des nouveaux mouvements sociaux qu’il oppose au mouvement ouvrier. C’est la sociologie de l’action (1965) (1978) (1980) (1981) (1984) :

- les conduites des acteurs ne sont pas prédéterminées par des situations sociales

- la société est un ensemble de rapports sociaux ayant des intérêts opposés

- la société semble dominée par l’ordre étatique alors qu’il se réduit

- l’action conduit à de nouveaux mouvements sociaux (lutte culturelle)

- les classes sociales se définissent par leur action historique (lutte consciente)

 

  • L’intervention sociologique

Touraine réalise un grand apport à la méthodologie sociologique : la sociologie de l’action repose sur une démarche active du sociologue qui doit aider les mouvements sociaux à se forger une conscience (1978).

L’intervention repose sur 4 piliers :

- Le sociologue doit rencontrer les acteurs sociaux au cour de leur action

- Le sociologue doit s’assurer de la conscience du mouvement social étudié

- Le groupe d’acteurs doit faire émerger l’enjeu de la lutte sociale

- Le groupe doit pouvoir auto-analyser sa lutte

 

Méthode novatrice. Sociologie de terrain, de confrontation. Refus de l’extériorité ou de la neutralité du sociologue. 

 

II] Michel Crozier

Diplômé d’HEC.

Sociologue par accident de l’histoire, son étude initiale déterminera pourtant l’orientation de ses travaux vers les organisations.

Proche politiquement du centre droit libéral (Chaban).

Tête de turc de Bourdieu : sociologie « édifiante » et non « critique ». D’où une méfiance …

Etudes mineures : recherche sur les classes sociales (1965) dont les oppositions d’intérêt ne sont pas déterministes mais dépendent des situations sociales (œuvre de jeunesse) ; le changement politique (1970) (1979) (1987) qui est bloqué par le manque de coopération entre les acteurs sociaux.

Deux grands thèmes de la sociologie de Crozier se sont imposés :

 

  • Le phénomène bureaucratique (1963)

A partir de l’étude de cas de deux organisations publiques (chèques postaux et usine SEITA), Crozier tire une analyse d’ensemble de la bureaucratie.

On peut déceler quatre caractéristiques :

- Le principe égalitaire : l’ancienneté est préférée au mérite

- Le principe de cloisonnement : les postes sont obtenus par concours

- L’impersonnalité des règles : le personnel est protégé

- La centralisation des décisions : hiérarchie

Pour Crozier, la bureaucratie a l’avantage d’être un système stable mais dont les dysfonctionnements ne peuvent être réglés : la centralisation empêche les élites de maîtriser l’information nécessaire au changement. Seule une crise permet de régler les problèmes.

Crozier considère que la bureaucratie est un phénomène culturel français : peur du face à face.

Analyse très féconde : dans les entreprises, dans les autres pays … mais plus nuancée.

 

  • L’analyse stratégique (1977)

Ouvrage de synthèse publié avec Erhard Friedberg basé sur les nombreuses enquêtes menées.

Véritable manuel de sociologie des organisations, il avance plusieurs concepts :

- Les acteurs : ils n’existent que dans un système social

- Les stratégies : les acteurs disposent de ressources qu’ils mobilisent en fonction des contraintes sociales

- Le pouvoir : les acteurs ont le pouvoir d’influencer un autre acteur (maîtrise d’une compétence, de la communication ou des règles de l’organisation).

- Les jeux : les acteurs modifient en permanence les règles de l’organisation

- L’environnement : cadre structurel et contraignant de l’organisation

- Les systèmes d’action concrets : structure au sein desquelles les acteurs définissent des stratégies en termes de jeux pour obtenir du pouvoir

Ainsi Crozier mobilise une analyse systémique de la sociologie qui permet de mettre en valeur la contingence des situations sociales : elles dépendent de rapports sociaux et ne sont pas figées.

Le processus de décision devient donc l’élément clé : les décisions ne sont pas rationnelles, elles sont la meilleure solution à un problème (Simon). Le changement social dépend donc de la capacité des acteurs à mobiliser leurs ressources dans des stratégies de pouvoir efficaces et coopératives.

 

Conclusion :

Enigme Touraine, sociologie moderne mais peu connue. Solution Crozier : étudié en gestion !

 

Références :

ANSART, Pierre : Les sociologies contemporaines, seuil, 1990

BERTHELOT, Jean-Michel dir. : La sociologie française contemporaine, Puf, 2000

CROZIER, Michel : Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1963

CROZIER, Michel : Le monde des employés de bureau, Seuil, 1965

CROZIER, Michel : La société bloquée, Seuil, 1970

CROZIER, Michel & FRIEDBERG, Erhard : L’acteur et le système, Seuil, 1977

CROZIER, Michel : On ne change pas la société par décret, Grasset, 1979

CROZIER, Michel : Etat modeste, Etat moderne, Fayard, 1987

SCHEID, Jean-Claude : Les grands auteurs en organisation, Dunod, 1990

TOURAINE, Alain : L’évolution du travail ouvrier aux usines Renault, Cnrs, 1955

TOURAINE, Alain : Sociologie de l’action, Seuil, 1965

TOURAINE, Alain : La conscience ouvrière, Seuil, 1966

TOURAINE, Alain : La société post-industrielle, Denoël, 1969

TOURAINE, Alain : La voix et le regard, Seuil, 1978

TOURAINE, Alain dir. : Lutte étudiante, Seuil, 1978

TOURAINE, Alain dir. : La prophétie anti-nucléaire, Seuil, 1980

TOURAINE, Alain dir. : Le pays contre l’Etat, Seuil, 1981

TOURAINE, Alain ; WIEVIORKA, Michel & DUBET, François : Le mouvement ouvrier, Fayard, 1984

TOURAINE, Alain & KHOSROKHAVAR, Farhad : La recherche de soi, Fayard, 2000

14:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire, Sociologie |  Facebook | | |

12/07/2012

Les libéraux : l'école de Chicago & la nouvelle macroéconomie classique

 Manière commode de regrouper de nombreux auteurs.

Quelques caractéristiques communes forment la base de la pensée libérale actuelle :

- L’individualisme méthodologique

- L’efficacité des mécanismes de marché

- L’inefficacité de l’Etat

Les libéraux se retrouvent également dans les courants du Public choice et du monétarisme et de l’école Autrichienne mais dans une perspective plus radicale. Les économistes de l’école de Chicago ont la particularité d’avoir obtenu une forte reconnaissance institutionnelle.

C’est à l’Université de Chicago que les grands représentants de ce courant enseignent et mènent leurs recherches. Mais certains auteurs en sont issus sans y être rattachés car leur apports vont au delà. Ex : Friedman et Lucas.

L’école de Chicago s’oppose au paradigme keynésien : l’intervention de l’Etat n’est pas une solution efficace pour relancer l’économie, les mécanismes de prix restent incontournables.

Q : quelles problématiques libérales se sont imposées dans l’analyse économique contemporaine ?

 

I] L’approche microéconomique de l’école de Chicago

Deux auteurs incarnent cette approche essentiellement microéconomique :

 

  • George Stigler (1911-1991)

Stigler est en premier lieu un historien de la pensée économique (1965) : il étudie à la fois les textes et le contexte dans lequel sont formés les concepts. Les nouvelles théories influencent la politique économique et les comportements des agents. De même, les problèmes concrets non-résolus rendent nécessaire l’apparition de nouvelles théories.

Stigler développe une théorie de l’organisation industrielle (1968) : il étudie les conditions de fonctionnement des ententes ou les économies d’échelle. Il considère que les monopoles auraient du disparaître du fait de leurs coûts : seules des barrières à l’entrée leur permettent de se maintenir. C’est le principe du survivant.

Comme la libre concurrence et le marché apportent le maximum de satisfaction au consommateur, les réglementations étatiques sont inefficaces. La protection étatique de certaines industries est coûteuse, elle n’aboutit qu’à une rente de situation (1975).

L’organisation industrielle est analysée sous l’angle de la politique économique : les agents cherchent à obtenir une protection de l’Etat pour éviter la concurrence. C’est la capture.

Enfin, Stigler a élaboré une théorie de l’information (1961) : il est nécessaire de prendre en considération les coûts de recherche et de diffusion de l’information sur les biens et leurs prix. De même, l’environnement social ou la famille sont des facteurs d’influence de l’utilité du consommateur.

 

  • Gary Becker (1930-)

Représentant de l’impérialisme économique : (l’empereur ?) càd de l’application du raisonnement coûts / bénéfices à l’ensemble des faits sociaux reposant sur un choix.

Becker a développé la théorie du capital humain (1964) : l’éducation et la formation sont des investissements qui doivent être rentabilisés par des revenus différenciés.

Dans la même logique, le temps comporte un coût d’opportunité (1965) : toute action est un choix entre loisir et travail, on peut donc lui donner une valeur de renoncement. C’est le montant des salaires non perçus qui permet d’établir l’utilité de l’agent.

Becker renouvelle la théorie de la consommation (1996). La satisfaction des consommateurs dépend de leurs goûts. Or, les consommateurs sont souverains pour substituer des produits, les incorporer dans des services ou rechercher des innovations : ils sont producteurs de leurs goûts. On peut donc expliquer les questions de mode ou les effets d’expérience en termes de productivité, de capital et d’investissement.

Son analyse microéconomique lui permet d’investir de nombreux champs d’étude (1976) :

- le mariage et la natalité : les gains de l’homme et de la femme convergent dans un ménage et réduisent la spécialisation. Un enfant peut être un bien d’investissement ou de consommation selon les revenus de la famille.

- le crime : une personne qui commet un délit compare le coût (la probabilité d’être sanctionné) et le bénéfice.

- la discrimination : les fonctions d’utilité des agents prennent en compte la race, la religion ou le sexe ; ce qui implique des différences de prix.

L’analyse de Becker ne considère pas nécessairement que les humains sont égoïstes, il est possible de les considérer comme altruistes ou influençables par les autres. Cela modifie simplement leur utilité, ils restent maximisateurs (2000).

 

 

II] La nouvelle économie classique

Vision principalement macroéconomique. Complémentaire de l’approche microéconomique de l’école de Chicago et des intuitions des classiques. Les nouveaux classiques prolongent les analyses monétaristes.

Ils tirent des conclusions qui remettent radicalement en cause la théorie keynésienne : la politique économique ne peut réduire le chômage ou les fluctuations.

 

  • Les principes de la nouvelle macroéconomie classique

- Les anticipations rationnelles :

Muth (1961) considère que les agents forment leurs anticipations de manière rationnelle, càd qu’ils cherchent à maximiser leur utilité. Ils utilisent donc au mieux toutes les informations disponibles.

Cela n’empêche pas les erreurs de prévision, mais cela suppose que les pouvoirs publics doivent disposer d’informations que les agents ne possèdent pas pour influencer leurs décisions. De plus, les décisions gouvernementales révèlent l’information.

- L’ajustement continu des marchés : tous les marchés fonctionnent parfaitement selon le modèle de l’équilibre général. Cela permet aux agents de réagir de manière optimale en termes d’offre et de demande. L’économie est donc en situation d’équilibre permanent : les prix s’adaptent, Barro (1984).

De même Lucas & Rapping (1969) estiment que les décisions des travailleurs et des entreprises sont rationnelles et qu’elles reflètent un comportement optimisateur.

Ex : l’arbitrage loisir/travail dépend du salaire : si le niveau n’est pas satisfaisant la demande de loisir augmente.

Lucas (1972) montre que l’offre de travail et la production dépendent donc essentiellement des prix : ils reflètent toute l’information disponible.

 

  • Les implications de la nouvelle macroéconomie classique

- Le cycle d’équilibre

Seuls les chocs non-anticipés ont une influence sur les fluctuations de la croissance puisque l’économie est structurellement en situation d’équilibre.

Pour Sargent & Wallace (1976) les anticipations rationnelles rendent inutile l’action gouvernementale pour augmenter l’offre de monnaie ou la dépense publique : les agents s’adaptent en permanence.

- La désinflation

L’inflation est un phénomène monétaire qui découle d’un excès d’offre. La diminution de l’inflation découle d’un ratio de sacrifice (durée d’ajustement des prix) : la contraction monétaire doit donc être crédible pour influencer les anticipations. Sargent (1986)

Les politiques désinflationnistes menées aux USA et au UK dans les années 80 ont été suivies de récession car la politique anglaise n’était pas encore crédible et que la politique budgétaire américaine n’était pas cohérente.

- L’incohérence temporelle

Kydland & Prescott (1977) considèrent que les politiques économiques ont intérêt à contredire les anticipations des agents pour être le plus efficace possible. Les politiques discrétionnaires ne maximisent pas le bien être social, il faut donc encadrer l’action gouvernementale par des règles de politique économique.

Barro & Gordon (1983) montrent que les règles sont plus efficaces que la discrétion car elles permettent d’obtenir une réputation.

Ex : Alesina & Summers (1993) ont ainsi montré que les banques centrales indépendantes sont plus favorables à la stabilité des prix.

- La critique de Lucas

Selon Lucas (1976) les simulations de politique économique considèrent que les paramètres ne sont pas modifiés par l’intervention de l’Etat, ce qui est une erreur. Les hypothèses de la nouvelle économie classique permettent, par contre, de modéliser l’économie dans une situation structurelle.

Blanchard (1984) ne confirme pas empiriquement la critique. Mais cela montre le rôle essentiel des anticipations.

 

Conclusion :

Généralisation du raisonnement économique : agaçant mais stimulant (ex : l’évaluation)

Approfondissement de l’approche monétariste, particulièrement adapté à la stagflation et au besoin de nouvelle politique économique.

 

Références :

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BARRO, Robert : La macroéconomie, Armand Colin, 1984

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BLANCHARD, Olivier : The Lucas Critique and the Volcker Deflation, American Economic Review, 1984

BECKER, Gary : Human capital, University of Chicago Press, 1964

BECKER, Gary : A theory of the allocation of time, Economic Journal, 1965

BECKER, Gary : The economic approach to human behavior, University of Chicago Press, 1976

BECKER, Gary : Accounting for tastes, Harvard University Press, 1996

BECKER, Gary & MURPHY, Kevin : Social economics, Harvard University Press, 2000

KYDLAND, Finn & PRESCOTT, Edward : Rules rather than discretion, Journal of Political Economy, 1977

LAMOTTE, Henri & VINCENT, Jean-Philippe : La nouvelle macroéconomie classique, Puf, 1993

LUCAS, Robert & RAPPING, Leonard : Real wages, employment, and inflation, Journal of Political Economy, 1969

LUCAS, Robert : Expectations and the Neutrality of Money, Journal of Economic Theory, 1972

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

LUCAS, Robert : Evaluation économétrique de la politique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

MUTH, John : Anticipations rationnelles et théorie des mouvements des prix, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1961

SARGENT, Thomas & WALLACE, Neil : Anticipations rationnelles et théorie de la politique économique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

SARGENT, Thomas : Rational expectations and inflation, Longman, 1986

STIGLER, George : The economics of information, Journal of Political Economy, 1961

STIGLER, George : Essays in the history of economics, University of Chicago Press, 1965

STIGLER, George : La théorie des prix, Dunod, 1966

STIGLER, George : The organization of industry, University of Chicago Press, 1968

STIGLER, George : The citizen and the state, University of Chicago Press, 1975

13:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |