22/10/2011

Des idées dans le monde

Le fameux quotidien du soir, Le Monde abrite dans ses pages et sur son site web des petites pépites de réflexion sur les problèmes socio-économiques de l'actualité. De grands auteurs publient des tribunes de qualité, souvent engagées, mais qui de toute façon titilllent l'intérêt intellectuel de l'individu moyen. C'est la rubrique "Idées" : http://www.lemonde.fr/idees/

Au cours du mois d'octobre, on peut suivre une polémique entre Michel Godet, professeur d'économie au CNAM et la sociologue Dominique Méda prenant appui sur les difficultés macroéconomique de la Grèce pour confronter leurs visions de l'économie : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/20/des-mots-f...

On peut lire l'analyse des déséquilibres financiers internationaux sous la plume de trois étoiles montantes de l'économie française, Pierre-Olivier Gourinchas, Philippe Martin et Thomas Philippon : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/17/comment-ev...

Enfin on peut consulter les chroniques du supplément économie, comme celle de Thibaut Gajdos sur la fiscalité : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/17/fiscalite-...

15:18 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

20/10/2011

La jeunesse en France

Quand trois économistes spécialistes du travail, Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo et André Zylberberg ; rencontrent un sociologue, Olivier Galland ; ils en profitent pour dresser un portrait assez pessimiste de la jeunesse française.

Reformulant l'idée de dualisme du marché du travail, ils montrent que les jeunes se décomposent en deux blocs : l'un bien inséré dans l'économie grâce aux formations et diplômes fournis par un système elitiste et un bloc qui cumule les handicaps.

Carcillo et Cahuc en parlent ici dans l'émission de radio Les Matins de France Culture.

 


Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo - Les Matins par franceculture

18:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

19/10/2011

L'emploi et le chômage

Phénomène marquant dans les pays industrialisés. A relier au développement du salariat.

 

·         Définir et mesurer le chômage

Difficile à mesurer : plusieurs sources

Le chômage est défini par le BIT : cela concerne une personne sans travail, disponible pour travailler et à la recherche d’un travail.

Définition a minima qui doit permettre les comparaisons internationales.

C’est l’INSEE qui calcule le chômage au sens du BIT au cours de l’enquête Emploi.

Pour Pôle emploi les chômeurs sont les personnes inscrites dans ses fichiers (DEFM). Source administrative, qui dépend des critères retenus pour l’inscription.

Le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active.

On distingue plusieurs types de chômage :

- chômage conjoncturel : lié à l’activité économique

- chômage structurel : lié aux déséquilibres économiques de fond

 

·         Les frontières du chômage

La notion même de chômage ne met pas en valeur de nombreuses situations intermédiaires :

- recherche d’emploi sans être disponible

- inactifs n’effectuant pas de recherches (pré-retraite, formation ou découragement)

- le travail clandestin …

Les frontières entre emploi, chômage et inactivité sont parfois ténues (ex : le temps de travail peut être réduit de manière volontaire ou non).

Les formes d’emploi sont de plus en plus variées en droit : les contrats dérogatoires au droit commun (CDI) se multiplient, le temps partiel, les stages …

L’effet du progrès technique : cela entraîne du chômage à court terme avant de favoriser la création de nouveaux emplois. C’est le processus de destruction créatrice.

L’effet du commerce international : on applique le même raisonnement.

Dans les deux cas : débats très virulents car le chômage est visible …

Q : quelles sont les grandes approches théoriques du chômage ?

 

 

I] Les caractéristiques du chômage et de la politique sociale

L’économie est en situation de sous emploi si certaines personnes travaillent moins que la durée normale du travail et souhaiteraient travailler davantage. Sinon c’est le plein emploi.

 

·         Les tendances longues

Plusieurs grandes phases concernant le chômage dans les pays industrialisés :

- 1950-1970 : chômage faible (8 à 10 M)

- 1970-1982 : forte augmentation du chômage (30 M)

- 1983-1990 : faible baisse (25 M)

- 1990-1998 : nouvelle augmentation (35 M)

- 1998-today : plus de tendance générale

Le chômage frappe de manière plus accentuée certaines catégories de la population active : les jeunes, les femmes, les moins diplômés, les étrangers …

Certaines zones géographiques et certains secteurs économiques sont plus touchés que d’autres ; de plus la durée de chômage peut varier sensiblement … Longue durée = 12 mois.

Le chômage doit s’apprécier sur deux échelles, Maurin (2002) :

- la vulnérabilité : risque de tomber au chômage

- l’employabilité : probabilité de sortir du chômage

Les Formes Particulières d’Emploi (CDD, intérim, apprentissage …) expriment les mutations productives de l’économie et la modification du tissu social.

 

        Les évolutions de la politique sociale

Depuis 1974, plusieurs grandes modifications structurelles encadrent la politique sociale :

- L’importance de la désinflation : l’arbitrage croissance / inflation des Trente glorieuses prend fin du fait de la stagflation. La crise rend nécessaire une désindexation des salaires et des prix pour mettre un terme à la spirale inflationniste. Il faut éviter de répercuter les hausses de coûts dans les prix.

- La modification du partage de la valeur ajoutée : la part des revenus des ménages diminue par rapport à celle des entreprises. Après une augmentation au début de la crise, les salaires sont contenus pour rétablir les marges des entreprises. L’épargne s’accroît.

Les revenus du patrimoine des ménages augmentent, en particulier les revenus financiers.

- La perte d’efficacité de la politique sociale : les revenus de transferts continuent d’augmenter alors que les revenus d’activité diminuent. De plus, les transferts sociaux ne favorisent pas la réduction des inégalités de revenu ou de salaires. Les inégalités tendent à s’accroître et à s’amplifier.

 

 

II] Les causes du chômage

Visent l’approche macroéconomique du chômage : prise en compte du marché du travail agrégé.

 

        L’opposition traditionnelle

On oppose classiquement la vision néoclassique et la vision keynésienne, Malinvaud (1977).

Pour les néoclassiques, le chômage découle du fonctionnement du marché du travail : c’est le temps d’adaptation aux modifications de l’offre et de la demande. Si les individus n’acceptent pas les conditions de marché (le salaire notamment) ils ne participent pas : le chômage est volontaire.

Si le marché ne fonctionne pas, c’est qu’il existe des rigidités sur le marché (rappel)

Les néoclassiques estiment qu’il existe un taux de chômage d’équilibre : pour Friedman (1968) le taux de chômage naturel est lié aux structures de l’économie et à la prospection nécessaire entre plusieurs emplois (chômage frictionnel). C’est le chômage d’une économie de marché en situation concurrentielle. Il n’a donc pas pour effet d’accélérer l’inflation.

Pour une critique des théories néo-classiques, voir Cordonnier (2000) : ne tiennent pas compte de la réalité sociale du travail.

Pour les keynésiens, le chômage est involontaire. Il découle de la rigidité des salaires à la baisse.

Cela peut déboucher sur une insuffisance de la demande effective qui n’incite pas les entreprises à investir, et qui augmente encore le chômage. La politique de l’emploi peut se résumer à un arbitrage entre inflation et chômage, Phillips (1958).

La rigidité des salaires à la baisse peut s’expliquer par la notion de salaire d’efficience ou le dualisme du marché du travail.

 

        Les nouvelles approches

Plusieurs théories ont cherché à dépasser l’opposition de base :

La théorie des contrats implicites montrent que les salariés acceptent une rémunération indépendante de la conjoncture : par aversion pour le chômage ils sont payés moins en période de forte croissance et plus en période de récession. Azariadis (1975) montre que les contrats implicites sont source d’un chômage volontaire.

La théorie du déséquilibre suggère qu’un rationnement sur le marché du travail se propage sur le marché des biens et réciproquement. Ceci permet d’expliquer à la fois les chômages classique (offre de biens insuffisante) et keynésien (demande insuffisante), Bénassy (1984).

Les trappes à inactivité : les revenus de remplacement perçus par des personnes sans emploi peuvent être proches de ce qu’ils gagneraient avec un emploi. Selon Laroque & Salanié (2000) il s’agit d’un non-emploi volontaire qui découle d’une désincitation. Ils l’estiment à 57 % des sans-emploi.

Ex : Anne & L’Horty (2002) il faudrait travailler 13 heures de plus par semaine au SMIC pour compenser l’ensemble des prestations reçues

Le modèle WS-PS : selon Layard, Nickell & Jackman (1991) la fixation du salaire réel découle de la négociation d’une part ; et de l’autre, la formation des prix découle des salaires.

Le rapport du prix au salaire est d’autant plus élevé que le chômage est faible : les salariés peuvent obtenir de meilleurs revenus. Ce modèle permet d’obtenir le chômage d’équilibre sur des fondements microéconomiques. Il explique notamment la persistance du chômage depuis la crise car le salaire dépend autant des prix, du niveau de chômage, de la productivité des salariés et du pouvoir de négociation sur le marché du travail.

 

 

III] Les politiques de l’emploi

L’Etat cherche à lutter contre le chômage. Parallèlement mise en place de l’indemnisation.

Les politiques de l’emploi peuvent être découpées en deux, L’Horty (2006) :

- Les politiques passives : indemniser ceux qui quittent le marché du travail

- Les politiques actives : soutenir la création d’emploi

 

        L’Etat peut agir sur la demande de travail

Pour améliorer l’employabilité des travailleurs l’Etat peut subventionner la création d’emploi (emplois aidés). Mais cela augmente les dépenses publiques et entraîne un effet d’éviction sur les emplois privés.

Les allégements de charge permettent d’abaisser le coût du travail. Ils sont généralement ciblés sur les bas salaires pour favoriser l’emploi peu qualifié, Malinvaud (1998). Mais cela joue également sur les dépenses publiques ; cela peut entraîner un effet d’aubaine ; il faut cibler réellement l’effort pour éviter l’effet de trappe.

La réduction du temps de travail consiste à réglementer la durée maximale du travail pour inciter les entreprises à embaucher plutôt qu’utiliser les heures supplémentaires. Mais la complexité du marché du travail (ex : qualifications) et les différences entre entreprises font qu’un partage du travail n’est que rarement atteint par une mesure générale.

La RTT peut favoriser les gains de productivité et la modération salariale, mais elle constitue la plupart du temps une rigidité. De plus les mesures sont financées par des réductions de charges qui augmentent également la dépense publique, Artus, Cahuc & Zylberberg (2007).

 

        L’Etat peut agir sur l’offre de travail

L’incitation financière au retour à l’emploi consiste à réduire le coût d’opportunité de la reprise d’emploi en prenant en compte la différence entre emploi salarié et indemnisé (ex : prime pour l’emploi). Mais comme pour les réductions de charges : il faut cibler pour être efficace …

L’augmentation de la productivité du travail, notamment par le biais du capital humain càd la qualification, les compétences … Artus & Cette (2004).

Mais cela nécessite de financer cet effort, ex : éducation, Aghion & Cohen (2004).

Les autres actions sur l’offre relèvent d’une logique malthusienne : retraites anticipées, limitation de l’immigration … But = diminuer la population active.

 

        L’Etat peut réformer le marché du travail (logique d’appariement)

La protection de l’emploi cherche à rendre les procédures de licenciement plus contraignantes.

Mais cela freine les recrutements d’où des propositions de modulation des cotisations sociales en fonction des créations ou des destructions d’emploi, Blanchard & Tirole (2003).

Les politiques contraignantes : accompagnement des chômeurs et sanction de ceux qui n’acceptent pas d’emploi. Limitation de la durée d’indemnisation … Il faut un système incitatif basé sur un accompagnement réel et des sanctions crédibles et adaptées, Cahuc & Zylberberg (2004).

 

Conclusion :

Rôle de l’éducation, de la formation …

Il faut élargir le raisonnement aux aspects non monétaires : vie de famille …

 

Références :

AGHION, Philippe & COHEN, Elie : Education et croissance, La Documentation Française, 2004

ANNE, Denis & L’HORTY, Yannick : Transferts sociaux locaux et retour à l’emploi, Economie et Statistiques, 2002

ARTUS, Patrick & CETTE, Gilbert : Productivité et croissance, La Documentation Française, 2004

ARTUS, Patrick ; CAHUC, Pierre & ZYLBERBERG, André : Temps de travail, revenu et emploi, La Documentation Française, 2007

AZARIADIS, Costas : Contrats implicites et équilibre de sous-emploi, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1975

BENASSY, Jean-Pascal : Macroéconomie et théorie du déséquilibre, Dunod, 1984

BLANCHARD, Olivier & TIROLE, Jean : Protection de l’emploi et procédures de licenciement, La Documentation Française, 2003

CAHUC, Pierre & ZYLBERBERG, André : Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion, 2004

CORDONNIER, Laurent : Pas de pitié pour les gueux, Raisons d’agir, 2000

FRIEDMAN, Milton : The role of monetary policy, American Economic Review, 1968

LAROQUE, Guy & SALANIE, Bernard : Une décomposition du non-emploi en France, Economie et Statistiques, 2000

LAYARD, Richard ; NICKELL, Stephen & JACKMAN, Richard : Unemployment, Oxford University Press, 1991

L’HORTY, Yannick : Les nouvelles politiques de l’emploi, La Découverte, 2006

MAURIN, Eric : L’égalité des possibles La nouvelle société française, Seuil, 2002

MALINVAUD, Edmond : Réexamen de la théorie du chômage, Calmann Levy, 1977

MALINVAUD, Edmond : Les cotisations sociales à la charge des employeurs, La Documentation Française, 1998

PHILLIPS, Alban William : The relation between unemployment and the rate of change of money wage rates in the United Kingdom, 1861-1957, Economica, 1958

11:30 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |