17/01/2012

Financement par dette

Les entreprises vont procéder à un emprunt : c’est un contrat par lequel elles s’engagent à verser régulièrement des intérêts et à rembourser le capital suivant un échéancier.

Il existe une grande variété de financement par dette à long terme et de nombreuses innovations sont apparues dans ce domaine, Tufano (1995)

 

I] L’emprunt obligataire

C’est une modalité de financement qui se développe fortement à partir des années 60 dans un contexte de désintermédiation.

Une obligation est un titre négociable sur un marché secondaire. Elle a plusieurs caractéristiques :

- valeur nominale (faciale) : droit de créance porté par le titre

- prix d’émission : auquel il est mis sur le marché (Il peut différer du nominal et être au dessus ou au dessous du pair).

- prime de remboursement : valeur supérieure au nominal

- amortissement de l’emprunt : son remboursement. Ex : in fine (date), par annuités constantes …

- périodicité des coupons : calcul des intérêts. Ex : taux fixe, variable, indexé ou révisable

- date de jouissance : à partir de laquelle les intérêts commencent à courir

- échéance du titre : date du dernier flux de remboursement. La maturité est le temps restant jusqu’à l’échéance.

Une entreprise qui souhaite émettre des obligations dispose de deux modalités :

- le placement privé : concerne un petit groupe d’investisseurs qualifiés (moins formel et moins coûteux)

- l’appel public à l’épargne : il faut établir un prospectus d’émission visé par l’AMF, mandater une banque d’investissement responsable de l’opération, réaliser un document sur l’émetteur …

On distingue les obligations au porteur et nominatives selon que l’entreprise connaît ou non l’identité du propriétaire des titres. Aujourd’hui la plupart des obligations sont au porteur car elles sont plus liquides.

Il existe des obligations avec collatéral (Asset Backed Securities) qui prévoient des actifs comme garantie de la dette (ex : mortgage).

L’entreprise et les créanciers tiennent compte de plusieurs éléments :

- le spread (marge actuarielle) : écart entre le taux de rentabilité d’un emprunt donné et celui d’un emprunt de référence de maturité identique (en général sans risque, ex : OAT)

- la volatilité : relation inverse entre obligation et taux d’intérêt (d’où les taux variables et l’indexation)

- la notation financière : permet d’apprécier le risque de solvabilité de l’emprunteur

- la séniorité : détermination du rang de priorité des créanciers en cas de défaillance de l’emprunteur (on distingue dette senior et junior)

- les covenants (clauses de sauvegarde) : engagements pris par l’emprunteur dans les prospectus qui augmente le coût de la dette en cas de non-respect

Ex : clause d’engagement de faire ou de ne pas faire

Ex : clause de pari passu, les mêmes avantages doivent être accordés aux anciens créanciers

Ex : clause de cross default, remboursement immédiat en cas de défaut sur un autre crédit

- le remboursement anticipé : droit pour l’émetteur de racheter ses obligations à une certaine date (elles sont callables). Pour Bodie & Taggart (1978) cela libère des opportunités d’investissement.

 

II] L’emprunt bancaire

Endettement auprès d’un établissement de crédit ou de plusieurs (auprès d’un pool de banques), on parle alors de crédit syndiqué. Il est nécessaire de mandater un underwriter pour monter l’opération et un bookrunner pour placer les titres.

Cela permet d’obtenir un montant plus élevé dans un cadre bien défini, concernant les interlocuteurs notamment ou les règles de décision.

C’est également un outil de communication financière, il traduit la confiance des banques dans la conduite de la gestion de l’entreprise.

Ce sont les établissements de crédit qui ont initialement mis en place les covenants, afin de s’assurer du bon remboursement des prêts.

On oppose généralement emprunt bancaire et obligataire, même si en réalité les mécanismes se rapprochent de plus en plus.

Ex : coût plus faible sans intermédiation

Ex : relation plus forte avec un Etablissement de crédit

Ex : durée plus longue pour les obligations

Ex : refinancement est prévu pour les crédits bancaires (…)

Mais selon Altman & Suggitt (2000) les taux de défaillance des prêts syndiqués sont plus élevés que ceux des obligations d’entreprise comparables.

 

III] Les titres de créance négociables (TCN)

Ils permettent aux entreprises d’emprunter directement auprès d’investisseurs ou d’autres entreprises sans passer par le système bancaire. Les conditions sont proches de celles du marché monétaire (commercial papers).

C’est une solution flexible et de court terme (entre 1 jour et 1 an).

On distingue trois types de titres :

- les billets de trésorerie émis par les entreprises

- les certificats de dépôt émis par les établissements de crédit (ou des institutions financières spécialisées)

- les bons à moyen terme négociables (BMTN) émis par les établissements de crédit pour une durée supérieure à 1 an

Les TCN offrent aux investisseurs un placement sûr, rentable et liquide.

 

IV] Les financements hybrides

Sont issus des innovations financières liées à la déréglementation, Carow, Erwin & McConnell (1999)

           ·Les obligations convertibles :

Elles donnent au souscripteur la possibilité d’échanger son titre contre une ou des actions pendant une période donnée. Il faut tenir compte de quatre caractéristiques :

ðLa période de conversion

ðLa base de conversion : nombre d’actions

ðLa prime de conversion : surcoût pour obtenir une action

ðLa valeur de l’OC = obligation classique + option d’achat d’actions

Sur un plan analytique, les obligations convertibles possèdent plusieurs avantages, Bancel & Mittoo (2004) :

ðRéduction des conflits actionnaires / créanciers

ðRéduction des conflits actionnaires dirigeants / actionnaires externes

ðFinancement de la croissance sans augmentation de capital

Ex : réaction positive du marché si les obligations convertibles sont émises par des entreprises connaissant une forte croissance, Jen, Choi & Lee (1997).

Le produit de référence est aujourd’hui l’OCEANE, c’est une obligation convertible en actions nouvelles ou existantes, car l’entreprise peut être titulaire d’actions suite à un rachat.

·Les obligations échangeables :

Ex : les obligations remboursables en actions (ORA) qui n’entraînent pas de flux financiers mais sont peu attractives car elles comportent du risque en termes de remboursement (volatilité du cours)

Ex : les obligations à bons de souscription d’actions (OBSA), covered warrants

Un BSA est un titre financier permettant de souscrire pendant une période donnée, dans une proportion et à un prix fixés à l’avance, à un autre titre financier. C’est une alternative au DPS d’une augmentation de capital.

Ce sont des options d’achat (call) sur des actions à émettre ou existantes. Elles permettent de gérer la transition vers une nouvelle structure financière.

·Les quasis fonds-propres :

Ex : les comptes courants d’associés bloqués

Ex : les prêts participatifs, ce sont des prêts sans garantie qui sont des créances de dernier rang.

Elles comportent généralement une partie fixe et une partie variable liée aux performances de l’entreprise (ex : financement OSEO)

Ex : les titres subordonnés, ce sont des obligations d’avant dernier rang.

Les titres sont, en principe, à durée indéterminée. Ils ont un coupon annuel payé uniquement en cas de versement d’un dividende. Si la subordination est limitée dans le temps, on parle de titres subordonnés remboursables (TSR) car le remboursement est à échéance déterminée. La rémunération est supérieure à celle des obligations classiques car les titres sont plus risqués.

 

Conclusion :

Lien fort avec la théorie des structures financières.

Lien fort avec les choix de gestion.

 

Références :

ALTMAN, Edward & SUGGITT, Heather : Default rates in the syndicated bank loan market, Journal of Banking and Finance, 2000

BANCEL, Franck & MITTOO, Usha : Why Do European Firms Issue Convertible Debt?, European Financial Management, 2004

BODIE, Zvi & TAGGART, Robert : Future investment opportunities and the value call provision on a Bond, Journal of Finance, 1978

CAROW, Kenneth ; ERWIN, Gayle & McCONNELL, John : A survey of US corporate financing innovations, Journal of Applied Corporate Finance, 1999

JEN, Frank ; CHOI, Dosoung & LEE, Seong-Hyo : Some new evidence on why companies use convertible bonds, Journal of Applied Corporate Finance, 1997

TUFANO, Peter : Securities innovations: a historical and functional perspective, Journal of Applied Corporate Finance, 1995

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Financement en capital

On peut classer les différents moyens de financement de l’entreprise en fonction de plusieurs critères :

- leur origine : interne (autofinancement)/ externe

- le caractère direct (marchés financiers)/ indirect (intermédiation)

- leur horizon temporel : court terme (trésorerie)/ moyen terme (crédit bail)/ long terme (investissement)

La question du financement a une forte composante juridique :

- droit des sociétés (ex : une SA peut faire appel public à l’épargne)

- droit du crédit (ex : formation du contrat, réglementation des emprunts bancaires)

- droit financier (ex : instruments financiers)

Toutefois, les modalités de financement restent essentiellement une problématique de gestion financière :

- lien fort avec les projets d’investissement et les techniques de sélection des projets (VAN ou TRI)

- lien avec l’ingénierie financière (aspects fiscaux, conséquences sur la valeur des titres) ex : introduction en bourse

- lien avec la théorie financière. Le choix de la structure financière modifie les rapports entre parties prenantes dans l’entreprise (ex : théorie de l’agence ou efficience des marchés)

- lien avec le diagnostic. On peut analyser la rentabilité des capitaux propres, l’effet de levier, la création de valeur …

 

Dans cette partie, on étudie le financement par fonds propres càd que l’entreprise cherche à mobiliser des capitaux propres pour mener son activité.

 

I] Le financement par actions

Une action est un titre financier dont le remboursement n’est pas prévu et dont les flux de revenus sont incertains.

Sur un plan théorique, cela relève de la théorie des contrats incomplets, Hart (1995) :

ð on ne peut pas tout prévoir

ð on détermine un créancier résiduel

En finance, plusieurs caractéristiques sont essentielles :

- le bénéfice net par action = (Résultat net du groupe – résultat non récurrent + dépréciations du goodwill) / Nombre d’actions en circulation

- le dividende par action

- le rendement de l’action (dividend yield) = Dernier dividende versé / Cours de l’action

- le taux de distribution (payout ratio) = Montant des dividendes nets / Bénéfice net

 

Sur un plan juridique, les actions permettent de diriger :

- droit de vote en Assemblée Générale (cela permet également de nommer des représentants)

- droit d’information

- droit sur les bénéfices

- droit sur l’actif net

Toute la réflexion sur la corporate governance explore ces questions : les procédures de vote, le contrôle effectif … La Porta, Lopez-De-Silanes, Shleifer & Vishny (1998).

D’autant qu’existent des possibilités de contrôle détourné :

Ex : les actions préférentielles (permettent d’augmenter les droits financiers en réduisant les droits de vote)

Ex : les actions reflets, tracking stocks (permettent à une société mère de créer des titres liés à ses filiales)

Ex : les pactes d’actionnaires (accord extérieur aux statuts par lequel certains actionnaires s’organisent en termes de répartition du capital ou de droit de vote …)

 

De ce fait, on distingue trois grandes catégories d’actionnaires :

- les actionnaires majoritaires

- les actionnaires minoritaires

- l’actionnariat flottant

Ils peuvent avoir différents statuts : actionnariat familial, salarié, financier ou public …

De même ils peuvent avoir de nombreux comportements : recherche d’une rente, apport d’une expertise, participation à la gestion, diversification du portefeuille …

Analyse à relier avec la création de valeur pour l’actionnaire.


II] L’augmentation de capital

Concerne les entreprises côtés sur un marché boursier organisé. On parle de Seasoned equity offer (SEO) pour l’émission par l’entreprise de nouvelles actions sur le marché. Cela va avoir des conséquences sur le pouvoir de gestion de l’entreprise.

On distingue les émissions avec ou sans droit préférentiel de souscription :

- augmentation sans DPS :

L’entreprise annonce la quantité et le prix des actions nouvelles. Les investisseurs intéressés passent des ordres d’achat.

Le seul problème concerne la fixation du prix, car il ne doit léser ni les anciens, ni les nouveaux actionnaires. En général, une petite prime est offerte aux nouveaux entrants.

- augmentation avec DPS :

Les anciens actionnaires peuvent souscrire de manière prioritaire aux nouveaux titres. Cela permet de conserver les équilibres de pouvoir.

Les actions sont proposées avec une décote (de 15 à 30 %) pour garantir l’efficacité de l’opération malgré les fluctuations possibles. Les DPS peuvent être cédés

Les augmentations de capital ont un coût : la commission de la banque qui gère l’opération s’élève en moyenne entre 4 % avec DPS et 5 % sans DPS.

Une annonce d’augmentation de capital se traduit en général par une baisse du cours de l’action : les actionnaires en place ne l’acceptent que s’ils considèrent que l’évaluation du titre est correcte (ou qu’il est surévalué).

Brav, Geczy & Gompers (2000) montrent que les performances des entreprises ayant augmenté le capital diminue : très fortement pour les petites entreprises, sensiblement pour les moyennes et faiblement pour les grandes.

Lyandres, Sun & Zhang (2007) expliquent cette sous-performance par la logique d’une augmentation de capital : elle sert à financer un projet d’investissement et elle accroît le risque.

 

III] Le capital investissement

Opération qui permet d’obtenir un financement par actions pour les sociétés non cotées. On parle de private equity. C’est une logique de signal : en général, les dirigeants ont investi eux même dans l’entreprise pour montrer leur confiance, Leland & Pyle (1977) sinon il est difficile de convaincre.

On distingue quatre grands types d’opérations :

- le capital risque (venture capital) qui vise la création ou la croissance d’entreprises à fort potentiel. Gompers & Lerner (2001) montrent son rôle dans la gestion du risque.

- le capital développement : quand la période la plus risquée est passée

- le capital transmission : pour une cession d’entreprise

- le capital retournement : pour une entreprise en difficultés

On distingue également quatre grands types d’investisseurs :

- les particuliers (business angels) investisseurs providentiels possédant un réseau et de l’expérience

- les fonds spécialisés : collecte des capitaux et fournissent une expertise

- les investisseurs institutionnels

- les autres entreprises. Ex : création d’une filiale

Ce sont des opérations temporaires et suivant (en principe) une logique financière : elles permettent de financer des activités innovantes, Hellmann & Puri (2000). C’est une source de financement qui serait bien adaptée à l’économie française selon Glachant, Lorenzi & Trainar (2008) car elle permet de financer la croissance de jeunes entreprises ou la réorganisation d’entreprises mûres.

Mais de plus en plus les entreprises de capital investissement souhaitent peser sur le management et permettent d’améliorer la gestion, Hellmann & Puri (2002).


Références :

BRAV, Alon ; GECZY, Christopher & GOMPERS, Paul : Is the abnormal return following equity issuances anomalous?, Journal of Financial Economics, 2000

GLACHANT, Jérôme ; LORENZI, Jean-Hervé & TRAINAR, Philippe : Private equity et capitalisme français, La Documentation Française, 2008

GOMPERS, Paul & LERNER, Josh : The Venture Capital Revolution, Journal of Economic Perspectives, 2001

HART, Oliver : Firms, contracts and financial structure, Oxford University Press, 1995

HELLMANN, Thomas & PURI, Manju : The Interaction between Product Market and Financing Strategy: The Role of Venture Capital, Review of Financial Studies, 2000

HELLMANN, Thomas & PURI, Manju : Venture Capital and the Professionalization of Start-up Firms: Empirical Evidence, The Journal of Finance, 2002

LA PORTA, Rafael ; LOPEZ DE SILANES, Florencio ; SHLEIFER, Andrei & VISHNY, Robert : Law and finance, Journal of Political Economy, 1998

LELAND, Hayne & PYLE, David : Informational Asymmetries, Financial Structure, and Financial Intermediation, Journal of Finance, 1977

LYANDRES, Evgeny ; SUN, Le & ZHANG, Lu : The new issues puzzle: testing the investment-based explanation, Review of Financial Studies, 2007

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12/01/2012

Diagnostic des risques

But = poser un diagnostic sur les risques de l’entreprise, càd la possibilité que survienne un fait préjudiciable au bon fonctionnement de l’entreprise.

On peut isoler plusieurs formes de risques :

- Le risque d’exploitation : lié à la structure des charges

- Le risque financier : lié à la structure du passif

- Le risque de faillite : lié à la défaillance possible de l’entreprise

Le risque d’exploitation est la possibilité d’un écart entre le résultat d’exploitation réalisé et le résultat d’exploitation prévu. On peut mesurer l’écart type du résultat d’exploitation pour mesurer sa dispersion et donc le risque. On peut aussi calculer la probabilité d’avoir un résultat négatif …

Le risque financier est l’accroissement du risque d’exploitation dû à l’endettement de l’entreprise. On peut calculer l’écart type de la différence entre le rendement des capitaux propres et le rendement des actifs économiques.

En termes de diagnostic financier, deux méthodes permettent de synthétiser les informations qui tiennent compte du risque de faillite : la notation et les scores.

 

I] La notation financière

C’est l’évaluation de la solvabilité d’un emprunteur, le rating.

  • Marché de la notation

La notation est réalisée par une agence spécialisée (3 opérateurs sur le marché : Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch), par des banques (« credit men » en externe ou en interne), par la Banque de France (cotation) ou par les assureurs crédit (Coface, Euler Hermès), Gaillard (2010).

Les agences attribuent une note aux émissions obligataires ou aux émetteurs eux-mêmes. La plupart des émetteurs sont de grandes entreprises (« corporate »), mais le processus concerne aussi les Etats, les collectivités locales, les institutions financières …

La notation financière est un service vendu par des entreprises. Il tient compte d’une grande variété d’indicateurs qu’il résume de manière simple et synthétique.

Les trois agences de notations dominent le marché du fait de leur statut juridique qui leur permet d’opérer sur le marché financier américain. Elles sont agréées par la SEC. Les régulateurs boursiers se doivent en effet de contrôler leur activité, ainsi en France l’AMF est en charge de cette mission et publie un rapport annuel sur les agences de notation.

La notation joue un rôle important en terme informationnel :

- l’émetteur pourra accéder dans de bonnes conditions au marché financier

- les investisseurs possèdent une information simple et utile pour leurs placements

- les institutions financières peuvent monter des opérations de titrisation

- les régulateurs cherchent à assurer la sécurité des marchés financiers

Mais comme les clients d’une procédure de notation sont les émetteurs, il existe un risque fort de conflit d’intérêt. Il existe des codes de bonne conduite qui prévoient les règles de déontologie à respecter (prévu au niveau mondial par l’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs OICV, et au niveau européen par le Comité des régulateurs européens CESR) qui reposent donc sur une régulation interne.

Le marché de la notation a connu un fort développement dans les années 80 pour plusieurs raisons :

- la déréglementation des marchés financiers : création de nouveaux instruments financiers

- la baisse des taux d’intérêt : augmentation des émissions obligataires

Dès lors, les entreprises ont émis des obligations à haut rendement car plus risquées : high yield bonds ou junk bonds. Cela a permis d’accroître sensiblement les sources de financement des entreprises mais cela a également contribué à augmenter le risque de défaillance (et la volatilité des marchés financiers). Altman (2002)


  • Processus de notation

La notation est sollicitée par les émetteurs. Elle est très rarement réalisée à l’initiative de l’agence. Les notations sollicitées permettent d’obtenir un accès privilégié aux informations stratégiques de l’émetteur.

Sans notation, un émetteur devra payer une prime de risque élevée pour proposer ses obligations. La note fait l’objet d’un communiqué, elle est accessible à l’ensemble des parties prenantes. Toutefois, il est possible que l’émetteur refuse la communication de la note …

Le processus de notation consiste à évaluer la capacité future de l’entreprise à rembourser sa dette. Il faut tenir compte du risque industriel et du risque financier. Les agences de notation cherchent à tenir compte des évènements probables qui risquent de modifier l’évaluation des risques  (ex : une fusion). Ils procèdent alors à des mises sous surveillance (« credit watch »). Celles-ci peuvent être positives ou négatives. Les agences publient également des perspectives sur 2 ou 3 ans.

La méthodologie de notation est connue au préalable et exposée clairement par toutes les agences de rating, elle se compose d’un ensemble d’indicateurs et de ratios significatifs. Il existe une échelle de notation qui décompose le risque en deux grands ensembles :

- la catégorie « investissement » pour les meilleures notes

- la catégorie « spéculative » pour les moins bonnes

La notation financière a ainsi un impact sur le financement des entreprises :

- la note reflète la probabilité de défaillance de l’entreprise et la garantie juridique de la dette, Reilly & Joehnk (1976)

- la note repose sur des informations publiques, elle modifie le cours des actifs financiers le jour de l’annonce, Weinstein (1977)

- la réaction est plus forte en cas de dégradation de la note, AMF (2006)

La notation financière souffre pourtant de deux limites de fond :

- les conflits d’intérêt liés à l’asymétrie d’information entre émetteur et investisseur sont difficiles à dépasser. Les règles déontologiques sont parfois contournées.

- le manque de concurrence sur le marché de la notation. C’est un marché oligopolistique dominé par des entreprises américaines.

 

II] La méthode des scores

Elle permet de prendre en compte le risque de défaillance. Les scores servent à diagnostiquer préventivement les difficultés des entreprises.

 

  • Principes de la méthode des scores

On utilise un ensemble de ratios pour mesurer les risques encourus par l’entreprise. Les dirigeants pourront prendre les mesures correctives au plus vite.

L’essentiel consiste à sélectionner des ratios et à attribuer un score Z, Altman(1968), à une entreprise en pondérant ces ratios. Soit Z = a1R1 + a2R2 + … anRn + α

- on peut choisir une seule variable explicative

Dans un échantillon aléatoire d’entreprises comparables (par la taille et l’activité) on étudie celles qui ont fait faillite et celles qui sont restées saines.

On cherche à définir une fonction discriminante Z =aR + α

Avec Z = 0 pour la défaillance et Z = 1 pour la survie

On retient le ratio qui a la meilleure corrélation avec le score Z par régression, puis on établit une règle de décision : si Z > à sa moyenne l’entreprise est probablement saine et vice-versa.

- on peut choisir plusieurs variables explicatives

On suppose qu’elles sont interdépendantes, ce qui est plus réaliste.

Soit un échantillon de taille x.

Il faut chercher la valeur des n coefficients qui minimise l’expression :

 

Σi jusqu'à n = (Zi - a1R1 - a2R2 - … anRn - α

On annule les n dérivées partielles :

δZ/δa1= 0   (…)   δZ/δan = 0     δZ/δα = 0

On obtient un système de n équations à n inconnues de racines a1, a2 …an. Cela permet d’estimer les coefficients de la fonction. On applique ensuite la même règle de gestion.


  • Méthodes mises en œuvre

La méthode des scores est une méthode probabiliste, le risque de défaillance n’est pas établi de manière totalement fiable. On considère que les scores de l’entreprise appartenant à l’échantillon sont distribués selon une loi normale : il faut donc tenir compte de l’intervalle de confiance (d’incertitude) et de la taille de l’échantillon.

Ainsi plusieurs grandes fonctions scores ont été établies :

- Collongues (1977) utilise un échantillon d’entreprises industrielles

- Conan & Holder (1979) utilisent un échantillon de PME industrielles

- Bardos (1984) utilise les fichiers de la Banque de France

La méthode la plus courante en France est celle des scores de la Centrale des Bilans. Le comportement des entreprises est caractérisé par l’analyse de 19 ratios portant sur 4 domaines : la structure financière, le dynamisme, la rentabilité et la gestion courante.

On isole ensuite les 7 ratios les plus significatifs en fonction du secteur, qu’on applique à une fonction score Z préétablie, car elle mobilise de nombreuses données comptables et financières.

La Centrale des Bilans utilise une méthode séquentielle d’analyse du risque:

-on calcule l’EBE et le ratio Frais Financiers / EBE

- si EBE < 0 ou FF/EBE > 2,15 % on calcule un score Y1 (sinon le score Z)

- si Y1 < -1 il existe un fort risque de défaillance dans les 3 ans (sinon fortes chances de redressement)

- si Z > - 0,25 l’entreprise est saine (sinon on calcule le score Y2)

- si Y2 < - 0,375 il existe un fort risque de défaillance dans les 3 ans

Si Y2 > 0,125 il existe un fort risque de fortes chances de redressement

Si – 0,375 < Y2 < 0,125 c’est une situation d’incertitude

Les scores Y dépendent de l’EBE, des ressources stables, de l’autofinancement, des intérêts, de l’IS et des dividendes.

C’est ainsi une méthode objective de prévision qui repose sur l’analyse discriminante, Bardos (2001).

Les scores sont un indicateur synthétique facile à utiliser dans une logique prévisionnelle.

Mais le résultat dépend de l’échantillon (il doit être significatif) et de la période de référence (ex : modification des règles comptables).

Les scores ne prennent pas en compte les données qualitatives.

Les situations moyennes sont mal appréhendées, alors que les conséquences d’un mauvais score sont très importantes.

 

Références :

ALTMAN, Edward : Financial Ratios, Discriminant Analysis and the Prediction of Corporate. Bankruptcy, Journal of Finance, 1968

ALTMAN, Edward : Bankruptcy, Credit Risk and High Yield Junk Bonds, Blackwell, 2002

AMF : L’impact de la notation, Autorité des Marchés Financiers, 2006

BARDOS, Mireille : Le risque de défaillance d’entreprise, Cahiers Economiques et Monétaires, 1984

BARDOS, Mireille : Analyse discriminante : Application au risque et scoring financier, Dunod, 2001

COLLONGUES, Yves : Ratios financiers et prévision des faillites des petites et moyennes entreprises, Revue Banque, 1977

CONAN, Jo & HOLDER, Michel : Variables explicatives de performances et contrôle de gestion dans les PMI, Thèse de doctorat Paris IX, 1979

GAILLARD, Norbert : Les agences de notation, La Découverte, 2010

HENRIET, Alain : Le diagnostic financier, Casteilla, 1995

PAGET-BLANC, Eric & PAINVIN, Nicolas : La notation financière, Dunod, 2007

REILLY, Frank & JOEHNK, Michael : The Association between Market-Determined Risk Measures for Bonds and Bond Ratings, Journal of Finance, 1976

WEINSTEIN, Mark : The Effect of a Rating Change Announcement on Bond Price, Journal of Financial Economics, 1977

11:07 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Finance |  Facebook | | |