10/05/2012

Les classiques de l'économie

La notion de « classiques » est évidemment un jugement de l’histoire : ce sont les auteurs qui ont fourni l’appareil analytique le plus élaboré et le plus reconnu d’une science nouvelle.

Leurs traits communs : la prise en compte de l’intérêt personnel et de l’instinct de reproduction, selon Guy Caire.

Ex : vision du bonheur par l’utilitarisme ; limites naturelles à la production agricole.

Q : quels sont les changements introduits dans la pensée économique par les classiques ?

 

I] Adam SMITH (1723-1790)

Philosophe écossais, il publie en 1776 : Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations.

 

  • L’ouvrage emblématique de la révolution industrielle

Son questionnement est de comprendre l’origine de la croissance économique : il analyse donc les facteurs qui sont liés à la richesse.

La division du travail permet par exemple d’augmenter la productivité (ex : une manufacture d’épingles).

La valeur d’échange des biens provient de la quantité de travail nécessaire pour les produire (la valeur travail).

Le mécanisme du marché permet la meilleure allocation des ressources. C’est en servant ses propres intérêts qu’on parvient à échanger des produits à un prix donné grâce au mécanisme de l’offre et de la demande (ex : la main invisible). Il faut donc assurer la liberté du commerce

Pour assurer les échanges il faut une monnaie qui joue le rôle d’intermédiaire.

 

  • L’échange est la source des revenus

Les salaires doivent permettre aux travailleurs de subsister (que le travail soit productif ou improductif). La répartition des revenus fait l’objet d’un conflit.

Le capital doit être rémunéré par des profits car l’accumulation de capital est source de progrès économique. L’épargne est assimilée au capital, elle est rémunérée par l’intérêt.

La propriété doit être rémunérée par une rente.

Les pays ont un avantage à faire du commerce entre eux s’ils possèdent un avantage absolu en termes de prix.

L’Etat a un rôle à jouer dans l’économie : protéger contre les autres pays, protéger la société et construire des infrastructures (missions régaliennes). Il peut donc lever l’impôt mais doit éviter de s’endetter. Les citoyens doivent participer au financement de l’Etat (ex : péages).

 

  • La nouvelle dimension prise par l’économie et l’industrie dans la société

L’œuvre de Smith incarne un changement dans le système de pensée de la société.

La place donnée à l’égoïsme dans la réalisation de l’intérêt général (et par là même au marché) en fait le fondateur du libéralisme économique (même si le livre est plus nuancé).

Ce qui est marquant c’est la modernité de sa vision. La référence reste actuelle.

De plus, l’ouvrage de Smith n’est pas normatif, il entend décrire le phénomène de la révolution industrielle sans idéologie, même s’il critique sévèrement les mercantilistes.

Toutefois la plupart de ses concepts sont aujourd’hui périmés : valeur, monnaie …

 

II] Thomas Robert MALTHUS (1766-1834)

Pasteur anglais, il publie deux grands ouvrages d’économie Essai sur le principe de population (1798) et Principes d’économie politique (1820).

 

  • Les relations entre démographie et économie

L’explosion démographique associée à la révolution industrielle pose des problèmes de subsistance : il faut nourrir une population sans cesse croissante.

La terre subit la loi des rendements décroissants : plus la population augmente, plus on exploite des terres de mauvaise qualité qui sont moins productives. Il deviendra difficile de produire suffisamment de nourriture.

Malthus en tire une morale : les pauvres doivent tenter de contrôler les naissances.

La pauvreté ne vient donc pas d’une répartition inégale des richesses.

L’assistance aux pauvres ne fait que renforcer cet état de fait en permettant à une surpopulation de subsister. L’Etat ne doit donc pas intervenir dans ce domaine.

Cette vision démographique très pessimisme est qualifiée de « malthusianisme ». Toutefois, elle n’est absolument pas étayée par des faits : elle se veut d’application générale …

 

  • Une analyse économique d’ensemble

Dans ses principes, Malthus étudie les facteurs qui permettent la croissance :

- l’accumulation du capital

- la fertilité du sol

- le progrès technique.

La richesse dépend de la demande effective : sans débouchés, les entreprises peuvent ne pas produire assez.

L’excès d’épargne peut réduire la demande effective et donc causer des crises.

 

  • Une pensée morale

Malthus a proposé une analyse normative de l’économie avec quelques idées lumineuses : rendements décroissants ou équilibre de sous-production. Son approche traduit la façon de voir de son époque, Petersen (1980).

Il sera le premier titulaire d’une chaire d’économie politique

 

III] Jean-Baptiste SAY (1767-1832)

Professeur français, il publie en 1803 un Traité d’économie politique.

 

  • Une synthèse des apports de l’école classique.

Le libéralisme économique, la libre concurrence et la propriété privée sont les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’économie.

Les produits peuvent être matériels ou immatériels (les services).

Le prix est l’indicateur de l’utilité des biens pour les agents.

La monnaie est neutre : elle ne sert qu’à réaliser des échanges.

 

 

  • La loi des débouchés

L’économie est caractérisée, selon Say, par la loi des débouchés : comme l’achat d’un produit est fait grâce à la valeur d’un autre, c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits. L’offre crée donc sa propre demande. Les crises de production générales sont impossibles (même si des pénuries sont possibles à court terme). Le mécanisme des prix vient réguler le marché.

Rappel : Malthus critique cette approche.

Comme la loi de Say a été contredite par les faits (crise des années 30) elle n’est plus d’actualité. Pourtant, elle traduit le fonctionnement d’une économie de marché en situation de concurrence pure et parfaite.

 

IV] David RICARDO (1772-1823)

Homme d’affaires anglais, il publie en 1817 Des principes de l’économie politique et de l’impôt.

 

  • L’aboutissement de la pensée classique

Ricardo reprend certains acquis de Smith et Malthus puis prolonge leur réflexion pour proposer un véritable système d’analyse de l’économie.

La valeur des biens dépend du travail nécessaire pour les produire ainsi que du capital incorporé dans l’appareil productif.

Les revenus se répartissent entre la rente pour les propriétaires, les salaires pour les travailleurs et les profits pour les capitalistes.

La loi des rendements décroissants est à l’origine de la rente des propriétaires : ceux dont les terres sont les plus fertiles gagnent plus que ceux exploitant des sols de mauvaise qualité.

Les salaires dépendent du niveau de subsistance des ouvriers : le prix du travail tend vers un prix naturel grâce aux mécanismes de marché.

Le taux de profit tend à s’égaliser entre les branches de l’économie. Ils dépendent du niveau des salaires (et donc du niveau de subsistance lui même lié au prix des produits agricoles).

 

  • Les débats économiques

Pour Ricardo, l’augmentation du niveau de subsistance entraîne une baisse tendancielle du taux de profit (sauf en cas de progrès technique).

Le progrès technique, la mécanisation a une double influence : favorable aux travailleurs pour augmenter la productivité mais défavorable également car elle permet d’économiser du travail.

Le libre échange doit s’appliquer au niveau international au nom des avantages comparatifs : tout pays a intérêt à commercer avec un autre en se spécialisant dans la production pour la quelle il est comparativement (relativement) plus efficace. Chaque pays pouvant produire une plus grande quantité de biens au total.

Il défend ainsi en 1815, dans L’essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, la libre circulation des produits agricoles (alors que Malthus est contre, car le blé doit servir à nourrir la population).

 

  • Une référence

Ricardo a proposé un ensemble théorique de référence qui sera utilisé par Marx notamment. Ses principes sont encore utiles malgré l’usure de certains concepts.

Ex : ses analyses sur le commerce ou la technologie

 

Conclusion :

L’étude à travers les grandes œuvres est réductrice mais symbolique.

 

Références :

CAIRE, Guy : L’école classique, in MONTOUSSE, Marc dir. : Histoire de la pensée économique, Bréal, 2008

DENIS, Henri : La « Loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée ? Une nouvelle approche de la surproduction, Economica, 1999

MALTHUS, Thomas-Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MALTHUS, Thomas-Robert : Principes d’économie politique, Calmann Levy, 1820

PETERSEN, William : Malthus Le premier anti-malthusien, Bordas, 1980

RICARDO, David : Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, Economica, 1815

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

SAY, Jean-Baptiste : Traité d’économie politique, Economica, 1803

SAY, Jean-Baptiste : Cours d’économie politique, Flammarion, 1996

SMITH, Adam : Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations, Economica, 1776

11:42 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

03/05/2012

La révolution industrielle

Phénomène qui s’inscrit dans le long terme. Phénomène européen.

Expression qui désigne une période de progrès technique radical modifiant les structures économiques d’une société.

 

  • Une rupture progressive

Le terme « révolution » est assez mal adapté car les changements s’inscrivent dans la durée.

Selon l’historien Jean Gimpel (1975) la révolution industrielle plonge ses racines au Moyen Age, ses grands bouleversements datent de l’époque médiévale :

- les inventions technologiques (ex : horloges)

- les modifications du monde du travail (ex : ouvriers)

- le développement de sources d’énergie (ex : mines)

Ceci dit l’échelle est nettement plus réduite : on parle de proto-industrialisation, Mendels (1972). La révolution industrielle consacre le passage d’une économie dominée par l’agriculture à une économie fondée sur l’industrie.

Pour Braudel, le capitalisme industriel se fonde sur le capitalisme marchand. Les cités Etats du Moyen Age (Venise, Anvers) avaient développé une extraordinaire activité marchande sur le plan mondial. L’industrie vient simplement prendre le relais des négociants : les Etats décident de produire sur place plutôt que de dépendre d’autres pays.

Comme le montre également Favier (1987) les marchands médiévaux sont porteurs des principes de l’entrepreneur moderne : prise de risque, capacité d’organisation, connaissance des marchés …

 

  • Une expression polysémique

L’expression est utilisée en 1837 par Adolphe Blanqui (frère de l’homme politique socialiste). Elle est consacrée en histoire par Arnold Toynbee (père) en 1884 qui privilégie encore l’approche globale de la révolution : c’est un ensemble de facteurs réunis qui ont permis ce phénomène (ex : rôle primordial des inventions). La révolution est ainsi décrite du point de vue du pays qui l’a menée.

Livre fondateur de la réflexion française : Paul Mantoux (1905) qui considère que la révolution réunit trois phénomènes. Invention de procédés qui permettent de produire plus ; concentration des capitaux ; nouvelle organisation sociale du travail.

Chronologie retenue aujourd’hui : entre 1770 et 1880, de l’invention de la machine à vapeur à la seconde révolution (électricité). Mais ce découpage fait toujours débat.

Q : la révolution industrielle est-elle un phénomène économique inéluctable ?

 

I] Les facteurs agricoles

 

  • Aspects pratiques

En Angleterre, une minorité de grands propriétaires terriens décident de modifier leur méthode d’exploitation agricole : remplacement des jachères par des plantes fourragères, enclosures, remembrements, suppression des droits coutumiers sur les terres …

En se fondant sur les nouvelles connaissances et techniques de l’agronomie, l’Angleterre voit sa production agricole augmenter fortement (blé, houblon, chanvre ou colza).

Par effet d’entraînement, les autres exploitants suivent le mouvement : la productivité agricole fait d’énormes progrès.

D’autres innovations apparaissent : sélection des grains, utilisation de machines agricoles (semoir, labour), développement de l’élevage (viande et engrais) qui complète l’agriculture traditionnelle. Il s’ensuit de nombreux défrichements ou des drainages pour exploiter de nouveaux terrains.

C’est une évolution qui favorise les gros propriétaires : les petits disparaissent, deviennent fermiers ou ouvriers agricoles. Les autres partent pour la ville. L’Angleterre voit se développer un capitalisme agricole qui permet de nourrir une population croissante.

En France, le monde rural est plus morcelé. La Révolution (politique) favorise ce mouvement en confisquant les terres du clergé.

Seules certaines régions (Alsace, Beauce) voient apparaître la grande exploitation agricole. Le phénomène finit par s’imposer mais de manière moins forte qu’en Angleterre.

 

  • Aspects théoriques

Pour certains auteurs, comme Rostow (1960) et surtout Bairoch (1963), la révolution agricole est à l’origine de la révolution industrielle.

- Elle permet le développement démographique.

- Elle permet d’accumuler des capitaux.

- Elle favorise la production dans d’autres branches (ex : métallurgie)

- Les équipements produits pour l’agriculture trouvent d’autres usages (ex : textile)

Pour Crouzet (2000) l’enchaînement n’est pas aussi clair, ni aussi radical : l’industrie s’est développée sans réellement profiter de l’agriculture (main d’oeuvre ou équipements). Le commerce colonial anglais a été plus stimulant pour la demande. La situation française l’illustre bien puisqu’un « décollage » industriel a été constaté même sans révolution agricole de l’ampleur de celle de l’Angleterre.

Selon Rioux (1971), la révolution agricole est étroitement liée à la révolution industrielle mais elle n’en est pas la condition déterminante. C’est une condition nécessaire puisque les gains de productivité permettront à la population agricole de se réorienter vers l’industrie naissante.

 

II] Les facteurs techniques

La révolution industrielle est caractérisée par l’utilisation de machines de manière efficace. C’est la condition qui permet le changement d’échelle de la production et des débouchés.

Pour Verley (1997b), l’industrialisation de l’occident est le passage à « l’échelle du monde ».

 

  • Nouvelles techniques

Le XVIIIe est marqué par de nombreuses inventions qui se diffusent rapidement dans l’économie. Ceci s’explique par les avancées de la science, de l’ingénierie et de l’éducation.

L’énergie nouvelle de la révolution industrielle est la vapeur. Elle permet de pomper l’eau des mines ou d’automatiser la production.

L’industrie textile est à la pointe du progrès : le coton devient la matière de base, dépassant la laine (difficile à mécaniser). Les métiers à tisser permettent de produire de plus grandes quantités de bonne qualité (même si l’Angleterre est moins efficace que l’Inde à l’époque). Les brevets sont déposés en Angleterre, qui prend une avance décisive dans ce domaine.

La métallurgie connaît également de grands progrès : le chauffage au bois est de moins en moins rentable. L’agriculture a des besoins de produits métallurgiques. On fabrique donc de la coke à partir de la houille. Des procédés d’épuration du fer sont mis en place. Des forges modernes produisent donc du fer de bonne qualité en grande quantité.

 

  • Nouvelle organisation productive

Les grandes entreprises industrielles, reposant sur des usines, viennent d’apparaître.

De plus, la croissance démographique du XVIIIe en Europe influence à la fois la demande (par la consommation) et l’offre (par le travail). Mais c’est avant tout un changement économique tiré par la demande et qui ensuite proposera des innovations technologiques, Landes (1983).

La révolution industrielle est également marquée par une révolution des transports. L’acheminement des produits se fait tout d’abord par les canaux (en particulier la houille) du fait des prix faibles. Le chemin de fer vient ensuite concurrencer ce mode de transport (locomotives vapeur).

Pour De Vries (1994) c’est une « révolution industrieuse » : il calcule la durée du travail en mesurant l’écart entre la richesse du patrimoine au décès des individus et ce que permettent d’accumuler les salaires d’une vie. Il estime ainsi que la quantité de travail a joué un rôle plus important que ce lui des inventions : c’est le « putting out system ».

 

III] Les facteurs politiques

En Angleterre et en France, le pouvoir politique consacre la place de la bourgeoisie.

Ces deux pays ayant vécu leurs révolutions politiques.

 

  • Comparaison Angleterre - France

Le parlementarisme anglais favorise la représentation des grands propriétaires fonciers.

L’Angleterre est une nation conquérante qui a développé un réel marché extérieur colonial.

La politique commerciale est fondée sur le libre échange : les lois sur le commerce des grains sont abolies, le transport maritime de marchandises est libéralisé …

La supériorité de l’Angleterre lui permet de prôner ce libéralisme. Elle devient une plate forme financière grâce à sa monnaie convertible en or. Pour Verley (1997a) cependant, la révolution industrielle n’est pas marquée par un fort besoin de capital.

En France, dans la même période, l’instabilité politique ne favorise pas le même essor économique. La bourgeoisie qui a vu son pouvoir reconnu avec la Révolution, lance également le mouvement industriel.

La politique guerrière de Napoléon et l’affrontement avec l’Angleterre (le blocus) vont permettre un certain rattrapage sans jamais pourtant égaler l’Angleterre, Crouzet (1985). Le libéralisme s’installe dans la culture politique française mais avec un Etat fort et interventionniste.

 

  • Conséquences sociales de la révolution industrielle

Les classes dirigeantes comportent à présent des entrepreneurs, des banquiers …

De nouveaux métiers apparaissent : ingénieurs, employés …

La révolution industrielle voit apparaître les ouvriers : ceux ci sont souvent des artisans ou des paysans ayant du changer d’activité. Leurs conditions de travail sont mauvaises. Des mouvements ouvriers vont voir le jour (luddites, droit de grève, syndicalisme).

La législation sociale viendra en partie répondre à ses problèmes : travail des femmes, des enfants, aide aux pauvres …

La révolution industrielle permet aux pays de gérer leur transition démographique en sortant la population de la pauvreté, mais les progrès économiques se sont faits au détriment d’une partie de la population. Controverse difficile à trancher en l’absence de données fiables.

La révolution industrielle repose sur le marché colonial et l’expansion mondiale des échanges.

Le paysage industriel est une grande nouveauté : le développement des villes, les dégradations de l’environnement ou la pollution font leur apparition.

 

Conclusion :

Les transformations sociales du développement industriel sont essentielles pour comprendre le mouvement des idées au XIXe. Intérêt : relier aux débats de pensée économique (mercantilisme / physiocratie / libéralisme).

On parle des révolutions industrielles à présent. Car le phénomène s’est répété.

2ème révolution : électricité fin XIXe jusqu’aux 60’s.

3ème ? la révolution de la communication et de l’information

 

Références :

BAIROCH, Paul : Révolution industrielle et sous-développement, Mouton, 1963

BLANQUI, Adolphe-Jérôme : Histoire de l’économie politique en Europe, BiblioBazaar, 1837

BRAUDEL, Fernand : La dynamique du capitalisme, Arthaud, 1985

COCHET, François & HENRY, Gerard-Marie : Les révolutions industrielles, Armand Colin, 1995

CROUZET, François : De la supériorité de l’Angleterre sur la France, Perrin, 1985

CROUZET, François : Histoire de l’économie européenne, Albin Michel, 2000

DE VRIES, Jan : The industrial revolution and the industrious revolution, Journal of Economic History, 1994

FAVIER, Jean : De l’or et des épices, Fayard, 1987

FOHLEN, Claude : Qu’est-ce que la révolution industrielle ?, Robert Laffont, 1971

GIMPEL, Jean : La révolution industrielle du Moyen Age, Seuil, 1975

LANDES, David : Richesse et pauvreté des Nations, Albin Michel, 1983

MANTOUX, Paul : La révolution industrielle au XVIIIème siècle, Genin, 1905

MENDELS, Franklin : Proto-industrialisation: the first phase of the industrialisation process, Journal of Economic History, 1972

RIOUX, Jean-Pierre : La révolution industrielle, Seuil, 1971

ROSTOW, Walt : Les étapes de la croissance économique, Seuil, 1960

TOYNBEE, Arnold : Lectures on the Industrial Revolution in England, Rivington’s, 1884

VERLEY, Patrick : La révolution industrielle, Gallimard, 1997a

VERLEY, Patrick : L’échelle du monde, Gallimard, 1997b

VERLEY, Patrick : La première révolution industrielle, Armand Colin, 1999

17:50 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

Mercantilistes et physiocrates

Etude de la pensée économique avant Adam Smith, càd avant la notion de couple grande œuvre / grand auteur.

 

  • Un nouveau mode de pensée

On considère que la pensée économique débute avec la construction de réels systèmes d’analyse d’ensemble. Deux optiques : inclure les précurseurs : le mercantilisme (première prise en compte de la dimension économique en politique) et la physiocratie (première représentation du circuit économique) ou partir de la Richesse des nations (première grande synthèse de l’impact de l’économie sur la société).

Les premiers penseurs de l’économie ne sont pas des économistes de profession. Ce sont le plus souvent des philosophes ou des praticiens de l’économie (ex : marchands, médecins) voire des conseillers du prince. Leur point commun est de prendre en compte dans leur réflexion les facteurs économiques : richesse, satisfaction, rareté, échange …

 

  • Un contexte original

- Contexte politique : lié à la notion d’Etat Nation en train de s’imposer sur le système féodal. L’Etat Nation repose sur des souverains détenteurs du pouvoir absolu et centralisé sur un territoire et un peuple. Il impose ses institutions : justice, administration fiscale et armée. Or celles-ci nécessitent des ressources pour fonctionner.

L’économie politique apparaît ainsi avec la modernité (la Renaissance). L’expression est consacrée par Antoine de Montchrestien (1575-1621), un juriste français, en 1615. L’économie est « politique » car elle a pour but de conseiller les dirigeants des Etats Nation.

- Contexte économique : le développement des échanges commerciaux à l’échelle mondiale sous l’impulsion des grandes découvertes et des conquêtes territoriales (l’Amérique).

Les échanges découlent d’une logique prédatrice : le commerce des esclaves, les flux de métaux précieux (or et argent) prélevés dans les pays conquis …

- Contexte intellectuel : la période de la Renaissance est marquée par un essor des connaissances. Les dogmes religieux de l’époque médiévale sont remis en cause (la Réforme), l’humanisme se développe et la méthode de découverte scientifique des lois de la nature par la raison et l’expérience (Copernic, Galillée) se met en place.

Q : les précurseurs de l’économie ont-ils réellement fait de l’économie ?

 

I] Le mercantilisme

Les premiers « économistes » ont des préoccupations liées aux pouvoir des nations : l’économie n’est qu’un des moyens d’affirmation de la puissance d’une Nation.

 

  • Puissance et richesse

On qualifie souvent ces auteurs de « mercantilistes » car ils réfléchissent aux moyens d’accroître la richesse de l’Etat en utilisant l’échange marchand.

Les exportations, l’industrie ou le commerce sont des moyens de multiplier les richesses qui bénéficieront à l’Etat, qui peut lever des impôts et financer ses dépenses.

Pourtant le mercantilisme n’a pas de cohérence idéologique : il regroupe des pensées variées et propres à des pays (Espagne, Portugal, France …). On regroupe ces auteurs sous ce « label » car leurs problématiques sont proches (la richesse est l’accumulation de monnaie, le protectionnisme fonde la politique commerciale).

Cette absence de cohérence se retrouve dans les débats sur la monnaie : Jean Bodin (1529-1596) considère que l’accroissement de la masse de métaux précieux se traduit par un renchérissement du prix des produits alors que l’abondance d’or est considérée comme un moyen d’assurer la force d’un pays.

 

  • Politiques mercantilistes

Le mercantilisme confond la puissance et la richesse et considère qu’un Etat doit cumuler :

- Poids du nombre : la croissance démographique fournit des ressources aux pays pour commercer, exploiter les ressources ou faire la guerre

- Abondance de l’argent : plus un pays dispose de monnaie, plus il dispose de moyen pour mener son action.

- Intervention de la puissance publique : il faut réglementer les échanges de manière à ce qu’ils soient favorables à la Nation.

Ex : restriction des importations pour protéger les marchands nationaux, favoriser les exportations sauf pour les produits jugés primordiaux

Incarnation politique en France : Colbert (1619-1683) cherche à favoriser l’activité industrielle française en créant des institutions (manufactures) ou en réglementant (droit des sociétés). Ce qu’on appelle aujourd’hui la politique industrielle.

 

  • Evolution de l’idée mercantiliste

Vision économique qui a servi de repoussoir à Adam Smith au moment de fonder une théorie de la richesse des Nations : le mercantilisme et ses implications sont antinomiques avec la liberté des individus de consommer ou de produire.

Regain analytique avec Heckscher (1931) qui montre le lien fort entre la politique commerciale mercantilisme et le développement des Etats.

Retour au mercantilisme dans le contexte de la mondialisation car les Etats cherchent toujours à dominer les forces économiques.

Ex : Colbertisme high tech, Cohen (1992) ou volontarisme économique, Pastré (2006)

 

II] La physiocratie

Approche économique essentiellement française.

 

  • Précurseurs de l’école française : Boisguilbert (1646-1714) & Cantillon (1697-1734)

Boisguilbert est magistrat. Dans Le détail de la France (1697) il cherche à analyser l’appauvrissement de la France sous le règne de Louis XIV.

Selon lui, cette contre performance est liée à une sous-utilisation du potentiel de consommation et de production et à l’obsession monétaire (détention de capitaux) issue de la pensée mercantiliste. Il distingue ainsi deux classes : les laboureurs et les marchands qui créent de la richesse économique ; et le Beau monde (noblesse et propriétaires fonciers) qui n’ont pas besoin de travailler pour vivre. Ces deux classes doivent coopérer pour faire circuler la richesse. Pour Boisguilbert, le succès économique revient si on laisse jouer l’ordre naturel des prix.

Cantillon, homme d’affaires de cultures anglaise et française. Il publie son Essai sur la nature du commerce en général vers 1730. Il y défend l’idée que la richesse provient de la terre et du travail. Dès lors, les prix découlent de la quantité de terre ou de travail utilisée pour produire : ils peuvent varier en fonction des conditions du marché mais la valeur reste la même. C’est en fonction de cette valeur que les individus vont mobiliser des ressources et obtenir des rentes ou du profit.

Bien que spécialiste des techniques financières (banque ou change) Cantillon considère que la monnaie n’est qu’une marchandise dont la valeur découle du stock de métaux précieux qui la garantit. Par contre, il montre que si la monnaie circule rapidement, elle permet de faciliter les échanges.

 

  • Une pensée centrée sur l’agriculture

La physiocratie : école de pensée française qui estime que la richesse provient de la nature. Caractéristique d’une volonté d’établir une « science nouvelle », Steiner (1998), qui permettrait de mieux comprendre le monde qui nous entoure : les économistes s’appuient sur l’exigence scientifique énoncée par Descartes et cherchent à convaincre le plus grand nombre du bien fondé de leur analyse. On parle de la « secte des économistes ».

Le représentant le plus réputé de cette école est le médecin, François Quesnay (1694-1757) qui publie Le tableau économique en1758.

Pour les philosophes économistes, c’est donc l’agriculture qui est à l’origine de la richesse créée. Sa circulation entre les agents peut être représentée dans un tableau (zigzags) qui décrit les flux monétaires et réels de l’économie.

 

  • Une pensée libérale

Quesnay pense établir les lois économiques naturelles de la société : la propriété, la liberté et l’autorité. Il propose ainsi une classification des acteurs économiques :

- les propriétaires qui vivent de leurs rentes

- la classe productive qui exploite la terre

- la classe stérile : tout le reste

La physiocratie suppose donc la liberté des échanges (liberté des grains) et la baisse des impôts sur la classe productive (corvée). Véritable programme politique, la physiocratie constitue la première réelle école de pensée.

Turgot (1727-1781) qui fut Contrôleur général est considéré comme celui qui appliqua la politique économique physiocrate en instaurant la liberté des grains en 1774 avant d’échouer à mettre en œuvre d’autres mesures libérales sur les impôts ou les corporations.

 

Conclusion :

Ce sont des systèmes de pensée qui contiennent les germes de ce que deviendra la science économique, mais qui ne voient pas la révolution industrielle qui s’annonce.

 

Références :

COHEN, Elie : Le Colbertisme « high tech », Hachette, 1992

FACCARELLO, Gilbert : Aux origines de l’économie politique libérale : Pierre de Boisguilbert, Anthropos, 1986

HECKSCHER, Eli : Mercantilism, Routledge, 1931

PASTRE, Olivier : La méthode Colbert, Perrin, 2006

QUESNAY, François : Physiocratie, Flammarion, 1991

STEINER, Philippe : La « science nouvelle » de l’économie politique, Puf, 1998

STEINER, Philippe : François Quesnay, in GREFFE, Xavier ; LALLEMENT, Jérôme & DE VROEY, Michel dir. : Le dictionnaire des grandes œuvres économiques, Dalloz, 2002

TURGOT, Anne Robert Jacques : Formation et distribution de richesses, Flammarion, 1997

17:45 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |