07/06/2012

Les néo-classiques : la révolution marginaliste

Modification radicale de la méthodologie économique.

Fruit de découvertes simultanées et indépendantes.

Cette révolution peut s’expliquer par deux facteurs :

- professionnalisation de l’économie = approfondissement

- réponse aux débats théoriques posés par Marx, Robinson (1942) = élargissement

On parle de l’école néo-classique. Ecole car fondent des courants d’analyse. Invention de ce qu’on appelle aujourd’hui la microéconomie. Véritable rupture d’où « révolution ».

Analyse fortement influencée par les progrès en physique, Mirowski (1989).

Fondement de l’analyse néoclassique = le concept d’utilité marginale. Cela permet l’utilisation d’outils mathématiques : la maximisation, càd l’optimisation d’une valeur.

La valeur des biens dépend de leur rareté et de l’utilité qu’on leur attribue.

A partir d’ouvrages fondateurs, trois grandes écoles sont apparues :

- l’école de Cambridge

- l’école de Vienne

- l’école de Lausanne

Q : la révolution marginaliste est elle toujours d’actualité ?

 

 

I] William S JEVONS (1835-1882)

Prévisionniste, économiste professionnel (pour les chemins de fer) puis professeur.

Publie en 1871 The theory of political economy.

 

  • Une nouvelle théorie de la valeur.

Ce n’est pas le travail qui fonde la valeur car la durée nécessaire pour produire un bien n’a rien à voir avec sa consommation. Il y a un décalage dans le temps entre les deux fonctions.

Pour Jevons, c’est la valeur d’échange qui compte. Les consommateurs se procurent des biens en fonction de leur utilité marginale : le degré de satisfaction apporté par la dernière unité consommée.

Le prix est déterminé par l’action des producteurs et des consommateurs.

 

  • Une vision libérale de la société

Puisque chaque individu est libre d’échanger : les prix s’ajustent pour satisfaire les offreurs et les demandeurs. Jevons croît donc à la liberté des échanges. Le prix agira sur la quantité échangée.

Mais Jevons ne précise pas pour autant la nature de l’offre (comment différencier les biens).

De plus, son analyse ne prend pas en compte les inégalités.

 

 

II] Carl MENGER (1840-1921)

Professeur d’économie à Vienne.

Publie en 1871 Grundsätze der Volkswirtschaftslehre.

 

  • Une approche psychologique de la valeur

Pour Menger, les individus attribuent une valeur aux biens car ils en ont besoin.

Menger raisonne en quatre étapes pour définir un bien :

- il existe un besoin humain

- la chose doit satisfaire ce besoin

- l’individu doit reconnaître cette capacité

- l’individu utilise le bien pour satisfaire son besoin

Les deux premières conditions expriment la notion d’utilité.

Les besoins peuvent donc être rationnels ou non, pas de connotation morale. Cela permet à Menger d’analyser toute action humaine.

La satisfaction des besoins est donc subjective.

 

  • Une approche marginaliste de la satisfaction

Si les besoins sont supérieurs aux quantités disponibles on parle de biens économiques : on peut leur appliquer le raisonnement utilitariste. Si les quantités sont importantes, ce sont des biens non économiques.

Menger propose une classification des besoins : comme les biens ont des natures différentes, il faut trouver un principe unificateur. C’est donc la satisfaction marginale qui détermine la valeur d’un bien : plus on consomme un bien plus la satisfaction supplémentaire diminue.

Comme Jevons, il ne propose pas de théorie de l’offre. De plus, il considère que les coûts n’ont aucune influence sur la valeur : ce qui est faux.

 

 

III] Léon WALRAS (1834-1910)

Ingénieur de formation. Devient professeur d’économie à Lausanne car n’arrive pas à se faire recruter en France.

Walras distingue l’économie politique pure (théorie abstraite), l’économie politique appliquée (mise en œuvre de la théorie) et l’économie sociale (ce qui est juste).

D’où une œuvre à plusieurs dimensions : fonde l’économie concurrentielle et sa critique.

Pour Walras l’économie politique pure consiste à modéliser mathématiquement la situation dans laquelle s’échangent librement des produits. Eléments d’économie politique pure (1874)

 

  • Une description formelle du fonctionnement de l’économie

Walras montre qu’on peut décrire l’économie par un système d’équations. Les prix permettent d’équilibrer ce système. Les prix sont obtenus par tâtonnement.

A l’équilibre la situation est telle que ni les producteurs ni les consommateurs n’ont intérêt à modifier les quantités échangées.

Walras utilise également l’utilité marginale pour fonder la valeur des biens.

De plus, il expose une théorie du producteur : celui ci offre un bien en utilisant du capital, du travail et de la terre. Les facteurs de production sont donc eux aussi échangés, ce qui permet de les inclure dans le système d’équation.

 

  • L’équilibre général

Walras a donc proposé une théorie de l’équilibre général qui décrit le fonctionnement d’une économie dans une situation de concurrence pure et parfaite. C’est donc le régime idéal pour créer le maximum de richesses (car la libre concurrence crée le maximum de satisfaction).

Ouvrage fondateur de l’économie moderne : véritable programme de recherche.

Analyse qui repose sur une loi simple et efficace : la loi de l’offre et de la demande.

Mais Walras ne prend pas en compte la spécificité du travail, ni le fait que la concurrence n’est pas toujours parfaite, ni le rôle de la monnaie.

 

 

IV] Les prolongements de la révolution marginaliste

 

  • L’école anglaise

A la suite de Jevons, une école néoclassique apparaît à Cambridge (UK).

Marshall en expose la synthèse dans les Principes d’économie politique (1890) :

A court terme, la valeur d’un bien dépend de la demande ; à long terme, de l’offre.

L’économie peut être étudiée par les équilibres partiels : le fonctionnement des marchés est considéré toutes choses égales par ailleurs (ceteris paribus).

L’échange s’explique par les surplus : c’est le prix que les consommateurs sont disposés à payer pour une unité supplémentaire. Le prix d’équilibre annule les surplus du producteur et du consommateur.

Pigou tentera d’approfondir l’étude des marchés dans Welfare economics (1920) :

Le marché n’est pas toujours efficace : certaines défaillances sont possibles en raison d’externalités (càd une action individuelle dont le coût est supporté par d’autres). Les externalités proviennent d’imperfection des droits de propriété selon Pigou, l’Etat peut donc intervenir pour faire supporter le coût par le responsable.

Les agents réagissent de manière logique face à l’inflation : c’est l’effet d’encaisses réelles. Quelque soit la masse monétaire, les agents souhaitent conserver un même montant d’argent pour consommer (encaisses). En cas de déflation / inflation, l’effet d’encaisses réelles permet à l’économie de retrouver l’équilibre, car la consommation fait diminuer / augmenter les prix.

Pour Pigou, il ne peut y avoir de chômage involontaire : il suffit que les prix soient flexibles.

 

  • L’école autrichienne

A la suite de Menger émerge l’école de Vienne.

Von Wieser publie Ursprung und hauptgesetze des wirtschaftlichen werthes (1904).

Ouvrage qui généralise l’individualisme méthodologique : à partir de la valeur marginale, on peut considérer que les individus rationnels suivront cette logique maximisatrice.

Mais Von Wieser constate surtout que l’utilité marginale peut être exploitée en situation de monopole : c’est la discrimination par les prix.

De plus, Von Wieser met en évidence la notion de coût d’opportunité : avec un raisonnement marginaliste, on peut envisager des usages alternatifs pour un facteur de production.

Böhm-Bawerk publie Die positive theorie der kapitalismus (1889).

La production capitaliste suppose un décalage dans le temps: on fabrique d’abord des outils de production puis des biens de consommation. C’est le détour de production.

Les biens de production sont donc à l’origine du profit : le capital rapporte un intérêt.

De plus, les individus préfèrent consommer des biens présents que des biens futurs : le capital permet de garantir que les biens futurs seront abondants.

 

  • L’école de Lausanne

A la suite de Walras apparaît l’école de Lausanne.

Pareto en est l’auteur le plus connu, du fait d’un apport majeur à la science économique : la théorie de l’optimum. Manuel d’économie politique (1906)

Pareto reprend la distinction économie pure / appliquée et pose le problème qui permettra d’unifier l’économie : comment comparer les utilités des individus ?

Dans une économie d’échange en situation de concurrence les prix garantissent le maximum de satisfaction des agents : on est dans une situation optimale car on ne peut améliorer la situation d’un individu sans dégrader celle d’un autre.

La théorie de l’optimum fonde l’économie du bien être : tout équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto. Il faut donc tout faire pour garantir la concurrence.

Pareto propose donc une analyse amorale de l’efficacité, mais qui ne prend pas en considération la justice sociale.

 

Conclusion :

Courant novateur sur le plan intellectuel et dominé par le libéralisme.

Fin de cette approche = la grande dépression

 

Références :

BLAUG, Mark : La pensée économique, Economica, 1996

MIROWSKI, Philip : Plus de chaleur que de lumière L’économie comme physique sociale, la physique comme économie de la nature, Economica, 1989

ROBINSON, Joan : Essai sur l’économie de Marx, Dunod, 1942

15:29 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

La première mondialisation

Période allant de 1870 à 1914.

Marquée par le triomphe du capitalisme.

Plusieurs grandes caractéristiques.

 

  • Sur le plan démographique

Baisse de la mortalité (progrès de la médecine) et diminution de la natalité.

Exode rural et urbanisation : mouvements de population de grande ampleur dans les pays industrialisés car progrès agricole et besoin de main d’œuvre pour l’industrie.

Aux USA les grandes agglomérations connaissent un essor important : New York, Boston …

 

  • Sur le plan social

Les contestations sociales se renforcent. Les bourgeois sont la classe dominante depuis la révolution industrielle, même si elle se diversifie : ingénieurs, banquiers, actionnaires, administrateurs …

Les classes moyennes sont en essor : fonctionnaires, employés, commerçants, artisans, paysans propriétaires … Cherchent à se distinguer des classes populaires.

La classe ouvrière augmente fortement avec la nouvelle industrialisation et la concentration économique. Un certain progrès qualitatif est à noter : lois sociales, catholicisme social.

Les ouvriers sont dans des situations diverses en termes d’emplois ou de salaires : la diversité est géographique et dépend beaucoup de la qualification.

 

  • Sur le plan politique

Le syndicalisme, le socialisme et l’internationalisme sont les idéologies qui mettent en valeur la prise de conscience de la condition ouvrière.

En Angleterre les Trade Unions se développent rapidement et s’étendent de 1825 à 1868 (où ils se fédèrent) ; en France il faut attendre 1884 pour que la liberté syndicale soit reconnue.

Aux USA l’unité syndicale est opérée en 1886 par une fédération.

On distingue le syndicalisme réformiste (amélioration de la condition ouvrière) et le syndicalisme révolutionnaire (cherche à renverser le pouvoir politique).

Marx prône l’internationalisme : càd l’union de tous les travailleurs du monde pour refuser l’exploitation capitaliste. En 1864 se crée la 1ère  Internationale.

Le socialisme fait son apparition dans la sphère politique : en Allemagne un parti social démocrate voit le jour en 1875, en France la SFIO est fondée en 1905 et en Angleterre le travaillisme émerge des syndicats pour mettre un terme au pouvoir libéral / conservateur en 1900.

Q : cette première mondialisation peut éclairer la situation de l’économie actuelle ?

 

 

I] Une nouvelle échelle économique

 

  • Le changement technologique

L’évolution des techniques de production suit les progrès économiques : les inventions et les progrès technologiques répondent aux attentes sociales de la fin de la première révolution industrielle et du début de la deuxième et permettent d’assurer la transition, Beltran & Griset (1990).

Les innovations sont perfectionnées : la vapeur et le charbon sont appliqués aux transports (chemin de fer et navigation) et permettent le développement du machinisme. Cela favorise également l’essor de la sidérurgie (acier). Mais cela reste une production de masse et risquée (aux niveaux environnemental et humain).

Apparition de l’électricité. Peut être considérée comme un sous produit du chemin de fer.

Développement de la télégraphie : permet communication à plus grande échelle rapidement.

L’électricité est d’abord produite à partir de turbines hydrauliques (vapeur) ; puis invention de la pile et du moteur électrique (Siemens), de l’alternateur, du transformateur. Mais les brevets sont essentiellement aux USA (Westinghouse, General Electric) et en Allemagne (AEG, Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft).

Le pétrole devient une alternative à la machine à vapeur et au moteur électrique. On évolue vers l’énergie produite par des carburants. Cela permet d’avoir des moteurs plus petits et efficaces.

Mais les ressources sont mal réparties : principaux gisements aux USA et dans le Caucase.

Emergence de la chimie organique : acide sulfurique, soude, ammoniac. Permet de créer des colorants, de fabriquer des textiles, des pellicules … (BASF, Badische Anilin und Soda-Fabrik, Kodak)

 

  • Un système économique libéral en voie de concentration

Sur le plan théorique, c’est le libéralisme économique qui domine : propriété privée et recherche du profit, économie de marché et libre concurrence.

Dans le même temps, les grandes entreprises font leur apparition : pour exploiter les nouvelles technologies il faut accumuler beaucoup de capital (développement des bourses).

Le phénomène de concentration économique (rachat de concurrents, de fournisseurs ou de distributeurs) se développe. Des sociétés purement financières (qui prennent des participations) font leur apparition. Les ententes (cartels) permettent d’exploiter au mieux certains secteurs : sidérurgie, chimie, transports …

Les banques accompagnent le mouvement de concentration : elles se concentrent pour accompagner l’activité des grandes entreprises capitalistiques (banques d’affaires).

Ex : Bouvier (1968) décrit le développement du crédit lyonnais d’une banque de dépôt lyonnaise à un établissement au réseau international accompagnant le développement du capitalisme

Au sein des entreprises l’organisation du travail se rationalise : ce que Taylor (1911) appellera « l’organisation scientifique du travail ».

Les grands magasins se créent pour écouler la production (Le Bon marché, BHV, Printemps), Miller (1981) montre leur rôle essentiel dans l’apprentissage de la consommation.

Les interventions publiques font également leur apparition : législation antitrust aux USA, industrialisation en Allemagne ou en Russie, la construction ferroviaire en France …

 

 

II] L’impérialisme

L’impérialisme consiste pour les grandes puissances industrielles à construire des empires basés sur la domination économique et sociale d’autres pays.

La colonisation européenne a débuté à la fin du XVe avec les conquêtes espagnoles et portugaises en Amérique, hollandaise en Indonésie. Au XVIIIe l’Angleterre s’implante au Canada et en Inde.

Les Etats Unis se sont émancipés en 1783, puis l’Amérique espagnole et le Brésil. Mais le XIXe siècle est typique d’une vision dominatrice de l’Europe sur l’Afrique et l’Asie, et des USA sur l’Amérique.

 

  • L’impérialisme en Angleterre et en France

Elle manque de débouchés à partir de 1870 : les protectionnismes allemand et américain, la concurrence mondiale poussent le parti conservateur au pouvoir à l’impérialisme :

- ouverture forcée de la Chine

- protectorat birman (pour contrer la France en Indochine)

- annexion de la Malaisie

- implantation en Afrique : Egypte, Soudan, Somalie, Ouganda, Afrique du Sud

- domination du Mexique, du Brésil et de l’Argentine

Politique simple : exportation massive dans les pays de l’Empire et monopoles d’exploitation pour des compagnies britanniques. Pour Cain & Hopkins (1993) l’impérialisme résulte plus d’une volonté de puissance politique et d’extension des services (notamment) que des lobbys industriels.

Elle devient impérialiste par défaut : après la défaite de 1870 les milieux d’affaires et la classe politique favorisent la colonisation dans une optique civilisatrice, en Afrique essentiellement (Tunisie, Tchad, Djibouti, Madagascar, Tonkin …).

 

  • Analyse économique de l’impérialisme

Autres nations impériales : Belgique (Congo), Allemagne (Togo, Cameroun), USA (Cuba, Porto Rico, Philippines), Japon (Corée), Italie (Lybie).

L’impérialisme est une conséquence du nationalisme économique : chaque nation s’inquiète de la croissance des autres et cherche à assurer sa suprématie. De plus cela favorise la croissance industrielle par l’expansion des débouchés, par la captation de ressources (fourniture de matières premières), par la vente de produits manufacturés. Pour Lénine (1916) et les marxistes c’est « le stade suprême du capitalisme ».

L’impérialisme repose sur la complémentarité entre colonisateurs et pays dominés : cela empêche toute industrialisation des colonies. Les pays occidentaux se contentant d’exploiter à leur profit les richesses des colonies. La rentabilité des empires n’est pourtant pas évidente, comme le montre Marseille (1984) pour la France. Constat partagé par Bairoch (1993) la croissance des pays impériaux n’a pas été plus forte.

Deux grandes hypothèses pour le développement de ces investissements à l’étranger : les rendements élevés dans ces pays, Edelstein (1994) ou l’excès d’épargne de l’Europe, Hobson (1908).

 

 

III] La nouvelle hiérarchie mondiale

Le début de la période 1870-1895 a été qualifié de « longue stagnation », Breton, Broder & Lutfalla (1997) : fin du deuxième cycle de croissance économique. Révolution technique (notamment dans les chemins de fer) et concurrence mondiale. Puis dès 1896, on constate une forte expansion économique mondiale : c’est la Belle époque.

 

  • Fortes migrations internationales

L’Europe est un grand foyer d’émigration, et les principaux pays de destination sont les colonies (Afrique du Sud, Australie et Nouvelle Zélande, Canada, Maghreb) et les USA (14,5 millions d’arrivées).

Nugent (1992) étudie les flux migratoires transatlantiques. Il constate une émigration plus individuelle, plus masculine mais sans grand déséquilibre car beaucoup de retours au foyer.

L’immigration se fait essentiellement pour des raisons économiques : achat de terres ou meilleurs salaires. Ils proviennent des régions rurales et font un investissement vu le prix du trajet.

Grandes différences dans l’accueil au Nord et au Sud, notamment en termes de naturalisation, ce qui joue ensuite sur le développement.

Pour Williamson (2005) rôle essentiel de la croissance sur les flux migratoires : il faut que le commerce, les marchés du travail et des capitaux soient dynamiques.

 

  • Essor du commerce international

La croissance de la fin du siècle repose essentiellement sur le développement des échanges commerciaux. Paradoxe : le libre échange reste théorique, la plupart des pays mettent en œuvre des mesures protectionnistes, Bairoch (1993) et organisent leurs empires.

Le Royaume Uni est encore la puissance dominante mais connaît des signes de faiblesse (distancé dans la construction mécanique, les mines et l’ensemble des industries nouvelles).

L’empire allemand émerge : grâce au charbon, aux industries lourdes et à l’industrie chimique.

La Russie est dans une situation intermédiaire : industrialisation et sous développement coexistent. Elle fait principalement appel aux capitaux français, Berger (2003).

Les Etats Unis sont en train de s’affirmer comme la première puissance économique du monde : fort développement agricole et industriel, forte concentration économique.

Le Japon se modernise sous l’impulsion des pouvoirs publics.

La France connaît à la fois le déclin démographique et la croissance économique même si elle reste une nation essentiellement rurale.

La première mondialisation fonctionne financièrement grâce à l’étalon-or : il favorise les externalités de réseau, Eichengreen (1996) tout en étant dominé mondialement par le Royaume-Uni et prolongé en Europe par la France, Kindleberger (1984)

 

Conclusion :

Période qui allie à la fois une stagnation et un dynamisme économique fort : l’ouverture économique mondiale a été fortement poussée, ce qui relativise le discours moderne sur la globalisation et permet des comparaisons originales.

 

Références :

BAIROCH, Paul : Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1993

BELTRAN, Alain & GRISET, Pascal : Histoire des techniques aux XIXe et XXe siècles, Armand Colin, 1990

BERGER, Suzanne : Notre première mondialisation, Seuil, 2003

BRETON,Yves ; BRODER, Albert & LUTFALLA, Michel dir. : La longue stagnation en France, Economica, 1997

BOUVIER, Jean : Naissance d’une banque : le Crédit Lyonnais, Flammarion, 1968

CAIN, Peter & HOPKINS, Anthony : British imperialism, Pearson, 1993

EDELSTEIN, Michael : Imperialism Cost and Benefit, in FLOUD, Roderick & McCLOSKEY, Deirdre dir. : The Economic History of Britain since 1700, Cambridge University Press, 1994

EICHENGREEN, Barry : L’expansion du capital, L’Harmattan, 1996

GILLES, Philippe : Histoire des crises et des cycles économiques, Armand Colin, 2009

HOBSON, John : Imperialism A study, Cambridge University Press, 1902

KINDLEBERGER, Charles : Histoire financière de l’Europe occidentale, Economica, 1984

LENINE, Vladimir : L’impérialisme stade suprême du capitalisme, Editions sociales, 1916

MARSEILLE, Jacques : Empire colonial et capitalisme français, Albin Michel, 1984

MILLER, Michaël : Au Bon Marché, Armand Colin, 1981

NUGENT, Walter : Crossings : The great transatlantic migrations, 1870-1914, Indiana University Press, 1992

TAYLOR, Frederick : La direction scientifique des entreprises, Dunod, 1911

WILLIAMSON, Jeffrey : The political economy of world mass migration Comparing two global centuries, American Enterprise Institute, 2005

15:24 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

18/05/2012

Les fondateurs de la sociologie

Auteurs qui ne faisaient pas de la sociologie … ou alors sans le savoir.

Application a posteriori, car réflexions restent actuelles ; méthodes également.

Quatre grands auteurs : Montesquieu, Comte, Tocqueville & Marx.

Q : Leur questionnement permet-il de raisonner sur les sociétés actuelles ?

 

 

I] Montesquieu (1689-1755)

 

  • Une réflexion politique sur la société

Montesquieu analyse « l’esprit des lois », càd l’organisation juridique de la vie sociale.

Certaines lois sont naturelles : elles existent sans intervention humaine ; les autres sont positives : elles sont le fait des hommes.

Comme les lois humaines sont très diverses, Montesquieu cherche à les expliquer et à les analyser au regard de la raison.

Toute loi doit pouvoir se comprendre en fonction d’un contexte historique et social : Montesquieu évoque les nombreux facteurs à prendre en compte dans cette optique.

- géographie

- démographie

- économie

- culture (ex : religion)

 

  • Une analyse des rapports sociaux

Montesquieu mobilise la sociologie quand il propose des typologies des lois ou des gouvernements.

Ex : les régimes fondés sur l’assentiment, l’intérêt ou la crainte

Son analyse évoque également les aspects moraux des sociétés.

Ex : la liberté doit être protégée contre le pouvoir

De plus, sur le plan méthodologique, Montesquieu utilise une méthode comparative consistant à puiser dans l’histoire ses exemples.

Ex : Rome antique, modèle anglais

Son approche de la politique repose sur le changement social : il cherche à comprendre comment des régimes s’affirment puis disparaissent pour en tirer des conséquences. D’où une défense du libéralisme, de l’équilibre des pouvoirs, du rôle du commerce

Originalité de l’œuvre : son influence à l’extérieur de la France …

 

 

II] Comte (1798-1857)

 

  • Fonder la sociologie comme science

Comte est le créateur du terme « sociologie ». C’est un philosophe qui considère qu’on peut expliquer de manière scientifique l’ensemble des facultés humaines et de leurs réalisations dans le cadre d’une connaissance de l’évolution historique. C’est le positivisme.

Comte est l’auteur d’une œuvre monumentale et foisonnante car reposant sur un projet particulièrement ambitieux : dépasser les sciences existantes pour les unifier.

La sociologie est une théorie de la connaissance : elle relie l’esprit humain et la réalité de manière plus efficace que la théologie ou la métaphysique. Le positivisme se fixe comme objectif de faire émerger les lois sociales qui décriront la formation du réel ( !!!).

Comte distingue ainsi entre la croyance (théologie), l’abstraction (métaphysique) et la réalité.

Analyse qui illustre l’affirmation institutionnelle de la sociologie en France.

Ainsi, la vérité se découvre par un effort d’apprentissage. La connaissance étant limitée par la constitution de l’esprit humain, mais tend à obtenir des résultats toujours meilleurs.

La philosophie de Comte peut être qualifiée d’évolutionniste : les problèmes sociaux sont résolus progressivement car ils sont assujettis à des lois naturelles invariables.

 

  • Une vision holiste de la société

La société doit donc pouvoir s’étudier de manière positive, c’est le but de la sociologie, la « physique sociale ». La morale et la politique découlent donc d’un ordre social naturel.

Comte utilise la méthode inductive pour décrire cet ordre social : à partir de faits particuliers établis empiriquement on établit des principes généraux.

Comte est ainsi le premier penseur qu’on puisse qualifier de holiste : la société n’est pas une somme d’individus, analyser le comportement d’une personne isolée n’a pas de sens.

La critique de l’individualisme est très marquée dans l’œuvre d’Auguste Comte : sans nier le rôle des actions individuelles, il faut nécessairement analyser la société dans son ensemble pour comprendre les lois de l’ordre social.

Ainsi, Comte estime que les règles sociales doivent être acceptées par les individus : un consensus est nécessaire à l’ordre social. L’interdépendance des individus dans une société revient à minorer la place de l’égoïsme.

Dans cette optique l’éducation joue un rôle essentiel pour que la morale et la politique fondent un ordre social positiviste : le progrès humain est nécessaire à la dynamique de l’ordre social.

Comte met donc en valeur la place de l’opinion dans la sociologie : la pensée positive doit permettre de faire émerger la connaissance.

 

 

III] Tocqueville (1805-1859)

 

  • Sociologue de la modernité

Notamment par ses sujets d’étude : le passage de l’Ancien régime à la Révolution ou la mise en place de la démocratie américaine.

Mais Tocqueville ne cherche nullement à construire un système : il analyse les différents facteurs sociaux qui entraînent les phénomènes qu’il étudie.

Sur le plan méthodologique, Tocqueville mobilise une approche comparative. La tendance à l’égalité qu’il met en valeur n’est pas un phénomène historique inéluctable, mais peut s’interpréter comme la conjonction de plusieurs facteurs généraux : l’absence de mobilité sociale dans l’Ancien régime, le développement des connaissances d’une élite intellectuelle, l’enrichissement des bourgeois … favorisent l’idée de mérite individuel.

De même certains facteurs particuliers interviennent : le pouvoir royal absolu, la philosophie puritaine des pères fondateurs …

Ainsi Tocqueville explique les faits sociaux par une pluralité de facteurs d’importance variable : c’est par comparaison spatiale et temporelle qu’on peut comprendre des phénomènes et leurs conséquences.

Ex : la société américaine égalitaire favorise la religion car celle ci est une condition de l’égalité alors que la société française considère la religion comme un pouvoir contraignant.

Tocqueville s’efforce de faire apparaître les motifs de l’action humaine : c’est une sociologie de la connaissance, car toute action obéit à une logique qu’il appartient de découvrir.

Forte influence sur les travaux de Mendras ou de Boudon.

 

  • Sociologue du changement social

Ainsi la société égalitaire est basée sur plusieurs facteurs.

- l’individualisme : la situation sociale s’explique par la personne

- la matérialisme : le goût pour les richesses

- les mœurs : l’adoucissement des relations (sympathie)

- l’inquiétude : les positions sociales sont incertaines

Pour Tocqueville, il n’existe pas d’association systématique entre cette configuration et l’égalité.

Il montre que la société subit plusieurs tendances, parfois antagonistes, entre liberté et égalité. Or selon lui, le libéralisme est la clé de l’organisation sociale.

Ainsi Tocqueville met en valeur certaines clés de la sociologie moderne : les faits sociaux sont explicables de manière non déterministes (ex : révolution ou non) ; la mobilité sociale est un facteur essentiel pour comprendre la société.

 

 

IV] Marx (1818-1883)

 

  • Une sociologie de la domination

Marx prolonge l’approche de Comte, notamment sa vision historique de la société. Mais alors que Comte insiste sur le progrès social, Marx considère que la société se fonde sur la lutte des classes.

Pour Marx la liberté est conditionnée au niveau de richesse : cela induit une hiérarchisation des conditions de l’action sociale. Les moyens sont nécessaires aux fins, il n’y a pas d’autonomie des individus par rapports aux moyens de production.

Marx se base sur le matérialisme historique et la dialectique : l’histoire a un sens (celui de l’exploitation) et repose sur des contradictions. Il va donc s’appuyer sur l’histoire pour mettre en valeur l’existence de classes sociales dépendant de la propriété des moyens de production, et leurs luttes pour posséder ces moyens.

 

  • Une société de classes

La lutte des classes permet d’expliquer à la fois les comportements et les croyances :

- les comportements : les capitalistes cherchent à exploiter les travailleurs et à les maintenir dans une situation de dépendance (prolétaires), alors que la classe ouvrière doit s’émanciper et s’approprier les moyens de produire la richesse

- les croyances : l’exploitation capitaliste tend à justifier sa domination sur la plan idéologique en s’appuyant sur l’appareil d’état pour imposer ses valeurs et défendre ses intérêts.

Marx a posé des questions essentielles à la sociologie mais a fait l’objet de réinterprétations, de simplifications … le marxisme n’est pas Marx.

De plus, il défend une vision déterministe de la société, même si dans les faits les problèmes posés existent toujours.

 

Conclusion :

Analyses dépassées mais indépassables. Toutes sont à l’origine des grands courants actuels ou permettent de se positionner.

 

Références :

COMTE, Auguste : Cours de philosophie positive, Flammarion, 1839

MARX, Karl : Manuscrits de 1844, Flammarion, 1932

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : L’idéologie allemande, Nathan, 1846

MARX, Karl : Misère de la philosophie, Payot, 1847

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Manifeste du Parti communiste, Flammarion, 1848

MARX, Karl : Contribution à la critique de l’économie politique, Editions sociales, 1859

MARX, Karl : Les luttes de classes en France, Gallimard, 1850

MARX, Karl : Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Editions sociales, 1852

MARX, Karl : Le capital Livre I, Puf, 1867

MARX, Karl : La guerre civile en France, Editions sociales, 1871

MONTESQUIEU : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, Flammarion, 1734

MONTESQUIEU : De l’esprit des lois, Flammarion, 1748

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique I, Gallimard, 1835

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique II, Gallimard, 1840

TOCQUEVILLE, Alexis de : L’ancien régime et la révolution, Gallimard, 1856

19:18 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire, Sociologie |  Facebook | | |