05/10/2011

L'investissement

 

L’investissement est une opération réalisée par un agent économique qui consiste à acquérir des moyens de production.

Ce phénomène concerne au premier plan les entreprises, mais aussi l’Etat (infrastructures) ou les ménages (logement).

 

        La notion d’investissement

Notion différente de l’investissement financier.

On distingue l’investissement brut : l’acquisition d’un stock de capital et l’amortissement : la dépense liée à l’usure de ce capital. Quand on fait la différence entre les deux termes on obtient l’investissement net.

Les investissements peuvent avoir plusieurs fonctions :

- investissement de remplacement : pour prendre en compte l’obsolescence du capital

- investissement de capacité : pour accroître la production

- investissement de productivité : pour réduire les coûts de production

Un même investissement peut combiner ces objectifs.

On distingue les investissements matériels : qui portent sur des biens physiques et les investissements immatériels : sur les biens incorporels (logiciels, publicité).

En comptabilité nationale, l’investissement est mesuré par la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) qui est calculée par l’INSEE : c’est « la valeur des biens durables acquis pour être utilisés pendant au moins un an dans le cycle de production ». Ce qui comprend les opérations des entreprises, des ménages et de l’Etat.

 

        Epargne et investissement

Pour investir, il faut disposer de moyens financiers, càd d’épargne.

En l’absence de marché financier, l’épargne des individus est nécessairement égale à l’investissement. C’est la thèse des classiques : la monnaie est neutre, on ne la conserve pas pour elle même. En fonction du taux d’intérêt, on détermine le niveau de sa consommation et de son épargne. L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt.

Cependant ce cadre d’analyse est irréaliste. Comme l’a montré le théorème de séparation de Fisher (1930), le marché financier permet de distinguer épargne et investissement. Le montant de l’épargne n’est donc pas forcément égal à l’investissement.

Les agents effectuent le calcul de la valeur actualisée des flux de liquidité futurs. Ils prennent en compte le profit attendu de l’acquisition de capital.

Les agents comparent donc le taux de rendement et le taux d’intérêt avant d’investir.

Q : pourquoi l’investissement est-il nécessaire à la croissance économique ?

 

I] Investissement, multiplicateur et accélérateur

 

        La théorie keynésienne de l’investissement

Elle est proposée par Keynes (1936), comme la crise des années 30 est marquée par un sous-équilibre de marché avec un fort chômage, il va proposer une nouvelle approche économique de l’investissement.

Keynes estime qu’il existe trois grands motifs d’épargne :

- transaction : pour consommer plus tard

- précaution : constituer un capital pour plus tard

- spéculation : pour obtenir un capital plus élevé plus tard

De ce fait, il est nécessaire de tenir compte des anticipations des agents dans leurs décisions d’investissement.

Pour Keynes, c’est la demande effective (anticipée) qui va agir sur le montant à investir. Si les entreprises, par exemple, pensent que la consommation sera faible, elles réduisent leurs investissements et augmentent leur épargne.

Il faut donc s’assurer que la demande soit toujours suffisante : cela justifie, pour Keynes, une intervention de l’Etat dans l’économie qui stimulera l’investissement (public ou privé).

L’investissement génère des revenus, qui vont être consommés. Cette consommation stimule à son tour l’investissement. C’est le mécanisme du multiplicateur keynésien : un euro investit dans l’économie crée plus de richesses.

Mais cette approche économique pose deux problèmes : elle suppose que le revenu sera bien consommé ; elle peut accroître l’inflation.

 

        Les théories de l’accélérateur

L’observation montre que les fluctuations de l’activité dans le secteur de l’équipement sont beaucoup plus importantes que celles de la production de biens de consommation.

Deux auteurs, Aftalion (1909) et Clark (1917) avancent une explication : l’investissement augmente plus vite que la croissance car les biens d’équipement serviront à produire sur plusieurs périodes.

La théorie de l’accélérateur suppose trois hypothèses :

- le coefficient de capital est constant : quantité de capital utilisée / quantité produite

- tout le capital en place doit être utilisé

- des capacités de main d’œuvre permettront d’utiliser le capital supplémentaire

L’investissement est donc plus volatile que le PIB, car l’investissement croît et décroît avec la demande.

Cette vision est très mécanique et très générale, car le coefficient de capital varie selon les branches et les secteurs.

Goodwin (1951) a donc proposé une vision différente : l’accélérateur flexible. L’investissement dépend du niveau de la production que l’on veut atteindre. Il faut prendre en compte les délais ou les stocks dans la dynamique de l’investissement (ajustement).

Samuelson (1939) montre que la croissance économique dépend à la fois des effets multiplicateurs et accélérateurs : si la demande augmente, les agents investissent. Le revenu s’accroît : la demande augmente … Mais la production finit par atteindre ses limites (ex : saturation), l’investissement cesse. Le désinvestissement produit alors une récession.

 

II] Les théories modernes de l’investissement

 

        La prise en compte des marchés financiers

L’investissement en capital est un choix, les agents pourraient préférer placer leur épargne sur le marché financier. Pour Jorgenson (1963) l’investissement d’une entreprise est une comparaison entre un placement en capital (prenant en compte l’amortissement, le taux de rendement) et un placement sur le marché financier (taux d’intérêt).

Si le taux de rendement dépasse le taux d’intérêt, on investit (et réciproquement).

L’augmentation de l’investissement fait baisser le profit, ce qui ramène le taux de rendement au niveau du taux d’intérêt.

Selon Tobin (1969) l’incitation à acquérir du capital dépend de la valeur de marché du capital par rapport au coût de mise en place de cet investissement. Il compare la valeur boursière du capital et la valeur comptable du capital (c’est le q de Tobin).

L’hypothèse est que le marché financier fonctionne de manière parfaite.

- Si le ratio dépasse 1 : on a intérêt à investir car cela augmente la valeur boursière.

- Si le ratio est inférieur à 1 : on a intérêt à placer sur le marché financier.

Le q de Tobin traduit toute l’information utile pour les décisions d’investissement.

 

        L’irréversibilité de l’investissement

Il faut prendre en compte l’irréversibilité de l’investissement Arrow (1968) : quand une entreprise investit, on peut observer le taux de rendement « aujourd’hui » ; mais on reste dans l’incertitude pour « demain ».

L’investissement immédiat est incertain. L’investissement futur a un coût d’attente.

Pour Bernanke (1983) le fait que l’investissement soit irréversible (on ne peut le revendre) et qu’il y ait incertitude sur le rendement actuel et futur peut empêcher une entreprise d’investir.

Comme les entreprises font de plus en plus partie de groupes : elles peuvent sous-investir si elles ne fonctionnent pas de manière coordonnée, Milgrom & Roberts (1990).

De même, comme elles sont dans des situations de concurrence, les entreprises vont choisir leur niveau d’investissement en fonction des autres.

 

Conclusion :

L’investissement est une fonction qui affecte l’ensemble de l’économie car elle a des effets sur l’offre (innovation) et sur la demande (emploi). L’Etat a donc cherché à mettre en oeuvre une politique favorable aux investissements.

L’investissement est de plus en plus lié au financement des agents.

 

Références :

AFTALION, Alfred : La Réalité des surproductions générales, Revue d'Economie Politique, 1909

ARROW, Kenneth : Optimal Capital Policy with Irreversible Investment, in J.N. WOLFE dir., Value, Capital and growth, Transaction Publishers, 1968

BERNANKE, Ben : Irreversibility, Uncertainty, and cyclical Investment, Quarterly Journal of Economics, 1983

CLARK, John Maurice : Business Acceleration and the Law of Demand, Journal of Political Economy, 1917

FISHER, Irving : The theory of interest, Porcupine Press, 1930

GOODWIN, Richard : The Nonlinear Accelerator and the Persistence of Business Cycles, Econometrica, 1951

JORGENSON, Dale : Capital Theory and Investment Behavior, American Economic Review, 1963

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

MILGROM, Paul & ROBERTS, John : The Efficiency of Equity in Organizational Decision Processes, American Economic Review, 1990

SAMUELSON, Paul : Interaction Between the Multiplier Analysis and the Principle of Acceleration, Review of Economic Studies, 1939

TOBIN, James : A General Equilibrium Approach to Monetary Theory, Journal of Money Credit and Banking, 1969

21:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

03/10/2011

Consommation et épargne

 

Le revenu des ménages se décompose entre consommation et épargne.

 

        La consommation

La consommation consiste à acquérir des produits destinés à être détruits immédiatement ou progressivement par leur utilisation.

On distingue consommation finale: satisfaction des besoins d’un ménage ; et intermédiaire : acquisition de biens par les entreprises pour produire.

On distingue également consommation marchande : achats de biens et services sur le marché ; et non-marchande : services publics et autoconsommation.

Les ménages consomment des biens durables ou non durables (sauf les logements) et ils consomment des services individuels ou collectifs (transports).

 

        L’épargne

L’épargne est la partie du revenu qui n’est pas consommée.

Les agents renoncent à une consommation immédiate au profit d’une consommation future.

L’épargne des entreprises correspond aux bénéfices non distribués et aux amortissements, cela constitue l’autofinancement.

L’épargne des ménages peut prendre plusieurs formes : financière (thésaurisation, placements) ou non financière (logement).

Q : pourquoi la consommation et l’épargne sont-elles des activités déterminantes en économie ?

 

I] L’évolution de la consommation et de l’épargne

La consommation se décompose entre plusieurs postes : alimentation, habillement, loisirs … Voir la synthèse des résultats empiriques de l’INSEE sur les cinquante dernières années, Herpin & Verger (2008).

 

        Elasticités revenu de la consommation

Le poids des achats liés à l’alimentation a fortement chuté passant de 34 % des dépenses en 1959 à 18 % en 2005. Même constat pour les achats de textile et d’habillement qui sont passés de 12 à 5 %.

On peut expliquer ce phénomène par les recherches d’Engel (1857), un statisticien allemand. Il étudie la variation de la demande en fonction de la variation du revenu des consommateurs.

Il considère que l’on peut classer les produits en trois catégories :

- les biens inférieurs, dont la consommation diminue quand le revenu augmente

- les biens normaux, dont la consommation augmente quand le revenu augmente

- les biens supérieurs, dont la consommation augmente fortement avec le revenu

L’analyse en longue période semble confirmer cette classification. Elle illustre bien l’évolution de la consommation au cours des 30 glorieuses. La part des produits de base diminue au profit de nouveaux biens ou services : loyers, automobile, eau gaz et électricité, postes et télécommunications

 

        Elasticités prix de la consommation

On peut faire apparaître des résultats paradoxaux (par rapport à la théorie de la concurrence pure et parfaite).

Ex : les biens Giffen dont la consommation augmente même quand le prix augmente, car ils ne sont pas substituables

Ex : les biens Veblen dont la consommation augmente parce que le prix augmente, conséquence du snobisme. Voir par exemple les stratégies de consommation visant à se différencier des classes sociales considérées par inférieures, Bourdieu (1979)

Les ménages consomment de plus en plus de services (quasiment la moitié des dépenses).

 

        L’épargne

L’épargne représente 15,3 % des revenus en 2005, contre des moyennes de 18 et 20 % dans les années 60 et 70.

La structure de l’épargne s’est également modifiée.

La part de l’épargne non financière a eu tendance à se réduire.

L’épargne financière reste stable à environ 6 % des revenus (après avoir fortement augmenté dans les 90’s de 2 % du revenu disponible à 8 % en 2002).

 

II] Les déterminants de la consommation et de l’épargne

 

        Approches classique et keynésienne

Avec la loi de Say, la plupart des classiques ne considéraient pas qu’il pouvait y avoir de décalages entre consommation, épargne et investissement. Au nom de la concurrence pure et parfaite, les prix assurent toujours le retour à l’équilibre.

C’est Keynes (1936) qui a montré que la consommation n’était pas une activité économique comme les autres. Il existe un niveau de consommation incompressible. La consommation dépend du revenu (c’est la propension marginale à consommer) mais Keynes considère qu’il existe une loi psychologique fondamentale : lorsque le revenu augmente, la consommation augmente mais dans une proportion moindre. La part des revenus supplémentaires servira à épargner.

 

        Approches socio-économiques

Pour Dusenberry (1949) le comportement de consommation d’un individu dépend du groupe social auquel il s’identifie : on consomme par effet d’imitation.

Pour Brown (1952) le comportement de consommation s’explique par la tendance de consommation. On constate un effet de cliquet qui fait qu’on ne diminue pas sa consommation à court terme, même si le revenu baisse.

Pour Galbraith (1967) la consommation dépend des choix opérés par les grandes entreprises qui s’imposent aux consommateurs.

 

        Epargne et taux d’intérêt

En principe, l’épargne est déterminée par le taux d’intérêt. Comme c’est la partie du revenu non consommée, il faut qu’elle offre une rémunération, Fisher (1907).

Les demandeurs de capitaux empruntent tant que le taux d’intérêt est inférieur à ce que rapporte l’investissement.

L’augmentation des taux d’intérêt peut entraîner un effet de substitution avec la consommation mais elle est compensée par un effet revenu : elle permet d’acheter plus, plus tard. (Attention à l’épargne administrée, à la retraite ou à l’impact de la crise économique).

 

III] Le rôle de la consommation et de l’épargne

Pour Kuznets (1956) on constate une très grande stabilité de l’épargne sur longue période, alors que les revenus connaissent une forte augmentation.

La consommation contribue de manière forte et régulière à la croissance du revenu national. Elle stimule les entreprises, les pousse à investir et à proposer de nouveaux biens et services (innovation).

 

        Consommation, épargne et revenu

Friedman (1957) a avancé la théorie du revenu permanent pour expliquer le rôle de la consommation : les agents consomment en fonction du revenu anticipé sur moyen et long terme. Ce qui explique la stabilité de la consommation. Les mesures conjoncturelles ne modifieront que le revenu courant et n’ont pas d’impact sur la croissance.

Modigliani & Brumberg (1954) ont proposé une analyse basée sur le cycle de vie. Les comportements de consommation et d’épargne dépendent d’un calcul de long terme (sur l’échelle d’une vie). La consommation est stable au cours de la vie, elle augmente un peu. L’ajustement se fait par l’épargne et la désépargne : au début de leurs vies, les agents ne peuvent épargner, ils doivent attendre de gagner suffisamment ; puis en fin de vie, ils puisent dans leur épargne pour maintenir leur consommation.

Le vieillissement de la population peut ainsi expliquer une partie de l’épargne.

 

        Psychologie de l’épargnant

Pour Marshall (1920) on épargne dans le but de transférer de la richesse à ses enfants : c’est l’altruisme intergénérationnel. Par extension, l’existence d’un couple ou d’une famille influence le niveau d’épargne : la séparation incite à réduire la consommation.

Pour Deaton (1992) il faut prendre en compte l’existence de l’épargne de précaution. Les agents diminuent leur consommation pour faire face à d’éventuelles situations difficiles. Il dépend donc de la prise en compte des risques (aversion) par les agents. On parle parfois d’épargne tampon.

La répartition entre consommation et épargne peut traduire des déséquilibres : une croissance basée sur l’augmentation de la consommation réduit la part de l’épargne et rend donc nécessaire un financement par le reste du monde (ex : USA). Inversement une épargne importante peut traduire une consommation faible et par là une faible croissance (ex : Japon).

De même l’augmentation de l’épargne financière peut accroître les effets de richesse grâce aux gains boursiers, mais également détruire rapidement les sommes épargnées (ex : retraite).

 

Conclusion :

Consommer et épargner n’ont de sens qu’en prenant en compte l’investissement.

Les facteurs socio culturels ont un rôle essentiel.

 

Références :

BOURDIEU, Pierre : La distinction, Minuit, 1979

BROWN, T.M. : Habit Persistence and Lags in Consumer Behaviour, Econometrica, 1952

DEATON, Angus : Understanding consumption, Oxford University Press, 1992

DUSENBERRY, James : Income, Saving and the Theory of Consumer Behavior, Harvard University Press, 1949

ENGEL, Ernst : Die Produktions- und Consumtionsverhäaltnisse des Käonigreichs Sachsen, Ministeriums des Inneres, 1857

FISHER, Irving : The rate of interest, Pickering & Chatto, 1907

FRIEDMAN, Milton : A theory of the consumption function, Princeton University Press, 1957

GALBRAITH, John Kenneth : Le nouvel état industriel, Gallimard, 1967

HERPIN, Nicolas & VERGER, Daniel : Consommation et modes de vie en France, La Découverte, 2008

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

KUZNETS, Simon : National Product Since 1869, NBER, 1956

MARSHALL, Alfred : Principles of economics, Prometheus Books, 1920

MODIGLIANI, Franco & BRUMBERG, Richard : Utility Analysis and the Consumption Function: An Interpretation of Cross-Section Data, in KURIHARA, Kenneth dir., Post-keynesian economics, Rutgers University Press, 1954

SAY, Jean Baptiste : Traité d’économie politique, Economica, 1803

VEBLEN, Thorstein : Théorie de la classe de loisir, Gallimard, 1899

22:32 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

01/10/2011

Introduction au raisonnement économique

Les technologies, les entreprises leader, les conditions de travail changent … mais les mêmes raisonnements s’appliquent. Remarque de Shapiro & Varian.

Ex : la division du travail mise en valeur par Smith (1776) reste d’actualité

La science économique étudie la manière dont les agents (individus, entreprises et pouvoirs publics) font des choix et leurs conséquences sur l’utilisation des ressources d’une société.

Définition de Stiglitz & Walsh, approche moderne de l’économie.

On peut isoler cinq grands concepts :

- Les arbitrages : choisir c’est également renoncer (selon les économistes néo-classiques : « there is no free lunch »).

- Les incitations : les avantages et les inconvénients d’une décision (ex : payer la réception des appels sur un portable).

- Les échanges : reposent sur le mécanisme de marché (ex : pollution).

- L’information : la connaissance des coûts, des limites … des options (ex : asymétrie d’information).

- La distribution : la richesse et les revenus découlent de nos choix (ex : la durée des études).

L’économie traite de la production des biens et des services ainsi que de la consommation de ces mêmes biens et services.

La science économique est indissociable du problème de la rareté (ex : le pétrole). Comme les désirs humains ne connaissent pas de limites alors que les ressources sont disponibles en quantité limitée, il est nécessaire de choisir. Ex : on ne peut travailler que 24 heures par jour

Q : à quoi sert la science économique ?

 

I] Les débats économiques

Ils reposent sur des grands clivages :

• La formalisation

On oppose l’économie littéraire (ex : Galbraith) et l’économie mathématique (ex : Walras).

Cette distinction découle de l’analyse de Popper : les mathématiques fournissent un langage commun qui permet de tester les théories.

La question a été réglée à la suite de la « querelle des méthodes » à la fin du XIXe siècle, c’est l’économie formalisée qui domine aujourd’hui.

Mais pour toucher le grand public, les chercheurs utilisent aussi la vulgarisation.

 

• La théorie

On oppose l’économie théorique (ex : Keynes) et l’économie empirique (ex : test de la théorie keynésienne de la consommation).

Les approches et les méthodes sont différentes : dans un cas on propose un modèle, une vision ; dans l’autre on vérifie les résultats du modèle.

On assiste à des effets de mode entre les deux approches. Aujourd’hui l’économie empirique domine les travaux.

 

• Les conséquences

On oppose l’économie positive (ce qui est) et l’économie normative (ce qui doit être).

Cette distinction a été proposée par Friedman qui l’a mise en œuvre : sa théorie monétaire est positive (elle explique l’inflation), sa théorie du libéralisme est normative (il considère que le mécanisme de marché est le meilleur dans toutes les situations).

Du fait de ces grands clivages, on voit apparaître un courant dominant : l’économie néo-classique (formalisée et théorique) ; et deux critiques majeures :

- L’hétérodoxie : utilise d’autres théories pour analyser les mêmes faits (ex : la théorie de la finance d’Orléan)

- L’économie comportementale : utilise la psychologie appliquée à l’économie pour tester les modèles dans la réalité (ex : les travaux d’Ariely)

 

II] Les outils de l’économie

Les économistes mobilisent un ensemble de techniques d’analyse :

• Les indicateurs

Ils permettent de mesurer des phénomènes.

Ex : indice des prix pour l’inflation, taux de chômage pour l’emploi …

 

• La comptabilité

L’enregistrement des flux entre agents.

Ex : comptabilité privée ou comptabilité nationale

 

• L’économétrie

Technique statistique qui chercher à tester la validité d’une théorie (en fonction des variables)

Ex : Piketty & Valdenaire sur l’influence de la taille d’une classe sur les résultats scolaires

L’économétrie permet de mettre en valeur la causalité et de prédire … mais des erreurs existent, ainsi que des biais. De plus en plus de travaux utilisent les expériences naturelles pour comparer des populations en principe identiques dans des situations différentes.

Ex : naissance le 31 décembre ou le 1erjanvier

 

• Les modèles

Ils consistent à faire apparaître des lois, des règles ou des paradoxes concernant les phénomènes économiques.

Ex : la loi de l’offre et de la demande

 

• Le calcul économique

Ensemble des méthodes permettant d’éclairer les choix des décideurs par un raisonnement économique.

Ex : construction d’un pont, prix d’un péage …

 

III] La construction sociale de l’économie

• Qui sont les économistes, Slim (2007)

Construction historique de la profession : lien avec l’histoire de la pensée.

Métier essentiellement masculin.

Grande pluralité de fonctions :

- enseignants, chercheurs …

- professionnels et praticiens : dans les banques, les syndicats, la presse …

- amateurs : blogs, scientifiques d’autres disciplines …

Profession autonome : qui fait de moins en moins appel aux autres sciences sociales.

 

• Comment est produite la science économique

Il faut publier des articles dans des revues à comité de lecture (peer review).

Pour réaliser un papier, il faut plusieurs étapes :

- avoir le statut de chercheur

- faire circuler un document de travail

- l’envoyer à une revue

- que la revue l’accepte

D’où une logique de réseaux (séminaires, colloques) et une certaine durée avant publication.

 

• L’idéologie économique

Des travaux sociologiques s’intéressent à la manière dont les économistes produisent leur savoir. Lebaron (2000) insiste sur la manière dont l’économie utilise son caractère scientifique pour imposer son argumentation, qu’il nomme « croyance économique ». Cela découle des statuts des producteurs du savoir économique. Ex : prix « Nobel » d’économie.

Fourcade (2009) étudie les stratégies professionnelles des économistes aux USA, en Angleterre et en France de manière comparative. Elle constate que les économistes mènent des stratégies pour imposer leur expertise ou leur vision de la science.

 

Conclusion :

L’économie est un domaine dont les techniques sont solidement établies mais de plus en plus hermétiques.

D’où une prolifération d’opinions se qualifiant d’économiques mais non fondées sur un réel raisonnement économique.

 

Références :

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2008

FOURCADE, Marion : Economists & societies, Princeton University Press, 2009

FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953

GALBRAITH, John Kenneth : La crise économique de 1929, Payot, 1954

KEYNES, JohnMaynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

LEBARON, Frédéric : La croyance économique, Seuil, 2000

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1934

PIKETTY, Thomas & VALDENAIRE, Mathieu : L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, Education Nationale, 2006

SHAPIRO, Carl & VARIAN, Hal : Economie de l’information, De Boeck, 1998

SLIM, Assen dir. : Comment je suis devenu économiste, Le Cavalier Bleu, 2007

SMITH, Adam : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

STIGLITZ, Joseph & WALSH, Carl : Principes d’économie moderne, De Boeck, 2006

WALRAS, Léon : Eléments d’économie politique pure, Economica, 1874

15:05 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |