10/05/2012

L'industrialisation

Période de diffusion de la révolution industrielle. Approximativement 1815-1870, de Waterloo à Sedan. Période où se développe ce qu’on a appelé le capitalisme libéral.

 

  • Le rôle des Etats et des régions

L’industrialisation est le fait de quelques pays et régions qui dominent l’économie mondiale, Cameron (1985) :

- l’Angleterre : initiateur de la révolution industrielle, devient la grande puissance économique après la chute de Napoléon et la fin du blocus continental

- la France : grande puissance rurale et agricole, dont l’industrialisation démarre, libéralisée par les révolutionnaires, étatisée sous Napoléon

- l’Allemagne : Nation en construction, en train de fonder son unité politique sur une union douanière protectionniste (zollverein) qui permet de lancer l’industrialisation

- les Etats-Unis d’Amérique : jeune Nation indépendante disposant d’un territoire immense, où les innovations anglaises sont assimilées et dépassées, immigration

 

  • La suprématie de la Grande Bretagne

Certaines conditions économiques auraient pu faire décoller telle ou telle autre nation en premier … mais la nation qui domine sur le plan économique et technique et dont le modèle sera imité reste le Royaume Uni, Landes (1969).

Ex : comparaison classique Angleterre / France :

- révolution agricole tardive en France : terres morcelées, assolement triennal

- système de crédit défectueux : méfiance à l’égard du papier monnaie (spéculation)

- classe dominante bourgeoise : mentalité distincte de celle de l’entrepreneur anglais

- conflits guerriers

Cycle macroéconomique de la période : croissance 1815-1855, ralentissement 1855-1875.

Q : que peut-on apprendre de l’industrialisation des pays européens ?

 

 

I] Le libre échange

Débat intense en pensée économique qui finit par s’imposer dans les faits, Irwin (1996).

 

  • Victoire intellectuelle du libre échange

La doctrine libre échangiste s’est imposée en Angleterre sur le plan intellectuel (Ricardo). Comme le Royaume Uni est le pays en pointe, il prône la liberté des échanges économiques au plan international (du fait notamment de sa domination maritime).

L’industrialisation peut être interprétée comme une tentative de rattrapage de l’Angleterre. Dans cette optique on voit le rôle essentiel joué par les Etats pour stimuler l’économie, Gerschenkron (1962) ou Batou (1990) pour l’Amérique Latine (Venezuela) et le Moyen Orient (Egypte).

Caractère asymétrique des échanges économiques internationaux : l’Europe exporte des produits manufacturés et importe des matières premières du RDM.

Cependant le libre échange n’est mis en avant que lorsqu’il sert les intérêts des puissances commerciales : ainsi l’Angleterre qui possède une industrie textile moins productive que celle de l’Inde, instaure des taxes à l’importation (et des subventions) qui permettront aux produits anglais de s’imposer sur le marché indien, Piel (1989).

 

  • Le libre échange imposé

Comme l’Europe domine le monde et les échanges, elle obtient l’ouverture économique du reste du monde :

- l’Amérique latine dont les pays découvrent l’indépendance (de l’Espagne notamment) devient un débouché pour les produits européens ce qui empêche son développement industriel

- l’Asie qui est riche en matières premières et d’un développement comparable à l’Europe au XVIIIème passe à côté de la révolution industrielle et évolue en autarcie. C’est par la force que les marchés sont ouverts : guerre de l’opium en Chine (1840-42)

- l’Empire Ottoman connaît un déclin commercial. Istanbul détient la clé de nombreux points de passage commerciaux, ce qui en fait un adversaire naturel : l’Angleterre et la France notamment s’implantent dans la méditerranée (Gibraltar, Maghreb, Suez)

Comme l’empire est une construction politique fragile, les européens exploitent les conflits entre musulmans pour affaiblir Istanbul.

- l’Afrique qui avait subi la traite des esclaves (abolition progressive au cours du siècle), voit progressivement se développer un commerce de biens exotiques contre les produits manufacturés européens. Puis ce sont les produits agricoles qui deviennent les biens les plus échangés. (Colonisation débute en parallèle : Nord & Sud)

Le libre échange voit se développer l’activité de grandes compagnies marchandes internationales, des entreprises industrielles et financières nécessaires pour organiser l’économie à l’échelle du monde.

 

 

II] Le monde ouvrier

Alors que la classe dominante est la bourgeoisie, Morazé (1957) ou Daumard (1977), le monde du travail subit une grande précarité.

 

  • Les transformations sociales

L’industrialisation entraîne principalement l’apparition du salariat, Castel (1995). Pour travailler dans l’industrie, il faut des ouvriers.

Le capitalisme apparaît grâce à une main d’œuvre nombreuse et peu coûteuse qui rend plus rentable l’investissement. (La consommation pouvant se développer ensuite).

Les travailleurs doivent pouvoir circuler librement afin de s’employer dans les nouvelles activités industrielles. Les réglementations sur les métiers (corporations en France) ou sur les pauvres (workhouses en Angleterre) sont progressivement abolies. Les populations s’agglomèrent dans les foyers industriels.

L’entreprise ne conçoit pas la relation de travail comme une situation de long terme : il faut que chaque ouvrier soit interchangeable. La spécialisation n’existe pas encore.

 

  • Les conditions de travail

Elles sont très mauvaises : danger, nuisances, accidents sont nombreux.

Le temps de travail n’est pas réglementé : il dépend des capacités physiques des travailleurs et de la volonté d’imposer la discipline dans les entreprises, Thompson (1967). Les pauses sont quasiment inexistantes, les journées de repos non plus (par contraste la France agricole connaît les fêtes chômées). Guedj & Vindt (1997) montrent que seules les luttes sociales permettront de faire évoluer la durée du travail dans un sens favorable aux salariés.

Les femmes et les enfants sont mis à contribution : ils permettent de réduire le coût du travail et de discipliner les autres travailleurs. Les salaires sont fortement contenus pour maintenir les profits. Comme les conditions sont mauvaises, la santé et l’alimentation sont également insuffisantes.

 

  • Le mouvement ouvrier

Au nom du libéralisme, la réglementation ne permet pas aux citoyens de s’associer pour défendre des intérêts : le syndicalisme n’est pas envisageable. L’employeur est en situation de force économique pour négocier un contrat. Pourtant, face aux inégalités le monde ouvrier s’organise :

- mouvement d’opposition au machinisme comme les Luddites, Bourdeau & al (2006)

- apparition des mutuelles et des assurances pour les métiers

- mouvement révolutionnaire (1848)

Mais seule une élite ouvrière est sensibilisée à ce mouvement. On notera toutefois que l’industrialisation marque une augmentation de l’éducation et des connaissances de base : lecture et écriture, Furet & Ozouf (1977).

 

III] La finance et les transports

Deux domaines dans lesquels de profondes modifications ont lieu.

 

  • Les banques et la collecte financière

Odile Castel parle d’une nouvelle attitude face à l’argent : passage du mépris catholique au respect protestant (caricaturalement). L’industrialisation rend nécessaire la monnaie et marque la naissance des systèmes financiers.

Les banques se développent pour gérer le besoin de financement des industries naissantes. Les entreprises ont besoin de capital circulant pour leurs stocks ou leurs crédits commerciaux. De même quand l’investissement devient très élevé (transport) l’intermédiation financière devient essentielle.

L’émission des billets est confiée à des banques centrales pour éviter l’accroissement excessif de la masse monétaire. La Banque d’Angleterre obtient le privilège d’émission en 1844, la Banque de France en 1848. Les banques centrales développent l’activité de refinancement des banques commerciales : elles sont à la fois entreprises commerciales et institutions monétaires, Plessis (1998).

En Angleterre les banques se spécialisent dans les dépôts (crédits) ou les affaires (services aux entreprises). Les banques allemandes confondent les activités. Les banques françaises sont d’abord généralistes puis se spécialisent comme les anglaises.

Les premières caisses d’épargne sont créées pour recueillir les dépôts des particuliers aisés.

Les marchés financiers n’échangent que des titres de dette publique (financement de la guerre). L’apparition des sociétés de capitaux (SA en 1867 en France) leur permet de faire appel à l’épargne sur le marché boursier.

Les chemins de fer financeront de cette manière leur développement, Caron (1997).

 

  • La révolution des transports

Elle découle de la révolution industrielle, de la maîtrise de la vapeur et du charbon.

- Une nouvelle échelle : l’accroissement des échanges économiques rend nécessaires de nouveaux moyens de communication : échange d’informations, de marchandises, nouveaux débouchés …

Le réseau routier n’est pas adapté, même si l’activité des diligences se développe. Seuls quelques trajets sont exploités de manière rapide et rentable : de nombreuses zones ne sont pas desservies, en particulier en milieu rural.

- La navigation : les voies navigables sont également utilisées, rivières et canaux permettent de transporter de grandes quantités à un coût faible. Mais cela ne concerne que les marchandises non périssables (le charbon principalement).

La navigation est exploitée par des bateaux à vapeur qui permettent d’accroître la vitesse et la sécurité du transport. Les paquebots et les grands transporteurs en fer s’imposent dans le trafic international (ex : les travaux du canal de Suez débutent en 1869).

- Les chemins de fer : on considère souvent que l’industrialisation est l’ère du rail.

Les trains à vapeur sont rapides et de plus en plus puissants. Ils peuvent transporter de grandes quantités de manière régulière. Comme ils nécessitent des composants industriels ils ont un effet d’entraînement sur le reste de l’économie.

Fogel (1964) conteste pourtant le rôle déterminant que l’on a fait jouer au développement des chemins de fer sur la croissance américaine. Pour lui c’est une corrélation, pas une causalité.

 

Conclusion :

L’industrialisation illustre l’évolution des débats économiques.

L’industrialisation est porteuse de conflits : socialisme, impérialisme …

 

Références :

BATOU, Jean : Cent ans de résistance au sous-développement, Droz, 1990

BOURDEAU, Vincent ; JARRIGE, François & VINCENT, Julien : Les luddites Bris de machines, économie politique et histoire, Editions Ere, 2006

CAMERON, Rondo : A new view of the European industrialization, Economic History Review, 1985

CARON, François : Histoire des chemins de fer en France, Fayard, 1997

CASTEL, Robert : Les métamorphoses de la question sociale Une chronique du salariat, Fayard, 1995

CASTEL, Odile : Histoire des faits économiques, Presses Universitaires de Rennes, 2005

DAUMARD, Adeline : Les bourgeois et la bourgeoisie en France depuis 1815, Flammarion, 1977

FOGEL, Robert : Railroads and economic growth, Johns Hopkins Press, 1964

FURET, François & OZOUF, Jacques : Lire et écrire, Editions de Minuit, 1977

GERSCHENKRON, Alexander : Economic backwardness in historical perspective, Harvard University Press, 1962

GUEDJ, François & VINDT, Gérard : Le temps de travail, une histoire conflictuelle, Syros, 1997

IRWIN, Douglas : Against the tide an intellectual history of free trade, Princeton University Press, 1996

LANDES, David : L’Europe technicienne ou le Prométhée libéré, Gallimard, 1969

PIEL, Jean : Esquisse d’une histoire comparée des développements dans le monde, Erasme, 1989

MORAZE, Charles : Les bourgeois conquérants, Armand Colin, 1957

PLESSIS, Alain : Histoires de la Banque de France, Albin Michel, 1998

THOMPSON, Edward : Temps, discipline et capitalisme industriel, La Fabrique, 1967 

11:44 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

Les classiques de l'économie

La notion de « classiques » est évidemment un jugement de l’histoire : ce sont les auteurs qui ont fourni l’appareil analytique le plus élaboré et le plus reconnu d’une science nouvelle.

Leurs traits communs : la prise en compte de l’intérêt personnel et de l’instinct de reproduction, selon Guy Caire.

Ex : vision du bonheur par l’utilitarisme ; limites naturelles à la production agricole.

Q : quels sont les changements introduits dans la pensée économique par les classiques ?

 

I] Adam SMITH (1723-1790)

Philosophe écossais, il publie en 1776 : Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations.

 

  • L’ouvrage emblématique de la révolution industrielle

Son questionnement est de comprendre l’origine de la croissance économique : il analyse donc les facteurs qui sont liés à la richesse.

La division du travail permet par exemple d’augmenter la productivité (ex : une manufacture d’épingles).

La valeur d’échange des biens provient de la quantité de travail nécessaire pour les produire (la valeur travail).

Le mécanisme du marché permet la meilleure allocation des ressources. C’est en servant ses propres intérêts qu’on parvient à échanger des produits à un prix donné grâce au mécanisme de l’offre et de la demande (ex : la main invisible). Il faut donc assurer la liberté du commerce

Pour assurer les échanges il faut une monnaie qui joue le rôle d’intermédiaire.

 

  • L’échange est la source des revenus

Les salaires doivent permettre aux travailleurs de subsister (que le travail soit productif ou improductif). La répartition des revenus fait l’objet d’un conflit.

Le capital doit être rémunéré par des profits car l’accumulation de capital est source de progrès économique. L’épargne est assimilée au capital, elle est rémunérée par l’intérêt.

La propriété doit être rémunérée par une rente.

Les pays ont un avantage à faire du commerce entre eux s’ils possèdent un avantage absolu en termes de prix.

L’Etat a un rôle à jouer dans l’économie : protéger contre les autres pays, protéger la société et construire des infrastructures (missions régaliennes). Il peut donc lever l’impôt mais doit éviter de s’endetter. Les citoyens doivent participer au financement de l’Etat (ex : péages).

 

  • La nouvelle dimension prise par l’économie et l’industrie dans la société

L’œuvre de Smith incarne un changement dans le système de pensée de la société.

La place donnée à l’égoïsme dans la réalisation de l’intérêt général (et par là même au marché) en fait le fondateur du libéralisme économique (même si le livre est plus nuancé).

Ce qui est marquant c’est la modernité de sa vision. La référence reste actuelle.

De plus, l’ouvrage de Smith n’est pas normatif, il entend décrire le phénomène de la révolution industrielle sans idéologie, même s’il critique sévèrement les mercantilistes.

Toutefois la plupart de ses concepts sont aujourd’hui périmés : valeur, monnaie …

 

II] Thomas Robert MALTHUS (1766-1834)

Pasteur anglais, il publie deux grands ouvrages d’économie Essai sur le principe de population (1798) et Principes d’économie politique (1820).

 

  • Les relations entre démographie et économie

L’explosion démographique associée à la révolution industrielle pose des problèmes de subsistance : il faut nourrir une population sans cesse croissante.

La terre subit la loi des rendements décroissants : plus la population augmente, plus on exploite des terres de mauvaise qualité qui sont moins productives. Il deviendra difficile de produire suffisamment de nourriture.

Malthus en tire une morale : les pauvres doivent tenter de contrôler les naissances.

La pauvreté ne vient donc pas d’une répartition inégale des richesses.

L’assistance aux pauvres ne fait que renforcer cet état de fait en permettant à une surpopulation de subsister. L’Etat ne doit donc pas intervenir dans ce domaine.

Cette vision démographique très pessimisme est qualifiée de « malthusianisme ». Toutefois, elle n’est absolument pas étayée par des faits : elle se veut d’application générale …

 

  • Une analyse économique d’ensemble

Dans ses principes, Malthus étudie les facteurs qui permettent la croissance :

- l’accumulation du capital

- la fertilité du sol

- le progrès technique.

La richesse dépend de la demande effective : sans débouchés, les entreprises peuvent ne pas produire assez.

L’excès d’épargne peut réduire la demande effective et donc causer des crises.

 

  • Une pensée morale

Malthus a proposé une analyse normative de l’économie avec quelques idées lumineuses : rendements décroissants ou équilibre de sous-production. Son approche traduit la façon de voir de son époque, Petersen (1980).

Il sera le premier titulaire d’une chaire d’économie politique

 

III] Jean-Baptiste SAY (1767-1832)

Professeur français, il publie en 1803 un Traité d’économie politique.

 

  • Une synthèse des apports de l’école classique.

Le libéralisme économique, la libre concurrence et la propriété privée sont les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’économie.

Les produits peuvent être matériels ou immatériels (les services).

Le prix est l’indicateur de l’utilité des biens pour les agents.

La monnaie est neutre : elle ne sert qu’à réaliser des échanges.

 

 

  • La loi des débouchés

L’économie est caractérisée, selon Say, par la loi des débouchés : comme l’achat d’un produit est fait grâce à la valeur d’un autre, c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits. L’offre crée donc sa propre demande. Les crises de production générales sont impossibles (même si des pénuries sont possibles à court terme). Le mécanisme des prix vient réguler le marché.

Rappel : Malthus critique cette approche.

Comme la loi de Say a été contredite par les faits (crise des années 30) elle n’est plus d’actualité. Pourtant, elle traduit le fonctionnement d’une économie de marché en situation de concurrence pure et parfaite.

 

IV] David RICARDO (1772-1823)

Homme d’affaires anglais, il publie en 1817 Des principes de l’économie politique et de l’impôt.

 

  • L’aboutissement de la pensée classique

Ricardo reprend certains acquis de Smith et Malthus puis prolonge leur réflexion pour proposer un véritable système d’analyse de l’économie.

La valeur des biens dépend du travail nécessaire pour les produire ainsi que du capital incorporé dans l’appareil productif.

Les revenus se répartissent entre la rente pour les propriétaires, les salaires pour les travailleurs et les profits pour les capitalistes.

La loi des rendements décroissants est à l’origine de la rente des propriétaires : ceux dont les terres sont les plus fertiles gagnent plus que ceux exploitant des sols de mauvaise qualité.

Les salaires dépendent du niveau de subsistance des ouvriers : le prix du travail tend vers un prix naturel grâce aux mécanismes de marché.

Le taux de profit tend à s’égaliser entre les branches de l’économie. Ils dépendent du niveau des salaires (et donc du niveau de subsistance lui même lié au prix des produits agricoles).

 

  • Les débats économiques

Pour Ricardo, l’augmentation du niveau de subsistance entraîne une baisse tendancielle du taux de profit (sauf en cas de progrès technique).

Le progrès technique, la mécanisation a une double influence : favorable aux travailleurs pour augmenter la productivité mais défavorable également car elle permet d’économiser du travail.

Le libre échange doit s’appliquer au niveau international au nom des avantages comparatifs : tout pays a intérêt à commercer avec un autre en se spécialisant dans la production pour la quelle il est comparativement (relativement) plus efficace. Chaque pays pouvant produire une plus grande quantité de biens au total.

Il défend ainsi en 1815, dans L’essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, la libre circulation des produits agricoles (alors que Malthus est contre, car le blé doit servir à nourrir la population).

 

  • Une référence

Ricardo a proposé un ensemble théorique de référence qui sera utilisé par Marx notamment. Ses principes sont encore utiles malgré l’usure de certains concepts.

Ex : ses analyses sur le commerce ou la technologie

 

Conclusion :

L’étude à travers les grandes œuvres est réductrice mais symbolique.

 

Références :

CAIRE, Guy : L’école classique, in MONTOUSSE, Marc dir. : Histoire de la pensée économique, Bréal, 2008

DENIS, Henri : La « Loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée ? Une nouvelle approche de la surproduction, Economica, 1999

MALTHUS, Thomas-Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MALTHUS, Thomas-Robert : Principes d’économie politique, Calmann Levy, 1820

PETERSEN, William : Malthus Le premier anti-malthusien, Bordas, 1980

RICARDO, David : Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, Economica, 1815

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

SAY, Jean-Baptiste : Traité d’économie politique, Economica, 1803

SAY, Jean-Baptiste : Cours d’économie politique, Flammarion, 1996

SMITH, Adam : Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations, Economica, 1776

11:42 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

03/05/2012

La révolution industrielle

Phénomène qui s’inscrit dans le long terme. Phénomène européen.

Expression qui désigne une période de progrès technique radical modifiant les structures économiques d’une société.

 

  • Une rupture progressive

Le terme « révolution » est assez mal adapté car les changements s’inscrivent dans la durée.

Selon l’historien Jean Gimpel (1975) la révolution industrielle plonge ses racines au Moyen Age, ses grands bouleversements datent de l’époque médiévale :

- les inventions technologiques (ex : horloges)

- les modifications du monde du travail (ex : ouvriers)

- le développement de sources d’énergie (ex : mines)

Ceci dit l’échelle est nettement plus réduite : on parle de proto-industrialisation, Mendels (1972). La révolution industrielle consacre le passage d’une économie dominée par l’agriculture à une économie fondée sur l’industrie.

Pour Braudel, le capitalisme industriel se fonde sur le capitalisme marchand. Les cités Etats du Moyen Age (Venise, Anvers) avaient développé une extraordinaire activité marchande sur le plan mondial. L’industrie vient simplement prendre le relais des négociants : les Etats décident de produire sur place plutôt que de dépendre d’autres pays.

Comme le montre également Favier (1987) les marchands médiévaux sont porteurs des principes de l’entrepreneur moderne : prise de risque, capacité d’organisation, connaissance des marchés …

 

  • Une expression polysémique

L’expression est utilisée en 1837 par Adolphe Blanqui (frère de l’homme politique socialiste). Elle est consacrée en histoire par Arnold Toynbee (père) en 1884 qui privilégie encore l’approche globale de la révolution : c’est un ensemble de facteurs réunis qui ont permis ce phénomène (ex : rôle primordial des inventions). La révolution est ainsi décrite du point de vue du pays qui l’a menée.

Livre fondateur de la réflexion française : Paul Mantoux (1905) qui considère que la révolution réunit trois phénomènes. Invention de procédés qui permettent de produire plus ; concentration des capitaux ; nouvelle organisation sociale du travail.

Chronologie retenue aujourd’hui : entre 1770 et 1880, de l’invention de la machine à vapeur à la seconde révolution (électricité). Mais ce découpage fait toujours débat.

Q : la révolution industrielle est-elle un phénomène économique inéluctable ?

 

I] Les facteurs agricoles

 

  • Aspects pratiques

En Angleterre, une minorité de grands propriétaires terriens décident de modifier leur méthode d’exploitation agricole : remplacement des jachères par des plantes fourragères, enclosures, remembrements, suppression des droits coutumiers sur les terres …

En se fondant sur les nouvelles connaissances et techniques de l’agronomie, l’Angleterre voit sa production agricole augmenter fortement (blé, houblon, chanvre ou colza).

Par effet d’entraînement, les autres exploitants suivent le mouvement : la productivité agricole fait d’énormes progrès.

D’autres innovations apparaissent : sélection des grains, utilisation de machines agricoles (semoir, labour), développement de l’élevage (viande et engrais) qui complète l’agriculture traditionnelle. Il s’ensuit de nombreux défrichements ou des drainages pour exploiter de nouveaux terrains.

C’est une évolution qui favorise les gros propriétaires : les petits disparaissent, deviennent fermiers ou ouvriers agricoles. Les autres partent pour la ville. L’Angleterre voit se développer un capitalisme agricole qui permet de nourrir une population croissante.

En France, le monde rural est plus morcelé. La Révolution (politique) favorise ce mouvement en confisquant les terres du clergé.

Seules certaines régions (Alsace, Beauce) voient apparaître la grande exploitation agricole. Le phénomène finit par s’imposer mais de manière moins forte qu’en Angleterre.

 

  • Aspects théoriques

Pour certains auteurs, comme Rostow (1960) et surtout Bairoch (1963), la révolution agricole est à l’origine de la révolution industrielle.

- Elle permet le développement démographique.

- Elle permet d’accumuler des capitaux.

- Elle favorise la production dans d’autres branches (ex : métallurgie)

- Les équipements produits pour l’agriculture trouvent d’autres usages (ex : textile)

Pour Crouzet (2000) l’enchaînement n’est pas aussi clair, ni aussi radical : l’industrie s’est développée sans réellement profiter de l’agriculture (main d’oeuvre ou équipements). Le commerce colonial anglais a été plus stimulant pour la demande. La situation française l’illustre bien puisqu’un « décollage » industriel a été constaté même sans révolution agricole de l’ampleur de celle de l’Angleterre.

Selon Rioux (1971), la révolution agricole est étroitement liée à la révolution industrielle mais elle n’en est pas la condition déterminante. C’est une condition nécessaire puisque les gains de productivité permettront à la population agricole de se réorienter vers l’industrie naissante.

 

II] Les facteurs techniques

La révolution industrielle est caractérisée par l’utilisation de machines de manière efficace. C’est la condition qui permet le changement d’échelle de la production et des débouchés.

Pour Verley (1997b), l’industrialisation de l’occident est le passage à « l’échelle du monde ».

 

  • Nouvelles techniques

Le XVIIIe est marqué par de nombreuses inventions qui se diffusent rapidement dans l’économie. Ceci s’explique par les avancées de la science, de l’ingénierie et de l’éducation.

L’énergie nouvelle de la révolution industrielle est la vapeur. Elle permet de pomper l’eau des mines ou d’automatiser la production.

L’industrie textile est à la pointe du progrès : le coton devient la matière de base, dépassant la laine (difficile à mécaniser). Les métiers à tisser permettent de produire de plus grandes quantités de bonne qualité (même si l’Angleterre est moins efficace que l’Inde à l’époque). Les brevets sont déposés en Angleterre, qui prend une avance décisive dans ce domaine.

La métallurgie connaît également de grands progrès : le chauffage au bois est de moins en moins rentable. L’agriculture a des besoins de produits métallurgiques. On fabrique donc de la coke à partir de la houille. Des procédés d’épuration du fer sont mis en place. Des forges modernes produisent donc du fer de bonne qualité en grande quantité.

 

  • Nouvelle organisation productive

Les grandes entreprises industrielles, reposant sur des usines, viennent d’apparaître.

De plus, la croissance démographique du XVIIIe en Europe influence à la fois la demande (par la consommation) et l’offre (par le travail). Mais c’est avant tout un changement économique tiré par la demande et qui ensuite proposera des innovations technologiques, Landes (1983).

La révolution industrielle est également marquée par une révolution des transports. L’acheminement des produits se fait tout d’abord par les canaux (en particulier la houille) du fait des prix faibles. Le chemin de fer vient ensuite concurrencer ce mode de transport (locomotives vapeur).

Pour De Vries (1994) c’est une « révolution industrieuse » : il calcule la durée du travail en mesurant l’écart entre la richesse du patrimoine au décès des individus et ce que permettent d’accumuler les salaires d’une vie. Il estime ainsi que la quantité de travail a joué un rôle plus important que ce lui des inventions : c’est le « putting out system ».

 

III] Les facteurs politiques

En Angleterre et en France, le pouvoir politique consacre la place de la bourgeoisie.

Ces deux pays ayant vécu leurs révolutions politiques.

 

  • Comparaison Angleterre - France

Le parlementarisme anglais favorise la représentation des grands propriétaires fonciers.

L’Angleterre est une nation conquérante qui a développé un réel marché extérieur colonial.

La politique commerciale est fondée sur le libre échange : les lois sur le commerce des grains sont abolies, le transport maritime de marchandises est libéralisé …

La supériorité de l’Angleterre lui permet de prôner ce libéralisme. Elle devient une plate forme financière grâce à sa monnaie convertible en or. Pour Verley (1997a) cependant, la révolution industrielle n’est pas marquée par un fort besoin de capital.

En France, dans la même période, l’instabilité politique ne favorise pas le même essor économique. La bourgeoisie qui a vu son pouvoir reconnu avec la Révolution, lance également le mouvement industriel.

La politique guerrière de Napoléon et l’affrontement avec l’Angleterre (le blocus) vont permettre un certain rattrapage sans jamais pourtant égaler l’Angleterre, Crouzet (1985). Le libéralisme s’installe dans la culture politique française mais avec un Etat fort et interventionniste.

 

  • Conséquences sociales de la révolution industrielle

Les classes dirigeantes comportent à présent des entrepreneurs, des banquiers …

De nouveaux métiers apparaissent : ingénieurs, employés …

La révolution industrielle voit apparaître les ouvriers : ceux ci sont souvent des artisans ou des paysans ayant du changer d’activité. Leurs conditions de travail sont mauvaises. Des mouvements ouvriers vont voir le jour (luddites, droit de grève, syndicalisme).

La législation sociale viendra en partie répondre à ses problèmes : travail des femmes, des enfants, aide aux pauvres …

La révolution industrielle permet aux pays de gérer leur transition démographique en sortant la population de la pauvreté, mais les progrès économiques se sont faits au détriment d’une partie de la population. Controverse difficile à trancher en l’absence de données fiables.

La révolution industrielle repose sur le marché colonial et l’expansion mondiale des échanges.

Le paysage industriel est une grande nouveauté : le développement des villes, les dégradations de l’environnement ou la pollution font leur apparition.

 

Conclusion :

Les transformations sociales du développement industriel sont essentielles pour comprendre le mouvement des idées au XIXe. Intérêt : relier aux débats de pensée économique (mercantilisme / physiocratie / libéralisme).

On parle des révolutions industrielles à présent. Car le phénomène s’est répété.

2ème révolution : électricité fin XIXe jusqu’aux 60’s.

3ème ? la révolution de la communication et de l’information

 

Références :

BAIROCH, Paul : Révolution industrielle et sous-développement, Mouton, 1963

BLANQUI, Adolphe-Jérôme : Histoire de l’économie politique en Europe, BiblioBazaar, 1837

BRAUDEL, Fernand : La dynamique du capitalisme, Arthaud, 1985

COCHET, François & HENRY, Gerard-Marie : Les révolutions industrielles, Armand Colin, 1995

CROUZET, François : De la supériorité de l’Angleterre sur la France, Perrin, 1985

CROUZET, François : Histoire de l’économie européenne, Albin Michel, 2000

DE VRIES, Jan : The industrial revolution and the industrious revolution, Journal of Economic History, 1994

FAVIER, Jean : De l’or et des épices, Fayard, 1987

FOHLEN, Claude : Qu’est-ce que la révolution industrielle ?, Robert Laffont, 1971

GIMPEL, Jean : La révolution industrielle du Moyen Age, Seuil, 1975

LANDES, David : Richesse et pauvreté des Nations, Albin Michel, 1983

MANTOUX, Paul : La révolution industrielle au XVIIIème siècle, Genin, 1905

MENDELS, Franklin : Proto-industrialisation: the first phase of the industrialisation process, Journal of Economic History, 1972

RIOUX, Jean-Pierre : La révolution industrielle, Seuil, 1971

ROSTOW, Walt : Les étapes de la croissance économique, Seuil, 1960

TOYNBEE, Arnold : Lectures on the Industrial Revolution in England, Rivington’s, 1884

VERLEY, Patrick : La révolution industrielle, Gallimard, 1997a

VERLEY, Patrick : L’échelle du monde, Gallimard, 1997b

VERLEY, Patrick : La première révolution industrielle, Armand Colin, 1999

17:50 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |