13/11/2012

L'économie grâce à France Culture

Quand on veut mieux connaître ou approfondir ses connaissances sur l'économie, il existe une nouvelle émission vraiment géniale : les carnets de l'économie sur France Culture.

De cette radio on salue ici régulièrement les productions de qualité en sciences sociales : histoire, sociologie ou économie entre autres ... Celle-ci combine toutes les qualités possibles et imaginables : elle est très courte (environ 3 minutes), elle fait appel à un auteur reconnu et salué dans son domaine, elle aborde des thématiques variées dans une perspective socio-économique, elle peut mobiliser les intervenants sur plusieurs émissions pour évoquer la richesse de tous leurs apports.

Bref, un "must listen" : http://www.franceculture.fr/emission-les-carnets-de-l-eco...

Parmi les invités : Eloi Laurent sur la confiance, Michel Aglietta sur la Chine, Henry Sterdyniak sur la mondialisation, Laurent Davezies sur l'économie géographique, Jean-Marc Jancovici sur l'énergie mais aussi Daniel Cohen, Jean-Luc Gréau ou Christian St Etienne.

19:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

16/10/2012

La théorie des jeux à nouveau consacrée

La banque de Suède a récompensé les économistes américains Alvin Roth et Lloyd Shapley pour leurs travaux de théorie des jeux appliquée. Dans la lignée de Robert Aumann ou Thomas Schelling, ils ont montré dans des situations très concrètes comment ces modélisations mathématiques assez simples à la base peuvent éclairer le fonctionnement des marchés (ce qu'on nomme le market design).

Alexandre Delaigue (econoclaste et blogueur impérialiste puisqu'après avoir nourri Libération de posts, nous informe à présent sur FranceTV) nous en apprend plus ici : http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2012/10/15/alvin-r...

Le journaliste spécialiste de l'économie Pascal Riché précise les apports des modèles de théorie des jeux sur le site Rue89 là : http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/10/15/so-long-sucker-...

Pour des infos en anglais sur le prix voir leur site : http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/economics/laureate...

où on trouve une présentation généraliste et une présentation plus pointue des arguments qui justifient l'intérêt de leurs travaux pour le progrès de la science économique.

23:09 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

30/09/2012

Les débats de la microéconomie

Les concepts de la microéconomie ont été mis en valeur vers 1870. Trois auteurs en ont fondé les bases : Jevons, Menger & Walras. C’est la révolution marginaliste. Deux auteurs en ont généralisé l’approche et institutionnalisé l’enseignement : Marshall et Pareto.

La microéconomie repose donc sur quelques notions de fond :

  • L’utilité marginale décroissante : l’utilité de la dernière unité consommée diminue lorsque la consommation augmente.
  • La loi des rendements décroissants : à partir d’un certain niveau, la productivité d’un facteur diminue.
  • La loi de l’offre et de la demande : les prix sont fixés par un processus de tâtonnement jusqu’à atteindre l’équilibre. (C’est le commissaire priseur, la main invisible …).
  • L’analyse toutes choses égales par ailleurs (ceteris paribus) : on raisonne en équilibre partiel, on ne tient pas compte des interdépendances entre les différents biens.
  • L’optimum (de Pareto) : solution qui accroît la satisfaction d’un individu sans réduire celle d’un autre.

La microéconomie a ensuite bénéficié des apports de Hicks (1939) et Samuelson (1947) :

  • Les individus classent les paniers de biens par une relation de préférence.
  • Le taux marginal de substitution : il permet de mesurer la quantité d’un bien à laquelle un individu est prêt à renoncer pour obtenir plus d’un autre.
  • La statique comparative : on étudie deux situations, ex ante et ex post.

Puis Arrow & Debreu (1954) ont proposé le modèle microéconomique idéal : la concurrence parfaite qui repose sur plusieurs conditions :

  • L’atomicité de l’offre et de la demande
  • L’homogénéité des produits
  • La fluidité des facteurs
  • La transparence de l’information

Cette situation est idéale car aucun agent ne peut influencer le prix du marché (ils sont price taker). C’est Pareto-optimal.

Arrow & Debreu formulent une hypothèse très restrictive : l’existence d’un système complet de marché càd que tous les biens ont un prix et tous les agents connaissent le prix futur de tous les biens. Il n’y a donc aucune incertitude.

A travers l’étude de deux thèmes, l’approfondissement du modèle microéconomique et ses critiques ; nous essayerons de voir les tensions autour de la méthode de la microéconomie.

 

I] L’approfondissement du modèle microéconomique

  • Extension du modèle

Plusieurs auteurs ont appliqué l’analyse microéconomique au delà des marchés de biens et services.

L’impérialisme économique : Becker

Il met en valeur le calcul économique des agents qui investissent dans l’éducation et la formation : c’est un arbitrage entre le temps consacré, le coût de la formation et le revenu attendu. Becker parle du capital humain.

Becker utilise la même analyse pour de nombreux sujets : le mariage, la natalité, le crime … et a permis des apports essentiels : le temps a un coût d’opportunité (c’est un sacrifice), les goûts des agents sont produits socialement.

Le Public choice : Tullock & Buchanan

Ils considèrent que le monde politique fonctionne selon les règles du marché : les élus cherchent à maximiser leur utilité (càd être réélus) en donnant satisfaction à leurs électeurs.

Cette analyse s’étend à l’étude de la bureaucratie : le fonctionnaire cherche à maximiser son budget.

 

  • Réalisme du modèle

Comme les hypothèses de la concurrence parfaite sont très restrictives, plusieurs solutions alternatives ont été modélisées.

Les biens publics :

Comme certains biens ne sont pas rivaux, ils n’ont pas de prix de marché. C’est généralement l’Etat qui se substitue aux marchés pour le fournir.

Ex : la défense ou la justice

Les effets externes (externalités) :

Le coût ou le bénéfice des décisions des agents peut être supporté par d’autres individus. C’est généralement l’Etat qui intervient pour modifier les comportements.

Ex : la pollution ou l’éducation

La concurrence imparfaite (l’économie industrielle) :

Les marchés réels sont rarement concurrentiels car les conditions Arrow Debreu sont remises en cause.

L’Etat intervient généralement pour réglementer la concurrence.

Ex : l’atomicité / monopole, duopole ou oligopole

Ex : l’homogénéité / concurrence monopolistique

 

  • La nouvelle microéconomie

On regroupe sous cette terminologie plusieurs développements théoriques qui ont permis de repenser et de renforcer l’analyse microéconomique.

L’économie de l’information (théorie des contrats) :

Les agents sont dans des situations d’asymétrie d’information. On utilise le modèle agent / principal : un agent veut faire exécuter des tâches à un principal qui possède l’information.

On distingue deux cas de figure : l’aléa moral (tire au flanc, expert) et la sélection adverse (assurance, crédit, vente d’occasion).

La théorie des contrats propose deux solutions : le signal (diplôme ou garantie) et l’incitation (menu de contrats qui permettent de révéler l’information).

La théorie des jeux :

C’est une branche des mathématiques qui étudie les comportements stratégiques d’individus en interaction. Ex : le dilemme du prisonnier.

La théorie des jeux a permis de renouveler l’étude de la concurrence imparfaite.

Ex : le duopole Boeing / Airbus

Elle propose notamment comme solution l’équilibre de Nash : la meilleure stratégie en fonction du choix potentiel de l’autre individu.

La théorie des coûts de transaction :

Dans certains cas, il est plus efficace de faire appel à une organisation (hiérarchie) qu’au marché, car l’échange supporte des coûts : rédaction, exécution, opportunisme …

Ex : contrat de travail (nombreuses transactions)

Ex : logiciel (actif spécifique)

La théorie des coûts de transaction propose comme solution de créer des droits de propriété qui clarifient les questions hiérarchiques.

 

II] Les critiques du modèle microéconomique

  • La critique économique

Keynes et la macroéconomie :

Il estime que le modèle microéconomique n’explique pas la crise des années 30.

Ex : le chômage est volontaire, il suffit d’accepter une diminution des salaires

Keynes va proposer des nouveaux outils pour comprendre l’économie : la demande effective, la loi psychologique fondamentale, la préférence pour la liquidité, les anticipations …

Ces concepts sont à l’origine d’une nouvelle approche : la macroéconomie.

Lange et la planification :

Le modèle de la concurrence parfaite est tellement centralisé qu’il suffit de remplacer le commissaire priseur par un planificateur central.

Simon et la rationalité limitée :

Il considère que le modèle de l’homo oeconomicus omniscient et capable de gérer un nombre très élevé d’informations est irréaliste. Le comportement humain n’est pas aussi rationnel. Un individu se contente d’opter pour une solution satisfaisante.

Ex : les routines

L’économie expérimentale :

C’est le test des hypothèses économiques par des mises en situation. Vernon Smith montre d’une part que le modèle microéconomique peut être validé (convergence vers le prix d’équilibre théorique), mais que des situations de divergence sont constatées d’autre part (pour les actifs financiers notamment).

Pour Smith il faut donc établir de bonnes règles de fonctionnement des marchés en fonction des biens et des services échangés. Ex : les enchères

L’économie comportementale :

C’est un mélange d’économie et de psychologie. Dan Ariely montre par des expériences que le comportement de l’homme réel n’est pas celui des modèles microéconomiques.

Ex : préférence pour un prix élevé, aversion aux pertes

 

  • Les critiques sociologiques

Le libéralisme

Comme le modèle microéconomique montre l’efficacité de la concurrence parfaite et de l’ajustement permanent des prix ; il repose sur la liberté des échanges et la non-intervention de l’Etat (sauf en cas de défaillance du marché).

Gadrey (1981) estime que la théorie néo-classique repose sur une idéologie économique libérale qui ignore les rapports sociaux. Ex : les inégalités ou les conflits

Les limites de l’homo oeconomicus :

Faire des agents économiques des individus rationnels et calculateurs cherchant simplement à maximiser leur satisfaction et à minimiser leurs coûts n’explique pas tout le social.

Pour Laval c’est l’ignorance de la coopération et de l’éthique, pour Caillé l’ignorance du don.

La nouvelle sociologie économique :

Elle réinvestit le champ du marché et de l’économie en mobilisant les outils de la sociologie (enquêtes, entretiens …) comme l’avaient fait les fondateurs.

Granovetter montre, par exemple, l’importance des liens faibles pour trouver un emploi.

 

Conclusion :

D’une part une hétérodoxie s’est développée ; avec en parallèle un renouvellement interne de la microéconomie d’autre part, qui font avancer l’analyse économique.

Les critiques les plus vigoureuses portent surtout sur les aspects normatifs de la microéconomie. Ex : Latouche contre le développement

 

Références :

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2008

ARROW, Kenneth & DEBREU, Gérard : The Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy, Econometrica, 1954

BECKER, Gary : Human capital, University of Chicago press, 1964

BECKER, Gary : The economic approach to human behavior, University of Chicago press, 1976

BECKER, Gary : Accounting for tastes, Harvard University press, 1996

BUCHANAN, James & TULLOCK, Gordon: The calculus of consent, Liberty Fund, 1962

CAHUC, Pierre : La nouvelle microéconomie, La Découverte, 1993

CAILLE, Alain : Critique de la raison utilitariste, La Découverte, 1989

GADREY, Jean : La théorie économique libérale ou néo-classique, Editions sociales, 1981

GRANOVETTER, Mark : Sociologie économique, Seuil, 2000

GUERRIEN, Bernard : La théorie des jeux, Economica, 2002

HICKS, John : Valeur et capital, Dunod, 1939

JEVONS, Stanley : Theory of political economy, VDM Verlag, 1871

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

LANGE, Oskar : On the economic theory of socialism, McGraw, 1938

LATOUCHE, Serge : Faut-il refuser le développement ?, Puf, 1986

LAVAL, Christian : L’homme économique, Gallimard, 2007

MARSHALL, Alfred : Principes d’économie politique, Gordon & Breach, 1890

MENGER, Carl : Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, 1871

PARETO, Vilfredo : Manuel d’économie politique, Droz, 1909

SAMUELSON, Paul : Les fondements de l’analyse économique, Dunod, 1947

SIMON, Herbert : Administration et processus de décision, Economica, 1947

SMITH, Vernon : Papers in experimental economics, Cambridge University Press, 1992

TIROLE, Jean : Théorie de l’organisation industrielle, Economica, 1988

WALRAS, Léon : Eléments d’économie politique pure, Economica, 1874

18:24 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |