12/10/2011

Politique budgétaire et politique industrielle

  • La politique budgétaire : une invention économique récente et débattue

Le budget est un document prévisionnel qui précise le montant des recettes et des emplois d’une entité publique : de l’Etat central aux organismes publics.

Les ressources principales du secteur public sont les prélèvements obligatoires : càd la fiscalité et les contributions sociales.

La procédure budgétaire obéit à des règles juridiques et politiques propres aux Etats : le budget concerne une année, mais peut également avoir une dimension de moyen terme.

Ex : programmes de stabilité dans le cadre de l’UEM sur 3 ans

La différence entre recettes et dépenses est le solde budgétaire. Le solde primaire exclut les paiements d’intérêts sur la dette publique. Le solde peut être un excédent ou un déficit.

Le déficit peut être financé de deux manières :

-          Par monétisation : crédit sans intérêt auprès de la Banque Centrale (rare aujourd’hui)

-          Par emprunt : vente de titre de créance par l’administration publique.

Il est extrêmement complexe de mesurer le déficit, ce qui pose un problème de comparaisons.

Ex : le déficit des administrations publiques comporte Etat, collectivités locales et organismes sociaux. Il est influencé par un système de retraite public ou des entreprises nationalisées.

On distingue le déficit conjoncturel et le déficit structurel : le solde budgétaire dépend du cycle d’activité, il est pro-cyclique. On parle des stabilisateurs automatiques.

Ex : baisse des recettes fiscales et augmentation des dépenses en cas de récession.

 

  • La politique industrielle : une intervention de l’Etat dans le long terme

Notion à ne pas confondre avec l’industrialisation, le développement des activités de transformation (secteur secondaire).

On oppose la politique industrielle à la politique conjoncturelle, qui a pour but de réguler l’activité économique càd les leviers budgétaires et monétaires. On parle de politique structurelle puisqu’elle modifie les structures de l’économie.

Son but ultime est d’améliorer la compétitivité des agents économiques càd leur capacité à affronter la concurrence.

Les questions de politique industrielle sont donc indissociables de la remise en cause du consensus keynésien et des critiques fortes de la politique économique (monétariste et nouveaux classiques).

En France, c’est à partir de 1983 que la politique industrielle revient au centre du débat. Elle est donc liée au contexte de crise et de compétition internationale.

Ex : politique menée entre 1986 et 1988.

La politique industrielle repose sur de nombreux outils : la politique fiscale (déductions incitatives), les subventions publiques (recherche et développement), les grands projets (Airbus, Ariane, TGV …) ou la réglementation (concurrence).

Q : quels sont les moyens mobilisés par l’Etat pour agir sur l’économie ?

 

 

I] Approches théoriques de la politique budgétaire

On oppose généralement deux grandes approches, mais vision semble dépassée aujourd’hui.

 

  • L’analyse keynésienne

Keynes (1936) considère que la relance budgétaire peut influencer la demande.

Hicks (1937) formalise cette approche dans le modèle IS/LM. Les prix sont rigides à court terme et l’offre est fortement élastique. Le déficit public va créer un choc de demande positif grâce à l’effet multiplicateur.

Si une banque centrale contrôle l’offre de monnaie, le taux d’intérêt va augmenter : il y a un effet d’éviction sur l’investissement privé. La production augmente donc sans nuire aux prix.

Meilleure solution en principe = monétiser le déficit pour accroître l’effet multiplicateur, mais risque d’inflation.

Mundell & Fleming montrent que la politique budgétaire est inefficace en économie ouverte si les capitaux sont mobiles et si les taux de change sont flexibles : ce sont les parités qui s’ajustent. Par contre si le taux de change est fixe, la relance est efficace.

Lorsque les capitaux ne sont pas mobiles, les résultats sont inversés.

Ex : relance budgétaire de la France en 1981 a profité aux exportations américaines.

 

  • L’analyse néo-classique

Elle repose sur trois principes :

-          l’éviction financière : comme les taux d’intérêt augmentent, la demande privée diminue. La relance budgétaire ne modifie que la composition de la demande.

-          la rigidité de l’offre : les producteurs ne vont modifier leur production que si les prix augmentent beaucoup. La demande privée diminue car les prix augmentent.

-          l’équivalence ricardienne : Barro (1989) l’augmentation de la dépense publique va augmenter l’épargne. Les ménages ne vont pas consommer car ils anticipent des impôts futurs.

L’approche classique repose sur des hypothèses très fortes : parfaite flexibilité des prix et des salaires, impôts forfaitaires, les ménages vivent indéfiniment et les marchés de capitaux sont parfaits. Ainsi bien que le comportement des ménages soit ricardien, les études empiriques ne confirment pas l’équivalence. La relance budgétaire a un effet à court terme.

 

  • Les débats récents

La dette : si la politique budgétaire est financée par un accroissement des impôts, elle est neutre.

C’est donc le déficit qui est le canal de transmission de la politique économique et par là même, l’endettement public. Comme la durée de vie des Etats n’est pas connue, la dette n’a pas d’horizon temporel : elle n’est jamais remboursée intégralement.

La dette doit être soutenable : comme les dépenses et les recettes ne fluctuent pas dans de grandes proportions, le budget doit garantir la solvabilité de l’Etat càd sa capacité à faire face à ses échéances.

Blanchard (1985) montre que la soutenabilité de la dette dépend donc du taux d’imposition, du taux d’intérêt et du taux de croissance.

Ex : le vieillissement rend nécessaire un accroissement des prélèvements

Les effets de liquidité : étude des politiques budgétaires avec des marchés assurantiels incomplets : comme il n’y a pas de protection contre le chômage, les agents épargnent par précaution en principe.

 

II] Approches pratiques de la politique budgétaire

Les faits stylisés de la politique budgétaire font ressortir cinq caractéristiques :

-          Budgets déficitaires depuis les 70’s : notamment en raison dépenses de sécurité sociale et des chocs pétroliers.

-          Croissance de la dette : découle logiquement des déficits.

-          Taux d’endettement contenus : les guerres ont entraîné des dettes plus élevées. Mais le vieillissement et les engagements hors-bilan présentent un risque sérieux.

-          Nouvelles politiques budgétaires : politiques actives aux USA (contra-cycliques) et politiques contraintes en Europe (pro-cycliques).

-          Instabilité des politiques budgétaires : les relances et les ajustements budgétaires ont eu des effets mitigés. Echecs (Japon ou Suède) et succès (USA ou Danemark).

 

 

  • Les règles de politique budgétaire

Pour assurer la soutenabilité de la dette, les gouvernements s’engagent à adopter des règles crédibles et durables de politique budgétaire.

Creel (2003) rappelle que de telles règles doivent respecter huit critères : définition claire, transparence des comptes publics, simplicité, flexibilité, pertinence par rapport à l’objectif, sanction en cas de non-respect, cohérence avec les autres aspects de la politique économique, accompagnement par d’autres politiques efficaces.

D’où une grande difficulté à établir des règles efficaces. Alesina & Drazen (1991) montrent ainsi que des règles de politique budgétaire stables et efficaces sont difficiles à mettre en place du fait de conflits politiques partisans.

Ex : la règle d’or britannique sous Blair = le gouvernement ne peut emprunter que pour financer des dépenses d’investissement avec un ratio dette / PIB de 40 %. Mais la politique d’éducation, de santé et la crise financière la remettent en question.

Ex : le Pacte de stabilité et de croissance = l’efficacité de la politique monétaire dépend de politiques budgétaires soutenables. D’où les règles approfondies du traité d’Amsterdam.

Mais le PSC insiste trop sur le court terme et renforce le caractère pro-cyclique des politiques.

De plus, les Etats ont des règles identiques alors qu’ils sont dans des situations variées.

Ainsi après l’échec des procédures de sanction contre l’Allemagne et la France en 2003, le Pacte a été reformé en 2005 en gardant les critères mais en assouplissant les sanctions.

 

  • La coordination des politiques budgétaires

Au sein de la zone euro, les membres de l’Eurogroupe établissent des Grandes Orientations de Politique Economique (GOPE) sous le contrôle des autres Etats, Méthode Ouverte de Coordination (MOC). Cette coordination a une double justification économique : fournir efficacement des biens publics (ex : marché intérieur) et éviter les externalités négatives.

Elle devrait impliquer le fédéralisme budgétaire : c’est l’utilisation de la politique budgétaire pour composer les chocs régionaux. Les dépenses permettent d’amortir l’impact des chocs.

Mais l’Union européenne n’a pas de budget fédéral : il est très faible (1,24 % du PIB) et reste indépendant du cycle économique. La fonction de stabilisation reste donc nationale.

 

 

III] La politique industrielle

Si l’Etat veut modifier les structures de l’économie, il dispose de deux leviers.

 

  • La politique de croissance

Elle découle des théories de la croissance. L’augmentation des richesses est un élément déterminant de l’efficacité économique des Nations. Même si c’est un objectif de long terme dont la maîtrise est particulièrement difficile.

Ex : les trajectoires des pays en développement.

Pour mener une politique de croissance, il faut analyser les déterminants de l’accroissement de la production. Il faut ensuite définir les moyens d’agir sur la croissance. Enfin, la politique économique consiste à garantir une augmentation régulière de cette croissance. On parle de trajectoires de croissance.

La politique industrielle vise donc plusieurs grands objectifs :

-          Réduire les disparités régionales pour répartir les biens publics territorialement

-          Favoriser l’éducation et l’innovation. Ex : brevets, enseignement

-          Créer les institutions adaptées. Ex : AII, ANR, marchés financiers

 

  • La politique de concurrence

La politique économique cherche à établir des marchés compétitifs, c’est l’Etat facilitateur.

Elle découle des critiques de la politique conjoncturelle et vise trois domaines :

- La réglementation des prix et de la concurrence, Combe (2008) : l’Etat met un terme à la régulation des prix pour favoriser la désinflation, et l’encadre pour éviter les ententes ou les abus de domination.

Ex : ordonnance de 1986 en France ; conseil de la concurrence ; privatisations

- L’économie de marchés financiers, Brender & Pisani (2001) : face aux contraintes de l’endettement public et du fait de l’ouverture croissante des économies, le financement par une économie de crédit (d’endettement)  n’est plus suffisant.

L’Etat réorganise le secteur financier en permettant le décloisonnement bancaire, en favorisant la désintermédiation et la déréglementation (innovations financières).

Cette politique cherche à inciter les entreprises à investir (mais la rentabilité reste nécessaire).

- La politique de compétitivité, Cohen & Lorenzi (2000) : l’Etat doit améliorer la compétitivité-prix des entreprises sur son territoire.

Par ailleurs, la politique économique cherche à aider les PME.

Enfin, la politique de compétitivité prend en compte les aspects territoriaux et géographiques. L’Etat cherche à encadrer la reconversion industrielle de secteurs ou de régions, mais il doit tenir compte des contraintes européennes : marché unique, aides publiques, concurrence fiscale …

 

Conclusion :

L’Etat peut intervenir efficacement dans l’économie. Il doit tenir compte du contexte et des contraintes.

 

Références :

ALESINA, Alberto & DRAZEN, Allan : Why are stabilizations delayed ?, American Economic Review, 1991

BARRO, Robert : La dette de l’Etat est-elle une richesse nette ?, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1974

BENASSY-QUERE, Agnès ; COEURE, Benoît ; JACQUET, Pierre & PISANI-FERRY, Jean : Politique économique, De Boeck, 2009

BLANCHARD, Olivier : Debt, Deficits, and Finite Horizons, Journal of Political Economy, 1985

BRENDER, Anton & PISANI, Florence : Les marchés et la croissance, Economica, 2001

COHEN, Elie & LORENZI, Jean-Hervé : Politiques industrielles pour l’Europe, La Documentation française, 2000

COMBE, Emmanuel : La politique de la concurrence, La Découverte, 2008

CREEL, Jérôme : Ranking fiscal policy rules, OFCE, Document de travail, 2003

FLEMING, Marcus : Domestic Financial Policies under Fixed and under Floating Exchange Rates, IMF Staff papers, 1962

GERSCHENKRON, Alexander : Economic Backwardness in Historical Perspective, Harvard University Press, 1962

HICKS, John : Mr Keynes and the classics, Econometrica, 1937

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

MUNDELL, Robert : Capital mobility and stabilization policy under fixed and flexible exchange rates, The Canadian Journal of Economics and Political Science, 1963

18:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

05/10/2011

L'investissement

 

L’investissement est une opération réalisée par un agent économique qui consiste à acquérir des moyens de production.

Ce phénomène concerne au premier plan les entreprises, mais aussi l’Etat (infrastructures) ou les ménages (logement).

 

        La notion d’investissement

Notion différente de l’investissement financier.

On distingue l’investissement brut : l’acquisition d’un stock de capital et l’amortissement : la dépense liée à l’usure de ce capital. Quand on fait la différence entre les deux termes on obtient l’investissement net.

Les investissements peuvent avoir plusieurs fonctions :

- investissement de remplacement : pour prendre en compte l’obsolescence du capital

- investissement de capacité : pour accroître la production

- investissement de productivité : pour réduire les coûts de production

Un même investissement peut combiner ces objectifs.

On distingue les investissements matériels : qui portent sur des biens physiques et les investissements immatériels : sur les biens incorporels (logiciels, publicité).

En comptabilité nationale, l’investissement est mesuré par la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) qui est calculée par l’INSEE : c’est « la valeur des biens durables acquis pour être utilisés pendant au moins un an dans le cycle de production ». Ce qui comprend les opérations des entreprises, des ménages et de l’Etat.

 

        Epargne et investissement

Pour investir, il faut disposer de moyens financiers, càd d’épargne.

En l’absence de marché financier, l’épargne des individus est nécessairement égale à l’investissement. C’est la thèse des classiques : la monnaie est neutre, on ne la conserve pas pour elle même. En fonction du taux d’intérêt, on détermine le niveau de sa consommation et de son épargne. L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt.

Cependant ce cadre d’analyse est irréaliste. Comme l’a montré le théorème de séparation de Fisher (1930), le marché financier permet de distinguer épargne et investissement. Le montant de l’épargne n’est donc pas forcément égal à l’investissement.

Les agents effectuent le calcul de la valeur actualisée des flux de liquidité futurs. Ils prennent en compte le profit attendu de l’acquisition de capital.

Les agents comparent donc le taux de rendement et le taux d’intérêt avant d’investir.

Q : pourquoi l’investissement est-il nécessaire à la croissance économique ?

 

I] Investissement, multiplicateur et accélérateur

 

        La théorie keynésienne de l’investissement

Elle est proposée par Keynes (1936), comme la crise des années 30 est marquée par un sous-équilibre de marché avec un fort chômage, il va proposer une nouvelle approche économique de l’investissement.

Keynes estime qu’il existe trois grands motifs d’épargne :

- transaction : pour consommer plus tard

- précaution : constituer un capital pour plus tard

- spéculation : pour obtenir un capital plus élevé plus tard

De ce fait, il est nécessaire de tenir compte des anticipations des agents dans leurs décisions d’investissement.

Pour Keynes, c’est la demande effective (anticipée) qui va agir sur le montant à investir. Si les entreprises, par exemple, pensent que la consommation sera faible, elles réduisent leurs investissements et augmentent leur épargne.

Il faut donc s’assurer que la demande soit toujours suffisante : cela justifie, pour Keynes, une intervention de l’Etat dans l’économie qui stimulera l’investissement (public ou privé).

L’investissement génère des revenus, qui vont être consommés. Cette consommation stimule à son tour l’investissement. C’est le mécanisme du multiplicateur keynésien : un euro investit dans l’économie crée plus de richesses.

Mais cette approche économique pose deux problèmes : elle suppose que le revenu sera bien consommé ; elle peut accroître l’inflation.

 

        Les théories de l’accélérateur

L’observation montre que les fluctuations de l’activité dans le secteur de l’équipement sont beaucoup plus importantes que celles de la production de biens de consommation.

Deux auteurs, Aftalion (1909) et Clark (1917) avancent une explication : l’investissement augmente plus vite que la croissance car les biens d’équipement serviront à produire sur plusieurs périodes.

La théorie de l’accélérateur suppose trois hypothèses :

- le coefficient de capital est constant : quantité de capital utilisée / quantité produite

- tout le capital en place doit être utilisé

- des capacités de main d’œuvre permettront d’utiliser le capital supplémentaire

L’investissement est donc plus volatile que le PIB, car l’investissement croît et décroît avec la demande.

Cette vision est très mécanique et très générale, car le coefficient de capital varie selon les branches et les secteurs.

Goodwin (1951) a donc proposé une vision différente : l’accélérateur flexible. L’investissement dépend du niveau de la production que l’on veut atteindre. Il faut prendre en compte les délais ou les stocks dans la dynamique de l’investissement (ajustement).

Samuelson (1939) montre que la croissance économique dépend à la fois des effets multiplicateurs et accélérateurs : si la demande augmente, les agents investissent. Le revenu s’accroît : la demande augmente … Mais la production finit par atteindre ses limites (ex : saturation), l’investissement cesse. Le désinvestissement produit alors une récession.

 

II] Les théories modernes de l’investissement

 

        La prise en compte des marchés financiers

L’investissement en capital est un choix, les agents pourraient préférer placer leur épargne sur le marché financier. Pour Jorgenson (1963) l’investissement d’une entreprise est une comparaison entre un placement en capital (prenant en compte l’amortissement, le taux de rendement) et un placement sur le marché financier (taux d’intérêt).

Si le taux de rendement dépasse le taux d’intérêt, on investit (et réciproquement).

L’augmentation de l’investissement fait baisser le profit, ce qui ramène le taux de rendement au niveau du taux d’intérêt.

Selon Tobin (1969) l’incitation à acquérir du capital dépend de la valeur de marché du capital par rapport au coût de mise en place de cet investissement. Il compare la valeur boursière du capital et la valeur comptable du capital (c’est le q de Tobin).

L’hypothèse est que le marché financier fonctionne de manière parfaite.

- Si le ratio dépasse 1 : on a intérêt à investir car cela augmente la valeur boursière.

- Si le ratio est inférieur à 1 : on a intérêt à placer sur le marché financier.

Le q de Tobin traduit toute l’information utile pour les décisions d’investissement.

 

        L’irréversibilité de l’investissement

Il faut prendre en compte l’irréversibilité de l’investissement Arrow (1968) : quand une entreprise investit, on peut observer le taux de rendement « aujourd’hui » ; mais on reste dans l’incertitude pour « demain ».

L’investissement immédiat est incertain. L’investissement futur a un coût d’attente.

Pour Bernanke (1983) le fait que l’investissement soit irréversible (on ne peut le revendre) et qu’il y ait incertitude sur le rendement actuel et futur peut empêcher une entreprise d’investir.

Comme les entreprises font de plus en plus partie de groupes : elles peuvent sous-investir si elles ne fonctionnent pas de manière coordonnée, Milgrom & Roberts (1990).

De même, comme elles sont dans des situations de concurrence, les entreprises vont choisir leur niveau d’investissement en fonction des autres.

 

Conclusion :

L’investissement est une fonction qui affecte l’ensemble de l’économie car elle a des effets sur l’offre (innovation) et sur la demande (emploi). L’Etat a donc cherché à mettre en oeuvre une politique favorable aux investissements.

L’investissement est de plus en plus lié au financement des agents.

 

Références :

AFTALION, Alfred : La Réalité des surproductions générales, Revue d'Economie Politique, 1909

ARROW, Kenneth : Optimal Capital Policy with Irreversible Investment, in J.N. WOLFE dir., Value, Capital and growth, Transaction Publishers, 1968

BERNANKE, Ben : Irreversibility, Uncertainty, and cyclical Investment, Quarterly Journal of Economics, 1983

CLARK, John Maurice : Business Acceleration and the Law of Demand, Journal of Political Economy, 1917

FISHER, Irving : The theory of interest, Porcupine Press, 1930

GOODWIN, Richard : The Nonlinear Accelerator and the Persistence of Business Cycles, Econometrica, 1951

JORGENSON, Dale : Capital Theory and Investment Behavior, American Economic Review, 1963

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

MILGROM, Paul & ROBERTS, John : The Efficiency of Equity in Organizational Decision Processes, American Economic Review, 1990

SAMUELSON, Paul : Interaction Between the Multiplier Analysis and the Principle of Acceleration, Review of Economic Studies, 1939

TOBIN, James : A General Equilibrium Approach to Monetary Theory, Journal of Money Credit and Banking, 1969

21:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

03/10/2011

Consommation et épargne

 

Le revenu des ménages se décompose entre consommation et épargne.

 

        La consommation

La consommation consiste à acquérir des produits destinés à être détruits immédiatement ou progressivement par leur utilisation.

On distingue consommation finale: satisfaction des besoins d’un ménage ; et intermédiaire : acquisition de biens par les entreprises pour produire.

On distingue également consommation marchande : achats de biens et services sur le marché ; et non-marchande : services publics et autoconsommation.

Les ménages consomment des biens durables ou non durables (sauf les logements) et ils consomment des services individuels ou collectifs (transports).

 

        L’épargne

L’épargne est la partie du revenu qui n’est pas consommée.

Les agents renoncent à une consommation immédiate au profit d’une consommation future.

L’épargne des entreprises correspond aux bénéfices non distribués et aux amortissements, cela constitue l’autofinancement.

L’épargne des ménages peut prendre plusieurs formes : financière (thésaurisation, placements) ou non financière (logement).

Q : pourquoi la consommation et l’épargne sont-elles des activités déterminantes en économie ?

 

I] L’évolution de la consommation et de l’épargne

La consommation se décompose entre plusieurs postes : alimentation, habillement, loisirs … Voir la synthèse des résultats empiriques de l’INSEE sur les cinquante dernières années, Herpin & Verger (2008).

 

        Elasticités revenu de la consommation

Le poids des achats liés à l’alimentation a fortement chuté passant de 34 % des dépenses en 1959 à 18 % en 2005. Même constat pour les achats de textile et d’habillement qui sont passés de 12 à 5 %.

On peut expliquer ce phénomène par les recherches d’Engel (1857), un statisticien allemand. Il étudie la variation de la demande en fonction de la variation du revenu des consommateurs.

Il considère que l’on peut classer les produits en trois catégories :

- les biens inférieurs, dont la consommation diminue quand le revenu augmente

- les biens normaux, dont la consommation augmente quand le revenu augmente

- les biens supérieurs, dont la consommation augmente fortement avec le revenu

L’analyse en longue période semble confirmer cette classification. Elle illustre bien l’évolution de la consommation au cours des 30 glorieuses. La part des produits de base diminue au profit de nouveaux biens ou services : loyers, automobile, eau gaz et électricité, postes et télécommunications

 

        Elasticités prix de la consommation

On peut faire apparaître des résultats paradoxaux (par rapport à la théorie de la concurrence pure et parfaite).

Ex : les biens Giffen dont la consommation augmente même quand le prix augmente, car ils ne sont pas substituables

Ex : les biens Veblen dont la consommation augmente parce que le prix augmente, conséquence du snobisme. Voir par exemple les stratégies de consommation visant à se différencier des classes sociales considérées par inférieures, Bourdieu (1979)

Les ménages consomment de plus en plus de services (quasiment la moitié des dépenses).

 

        L’épargne

L’épargne représente 15,3 % des revenus en 2005, contre des moyennes de 18 et 20 % dans les années 60 et 70.

La structure de l’épargne s’est également modifiée.

La part de l’épargne non financière a eu tendance à se réduire.

L’épargne financière reste stable à environ 6 % des revenus (après avoir fortement augmenté dans les 90’s de 2 % du revenu disponible à 8 % en 2002).

 

II] Les déterminants de la consommation et de l’épargne

 

        Approches classique et keynésienne

Avec la loi de Say, la plupart des classiques ne considéraient pas qu’il pouvait y avoir de décalages entre consommation, épargne et investissement. Au nom de la concurrence pure et parfaite, les prix assurent toujours le retour à l’équilibre.

C’est Keynes (1936) qui a montré que la consommation n’était pas une activité économique comme les autres. Il existe un niveau de consommation incompressible. La consommation dépend du revenu (c’est la propension marginale à consommer) mais Keynes considère qu’il existe une loi psychologique fondamentale : lorsque le revenu augmente, la consommation augmente mais dans une proportion moindre. La part des revenus supplémentaires servira à épargner.

 

        Approches socio-économiques

Pour Dusenberry (1949) le comportement de consommation d’un individu dépend du groupe social auquel il s’identifie : on consomme par effet d’imitation.

Pour Brown (1952) le comportement de consommation s’explique par la tendance de consommation. On constate un effet de cliquet qui fait qu’on ne diminue pas sa consommation à court terme, même si le revenu baisse.

Pour Galbraith (1967) la consommation dépend des choix opérés par les grandes entreprises qui s’imposent aux consommateurs.

 

        Epargne et taux d’intérêt

En principe, l’épargne est déterminée par le taux d’intérêt. Comme c’est la partie du revenu non consommée, il faut qu’elle offre une rémunération, Fisher (1907).

Les demandeurs de capitaux empruntent tant que le taux d’intérêt est inférieur à ce que rapporte l’investissement.

L’augmentation des taux d’intérêt peut entraîner un effet de substitution avec la consommation mais elle est compensée par un effet revenu : elle permet d’acheter plus, plus tard. (Attention à l’épargne administrée, à la retraite ou à l’impact de la crise économique).

 

III] Le rôle de la consommation et de l’épargne

Pour Kuznets (1956) on constate une très grande stabilité de l’épargne sur longue période, alors que les revenus connaissent une forte augmentation.

La consommation contribue de manière forte et régulière à la croissance du revenu national. Elle stimule les entreprises, les pousse à investir et à proposer de nouveaux biens et services (innovation).

 

        Consommation, épargne et revenu

Friedman (1957) a avancé la théorie du revenu permanent pour expliquer le rôle de la consommation : les agents consomment en fonction du revenu anticipé sur moyen et long terme. Ce qui explique la stabilité de la consommation. Les mesures conjoncturelles ne modifieront que le revenu courant et n’ont pas d’impact sur la croissance.

Modigliani & Brumberg (1954) ont proposé une analyse basée sur le cycle de vie. Les comportements de consommation et d’épargne dépendent d’un calcul de long terme (sur l’échelle d’une vie). La consommation est stable au cours de la vie, elle augmente un peu. L’ajustement se fait par l’épargne et la désépargne : au début de leurs vies, les agents ne peuvent épargner, ils doivent attendre de gagner suffisamment ; puis en fin de vie, ils puisent dans leur épargne pour maintenir leur consommation.

Le vieillissement de la population peut ainsi expliquer une partie de l’épargne.

 

        Psychologie de l’épargnant

Pour Marshall (1920) on épargne dans le but de transférer de la richesse à ses enfants : c’est l’altruisme intergénérationnel. Par extension, l’existence d’un couple ou d’une famille influence le niveau d’épargne : la séparation incite à réduire la consommation.

Pour Deaton (1992) il faut prendre en compte l’existence de l’épargne de précaution. Les agents diminuent leur consommation pour faire face à d’éventuelles situations difficiles. Il dépend donc de la prise en compte des risques (aversion) par les agents. On parle parfois d’épargne tampon.

La répartition entre consommation et épargne peut traduire des déséquilibres : une croissance basée sur l’augmentation de la consommation réduit la part de l’épargne et rend donc nécessaire un financement par le reste du monde (ex : USA). Inversement une épargne importante peut traduire une consommation faible et par là une faible croissance (ex : Japon).

De même l’augmentation de l’épargne financière peut accroître les effets de richesse grâce aux gains boursiers, mais également détruire rapidement les sommes épargnées (ex : retraite).

 

Conclusion :

Consommer et épargner n’ont de sens qu’en prenant en compte l’investissement.

Les facteurs socio culturels ont un rôle essentiel.

 

Références :

BOURDIEU, Pierre : La distinction, Minuit, 1979

BROWN, T.M. : Habit Persistence and Lags in Consumer Behaviour, Econometrica, 1952

DEATON, Angus : Understanding consumption, Oxford University Press, 1992

DUSENBERRY, James : Income, Saving and the Theory of Consumer Behavior, Harvard University Press, 1949

ENGEL, Ernst : Die Produktions- und Consumtionsverhäaltnisse des Käonigreichs Sachsen, Ministeriums des Inneres, 1857

FISHER, Irving : The rate of interest, Pickering & Chatto, 1907

FRIEDMAN, Milton : A theory of the consumption function, Princeton University Press, 1957

GALBRAITH, John Kenneth : Le nouvel état industriel, Gallimard, 1967

HERPIN, Nicolas & VERGER, Daniel : Consommation et modes de vie en France, La Découverte, 2008

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

KUZNETS, Simon : National Product Since 1869, NBER, 1956

MARSHALL, Alfred : Principles of economics, Prometheus Books, 1920

MODIGLIANI, Franco & BRUMBERG, Richard : Utility Analysis and the Consumption Function: An Interpretation of Cross-Section Data, in KURIHARA, Kenneth dir., Post-keynesian economics, Rutgers University Press, 1954

SAY, Jean Baptiste : Traité d’économie politique, Economica, 1803

VEBLEN, Thorstein : Théorie de la classe de loisir, Gallimard, 1899

22:32 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |