19/10/2011

Le développement et la transition économique

        De la croissance au développement

Rappel : la croissance correspond à l’aspect quantitatif de l’accroissement des richesses alors que le développement vise le qualitatif.

Le développement c’est l’ensemble des transformations techniques, sociales et culturelles qui permettent l’apparition et la prolongation de la croissance économique. Il traduit l’élévation des niveaux de vie. Ex : alphabétisation, diminution de la mortalité infantile …

La croissance et le développement sont des notions historiques récentes : elles datent de la première révolution industrielle. Période où l’Europe commence à dominer le monde. Mais les écarts de développement ne sont pas inéluctables. Comme le montre Bairoch (1993) certains pays aujourd’hui en développement (Chine, Amérique Latine ou Moyen-Orient) étaient vraisemblablement plus développés que l’Europe avant la Révolution industrielle.

Problème de fond : constat des inégalités de développement (pble du sous-développement)

 

        Le développement, un problème politique

Plusieurs définitions et approches ont été avancées :

- le Tiers Monde / Sauvy (démographe) : approche politique fait le parallèle avec la notion de Tiers état du fait de l’importance démographique des pays moins développés

- les pays sous-développés / Lacoste (géographe) : approche géopolitique qui met bien en valeur le caractère négatif de la situation (donc pas utilisé institutionnellement)

- la périphérie / Wallerstein (historien et sociologue) : repose sur l’approche d’ « économie monde » de Braudel qui décrit la hiérarchie économique des zones géographiques.

- le Sud / Brunel (géographe et dirigeante d’ONG) : approche spatiale qui constate que les pays moins développés sont situés majoritairement dans l’hémisphère sud.

Pour les économistes, l’économie du développement s’est réduite à l’économie de la croissance.

Ex : suivre les étapes identifiées par Rostow

 

        Le développement, un problème de définition

Plusieurs critères ont été avancés :

- critères humains et sociaux : malnutrition, soins médicaux

- critères économiques : PIB par habitant, agriculture dominante, industrialisation insuffisante

- critères politiques et culturels : peu de démocraties, clientélisme, inégalités fortes, acculturation, poids des traditions

D’où une approche synthétique par groupe de pays qui ne rend pas réellement compte de la diversité des pays en développement :

- les pays les moins avancés PMA et les pays à faibles revenus : correspond aux pays les plus démunis et les plus défavorisés qui nécessitent des mesures d’aide d’urgence

ex : Afghanistan, Mali, Mozambique, Somalie, Soudan …

- les nouveaux pays industrialisés : ont connu un rythme de croissance élevé qui favorise leur développement

ex : Brésil, Mexique, Argentine, Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Hong Kong …

- les pays exportateurs de pétrole : au moins 30 % de leurs exportations

Q : comment expliquer les écarts de développement ?

 

I] Les théories du développement

L’accroissement des écarts de revenu est important au XXe siècle. Maddison (2003) montre que le PNB par habitant des pays les plus riches a augmenté fortement depuis les années 50 alors que celui des pays pauvres stagne. Sala-I-Martin (2006) estime que les écarts se réduisent depuis les 80’s.

 

        Les approches volontaristes

Lewis (1955) considère que le développement est lié au dualisme : l’économie des pays en rattrapage est basée sur la coexistence entre un secteur traditionnel et un secteur moderne. Le secteur traditionnel est généralement lié à l’agriculture ou à l’artisanat et emploie beaucoup de main d’œuvre. Le secteur moderne utilise beaucoup de capital et se tourne vers l’exportation.

Si les deux secteurs ne s’articulent pas de manière cohérente, le secteur moderne n’entraîne pas le secteur traditionnel il ne favorise que les importateurs ; alors que la main d’œuvre abondante et bon marché devrait favoriser la croissance et le développement interne.

Pour Hirschman (1958) le développement consiste à dépasser les blocages de cette croissance déséquilibrée : les pouvoirs publics doivent favoriser les investissements vers certains secteurs industriels afin de provoquer des besoins en amont de la filière.

Pour Gerschenkron (1962) les pays qui s’industrialisent après les autres peuvent suivre un développement spécifique qui repose sur une politique volontariste de l’état.

Ex : Japon, Russie, Allemagne

 

        Les approches critiques

Nurkse (1953) analyse le sous-développement comme un cercle vicieux : la faiblesse des revenus se traduit par une épargne faible qui ne permet pas d’investir et par une consommation insuffisante. Le travail n’est pas donc pas suffisamment productif.

De plus, si les pays pauvres obtiennent des capitaux de l’extérieur, il existe un risque fort que la capacité de remboursement ne permette pas de se désendetter et que cela réduise la croissance. L’aide au développement est donc inefficace (voire néfaste).

Prebisch (1950) étudie les pays d’Amérique latine : il considère que leur insertion dans l’économie mondiale est mauvaise car ils sont spécialisés dans l’exportation de produits primaires alors que les pays développés exportent des produits à haute valeur ajoutée. Les termes de l’échange ne peuvent que se détériorer car les prix des produits primaires sont instables et facilement concurrencés.

Emmanuel (1969) et Amin (1973) prolongent cette approche en s’appuyant sur l’analyse marxiste de l’impérialisme. Le sous développement est le produit de la domination des pays pauvres par les pays capitalistes qui cherchent à tirer profit de leurs ressources (matières premières ou faible coût de main d’œuvre). C’est l’échange inégal : les pays riches vendront leurs produits à haute valeur ajoutée contre des ressources marchandes bon marché. L’échange inégal entraîne un développement inégal : les pays en développement sont marginalisées et relégués à la périphérie des économies dominantes. Ils doivent donc opter pour une fermeture de leurs frontières et un développement autocentré.

 

• Le renouveau des théories du développement

Après le « consensus de Washington » développé à partir des années 80 autour de quelques principes économiques de base sur le développement (stabilisation, privatisation et libéralisation), certaines théories ont insisté sur les aspects institutionnels : ainsi Sen (1999) a complètement renouvelé les approches de l’économie du développement en insistant sur les libertés préalables à tout progrès économique : démocratie, alimentation, droits des femmes … Il défend une approche éthique de l’économie : le développement doit garantir la fourniture des biens et services essentiels.

Laffont (2005) montre également que la réglementation est nécessaire au développement : il faut mettre en place des incitations qui empêchent les dysfonctionnements économiques.

Ex : contrôler efficacement les entreprises en charge du service public

On retrouve l’opposition entre volontaristes et critiques : Sachs (2005) et Easterly (2006) s’opposent sur l’utilité de l’aide au développement. Pour Sachs elle est nécessaire pour accumuler du capital et investir alors que pour Easterly seuls le marché et la consommation intérieure peuvent fonctionner.

Pour dépasser les querelles théoriques, Duflo (2009) défend quand à elle une économie modeste et normative basée sur la méthode expérimentale, qui consiste à tester réellement des hypothèses économiques (2010).

 

 

II] L’économie de la transition

Cas particulier du développement : passage à l’économie de marché des anciennes économies planifiées de type socialiste.

 

        Caractéristiques des économies socialistes

Mis en place à partir de la révolution russe de 1917, les systèmes économiques centralisés et planifiés se sont généralisés au bloc soviétique après 1945.

Représentaient des alternatives à l’économie de marché.

Ils reposent sur la propriété collective des moyens de production et une planification centrale de la production reposant sur une bureaucratie. Ainsi il y a une division du travail au sein du bloc.

L’effort a été massif sur l’industrialisation, mais sans tenir compte des besoins des consommateurs.

Cela a débouché sur des pénuries et une forte économie parallèle que le gouvernement soviétique n’a pas réussi à résorber. Sans compter le caractère totalitaire des régimes.

Suite à l’effondrement de l’URSS, puissance nucléaire, en 1991 les institutions internationales (FMI et BIRD) et les USA ont favorisé la création d’une économie de marché en Russie et dans les anciens pays satellites.

 

        Les débats économiques autour de la transition

Deux grandes options ont été théorisées et mises en œuvre :

Le « gradualisme » (réformes institutionnelles d’abord, puis secteur par secteur) ou la « thérapie de choc » (privatisations totales et réduction de l’intervention publique).

Sachs ou Shleifer ont défendu l’idée de la thérapie de choc pour rendre irréversible le passage à l’économie de marché. Théorie défendue encore aujourd’hui même si Shleifer & Treisman (2000) constatent que cela a favorisé la constitution d’une oligarchie en Russie : du fait de la concentration du pouvoir d’une part et de l’importance de ses ressources naturelles qui favorise la concentration économique d’autre part.

Andreff (2006) développe une approche critique de la transition en insistant sur les aspects négatifs des privatisations (oligarchie), le chômage de masse et le peu d’avancées démocratiques.

L’opposition gradualisme/thérapie de choc relevait donc plus du slogan politique que de l’analyse économique réelle, Portes (1994).

 

        Les contraintes de la transition

Blanchard (1997) expose les défis économiques que les pays en transition doivent affronter :

Ils sont macroéconomiques : la croissance n’a pas été aussi forte que prévue (inférieure à la période précédente). Le chômage et l’inflation augmentent car les travailleurs et les biens vendus ne sont pas adaptés aux conditions du marché. Il faut restructurer l’économie.

Ils sont microéconomiques : il faut privatiser les entreprises publiques afin qu’elles passent de la production d’un seul type à une offre diversifiée et adaptée à la demande, de manière efficace.

Les contraintes sont également institutionnelles : Stiglitz (2000) critique le fait que la transition se soit faite en détruisant l’autorité de l’Etat, ce qui n’a pas favorisé l’instauration d’un cadre favorable au développement économique (autorité de la loi, respect des droits …) alors que le gradualisme chinois avec un Etat fort a produit des résultats économiques positifs.

Pas de lien empirique entre transition économique et développement démocratique. Le cas paradoxal de la Chine montre en effet qu’un pays peut réaliser sa transition sans se démocratiser.

 

Conclusion :

Les nouvelles recherches mobilisent les progrès de l’analyse économique : incitations, institutions, économie expérimentale … Et tiennent compte de l’environnement dans une logique de développement durable (I. Sachs).

 

Références :

ANDREFF, Wladimir : La mutation des économies post-socialistes, L’Harmattan, 2006

AMIN, Samir : Le développement inégal, Minuit, 1973

BAIROCH, Paul : Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1993

BLANCHARD, Olivier : The economics of post-communism transition, MIT Press, 1997

BRUNEL, Sylvie : Le Sud dans la nouvelle économie mondiale, Puf, 1995

DUFLO, Esther : Expérience, science et lutte contre la pauvreté, Fayard, 2009

DUFLO, Esther : Le développement humain, Seuil, 2010

DUFLO, Esther : La politique de l’autonomie, Seuil, 2010

EASTERLY, William : Le fardeau de l’homme blanc L’échec des politiques occidentales d’aide aux pays pauvres, Markus Haller, 2006

EMMANUEL, Arghiri : L’échange inégal, Maspero, 1969

GERSCHENKRON, Alexander : Economic Backwardness in Historical Perspective, Harvard University Press, 1962

HIRSCHMAN, Albert : Stratégie du développement économique, Editions Ouvrières, 1958

LACOSTE, Yves : Géographie du sous-développement, Puf, 1965

LAFFONT, Jean-Jacques : Regulation and development, Cambridge University Press, 2005

LEWIS, William Arthur : La théorie de la croissance économique, Payot, 1955

MADDISON, Angus : L’économie mondiale, OCDE, 2003

NURKSE, Ragnar : Les problèmes de la formation du capital dans les pays sous-développés, Cujas, 1953

PORTES, Richard : Transformation traps, Economic Journal, 1994

PREBISCH, Raul : The economic development of Latin America, ONU, 1950

SALA-I-MARTIN, Xavier : The World Distribution of Income: Falling Poverty and ... Convergence, Period, Quarterly Journal of Economics, 2006

SACHS, Ignacy : Pour une économie politique du développement, Flammarion, 1992

SACHS, Jeffrey : The end of poverty, Penguin, 2005

SEN, Amartya : Un nouveau modèle économique, Odile Jacob, 1999

SHLEIFER, Andrei & TREISMAN, Daniel : Without a map, MIT Press, 2000

STIGLITZ, Joseph : Whither reform Ten years of the transition, in STIGLITZ, Joseph & PLESKOVIC, Boris dir., Annual World Bank Conference on Development Economics 1999, Banque Mondiale, 2000

WALLERSTEIN, Immanuel : Comprendre le monde, La Découverte, 2004

11:26 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

16/10/2011

Les cycles et les crises

Quand l’économie fonctionne parfaitement, si elle suit le modèle de la concurrence pure et parfaite, elle est en situation d’équilibre.

Cependant, cette situation n’est que rarement atteinte : d’une part, l’économie connaît des cycles, d’autre part elle peut subir des crises.

A long terme, la production est en croissance. Mais comme les fondamentaux de l’économie évoluent (changements dans les choix des consommateurs, innovations, augmentation de prix …) cela affecte l’économie dans son ensemble.

Si la croissance était régulière, elle suivrait une tendance (trend) : c’est l’évolution du produit potentiel d’une économie en situation de plein emploi. Les écarts entre cette situation idéale et la croissance réelle s’appellent l’écart de production (output gap).

Conséquence la plus évidente : le chômage est plus ou moins élevé suivant les fluctuations.

Q : les cycles et les crises marquent elles la fin ou le début d’un équilibre ?

 

I] Analyse des fluctuations

L’économie est caractérisée par des alternances périodiques de croissance et de récession.

On distingue plusieurs catégories de cycles en fonction de leur durée :

 

        Cycle Juglar (1862)

L’activité économique est régie par des cycles d’affaires d’une durée moyenne de 10 ans.

Etude de la conjoncture française, anglaise et américaine.

Les cycles voient se succéder quatre phases : expansion / crise / dépression / reprise.

Pour Juglar les fluctuations s’expliquent par l’activité industrielle (XIXe) et son influence sur l’ensemble de l’économie.

 

        Cycle Kondratieff (1920)

L’activité économique est régie par des mouvements cycliques de long terme.

Etude de la France, des Etats Unis, du Royaume Uni et de l’Allemagne.

Chaque cycle comporte trois phases : expansion / retournement / dépression.

Ces cycles sont d’application générale. Durée approximative = 20 + 10 + 20 ans.

Konratieff identifie trois cycles : 1790-1814-1849, 1849-1873-1896 et 1896-1920 …

 

        Cycle Kitchin (1923)

L’activité économique est régie par des cycles courts d’une durée moyenne de 40 mois.

Comme les entreprises constituent des stocks en période de croissance, cela accroît l’activité. Mais pour s’adapter à la demande, elles vont déstocker, ce qui entraîne des récessions.

 

        Cycles Burns & Mitchell (1946)

Travaux menés au sein du NBER (National Bureau of Economic Research) pour analyser les cycles américains. Ils donnent une définition empirique des cycles : « un cycle se compose d’expansions qui interviennent à peu près simultanément dans de nombreuse activités économiques, suivies de manière tout aussi répandue par des récessions, des contractions, puis des reprises qui se fondent dans la phase d’expansion du prochain cycle ».

But = faire des prévisions.

Les fluctuations économiques reposent sur quatre principes :

 

- les salaires sont rigides : à court terme les salariés ne peuvent accepter une diminution de leur revenu. Les entreprises réduisent donc l’emploi.

- les prix sont rigides : à court terme les entreprises ne vont pas modifier leurs prix. Elles jouent sur les quantités produites pour s’ajuster.

- les responsables de la politique économique arbitrent entre inflation et chômage : si les salaires augmentent les entreprises peuvent répercuter le coût en augmentant les prix.

- les autorités monétaires luttent contre l’inflation en augmentant le coût de l’argent : elles cherchent à augmenter les taux d’intérêt pour diminuer la masse monétaire.

 

II] Théorie des cycles

Plusieurs hypothèses cherchent à expliquer les fluctuations de l’économie.

 

        Modèles de déséquilibre

Schumpeter (1939) estime que les cycles proviennent des innovations technologiques.

Les nouveautés introduites dans l’économie (produits ou procédés) entraînent un processus de destruction créatrice : les anciennes méthodes sont progressivement remplacées dans le système productif, ce qui explique les enchaînements croissance / récession.

Goodwin (1967) montre que les cycles s’expliquent par l’effet accélérateur de l’investissement. L’investissement dans les techniques de production entraîne une augmentation de l’emploi : ce qui accroît les salaires et le profit. Ainsi la consommation et l’investissement augmentent, créant une phase de croissance. Mais la diminution du taux de chômage va entraîner un déséquilibre : à partir d’un stade, le profit n’augmente plus. Les entreprises cessent d’investir et réduisent leur production et donc l ’emploi. C’est la récession.

Minsky (1982) estime que les fluctuations économiques découlent des variations du crédit.

L’investissement dépend de prévisions qui sont trop optimistes en période de croissance, ce qui favorise le recours au crédit, mais qui augmente le risque de non remboursement de prêts. Quand les préteurs doutent de la solvabilité, ils vont réduire leurs financements. Cela entraîne une crise, car les entreprises ne peuvent plus emprunter. Ex : crise immobilière

 

        Modèles d’équilibre

Grandmont (1985) montre que les cycles peuvent s’expliquer par un déséquilibre inter temporel. Les jeunes travaillent et épargnent pour consommer quand ils seront vieux.

Si leurs anticipations sont inadaptées, les agents ne vont pas se comporter de manière équilibrée : ils vont surestimer ou sous-estimer leur consommation future et engendrer des fluctuations.

Pour Kydland & Prescott (1982) les cycles traduisent une situation d’équilibre : ce sont des réponses optimales à des chocs technologiques.

C’est la théorie des cycles réels. Comme la technologie évolue, elle modifie le comportement des agents. Face à un choc (progrès technique), un individu va investir en espérant consommer plus demain.

Mais comme certains chocs ne sont que temporaires, il y a des fluctuations.

Ex : les dépenses publiques, Plosser (1989)

 

        Cycles politiques

Nordhaus (1975) montre que les cycles peuvent provenir de choix politiques.

Les hommes politiques subissent une contrainte électorale : ils cherchent à être réélus. Les dépenses publiques vont suivre des cycles politiques : à l’approche des élections, les gouvernements cherchent à réduire le chômage et vont donc distribuer des richesses (qui vont accroître l’inflation) ce qui va entraîner une phase de croissance. Apres l’élection, ils doivent réduire l’inflation, ce qui déclenche une récession.

Alesina (1989) montre dans cette logique que l’incertitude politique peut entraîner une instabilité économique.

 

 

III] Analyse économique des crises

A partir de la crise de 1929, la crise économique est généralement un phénomène complexe : mélange aspects industriel et financier.

La crise est un ralentissement durable de la croissance.

Attention au contexte économique et historique de chaque crise : rôle de l’Etat, situation macroéconomique …

On distingue les auteurs qui considèrent les crises comme possibles ou inéluctables.

 

        La crise est possible car l’économie de marché connaît des perturbations transitoires

Hayek (1931) l’économie peut connaître des crises du fait de la création monétaire. Celle ci favorise l’investissement en biens de production. Mais cela va favoriser l’inflation. Quand l’inflation est trop élevée, les entreprises réduisent leur investissement.

Théorie qui explique les cycles et les crises.

Keynes (1936) les crises proviennent des anticipations pessimistes des agents. Si elles pensent que la demande effective est faible, les entreprises ne vont pas produire assez pour assurer le plein emploi.

Seule une intervention favorisant l’investissement pourra relancer l’économie.

Friedman (1963) les crises économiques proviennent d’un déséquilibre monétaire : il faut que les banques centrales contrôlent la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

Si la monnaie est abondante, il y a inflation. S’il y a contraction de la masse monétaire, il y a déflation.

Lucas (1976) les crises sont dues à l’intervention de l’Etat qui perturbe les anticipations des agents.

 

        La crise est inéluctable car l’économie de marché est porteuse de déséquilibres

Schumpeter (1941) considère que la crise exprime la destruction créatrice. Elle marque la rupture technologique d’un système productif.

Ainsi, Freeman (1982) montre que les résistances sociales à l’innovation font que les crises sont plus ou moins longues.

Pour les marxistes (Mandel) la crise économique est inhérente à l’économie de marché. Le capitalisme souffre de contradictions entre classes sociales qui ne peuvent être résolues que par la crise. Mais beaucoup d’explications un peu prophétiques …

Boyer (1986) estime que les crises s’expliquent par l’épuisement des modes de régulation de l’économie. La croissance est basée sur un régime d’accumulation reposant sur 5 facteurs institutionnels : formes de concurrence, rapport salarial, rôle de l’Etat, insertion internationale et place de la monnaie.

Dès que cet équilibre est rompu du fait des contradictions du régime de régulation, c’est la crise.

 

Conclusion :

La variété des crises rend nécessaire un recours à l’histoire.

Cela rend les prévisions aléatoires (ex : prévoir une bulle spéculative).

 

Références :

ALESINA, Alberto: Politics and business cycles in industrial democracies, Economic Policy, 1989

BOYER, Robert : La théorie de la régulation Une analyse critique, La Découverte, 1986

BURNS, Arthur & MITCHELL, Wesley : Measuring business cycles, NBER, 1946

FREEMAN, Christopher : The economics of industrial innovation, MIT Press, 1982

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna : Money and business cycles, Review of Economics and Statistics, 1963

GOODWIN, Richard : A Growth Cycle, in FEINSTEIN, Charles dir., Socialism, Capitalism and Economic Growth, Cambridge University Press, 1967

GRANDMONT, Jean-Michel : On endogenous competitive business cycles, Econometrica, 1985

HAYEK, Friedrich : Prix et production, Calmann Levy, 1931

JUGLAR, Clément : Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux Etats-Unis, Guillaumin, 1862

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

KITCHIN, Joseph : Cycle et tendances des variables économiques, Revue Française d’Economie, 1923

KONDRATIEFF, Nicolaï : Les grands cycles de la conjoncture, Economica, 1920

KYDLAND, Finn & PRESCOTT, Edward : Délai de construction et fluctuations agrégées, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1982

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

MANDEL, Ernest : La crise, Flammarion, 1985

MINSKY, Hyman : Can “it” happen again ?, M.S. Sharpe, 1982

NORDHAUS, William : Le cycle politique, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1975

PLOSSER, Charles : Understanding real business cycles, Journal of Economic Perspectives, 1989

ROSIER, Bernard : Les théories des crises économiques, La Découverte, 2003

SCHUMPETER, Joseph : Business cycles, Martino Publishing, 1939

SCHUMPETER, Joseph : Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, 1941

00:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

La croissance

• Une approche quantitative de l’évolution économique.

Reflet de l’augmentation de la production à long terme de l’économie.

On distingue la croissance de l’expansion qui n’est qu’une augmentation conjoncturelle.

On associe traditionnellement la croissance et le développement : ce sont les transformations des structures économiques et sociales qui découlent de la croissance.

Ex : niveau de vie, urbanisation, éducation …

La croissance n’est pas liée au progrès : les changements ne sont pas nécessairement positifs.

Comme la croissance est quantitative, il faut pouvoir la mesurer.

Il faut adopter une période de référence : c’est une année en principe. (Attention aux précautions à prendre dans l’évolution d’une variable : évolution moyenne, alternance augmentation/diminution …)

On utilise traditionnellement le PIB, produit intérieur brut, ou le PNB, produit national brut : c’est la somme des valeurs ajoutées créées par les entreprises sur un territoire ou provenant d’un pays. (Il faut tenir compte du couple mondialisation de l’économie / nationalité d’une entreprise).

 

• Les limites des indicateurs de richesse

Comme tout indicateur quantitatif, il comporte de nombreuses limites :

- il ne prend pas en compte le travail domestique

- il ignore l’économie souterraine

- il faut corriger la hausse des prix

- les nuisances ne sont pas prises en considération : la pollution accroît le PIB

C’est pourquoi d’autres indicateurs existent : le plus répandu étant l’IDH, utilisé par l’ONU.

Il prend en compte : l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation et le niveau de vie (PIB réel par habitant). Pour une synthèse des recherches sur les nouveaux indicateurs de richesse, voir Gadrey & Jany-Catrice (2007)

Le problème de fond est qu’il est extrêmement difficile de comparer les PIB des pays : les comptabilités nationales sont diverses, la fiabilité des statistiques également (ex : Chine), la valeur des monnaies nationales modifie l’analyse …

De plus, les biens produits évoluent dans le temps : les comparaisons temporelles sont à manier avec précaution surtout pour les longues durées.

Enfin, le PIB est un variable globale. Si on veut utiliser le PIB par habitant, on risque de négliger les fortes différences de revenu.

Bref, utiliser la croissance avec précaution ! De plus c’est un phénomène récent (Maddison).

Q : la croissance est elle une bonne chose ?

 

 

I] La contribution du travail à la croissance

C’est l’ensemble des capacités physiques et intellectuelles mises en œuvre pour produire les biens et les services nécessaires à la satisfaction des besoins.

Soit on utilise plus de travail, soit on l’utilise mieux.

 

• Augmentation de la quantité de travail

Le volume de travail dépend de la population active : càd de l’ensemble des personnes qui exercent un emploi ou qui en cherchent un (actifs occupés et chômeurs).

Si cette population augmente, la production peut augmenter.

Mais la durée de vie active n’augmente pas autant que l’espérance de vie : les études peuvent être longues, les départs à la retraite ne sont pas repoussés …

La population active dépend donc des grandes évolutions démographiques : baby boom après la guerre, vieillissement actuel, immigration (blocage depuis 1974), féminisation (taux d’activité augmente fortement) …

Le volume de travail dépend également de la durée du travail : càd des heures de travail effectuées par les actifs. On distingue la durée légale et la durée effective du travail. La quantité d’heures travaillées par habitant est un des déterminants de la croissance.

En fonction des secteurs, on constate de fortes différences (ex : transports).

Dans les pays développés, le temps de travail a tendance à se réduire : il faut de moins en moins de temps pour produire des biens équivalents, ou un même niveau de richesse. De plus, les mesures légales visant à réduire le temps de travail se sont développées (ex : en France de 12h par jour en 1848 aux 35h hebdomadaires en 2000).

 

• Augmentation de la qualité du travail

C’est la prise en compte de la productivité des travailleurs (voir « Le marché du travail »).

La productivité est le rapport entre le volume de production réalisé et la volume de travail nécessaire pour cette production.

Pour les comparaisons, on utilise le plus souvent la productivité horaire : rapport entre valeur ajoutée et nombre d’heures travaillées.

Comme les biens produits présentent des différences (notamment aux yeux des consommateurs) le plus souvent la productivité repose sur la valeur ajoutée produite en fonction des effectifs employés.

La réduction des écarts de productivité entre les pays développés au cours des 30 glorieuses ou leur augmentation récente (au profit des USA) est vue comme un des déterminants de la croissance.

En effet la productivité dépend de la qualification des travailleurs (capital humain), de leur expérience … Les caractéristiques démographiques de la population sont donc importantes (âge ou sexe), de même que les aspects sectoriels : certaines activités ont une forte valeur ajoutée. Dans une économie de services, la productivité ne peut pas augmenter indéfiniment.

 

 

II] La contribution du capital à la croissance

Comme les évolutions du travail se font sur le long terme, il est nécessaire que le facteur capital soit également modifié pour accroître la production.

 

• Du capital à l’investissement

Il faut prendre en compte le capital technique, càd le capital fixe (moyens de production) et le capital circulant (stocks). Ces équipements permettent de produire plus et mieux.

Il reste difficile d’analyser la productivité du capital. Comme pour le travail, la productivité est le rapport entre le volume de production réalisé et la volume de capital nécessaire pour cette production. Mais on ne prend pas tout le capital en compte (ex : pas les bâtiments).

On se base donc sur d’autres notions telles que le progrès technique, l’expérience, l’innovation.

C’est donc à partir de l’investissement qu’on constate une augmentation du capital : acquisition de biens durables destinés à être utilisés pendant au moins 1 an pour produire des biens et des services.

Il est donc nécessaire de retrancher l’amortissement des investissements pour mesurer réellement la contribution du capital. (voir « L’investissement »)

Comme le capital augmente plus fortement que la population active, on considère que c’est un facteur essentiel de la croissance.

 

• Les analyses empiriques et le « résidu » de la croissance

D’où les études empiriques quantitatives pour mesurer la contribution respective des facteurs :

- Denison (1967) étudie les USA et l’Europe de 1950 à 1962

- Carré Dubois & Malinvaud (1972) étudient la France de 1951 à 1969

Font apparaître une contribution inexpliquée à la croissance …

 

 

III] Les sources de la croissance économique

Sur un plan théorique on distingue deux temps de l’analyse économique de la croissance.

 

Analyses keynésiennes et classiques

Les keynésiens Harrod (1939) & Domar (1947) estiment que la croissance ne peut pas être équilibrée : du fait de l’effet multiplicateur, l’investissement modifie l’offre ; et dans un second temps la demande s’adapte.

D’après l’analyse classique de Solow (1956), la croissance est stable et équilibrée : elle s’explique par l’accroissement des facteurs travail et capital (ex : croissance démographique, investissement …). On dit que la croissance est exogène. Si la croissance augmente plus que les facteurs c’est du fait d’un résidu : le progrès technique, qu’on ne peut expliquer.

Pour Rostow (1962) la croissance est une succession d’étapes favorisée au départ par des conditions politiques : démarrage / marche vers la maturité / consommation de masse.

 

• Nouvelles théories de la croissance

D’où un développement de nouvelles théories de la croissance (Guellec & Ralle) qui proposent des théories de la croissance endogène : càd cherchant à expliquer le résidu.

La croissance s’explique par l’effort de recherche et développement des agents économiques qui est la source du progrès technique : Romer (1986).

La croissance s’explique par le capital humain que les agents accumulent et qui leur permet d’être plus efficaces : Lucas (1988).

La croissance s’explique par les dépenses publiques concernant des infrastructures qui bénéficient à l’ensemble de la production : Barro (1990).

La croissance s’explique par le processus d’innovation qui fait disparaître les anciens produits ou procédés pour les remplacer par des nouveautés : Aghion & Howitt (1992).

De même, l’approche institutionnaliste a insisté sur le rôle déterminant de facteurs sociaux sur la croissance.

Pour North (1990) les institutions politiques ont favorisé la croissance aux USA : le droit de propriété a ainsi permis l’investissement ou l’innovation.

 

Conclusion :

La croissance s’explique de plus en plus par la politique économique, car le rôle de l’Etat et des institutions publiques semble déterminant.

 

Références :

AGHION, Philippe & HOWITT, Peter : A model of growth through creative destruction, Econometrica, 1992

BARRO, Robert : Government spending in a simple model of endogenous growth, Journal of Political Economy, 1990

CARRE, Jean-Jacques ; DUBOIS, Paul & MALINVAUD, Edmond : La croissance française, Seuil, 1972

DENISON, Edward : Why growth rates differ, Brookings, 1967

DOMAR, Evsey : Expansion and employment, American Economic Review, 1947

GADREY, Jean & JANY-CATRICE, Florence : Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte, 2007

GUELLEC, Dominique & RALLE, Pierre : Les nouvelles théories de la croissance, La Découverte, 1995

HARROD, Roy Forbes : An essay in dynamic theory, Economic Journal, 1939

LUCAS, Robert : On the mechanics of economic development, Journal of Monetary Economics, 1988

MADDISON, Angus : Les phases du développement capitaliste, Economica, 1981

NORTH, Douglass : Institutions, institutional change and economic performance, Cambridge University Press, 1990

ROMER, Paul : Rendements croissants et croissance à long terme, Idées, 1986

ROSTOW, Walt : Les étapes de la croissance économique, Seuil, 1962

SOLOW, Robert : Une contribution à la théorie de la croissance économique, in ABRAHAM-FROIS, Gilbert dir., Problématiques de la croissance, Economica, 1956

00:21 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |