12/10/2011

Petite histoire (subjective) de la vulgarisation économique

Indissociable de l'institutionnalisation de l'économie au début du XXe siècle et des progrès de la synthèse néo-classique par Paul Samuelson, un besoin de simplification apparaît face à l'utilisation des techniques mathématiques (comme l'économétrie qui est en train de s'affirmer avec les travaux de Jan Tinbergen dans les années 30, avant que Lawrence Klein les généralise dans une perspective keynésienne).

En effet, Samuelson est emblématique de ce besoin de produire une théorie compréhensible au delà du cercle académique. Il est celui qui généralise l'usage des techniques de maximisation d'une part, et écrit le principal manuel abordable par les étudiants et le public avisé, d'autre part (Economics, d'abord traduit "l'économique" premier grand best-seller de la science économique, régulièrement réédité). Cette démarche découle bien sûr du changement de centre de gravité de l'économie vers les Etats Unis et du caractère assez hallucinant des compétences de Samuelson, capable de révolutionner l'analyse dans des domaines aussi variés que le financement des biens publics, la théorie du commerce international, les préférences révélées ...

En France, la vulgarisation économique s'incarne d'abord dans la personne d'Alfred Sauvy très déçu par l'incompétence économique du personnel politique notamment lors du Front Populaire (car il en était un des conseillers) ... Il ressort convaincu de cette période qu'il faut trouver les bons exemples et la rhétorique adaptée pour faire passer un raisonnement. Sauvy joue ainsi un rôle essentiel dans la création des institutions statistiques telles que l'INSEE et l'INED, dont le travail de production d'un savoir abordable par la société. Il publiera également de nombreux livres sur des sujets variés comme l'immigration, le vieillissement, l'inflation avec toujours ce souci d'être compris par le plus grand nombre.

Enfin l'hétérodoxie est également représentée par la figure de John Kenneth Galbraith, qui a toujours défendu une approche qualitative de l'économie dépourvue de formalisme mathémathique. On pense bien sûr à sa description de la crise de 1929 qui insiste sur les aspects intellectuels du krach : l'impossibilité de penser la rupture radicale avec les années 20 (les "années folles" marquées par une forte croissance). Galbraith a également écrit de petits ouvrages où il cherche à expliquer dans un langage clair et compréhensible des problèmes économiques essentiels : la guerre, la pauvreté, la spéculation ...

L'économie contemporaine est marquée par cette volonté récurrente de faire connaître les évolutions les plus récentes de l'analyse. Elle peut venir des auteurs eux-même : Paul Krugman, Gary Becker ou Robert Barro ont vu leurs chroniques dans la presse publiées dans des livres (non traduits pour Becker). En France, ce sont les chroniqueurs de Libération (Thomas Piketty) ou du Monde (Jean-Paul Fitoussi et Daniel Cohen) qui donnent lieu à publication aux éditions de l'Aube. Leurs ouvrages sont très agréables à lire, souvent emprunts de préscience, mais collent beaucoup à leur actualité (et sont donc souvent dépassés).

La vulgarisation peut se baser sur une démarche plus militante. D'un côté, de nombreux économistes cherchent à mieux faire connaître les caractéristiques du raisonnement économique en s'appuyant sur les nombreux domaines d'application existants basés sur la recherche universitaire : Steve Levitt & le journaliste Stephen Dubner pour les "freakonomics", le journaliste docteur en économie Tim Harford pour l'"undercover economist". Style accessible à lire et très ludique, mais qui ne souffre pas la nuance d'où le développement de polémiques : sur le climat tels que le voient Levitt & Dubner ou sur la psychologie économique entre Harford et le psychologue Dan Ariely.

Cette volonté de faire connaître l'analyse économique a également touché la France (ou plutôt les économistes français) : c'est le cas de Bernard Salanié avec "l'économie sans tabou" ou d'Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, dont la particularité est d'allier blogs et livre papier pour traiter des questions les plus récentes des grands problèmes économiques. On retrouve ici une logique assez classique qui est de coucher sur papier une réflexion formulée sur des médias, ainsi Jacques Généreux avait décrit "les vrais lois de l'économie" en se basant sur des chroniques radios.

Vulgariser l'économie ne serait donc que le fruit d'une alliance entre communication de masse et volonté de faire connaître (et de se faire connaître), soit un modèle économique assez basique comme le montre le fonctionnement des industries culturelles ? Il faut ici mettre en lumière le rôle des collections éditoriales telles que les "que sais je" des Puf ou des "repères" de La Découverte qui font des synthèses de grande qualité sur des sujets pointus par les spécialistes académiques des questions étudiées. On notera que certains ouvrages sont pourtant loin de vulgariser et peuvent rester très pointus : ils forment plutôt des introductions aux notions.

Il reste ici à évoquer la catégorie fourre-tout des "essais" dans lesquels les économistes académiques s'emparent d'un problème d'actualité ou d'une question sociale d'importance pour décrire les apports de l'analyse économique. L'idéal type est la collection "République des Idées" au Seuil où on peut lire des livres formidables d'Eric Maurin, Esther Duflo, Jean-Paul Fitoussi, Philippe Askenazy, Thomas Philippon ... Le Seuil et Flammarion sont des éditeurs qui publient également d'excellents livres sur des thèmes économiques cruciaux : Pierre Cahuc & André Zylberberg sur le travail, David Thesmar & Augustin Landier sur la finance, Eric Maurin sur l'éducation, Alberto Alesina & Edward Glaeser sur l'Etat providence notamment.

Du coup l'hétérodoxie propose dans ce même format des analyses reposant moins sur une vulgarisation des recherches de l'économie dominante, et vont au contraire déconstruire les non-dits intellectuels de ces livres. Idéal-type : les ouvrages de la collection "Raisons d'Agir" où Laurent Cordonnier comme Frédéric Lordon traitent de manière critique le travail et la finance (ouvrages indissociables des lectures de vulgarisation précédemment évoqués). Michel Aglietta, André Orléan, Robert Boyer : grandes figures de l'analyse économique publient fréquemment de bons livres sur leurs thèmes de prédilection. Ils offrent un miroir réflechissant (dans tous les sens du terme) aux oeuvres des économistes plus traditionnels comme Becker ou Barro ...

Enfin, il faut pousser la curiosité vers des éditeurs et des auteurs moins connus pour dénicher des perles rares. On lira avec beaucoup d'intérêt les réflexions de Cédric Durand sur le capitalisme (chez Textuel), de Christophe Ramaux sur l'Etat social (chez Mille et Une Nuits), de Liem Hoang Ngoc sur la répartition des revenus (à la Dispute) pour se documenter avec beaucoup d'intelligence sur des sujets complexes et polémiques.

En bref, de saines lectures pour tous les goûts et surtout pour développer sa compréhension du raisonnement économique, de son extraordinaire variété et des enjeux qu'il soulève.

18:41 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Politique budgétaire et politique industrielle

  • La politique budgétaire : une invention économique récente et débattue

Le budget est un document prévisionnel qui précise le montant des recettes et des emplois d’une entité publique : de l’Etat central aux organismes publics.

Les ressources principales du secteur public sont les prélèvements obligatoires : càd la fiscalité et les contributions sociales.

La procédure budgétaire obéit à des règles juridiques et politiques propres aux Etats : le budget concerne une année, mais peut également avoir une dimension de moyen terme.

Ex : programmes de stabilité dans le cadre de l’UEM sur 3 ans

La différence entre recettes et dépenses est le solde budgétaire. Le solde primaire exclut les paiements d’intérêts sur la dette publique. Le solde peut être un excédent ou un déficit.

Le déficit peut être financé de deux manières :

-          Par monétisation : crédit sans intérêt auprès de la Banque Centrale (rare aujourd’hui)

-          Par emprunt : vente de titre de créance par l’administration publique.

Il est extrêmement complexe de mesurer le déficit, ce qui pose un problème de comparaisons.

Ex : le déficit des administrations publiques comporte Etat, collectivités locales et organismes sociaux. Il est influencé par un système de retraite public ou des entreprises nationalisées.

On distingue le déficit conjoncturel et le déficit structurel : le solde budgétaire dépend du cycle d’activité, il est pro-cyclique. On parle des stabilisateurs automatiques.

Ex : baisse des recettes fiscales et augmentation des dépenses en cas de récession.

 

  • La politique industrielle : une intervention de l’Etat dans le long terme

Notion à ne pas confondre avec l’industrialisation, le développement des activités de transformation (secteur secondaire).

On oppose la politique industrielle à la politique conjoncturelle, qui a pour but de réguler l’activité économique càd les leviers budgétaires et monétaires. On parle de politique structurelle puisqu’elle modifie les structures de l’économie.

Son but ultime est d’améliorer la compétitivité des agents économiques càd leur capacité à affronter la concurrence.

Les questions de politique industrielle sont donc indissociables de la remise en cause du consensus keynésien et des critiques fortes de la politique économique (monétariste et nouveaux classiques).

En France, c’est à partir de 1983 que la politique industrielle revient au centre du débat. Elle est donc liée au contexte de crise et de compétition internationale.

Ex : politique menée entre 1986 et 1988.

La politique industrielle repose sur de nombreux outils : la politique fiscale (déductions incitatives), les subventions publiques (recherche et développement), les grands projets (Airbus, Ariane, TGV …) ou la réglementation (concurrence).

Q : quels sont les moyens mobilisés par l’Etat pour agir sur l’économie ?

 

 

I] Approches théoriques de la politique budgétaire

On oppose généralement deux grandes approches, mais vision semble dépassée aujourd’hui.

 

  • L’analyse keynésienne

Keynes (1936) considère que la relance budgétaire peut influencer la demande.

Hicks (1937) formalise cette approche dans le modèle IS/LM. Les prix sont rigides à court terme et l’offre est fortement élastique. Le déficit public va créer un choc de demande positif grâce à l’effet multiplicateur.

Si une banque centrale contrôle l’offre de monnaie, le taux d’intérêt va augmenter : il y a un effet d’éviction sur l’investissement privé. La production augmente donc sans nuire aux prix.

Meilleure solution en principe = monétiser le déficit pour accroître l’effet multiplicateur, mais risque d’inflation.

Mundell & Fleming montrent que la politique budgétaire est inefficace en économie ouverte si les capitaux sont mobiles et si les taux de change sont flexibles : ce sont les parités qui s’ajustent. Par contre si le taux de change est fixe, la relance est efficace.

Lorsque les capitaux ne sont pas mobiles, les résultats sont inversés.

Ex : relance budgétaire de la France en 1981 a profité aux exportations américaines.

 

  • L’analyse néo-classique

Elle repose sur trois principes :

-          l’éviction financière : comme les taux d’intérêt augmentent, la demande privée diminue. La relance budgétaire ne modifie que la composition de la demande.

-          la rigidité de l’offre : les producteurs ne vont modifier leur production que si les prix augmentent beaucoup. La demande privée diminue car les prix augmentent.

-          l’équivalence ricardienne : Barro (1989) l’augmentation de la dépense publique va augmenter l’épargne. Les ménages ne vont pas consommer car ils anticipent des impôts futurs.

L’approche classique repose sur des hypothèses très fortes : parfaite flexibilité des prix et des salaires, impôts forfaitaires, les ménages vivent indéfiniment et les marchés de capitaux sont parfaits. Ainsi bien que le comportement des ménages soit ricardien, les études empiriques ne confirment pas l’équivalence. La relance budgétaire a un effet à court terme.

 

  • Les débats récents

La dette : si la politique budgétaire est financée par un accroissement des impôts, elle est neutre.

C’est donc le déficit qui est le canal de transmission de la politique économique et par là même, l’endettement public. Comme la durée de vie des Etats n’est pas connue, la dette n’a pas d’horizon temporel : elle n’est jamais remboursée intégralement.

La dette doit être soutenable : comme les dépenses et les recettes ne fluctuent pas dans de grandes proportions, le budget doit garantir la solvabilité de l’Etat càd sa capacité à faire face à ses échéances.

Blanchard (1985) montre que la soutenabilité de la dette dépend donc du taux d’imposition, du taux d’intérêt et du taux de croissance.

Ex : le vieillissement rend nécessaire un accroissement des prélèvements

Les effets de liquidité : étude des politiques budgétaires avec des marchés assurantiels incomplets : comme il n’y a pas de protection contre le chômage, les agents épargnent par précaution en principe.

 

II] Approches pratiques de la politique budgétaire

Les faits stylisés de la politique budgétaire font ressortir cinq caractéristiques :

-          Budgets déficitaires depuis les 70’s : notamment en raison dépenses de sécurité sociale et des chocs pétroliers.

-          Croissance de la dette : découle logiquement des déficits.

-          Taux d’endettement contenus : les guerres ont entraîné des dettes plus élevées. Mais le vieillissement et les engagements hors-bilan présentent un risque sérieux.

-          Nouvelles politiques budgétaires : politiques actives aux USA (contra-cycliques) et politiques contraintes en Europe (pro-cycliques).

-          Instabilité des politiques budgétaires : les relances et les ajustements budgétaires ont eu des effets mitigés. Echecs (Japon ou Suède) et succès (USA ou Danemark).

 

 

  • Les règles de politique budgétaire

Pour assurer la soutenabilité de la dette, les gouvernements s’engagent à adopter des règles crédibles et durables de politique budgétaire.

Creel (2003) rappelle que de telles règles doivent respecter huit critères : définition claire, transparence des comptes publics, simplicité, flexibilité, pertinence par rapport à l’objectif, sanction en cas de non-respect, cohérence avec les autres aspects de la politique économique, accompagnement par d’autres politiques efficaces.

D’où une grande difficulté à établir des règles efficaces. Alesina & Drazen (1991) montrent ainsi que des règles de politique budgétaire stables et efficaces sont difficiles à mettre en place du fait de conflits politiques partisans.

Ex : la règle d’or britannique sous Blair = le gouvernement ne peut emprunter que pour financer des dépenses d’investissement avec un ratio dette / PIB de 40 %. Mais la politique d’éducation, de santé et la crise financière la remettent en question.

Ex : le Pacte de stabilité et de croissance = l’efficacité de la politique monétaire dépend de politiques budgétaires soutenables. D’où les règles approfondies du traité d’Amsterdam.

Mais le PSC insiste trop sur le court terme et renforce le caractère pro-cyclique des politiques.

De plus, les Etats ont des règles identiques alors qu’ils sont dans des situations variées.

Ainsi après l’échec des procédures de sanction contre l’Allemagne et la France en 2003, le Pacte a été reformé en 2005 en gardant les critères mais en assouplissant les sanctions.

 

  • La coordination des politiques budgétaires

Au sein de la zone euro, les membres de l’Eurogroupe établissent des Grandes Orientations de Politique Economique (GOPE) sous le contrôle des autres Etats, Méthode Ouverte de Coordination (MOC). Cette coordination a une double justification économique : fournir efficacement des biens publics (ex : marché intérieur) et éviter les externalités négatives.

Elle devrait impliquer le fédéralisme budgétaire : c’est l’utilisation de la politique budgétaire pour composer les chocs régionaux. Les dépenses permettent d’amortir l’impact des chocs.

Mais l’Union européenne n’a pas de budget fédéral : il est très faible (1,24 % du PIB) et reste indépendant du cycle économique. La fonction de stabilisation reste donc nationale.

 

 

III] La politique industrielle

Si l’Etat veut modifier les structures de l’économie, il dispose de deux leviers.

 

  • La politique de croissance

Elle découle des théories de la croissance. L’augmentation des richesses est un élément déterminant de l’efficacité économique des Nations. Même si c’est un objectif de long terme dont la maîtrise est particulièrement difficile.

Ex : les trajectoires des pays en développement.

Pour mener une politique de croissance, il faut analyser les déterminants de l’accroissement de la production. Il faut ensuite définir les moyens d’agir sur la croissance. Enfin, la politique économique consiste à garantir une augmentation régulière de cette croissance. On parle de trajectoires de croissance.

La politique industrielle vise donc plusieurs grands objectifs :

-          Réduire les disparités régionales pour répartir les biens publics territorialement

-          Favoriser l’éducation et l’innovation. Ex : brevets, enseignement

-          Créer les institutions adaptées. Ex : AII, ANR, marchés financiers

 

  • La politique de concurrence

La politique économique cherche à établir des marchés compétitifs, c’est l’Etat facilitateur.

Elle découle des critiques de la politique conjoncturelle et vise trois domaines :

- La réglementation des prix et de la concurrence, Combe (2008) : l’Etat met un terme à la régulation des prix pour favoriser la désinflation, et l’encadre pour éviter les ententes ou les abus de domination.

Ex : ordonnance de 1986 en France ; conseil de la concurrence ; privatisations

- L’économie de marchés financiers, Brender & Pisani (2001) : face aux contraintes de l’endettement public et du fait de l’ouverture croissante des économies, le financement par une économie de crédit (d’endettement)  n’est plus suffisant.

L’Etat réorganise le secteur financier en permettant le décloisonnement bancaire, en favorisant la désintermédiation et la déréglementation (innovations financières).

Cette politique cherche à inciter les entreprises à investir (mais la rentabilité reste nécessaire).

- La politique de compétitivité, Cohen & Lorenzi (2000) : l’Etat doit améliorer la compétitivité-prix des entreprises sur son territoire.

Par ailleurs, la politique économique cherche à aider les PME.

Enfin, la politique de compétitivité prend en compte les aspects territoriaux et géographiques. L’Etat cherche à encadrer la reconversion industrielle de secteurs ou de régions, mais il doit tenir compte des contraintes européennes : marché unique, aides publiques, concurrence fiscale …

 

Conclusion :

L’Etat peut intervenir efficacement dans l’économie. Il doit tenir compte du contexte et des contraintes.

 

Références :

ALESINA, Alberto & DRAZEN, Allan : Why are stabilizations delayed ?, American Economic Review, 1991

BARRO, Robert : La dette de l’Etat est-elle une richesse nette ?, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1974

BENASSY-QUERE, Agnès ; COEURE, Benoît ; JACQUET, Pierre & PISANI-FERRY, Jean : Politique économique, De Boeck, 2009

BLANCHARD, Olivier : Debt, Deficits, and Finite Horizons, Journal of Political Economy, 1985

BRENDER, Anton & PISANI, Florence : Les marchés et la croissance, Economica, 2001

COHEN, Elie & LORENZI, Jean-Hervé : Politiques industrielles pour l’Europe, La Documentation française, 2000

COMBE, Emmanuel : La politique de la concurrence, La Découverte, 2008

CREEL, Jérôme : Ranking fiscal policy rules, OFCE, Document de travail, 2003

FLEMING, Marcus : Domestic Financial Policies under Fixed and under Floating Exchange Rates, IMF Staff papers, 1962

GERSCHENKRON, Alexander : Economic Backwardness in Historical Perspective, Harvard University Press, 1962

HICKS, John : Mr Keynes and the classics, Econometrica, 1937

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

MUNDELL, Robert : Capital mobility and stabilization policy under fixed and flexible exchange rates, The Canadian Journal of Economics and Political Science, 1963

18:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

05/10/2011

L'investissement

 

L’investissement est une opération réalisée par un agent économique qui consiste à acquérir des moyens de production.

Ce phénomène concerne au premier plan les entreprises, mais aussi l’Etat (infrastructures) ou les ménages (logement).

 

        La notion d’investissement

Notion différente de l’investissement financier.

On distingue l’investissement brut : l’acquisition d’un stock de capital et l’amortissement : la dépense liée à l’usure de ce capital. Quand on fait la différence entre les deux termes on obtient l’investissement net.

Les investissements peuvent avoir plusieurs fonctions :

- investissement de remplacement : pour prendre en compte l’obsolescence du capital

- investissement de capacité : pour accroître la production

- investissement de productivité : pour réduire les coûts de production

Un même investissement peut combiner ces objectifs.

On distingue les investissements matériels : qui portent sur des biens physiques et les investissements immatériels : sur les biens incorporels (logiciels, publicité).

En comptabilité nationale, l’investissement est mesuré par la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) qui est calculée par l’INSEE : c’est « la valeur des biens durables acquis pour être utilisés pendant au moins un an dans le cycle de production ». Ce qui comprend les opérations des entreprises, des ménages et de l’Etat.

 

        Epargne et investissement

Pour investir, il faut disposer de moyens financiers, càd d’épargne.

En l’absence de marché financier, l’épargne des individus est nécessairement égale à l’investissement. C’est la thèse des classiques : la monnaie est neutre, on ne la conserve pas pour elle même. En fonction du taux d’intérêt, on détermine le niveau de sa consommation et de son épargne. L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt.

Cependant ce cadre d’analyse est irréaliste. Comme l’a montré le théorème de séparation de Fisher (1930), le marché financier permet de distinguer épargne et investissement. Le montant de l’épargne n’est donc pas forcément égal à l’investissement.

Les agents effectuent le calcul de la valeur actualisée des flux de liquidité futurs. Ils prennent en compte le profit attendu de l’acquisition de capital.

Les agents comparent donc le taux de rendement et le taux d’intérêt avant d’investir.

Q : pourquoi l’investissement est-il nécessaire à la croissance économique ?

 

I] Investissement, multiplicateur et accélérateur

 

        La théorie keynésienne de l’investissement

Elle est proposée par Keynes (1936), comme la crise des années 30 est marquée par un sous-équilibre de marché avec un fort chômage, il va proposer une nouvelle approche économique de l’investissement.

Keynes estime qu’il existe trois grands motifs d’épargne :

- transaction : pour consommer plus tard

- précaution : constituer un capital pour plus tard

- spéculation : pour obtenir un capital plus élevé plus tard

De ce fait, il est nécessaire de tenir compte des anticipations des agents dans leurs décisions d’investissement.

Pour Keynes, c’est la demande effective (anticipée) qui va agir sur le montant à investir. Si les entreprises, par exemple, pensent que la consommation sera faible, elles réduisent leurs investissements et augmentent leur épargne.

Il faut donc s’assurer que la demande soit toujours suffisante : cela justifie, pour Keynes, une intervention de l’Etat dans l’économie qui stimulera l’investissement (public ou privé).

L’investissement génère des revenus, qui vont être consommés. Cette consommation stimule à son tour l’investissement. C’est le mécanisme du multiplicateur keynésien : un euro investit dans l’économie crée plus de richesses.

Mais cette approche économique pose deux problèmes : elle suppose que le revenu sera bien consommé ; elle peut accroître l’inflation.

 

        Les théories de l’accélérateur

L’observation montre que les fluctuations de l’activité dans le secteur de l’équipement sont beaucoup plus importantes que celles de la production de biens de consommation.

Deux auteurs, Aftalion (1909) et Clark (1917) avancent une explication : l’investissement augmente plus vite que la croissance car les biens d’équipement serviront à produire sur plusieurs périodes.

La théorie de l’accélérateur suppose trois hypothèses :

- le coefficient de capital est constant : quantité de capital utilisée / quantité produite

- tout le capital en place doit être utilisé

- des capacités de main d’œuvre permettront d’utiliser le capital supplémentaire

L’investissement est donc plus volatile que le PIB, car l’investissement croît et décroît avec la demande.

Cette vision est très mécanique et très générale, car le coefficient de capital varie selon les branches et les secteurs.

Goodwin (1951) a donc proposé une vision différente : l’accélérateur flexible. L’investissement dépend du niveau de la production que l’on veut atteindre. Il faut prendre en compte les délais ou les stocks dans la dynamique de l’investissement (ajustement).

Samuelson (1939) montre que la croissance économique dépend à la fois des effets multiplicateurs et accélérateurs : si la demande augmente, les agents investissent. Le revenu s’accroît : la demande augmente … Mais la production finit par atteindre ses limites (ex : saturation), l’investissement cesse. Le désinvestissement produit alors une récession.

 

II] Les théories modernes de l’investissement

 

        La prise en compte des marchés financiers

L’investissement en capital est un choix, les agents pourraient préférer placer leur épargne sur le marché financier. Pour Jorgenson (1963) l’investissement d’une entreprise est une comparaison entre un placement en capital (prenant en compte l’amortissement, le taux de rendement) et un placement sur le marché financier (taux d’intérêt).

Si le taux de rendement dépasse le taux d’intérêt, on investit (et réciproquement).

L’augmentation de l’investissement fait baisser le profit, ce qui ramène le taux de rendement au niveau du taux d’intérêt.

Selon Tobin (1969) l’incitation à acquérir du capital dépend de la valeur de marché du capital par rapport au coût de mise en place de cet investissement. Il compare la valeur boursière du capital et la valeur comptable du capital (c’est le q de Tobin).

L’hypothèse est que le marché financier fonctionne de manière parfaite.

- Si le ratio dépasse 1 : on a intérêt à investir car cela augmente la valeur boursière.

- Si le ratio est inférieur à 1 : on a intérêt à placer sur le marché financier.

Le q de Tobin traduit toute l’information utile pour les décisions d’investissement.

 

        L’irréversibilité de l’investissement

Il faut prendre en compte l’irréversibilité de l’investissement Arrow (1968) : quand une entreprise investit, on peut observer le taux de rendement « aujourd’hui » ; mais on reste dans l’incertitude pour « demain ».

L’investissement immédiat est incertain. L’investissement futur a un coût d’attente.

Pour Bernanke (1983) le fait que l’investissement soit irréversible (on ne peut le revendre) et qu’il y ait incertitude sur le rendement actuel et futur peut empêcher une entreprise d’investir.

Comme les entreprises font de plus en plus partie de groupes : elles peuvent sous-investir si elles ne fonctionnent pas de manière coordonnée, Milgrom & Roberts (1990).

De même, comme elles sont dans des situations de concurrence, les entreprises vont choisir leur niveau d’investissement en fonction des autres.

 

Conclusion :

L’investissement est une fonction qui affecte l’ensemble de l’économie car elle a des effets sur l’offre (innovation) et sur la demande (emploi). L’Etat a donc cherché à mettre en oeuvre une politique favorable aux investissements.

L’investissement est de plus en plus lié au financement des agents.

 

Références :

AFTALION, Alfred : La Réalité des surproductions générales, Revue d'Economie Politique, 1909

ARROW, Kenneth : Optimal Capital Policy with Irreversible Investment, in J.N. WOLFE dir., Value, Capital and growth, Transaction Publishers, 1968

BERNANKE, Ben : Irreversibility, Uncertainty, and cyclical Investment, Quarterly Journal of Economics, 1983

CLARK, John Maurice : Business Acceleration and the Law of Demand, Journal of Political Economy, 1917

FISHER, Irving : The theory of interest, Porcupine Press, 1930

GOODWIN, Richard : The Nonlinear Accelerator and the Persistence of Business Cycles, Econometrica, 1951

JORGENSON, Dale : Capital Theory and Investment Behavior, American Economic Review, 1963

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

MILGROM, Paul & ROBERTS, John : The Efficiency of Equity in Organizational Decision Processes, American Economic Review, 1990

SAMUELSON, Paul : Interaction Between the Multiplier Analysis and the Principle of Acceleration, Review of Economic Studies, 1939

TOBIN, James : A General Equilibrium Approach to Monetary Theory, Journal of Money Credit and Banking, 1969

21:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |