11/06/2013

Le nouvel ordre économique mondial : de 1945 à nos jours

L’après guerre est marquée par la domination des Etats Unis et la création d’un cadre institutionnel favorable à l’économie internationale.

  • Un retour de la mondialisation

L’ordre économique qui se met en place à la sortie de la seconde guerre mondiale dans les pays industrialisés est l’héritage des deux périodes précédentes. La première mondialisation (1870-1913) où l’intégration économique et financière était très poussée sur le plan mondial et la rupture de l’entre deux guerres mondiales (1914-1945) où nationalisme et protectionnisme ont montré leurs limites économiques.

Ainsi le phénomène de globalisation n’est pas une nouveauté radicale, mais plutôt la reformulation d’un épisode historique. Bairoch (2002) souligne par exemple que le stock d’investissement direct à l’étranger des pays d’Europe occidentale atteignait 20-22%, niveau qui ne sera atteint que dans les années 90. De même le niveau d’ouverture du Japon, qui fait pourtant figure de « miracle économique » de l’après guerre avec une stratégie exportatrice, n’a jamais dépassé celui de 1913. Finalement, Bairoch souligne que c’est la première mondialisation avec les USA.


  • Les accords de Bretton Woods

La stabilité des échanges internationaux qui reprennent après la guerre et le protectionnisme rend nécessaire la création d’un nouveau système monétaire international à Bretton Woods (1944). Bien que Keynes ait proposé la création d’une banque centrale internationale avec une nouvelle monnaie mondiale (le bancor), les USA vont adopter un système qui leur est plus favorable.

Le dollar est la monnaie dominante : c’est la seule à être convertible en or, elle devient l’étalon mondial. La parité des autres devises est définie par rapport au dollar et à l’or. Les pays s’engagent à défendre leurs parités. Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (Banque Mondiale) sont créés pour financer les pays connaissant des crises de change ou les pays en développement.

Mais ce système comporte une contradiction interne : il faut que la quantité de dollar soit stable pour maintenir les parités ; il faut beaucoup de dollars pour favoriser les échanges.


  • Les accords du GATT

La conférence de la Havane (1947) prévoit d’instaurer le libre échange à l’échelle mondiale. Seul le General Agreement on Tarifs and Trade sera ratifié : il prévoit une réduction des droits de douane et des barrières aux échanges et fonctionne sur le multilatéralisme.

Le commerce international repose sur la loyauté des échanges et la libéralisation : clause de la nation la plus favorisée, transparence et consolidation (irréversible). Au sein du Gatt se met également en place l’intégration européenne (rappel).

Q : quels sont les changements de fond des équilibres économiques mondiaux ?


I] Le commerce international

On constate trois grandes caractéristiques :

  • La concentration des échanges

Depuis 1945, le commerce international augmente plus vite que le PIB mondial. La part des marchandises reste prépondérante et concerne essentiellement les produits manufacturés. Trois grandes zones géographiques dominent le commerce mondial : l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie qui forment la Triade, Ohmae (1985).

Les zones les plus pauvres sont marginalisées, car les échanges mondiaux sont de plus en plus régionalisés dans les pays riches, Adda (2006). Cette concentration se retrouve aussi dans les pays en développement ouverts au commerce. Ex : littoral chinois, Inde


  • Evolution des politiques commerciales

Nombreux succès des premiers « round » : réduction des droits de douane moyens de 41 à 7,5% en 1980 à la fin du 7ème cycle, le Tokyo Round (1973-1979). Dans un contexte de crise, la régulation des échanges au sein du Gatt basée sur le consensus laisse place à de nombreux conflits commerciaux entre pays industrialisés.

Les Etats érigent de nouvelles barrières. Ex : mesures techniques ou sanitaires. Les négociations deviennent de moins en moins multilatérales : chaque pays cherche à négocier des accords bilatéraux qui lui soient favorables. Ex : restriction des exportations. Le dernier cycle achevé s’est ainsi étalé de 1986 à 1994, l’Uruguay round a mis en valeur les limites du Gatt.

C’est pourquoi, l’OMC a pris la place du Gatt avec de nouveaux pouvoirs (1995) : reprise des accords du Gatt, cadre de négociation permanent, procédure de règlement des différends … mais les négociations n’avancent quasiment pas depuis 1999 (Seattle). Ainsi l’ouverture du Doha round n’a pas réellement été suivie de progrès dans la négociation. D’autant que Samuelson (2004) montre que les gains à l’échange ne sont pas forcément partagés.


  • La régionalisation des échanges

On constate une nouvelle division internationale du travail : la production est hiérarchisée internationalement par des entreprises qui cherchent à tirer profit des différents marchés. Lafay (1979) montre que la spécialisation des économies est essentielle pour obtenir des gains à l’échange. Il faut éviter que le système productif soit trop dépendant de la conjoncture. Certaines politiques commerciales ont donc consisté à négocier des accords régionaux.

Ex : APEC, Mercosur, ALENA …

Ainsi pour la construction communautaire, la crise économique a favorisé la relance du processus d’intégration européen : les pays isolés ne pouvant efficacement redresser leurs économies.

Ex : crise du SMI pour l’intégration monétaire


II] La globalisation financière

La fin du système monétaire mis en place à Bretton Woods induit plusieurs bouleversements :

  • Le système monétaire international depuis Bretton Woods

Bretton Woods a connu un âge d’or jusqu’en 1968 garantissant la liquidité mondiale et favorisant en retour la confiance dans le système. Même si paradoxalement l’investissement national reste fortement lié à l’épargne nationale selon Feldstein & Horioka (1980).

Depuis les accords de la Jamaïque de 1976 les Etats sont libres de leur politique de change : de nombreux systèmes ont été mis en place, Eichengreen (1996). Ex : changes fixes par rapport à une monnaie, changes flexibles, parités glissantes, currency board …

Dans ce contexte, la création de l’euro a simplifié le système monétaire international : le dollar reste la principale monnaie des échanges mondiaux suivie par l’euro. Ex : réduction des opérations de change de 19% entre 1998 et 2001

Plusieurs propositions de réforme du SMI existent mais qui supposent des accords politiques. La tendance actuelle est plus orientée vers des commentaires des déséquilibres par les G (7, 8 ou 20)


  • L’intégration financière

Après la forte intégration de la période de l’étalon-or et le repli de l’entre deux guerres, la mobilité internationale des capitaux s’accroît dès 1945 et s’accélère à partir des 80’s, Obstfeld & Tayor (2004). Le développement des marchés de capitaux a modifié les circuits de financement de l’économie.

L’économie de marchés financiers s’est largement répandue :

- Le financement des déficits publics croissants peut drainer l’épargne mondiale.

- les entreprises peuvent trouver de nouvelles sources de financement.

Les investisseurs institutionnels prennent donc un rôle croissant dans le financement des grandes entreprises multinationales : les mouvements de capitaux sont libéralisés. Bourguinat (1992) décrit cette mutation financière comme la révolution des trois « D ».

- désintermédiation : les marchés remplacent les banques pour obtenir du financement

- déréglementation : les règles concernant l’épargne et l’investissement sont assouplies

- décloisonnement : les marchés et les intermédiaires sont de plus en plus intégrés


  • Les crises financières

La globalisation financière s’accompagne d’une forte instabilité : les marchés et l’épargne sont volatiles. Les financements sont souvent orientés sur le court terme. Les pays en développement souffrent le plus de ces stratégies financières.

La globalisation financière entraîne une globalisation des risques. Les agents individuels maîtrisent de plus en plus les risques de leurs placements, ce qui déporte les risques au niveau agrégé vers la crise systémique. Les crises sont plus fréquentes, plus difficiles à prévoir et affectent plus fortement les pays en développement, Boyer, Dehove & Plihon (2004). Comme les agents ont intérêt à avoir un comportement moutonnier par rapport aux évaluations du marché, cela peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives, Kindleberger (2000).

La spéculation peut déclencher une crise : les agents cèdent leurs titres au plus vite. Cela entraîne une chute rapide et brutale des cours boursiers. Ex : krach de 1987, bulle « Internet » de 2000. Pour Kindleberger, cela justifie le rôle d’un prêteur en dernier ressort. Joué en son temps par le SMI, puis par les Etats depuis … Le système monétaire international semble dépassé face à ces crises. Voir la régularité des crises, Reinhart & Rogoff (2009).


Conclusion :

L’économie internationale est dans une nouvelle configuration mais doit affronter les mêmes défis pour assurer croissance et développement.


Références :

ADDA, Jacques : La mondialisation de l’économie, La Découverte, 2006

BAIROCH, Paul : Les principales composantes de la mondialisation dans une perspective historique, Economie Appliquée, 2002

BASTIDON-GILLES, Cécile ; BRASSEUL, Jacques & GILLES, Philippe : Histoire de la globalisation financière, Armand Colin, 2010

BLANCHETON, Bernard : Histoire de la mondialisation, De Boeck, 2008

BOURGUINAT, Henri : Finance internationale, Puf, 1992

BOYER, Robert ; DEHOVE, Mario & PLIHON, Dominique : Les crises financières, Conseil d’Analyse Economique, 2004

EICHENGREEN, Barry : L’expansion du capital Une histoire du système monétaire international, L’Harmattan, 1996

FELDSTEIN, Martin & HORIOKA, Charles : Domestic Saving and International Capital Flows, Economic Journal, 1980

KINDLEBERGER, Charles : Histoire mondiale de la spéculation financière, Valor, 2000

LAFAY, Gérard : Dynamique de la spécialisation internationale, Economica, 1979

OBSFELDT, Maurice & TAYLOR, Alan : Global capital markets: integration, crisis and growth, Cambridge University Press, 2004

OHMAE, Kenichi : La triade, Flammarion, 1985

REINHART, Carmen & ROGOFF, Kenneth : Cette fois c’est différent Huit siècles de folie financière, Pearson, 2009

SAMUELSON, Paul : Where Ricardo and Mill Rebut and Confirm Arguments of Mainstream Economists Supporting Globalization, Journal of Economic Perspectives, 2004

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17/04/2013

Lectures socio-économiques de poche

Mise à jour du 17/04/13 :

 

Histoire de la pensée économique

HEILBRONER, Robert : Les grands économistes, Seuil Economie

HOANG-NGOC, Liem : Le fabuleux destin de la courbe de Phillips, Septentrion

HOANG-NGOC, Liem : Les théories économiques, La Dispute

SCHUMPETER, Joseph : Histoire de l’analyse économique, 3 tomes, Tel Gallimard

SOBEL, Richard : Capitalisme, travail et émancipation chez Marx, Septentrion

VALIER, Jacques : Brève histoire de la pensée économique, Champs Flammarion

 

Histoire des faits économiques

BAIROCH, Paul : Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte

BAIROCH, Paul : Victoires et déboires, 3 tomes, Folio Histoire

BEAUD, Michel : Histoire du capitalisme, Seuil Economie

BERGER, Suzanne : Notre première mondialisation, La république des idées

BRAUDEL, Fernand : La dynamique du capitalisme, Champs Flammarion

COHEN, Daniel : La prospérité du vice, Le Livre de Poche

CROUZET, François : Histoire de l’économie européenne, Albin Michel

GALBRAITH, John Kenneth : La crise de 1929, Petite Bibliothèque Payot

HEFFER, Jean : La Grande dépression, Folio Histoire

NOREL, Philippe : L’histoire économique globale, Seuil Economie

PIKETTY, Thomas : Histoire des hauts revenus au XXe siècle, Hachette Pluriel

ROSANVALLON, Pierre : Le capitalisme utopique, Seuil Histoire

VERLEY, Patrick : La révolution industrielle, Folio Histoire

WALLERSTEIN, Immanuel : Le capitalisme historique, La Découverte

 

Economie financière

AKERLOF, Georges & SHILLER, Robert : Les esprits animaux, Champs Flammarion

CORDONNIER, Laurent : L’économie des Tombapiks, Raisons d’agir

GIRAUD, Pierre-Noël : Le commerce des promesses, Seuil Economie

GODECHOT, Olivier : Les traders, La Découverte

LANDIER, Augustin & THESMAR, David : Le grand méchant marché, Champs Flammarion

LORDON, Frédéric : Jusqu’à quand ?, Raisons d’agir

ORLEAN, André : De l’euphorie à la panique, Rue d’Ulm

STIGLITZ, Joseph : Le triomphe de la cupidité, Babel

 

Economie du travail

ASKENAZY, Philippe : Les désordres du travail, Seuil La république des idées

BOYER, Robert : La flexicurité danoise, Rue d’Ulm

CAHUC, Pierre & ZYLBERBERG, André : Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Champs Flammarion

CORDONNIER, Laurent : Pas de pitié pour les gueux, Raisons d’agir

GAZIER, Bernard : Vers un nouveau modèle social, Champs Flammarion

MARCHAND, Olivier : Plein emploi l’impossible retour ?, Folio Actuel

MAURIN, Eric : L'égalité des possibles, La république des idées

MAURIN, Eric : La peur du déclassement, La république des idées

 

Macroéconomie et Economie internationale

BERGER, Suzanne : Made in monde, Seuil Economie

CARRE, Jean-Jacques ; DUBOIS, Paul & MALINVAUD, Edmond : Abrégé de la croissance française, Seuil Economie

CHESNAIS, François : Les dettes illégitimes, Raisons d’agir

COHEN, Daniel : La mondialisation et ses ennemis, Hachette Pluriel

FITOUSSI, Jean-Paul : Le débat interdit, Seuil Economie

KRUGMAN, Paul : Pourquoi les crises reviennent toujours, Seuil Economie

KRUGMAN, Paul : Sortez-nous de cette crise maintenant, Champs Flammarion

LATOUCHE, Serge : Le pari de la décroissance, Hachette Pluriel

LECHEVALIER, Sébastien : La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po

SAPIR, Jacques : La démondialisation, Seuil Economie

STIGLITZ, Joseph : Quand le capitalisme perd la tête, Le Livre de Poche

STIGLITZ, Joseph : La grande désillusion, Le Livre de Poche

VAN DE VELDE, Franck : Monnaie, chômage et capitalisme, Septentrion

 

Economie industrielle

ANDERSON, Chris : La longue traîne, Champs Flammarion

BOMSEL, Olivier : Gratuit !, Folio Actuel

CHEVALIER, Jean-Marie : Les grandes batailles de l’énergie, Folio Actuel

COHEN, Daniel : Nos temps modernes, Champs Flammarion

GADREY, Jean : Nouvelle économie, nouveau mythe, Champs Flammarion

GALBRAITH, John Kenneth : Le nouvel état industriel, Tel Gallimard

GIRAUD, Pierre-Noël & WEIL, Thierry : L'industrie française décroche-t-elle ?, La Documentation Française

GODARD, Olivier ; HENRY, Claude ; LAGADEC, Patrick & MICHEL-JEAN, Erwann : Traité des nouveaux risques, Folio Actuel

LATOUCHE, Serge : Bon pour la casse, Les Liens qui Libèrent

VELTZ, Pierre : Mondialisation, villes et territoires, Puf

VELTZ, Pierre : Des lieux et des liens, l’Aube

 

Economie politique

AGHION, Philippe & ROULET, Alexandra : Repenser l'Etat, La république des idées

ALGAN, Yann & CAHUC, Pierre : La société de défiance, Rue d’Ulm

AMABLE, Bruno & PALOMBARINI, Stefano : L’économie politique n’est pas une science morale, Raisons d’agir

AMABLE, Bruno ; GUILLAUD, Elvire & PALOMBARINI, Stefano : L’économie politique du libéralisme, Rue d’Ulm

ASKENAZY, Philippe & COHEN, Daniel dir. : 27 questions d'économie contemporaine, Hachette Pluriel

ASKENAZY, Philippe & COHEN, Daniel dir. : 16 nouvelles questions d'économie contemporaine, Hachette Pluriel

CAHUC, Pierre & ZYLBERBERG, André : Les réformes ratées du président Sarkozy, Champs Flammarion

LANDAIS, Camille ; PIKETTY, Thomas & SAEZ, Emmanuel : pour une révolution fiscale, La république des idées

LE BLANC, Gilles : Economie et politique, Ellipses

MAURIN, Eric : La nouvelle question scolaire, Seuil Economie

 

Economie du développement

BAIROCH, Paul : Le Tiers monde dans l’impasse, Folio Histoire

COHEN, Daniel : Richesse du monde pauvreté des nations, Champs Flammarion

DE SOTO, Hernando : Le mystère du capital, Champs Flammarion

DUFLO, Esther : Le développement humain, Seuil La république des idées

DUFLO, Esther : La politique de l’autonomie, Seuil La république des idées

FISMAN, Raymond & MIGUEL, Edward : Les gangsters de l’économie, Idées du Monde

 

Organisations

AUBERT, Nicole : Le culte de l’urgence, Champs Flammarion

BATSCH, Laurent : La comptabilité facile, Marabout

BEAUVALLET, Maya : Les stratégies absurdes, Seuil Economie

BOLTANSKI, Luc & CHIAPELLO, Eve : Le nouvel esprit du capitalisme, Tel Gallimard

BOUBA-OLGA, Olivier : Economie de l’entreprise, Seuil Economie

COCHOY, Franck : Sociologie d’un « curiositif », Le bord de l’eau

CROZIER, Michel : Le phénomène bureaucratique, Seuil Essais

CROZIER, Michel & FRIEDBERG, Erhard : L'acteur et le système, Seuil Essais

DURAND, Rodolphe & VERGNE, Jean-Philippe : L’organisation pirate, Le bord de l’eau

DURAND, Rodolphe : La désorganisation du monde, Le bord de l’eau

FRIEDBERG, Erhard : Le pouvoir et la règle, Seuil Essais

GAULEJAC, Vincent De : La société malade de la gestion, Seuil Economie

GLADWELL, Malcolm : La force de l'intuition, Pocket

JANY-CATRICE, Florence : La performance totale, Septentrion

MAILLET, Thierry : Le marketing et son histoire, Pocket

MINTZBERG, Henry : Le management, Editions d'organisation

PETER, Laurence & HULL, Raymond : Le principe de Peter, Le Livre de Poche

PEZET, Anne & PEZET, Eric : La société managériale, La ville brûle

PHILIPPON, Thomas : Le capitalisme d’héritiers, Seuil La république des idées

SEGRESTIN, Blandine & HATCHUEL, Armand : Refonder l’entreprise, Seuil La république des idées

SUTTON, Robert : Objectif zéro sale con, Pocket

THALER, Richard & SUNSTEIN, Cass : Nudge, Pocket

 

Théories économiques

ALBERTINI, Jean-Marie & SILEM, Ahmed : Comprendre les théories économiques, Seuil Economie

ARIELY, Dan : C'est (vraiment ?) moi qui décide, Champs Flammarion

GENEREUX, Jacques : Les vraies lois de l’économie, Seuil Economie

GUESNERIE, Roger : L’économie de marché, Le Pommier

HAYEK, Friedrich : La route de la servitude, Puf

HAYEK, Friedrich : Droit législation et liberté, Puf

KEYNES, John Maynard : Sur la monnaie et l’économie, Petite Bibliothèque Payot

KEYNES, John Maynard : La pauvreté dans l’abondance, Tel Gallimard

LEVITT, Steven & DUBNER, Stephen : Freakonomics, Folio Actuel

LEVITT, Steven & DUBNER, Stephen : SuperFreakonomics, Folio Actuel

MALTHUS, Thomas Robert : Essai sur le principe de population, 2 tomes, GF Flammarion

POLANYI, Karl : La grande transformation, Gallimard Tel

QUESNAY : Physiocratie, GF Flammarion

RICARDO, David : Principes de l’économie politique et de l’impôt, GF Flammarion

SALANIE, Bernard : L’économie sans tabou, Le Pommier

SAY, Jean-Baptiste : Cours d’économie politique, GF Flammarion

SEN, Amartya : L’économie est une science morale, La Découverte

SEN, Amartya : Ethique et économie, Puf

SEN, Amartya : Un nouveau modèle économique, Odile Jacob

SEN, Amartya : La démocratie des autres, Petite Bibliothèque Payot

SEN, Amartya : Repenser l’inégalité, Seuil Economie

SEN, Amartya : L’idée de justice, Champs Flammarion

SMITH, Adam : Théorie des sentiments moraux, Puf

SMITH, Adam : La richesse des nations, 2 tomes, GF Flammarion

TURGOT: Formation et distribution de richesses, GF Flammarion

15:36 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire, Lectures, Organisations |  Facebook | | |

L'Europe monétaire et financière : aspects économiques et sociaux

Volonté de créer une banque centrale commune aux pays européens. Décision économique et surtout politique.


  • Une construction institutionnelle

Choix d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique, càd indépendante sur le plan des opérations (décisions), des dirigeants (mandat sans révocation) et des sources de financement.

En Europe a été mis en place un modèle original : le Système Européen de Banques Centrales.

- Volonté d’accompagner le marché unique.

- Recherche d’un cadre financier simplifié (au regard des problèmes de changes ou de spéculation).

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mandat principal la stabilité des prix et le soutien éventuel aux politiques économiques. Approche monétariste. L’Eurosystème est composé de la BCE et des Banques centrales des pays membres de la zone euro. C’est le dispositif principal du SEBC. Certains pays n’ayant pas adopté l’euro.

L’Eurosystème gère la politique monétaire, collecte des informations statistiques et régule les secteurs bancaire et financier. Le traité de Maastricht (1992) est le fondement juridique du SEBC, il est à l’origine de la création de l’euro et a instauré la politique monétaire européenne (de type fédérale).


  • Macroéconomie de l’union économique et monétaire

Plusieurs critères macroéconomiques de convergences ont été définis :

- Taux d’inflation : ne doit pas dépasser 1,5 % de la moyenne des trois meilleurs

- Taux de change stable

- Déficit public inférieur à 3 % du PIB

- Endettement public inférieur à 60 % du PIB

- Taux d’intérêt : ne doit pas dépasser 2 % de la moyenne des trois meilleurs

Système renforcé par la Pacte de stabilité et de croissance (1997) : sanction du non respect des critères. Même si son fonctionnement a été assoupli …

Rôle important joué par la Commission européenne dans l’analyse et la coordination des politiques économiques. Même si la politique budgétaire ou industrielle est beaucoup moins intégrée.

Q : comment s’organise l’économie monétaire et financière en Europe ?


I] La création d’une monnaie unique européenne

La question d’une intégration monétaire spécifique à l’Europe se pose dans les 70’s.

  • Une réponse à l’échec du système de Bretton Woods.

Rapport Werner (1970) propose d’harmoniser les politiques monétaires et de change au niveau européen pour accompagner le rapprochement commercial. Objectifs :

- Renforcer le rôle de l’Europe dans le SMI

- Unification du marché européen

Vision ambitieuse (finalement proche du SEBC) mais qui n’a pu être mise en oeuvre dans les années 70 où les pays ont apporté des réponses nationales en termes de politiques économiques.

Face au flottement généralisé des monnaies : l’Allemagne et le Benelux ainsi que des participants occasionnels ont mis en place un flottement par rapport au dollar (informel) avec des marges de fluctuation : c’est le serpent monétaire (1972). Les difficultés économiques et sociales de certains membres (Angleterre, Italie) et les divergences économiques rendent peu efficace le mécanisme qui sera perturbé par le premier choc pétrolier.

En 1979, c’est pourtant ce modèle qui sert de référence au Système Monétaire Européen (SME) : France, Allemagne, Benelux, Italie, Danemark et Irlande instaurent un système de changes fixes entre eux autour d’une nouvelle unité monétaire, l’ECU composée d’un panier de monnaies.

La disparité des situations macroéconomiques (inflation notamment) le rendait également très fragile. Mais, grâce à des politiques de coopération et des ajustements de taux de changes, le SME a fonctionné jusqu’en 1992 avec deux caractéristiques :

- Système dominé par l’Allemagne : DM comme monnaie de référence

- Système crédibilisé par l’Allemagne : réputation de la Bundesbank / inflation

L’indépendance de la Banque centrale conduisant empiriquement à une inflation plus faible selon Alesina & Summers (1993) et l’histoire économique allemande ont conduit la Bundesbank à s’affirmer comme le pivot du SME autour d’une gestion monétaire très rigoureuse. Cela a favorisé la convergence des taux d’inflation de ses membres et cela a poussé les gouvernements des pays à inflation forte à ne pas dévaluer et donc à gagner en crédibilité, Rogoff (1985).


  • L’union économique et monétaire

L’approfondissement du marché unique a conduit les pays de la CEE à parachever l’harmonisation en mettant en place l’Union Economique et Monétaire (UEM). Passage en plusieurs étapes à une unification monétaire :

- Participation au mécanisme de change du SME : parités fixes

- Libre circulation des capitaux et indépendance des banques centrales

- Création d’une monnaie unique dans un cadre institutionnel européen

L’UEM est un choix économique et politique.

On peut l’analyser économiquement par le triangle d’incompatibilité de Mundell : il n’est pas possible de concilier liberté de circulation des capitaux, parités fixes et autonomie de la politique monétaire. Mais l’adoption du traité de Maastricht a montré les difficultés politiques d’une intégration plus poussée mélangeant l’économie et d’autres sujets. Ex : referendum français

Comme le montre Tsoukalis (1997) pour le cas allemand, le choix de l’UEM obéit plus à une logique politique qu’économique : il garantit l’intégration de l’Allemagne dans l’Europe.

C’est la thèse de Bordo & Jonung (1999) le futur de l’UEM ne pourra passer que par une forte unité politique car les difficultés économiques sont nombreuses : pas de prêteur en dernier ressort, pas de coordination fiscale, pas de solidarité financière entre Etats …


II] L’Europe financière

L’intégration monétaire est indissociable de la construction d’un marché financier européen. Elle pose des questions plus économiques qu’historiques …

  • Une zone monétaire optimale ?

La théorie des zones monétaires optimales développée par Mundell (1961) apporte la réponse de principe à la construction monétaire européenne : un système de taux de change fixe est le plus approprié pour des pays intégrés économiquement. Critère essentiel : la mobilité des facteurs de production. Une zone monétaire optimale fournit aux participants un gain d’efficience monétaire : réduction de l’incertitude et des coûts de transaction.

Ex : Bean (1992) convertir un billet dans les devises européennes lui fait perdre la moitié de sa valeur

Cependant une zone monétaire optimale induit une perte de stabilité économique : les pays rejoignant l’aire monétaire abandonnent leur capacité de mener une politique monétaire autonome ou de modifier son taux de change. Plus l’intégration économique entre les pays membres de la zone est poussée, plus le gain d’efficience est élevé et plus la perte de stabilité est importante. Un pays a intérêt de participer à une zone monétaire et de fixer un taux de change qui équilibre le gain et la perte.


  • La dimension financière du marché unique

Elle est le produit de l’adaptation de l’Europe aux mutations financières internationales : libéralisation des opérations financières et globalisation des activités. D’après Aglietta (1995) un système financier doit résoudre le dilemme efficacité / sécurité : un système stable s’accompagne d’une moins grande efficacité et réciproquement.

Trois critères illustrent ce dilemme :

- La place des marchés financiers dans les circuits de financement

- Le degré de séparation des banques et des autres institutions financières

- Le degré de concentration bancaire

D’où le développement des crises financières internationales périodiques.

L’Europe financière est fondée sur des libertés fondamentales :

- La liberté d’établissement

- La libre circulation des capitaux (1990)

- La libre prestation de services financiers (1993)

Les conséquences du système financier européen sont triples et contradictoires :

- Les flux de capitaux entraînent des gains d’efficacité

- Le système financier est fragilisé par les risques d’instabilité

- Les politiques économiques subissent des pertes d’efficacité : délocalisations, concurrence fiscale, pas de politique monétaire autonome


Conclusion :

L’Europe monétaire et financière ne peut se comprendre sans une dimension politique.


Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BEAN, Charles : Economic and monetary union in Europe, Journal of Economic Perspectives, 1992

BORDO, Michael & JONUNG, Lars : The future of EMU: what does the history of monetary unions tell us?, NBER, 1999

MUNDELL, Robert : A theory of optimum currency area, American Economic Review, 1961

ROGOFF, Kenneth : The optimal degree of commitment to an intermediate monetary target, Quarterly Journal of Economics, 1985

TSOUKALIS, Loukas : The new European economy revisited, Oxford University Press, 1997

14:52 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |