11/11/2011

Le financement de l'économie

        Le mécanisme du financement

C’est la rencontre de deux agents :

- ceux qui ont un besoin de financement

- ceux qui ont une capacité de financement

L’économie repose sur le principe qu’il existe un décalage dans le temps entre les dépenses et les recettes.

Ex : achat d’une maison pour un particulier ou acquisition de machines pour une entreprise

Comme les agents qui ont un besoin de financement ne disposent pas nécessairement des sommes en réserve, ils doivent faire appel à d’autres.

Les ressources ainsi obtenues sont des crédits. L’emprunteur s’engage à rembourser une somme en y ajoutant des intérêts.

Tous les agents peuvent être amenés à emprunter pour financer un besoin : il faut donc des capitaux.

Le besoin de financement doit rencontrer une capacité de financement : si une personne ne dispose pas des fonds qu’elle souhaite investir, il faut qu’un autre agent dispose d’une épargne qu’il ne souhaite pas utiliser pour lui même.

En général, les ménages disposent de capacités de financement et les entreprises dégagent des besoins de financement. L’épargne des ménages sert donc à fournir des capitaux pour investir.

 

        L’accroissement des besoins de financement

Mais les besoins des économies développées actuelles ne peuvent reposer simplement sur l’épargne des ménages. Les besoins de financement sont supérieurs aux capacités de financement de l’économie.

Pour se financer, les agents peuvent faire appel à l’épargne des autres pays ou obtenir un crédit par création monétaire auprès d’une banque.

On considère donc qu’existent deux sources de financement de l’économie :

- le financement non monétaire : utilisation de l’épargne

- le financement monétaire : utilisation de la création monétaire

Distinction difficile à apprécier en pratique (l’épargne est collectée).

Les circuits de financement passent donc par les banques (mettent en relation prêteurs et emprunteurs) ou par les marchés de capitaux (rencontre directe entre offre et demande).

Q : quelles sont les grandes évolutions dans le financement de l’économie ?

 

 

I] L’économie d’endettement

 

        Le financement de l’économie par crédit bancaire.

Le financement des opérations économiques est donc intermédié.

Ce mode de financement s’est largement répandu en Europe au cours des Trente glorieuses.

La reconstruction nécessitait un investissement très lourd et les européens ne disposaient pas d’une épargne suffisante pour en couvrir le coût.

L’intermédiation bancaire peut être pilotée par l’Etat. C’est le cas en France.

Ainsi la création de la Banque de France est d’abord sollicitée par le pouvoir (Napoléon en 1800) avant sa nationalisation en 1945. La plupart des banques de dépôt seront également nationalisées.

Le système de Bretton Woods avec des changes fixes permet aux Etats de contrôler les mouvements de capitaux. La France réglemente l’épargne.

 

        L’économie intermédiée suppose des conditions sociales favorables

La réticence face au papier monnaie n’a pas favorisé le développement des banques en France. Il faut attendre l’industrialisation de l’économie pour voir apparaître des établissements tels que le Crédit Industriel et Commercial (1859), le Crédit Lyonnais (1863) ou la Société Générale (1864).

En Allemagne, Aglietta & Orlean (2002) expliquent que la période d’hyperinflation de 1921-23 découle des rapports sociaux conflictuels entre les citoyens. (La monnaie peut être signe de confiance ou source de violence).

L’intermédiation bancaire caractérise le modèle de croissance allemand : les relations entre banque et industrie permettent de réguler l’investissement par des engagements stables et de longue durée. On parle du capitalisme rhénan, Albert (1991).

En 1974, les investissements financés par les banques en France représentaient 60 % du total.

 

        Limites de l’économie d’endettement

Mais l’économie d’endettement souffre de plusieurs limites :

- pour être viable, il faut que la rentabilité des investissements dépasse le taux d’intérêt. Sinon les agents sont dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. L’économie d’endettement est donc tributaire de la croissance.

- l’économie d’endettement se développe parallèlement à l’inflation : les agents sont incités à s’endetter d’autant plus que l’inflation accélère.

- l’intervention de l’Etat dans l’économie peut se traduire par une augmentation de l’endettement public. Cela entraîne un effet d’éviction : le financement des entreprises est réduit au profit de celui de l’Etat.

 

 

II] L’économie de marché financier

Distinction entre économie d’endettement et économie de marché financier est introduite par Hicks (1974) : si l’épargne suffit ou non à assurer les besoins de financement de l’économie.

 

        Une évolution historique

A partir des années 80, les effets pervers de l’économie d’endettement sont tels que les marchés financiers deviennent progressivement la meilleure manière de faire coïncider l’offre et la demande de capitaux.

Plusieurs facteurs sont à l’origine d’une mutation financière : pour Bourguinat (1992) c’est la règle des trois « D ».

- désintermédiation : les marchés remplacent les banques pour obtenir du financement

- déréglementation : les règles concernant l’épargne et l’investissement sont assouplies

- décloisonnement : les marchés et les intermédiaires sont de plus en plus intégrés

D’autres éléments ont joué dans la même direction :

- la fin du système de changes fixes de Bretton Woods en 1973

- la politique monétaire restrictive (désinflationniste) des USA à partir de 1979

- la globalisation financière

La finance de marché s’est fortement développée, mais l’intermédiation financière n’a pas disparu : les banques jouent toujours un rôle essentiel (collecte d’épargne, détention de titres, crédits aux PME …).

 

        Conséquences du développement de l’économie de marché financier

Pour l’Etat, l’économie de marché financier permet de financer les déficits sans créer d’inflation. (L’Etat peut également privatiser des entreprises publiques).

Pour les ménages, cela permet de diversifier les placements.

Pour les entreprises, l’économie de marché financier facilite la restructuration : l’introduction en bourse permet de lever des capitaux ; les fusions acquisitions permettent de mettre en place des stratégies de croissance … (Attention à la théorie de l’agence).

Pour les intermédiaires financiers, cela a modifié leur rôle : l’épargne collectée sert à offrir des capitaux sur les marchés financiers.

 

 

III] La globalisation financière

Le développement des marchés de capitaux a modifié les circuits de financement de l’économie : l’ouverture internationale des marchés aux mouvements de capitaux caractérise la globalisation financière.

 

        Le nouveau capitalisme

Pour Plihon (2001) ce nouveau capitalisme consacre le passage de la stakeholder value à la shareholder value : l’objectif essentiel pour la gestion des entreprises est la création de valeur pour les actionnaires.

L’internationalisation des mouvements de capitaux se traduit par des opérations de financement transfrontalières, Batsch (2002) : fusions entre sociétés étrangères, investisseurs institutionnels internationaux, financement des déficits publics ou des déséquilibres commerciaux …

 

        La globalisation financière entraîne une globalisation des risques

Pour Aglietta (1995) les agents individuels maîtrisent de plus en plus les risques de leurs placements, ce qui déporte les risques au niveau agrégé vers la crise systémique.

Comme les agents ont intérêt à avoir un comportement mimétique (moutonnier par rapport aux évaluations du marché) cela peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives (Orléan, Shiller). On achète un titre en anticipant la hausse rapide de son prix afin de le revendre avec une plus value.

Quand une information met un terme à la spéculation, le mimétisme des agents déclenche une crise: les agents cèdent leurs titres au plus vite. Cela entraîne une chute rapide et brutale des cours boursiers. Ex : krach de 1987, bulle « Internet » de 2000 …

 

 

Conclusion :

La sphère financière de l’économie est de plus en plus complexe (voir les chapitres suivants).

Le financement de l’économie peut à la fois favoriser la croissance et la fragiliser.

 

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

AGLIETTA, Michel & ORLEAN, André : La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002

ALBERT, Michel : Capitalisme contre capitalisme, Seuil, 1991

BATSCH, Laurent : Le capitalisme financier, La Découverte, 2002

BOURGUINAT, Henri : Finance internationale, Puf, 1992

HICKS, John : La crise de l’économie keynésienne, Fayard, 1974

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

PLIHON, Dominique : Le nouveau capitalisme, La Découverte, 2001

SHILLER, Robert : Exubérance irrationnelle, Valor, 2000

21:25 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Les mécanismes monétaires

La monnaie est constituée de l’ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents économiques pour régler leurs transactions.

 

        Les fonctions de la monnaie

- c’est une unité de compte : elle permet de comparer les prix

- c’est un intermédiaire des échanges : elle est acceptée par les parties

- c’est un instrument de réserve : elle peut être conservée pour plus tard

L’économie monétaire permet de dépasser l’économie de troc où tous les biens peuvent servir à acquérir des biens. La monnaie marchandise a été progressivement abandonnée (même si elle existe dans certaines organisations SEL ou virtuelles).

 

        Les formes de la monnaie

- la monnaie divisionnaire : pièces métalliques

- la monnaie fiduciaire : billets acceptés par tous

- la monnaie scripturale : jeu d’écriture bancaire

On constate un processus de plus en plus marqué de dématérialisation monétaire : la monnaie dépendait à l’origine de la quantité de métal précieux contenue, elle dépend aujourd’hui d’une conception nominaliste basée sur la confiance que les agents portent dans la monnaie.

Ex : usage des chèques, virements ou monnaie électronique

 

        Les agrégats monétaires

La masse monétaire est calculée par regroupement des formes de monnaie dans des agrégats :

- M1 : ensemble des disponibilités monétaires (billets, pièces, dépôts à vue)

- M2 : M1 + placements à vue rémunérés, dépôts à terme

- M3 : M2 + titres financiers à court terme des institutions non financières

Les agrégats cherchent à regrouper des actifs homogènes en les classant par ordre de liquidité décroissante. Ils servent de base à la politique monétaire pour analyser la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

Mais les innovations financières et monétaires rendent difficile la classification de la masse monétaire.

Q : quels sont les principes de base d’une économie monétaire ?

 

 

I] La création monétaire

C’est le processus de création de nouveaux moyens de paiement mis à la disposition des agents économiques.

 

        Les crédits bancaires

Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée de la monnaie. Alors qu’à l’origine une banque prêtait simplement des fonds à partir des dépôts reçus, elle transforme à présent des créances en moyens de paiement. C’est la monétisation.

De ce fait, les moyens de paiement dont peuvent disposer les agents sont supérieurs aux encaisses métalliques ou aux billets en circulation dans l’économie. Cela explique le développement de la monnaie scripturale.

Le remboursement du crédit est de la destruction monétaire.

La création monétaire est assurée par trois catégories d’agents :

- les banques ordinaires : elles accordent des crédits aux particuliers, aux entreprises ou à l’Etat (Trésor Public) en contrepartie d’une créance ; elles convertissent des devises.

- la Banque centrale : elle crée la monnaie fiduciaire ; elle crée de la monnaie scripturale au profit des banques en échange de leurs créances (réescompte) ; elle crée de la monnaie scripturale au profit du Trésor public en contrepartie d’une créance ; elle acquiert des devises.

- le Trésor public : il crée la monnaie divisionnaire ; il peut créer de la monnaie scripturale (ex : CCP).

 

        Les limites de la création monétaire

Comme la création monétaire repose sur le fait que l’on prête des sommes qui ne sont pas disponibles en dépôt, la conversion monétaire est impossible pour tous les agents. C’est pourquoi la réglementation bancaire prévoit l’existence de réserves obligatoires en contrepartie des crédits accordés : cela influence l’offre de crédits.

Les règlements entre banques ordinaires s’effectuent au moyen de la monnaie banque centrale. La compensation entre les monnaies scripturales rend nécessaire l’existence d’un compte approvisionné auprès de la Banque centrale : c’est la liquidité bancaire. Cette base monétaire est la capacité des banques de faire face à une demande de remboursement de billets.

L’augmentation de la monnaie banque centrale entraîne une augmentation plus importante de la masse monétaire : c’est le multiplicateur de crédit. Les banques ordinaires peuvent offrir plus de crédits.

La Banque centrale est donc le prêteur en dernier ressort : c’est l’institution qui garantit la fourniture de liquidités aux agents économiques quelles que soient les circonstances.

 

 

II] Les théories monétaires

La question de la monnaie anime plusieurs débats économiques.

 

        Les classiques et les néoclassiques considèrent que la monnaie est neutre

Elle ne sert qu’à effectuer des transactions, elle détermine donc le niveau général des prix.

Pour Mill ou Ricardo, il y a dichotomie entre les sphères réelle et monétaire : la vitesse de circulation de la monnaie est constante. Toute variation de la monnaie entraîne une augmentation du niveau général des prix (inflation).

Pour Say, il existe un « voile monétaire » puisque l’offre de monnaie crée sa propre demande.

Pour Walras (1886), la monnaie est un bien comme les autres soumis à la loi de l’offre et de la demande : la masse de monnaie influence le niveau des prix mais ne modifie pas les conditions de l’équilibre concurrentiel (réel).

Fisher (1911) généralise cette analyse en formulant la théorie quantitative de la monnaie : la masse monétaire multipliée par sa vitesse de circulation est nécessairement égale au niveau des prix multiplié par la somme des transactions (MV = PT).

Pigou (1943) introduit le rôle de la monnaie dans l’optique néoclassique : la monnaie fait partie du patrimoine des agents, les variations de prix dues à la monnaie poussent les agents à consommer (plus ou moins) en fonction de la modification du pouvoir d’achat, ce qui rétablit l’équilibre. C’est l’effet d’encaisses réelles.

Patinkin (1956) confirme cette analyse dans une optique d’équilibre général.

 

        Les keynésiens estiment que la monnaie joue un rôle essentiel dans l’économie réelle

Pour Keynes, il existe trois motifs de détention de la monnaie :

- motif de transaction : pour échanger

- motif de précaution : pour faire face aux dépenses imprévues

- motif de spéculation : pour gagner plus, plus tard (thésaurisation)

Les motifs de transaction et de précaution dépendent du revenu des agents (analyse classique) mais le motif de spéculation dépend du taux d’intérêt. La monnaie n’est donc pas neutre : elle peut être détenue comme placement.

Baumol (1952) montre que la détention de monnaie dépend à la fois du taux d’intérêt, du montant des transactions et des frais de conversion.

Tobin (1958) en déduit que les agents vont donc constituer un portefeuille diversifié comportant de la monnaie et des actifs financiers pour minimiser les risques.

 

        Les monétaristes vont reformuler la théorie quantitative de la monnaie

Friedman considère que la demande de monnaie dépend essentiellement du revenu permanent, et résiduellement du taux d’intérêt et du niveau général des prix.

Les monétaristes estiment que la théorie quantitative de la monnaie est validée à long terme.

Friedman & Schwartz (1963) considèrent que l’inflation est nécessairement un phénomène monétaire : les fluctuations de la masse monétaire précèdent les fluctuations réelles. De plus ils établissent une relation stable entre masse monétaire et prix à long terme.

L’influence de la masse monétaire sur l’économie réelle n’est valable qu’à court terme. Les agents finiront par adapter leurs anticipations et comprendre que l’augmentation de la masse monétaire n’entraîne pas d’augmentation de richesse mais de l’inflation.

 

 

Conclusion :

Les principes de la politique monétaire : la Banque centrale doit réguler la création monétaire. Ses interventions doivent poursuivre trois objectifs : la croissance de la masse monétaire (niveau des prix), le niveau des taux d’intérêt (coût des capitaux) et la stabilité du taux de change (échange entre monnaies étrangères)

 

Références :

BAUMOL, William : The transaction demand for cash, Quarterly Journal of Economics, 1952

FISHER, Irving : Le pouvoir d’achat de la monnaie, Marcel Giard, 1911

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

FRIEDMAN, Milton : Inflation et systèmes monétaires, Calmann Levy, 1968

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

LONGUET, Stéphane dir. : Les classiques de l’économie, Presses Pocket, 1991

PANTINKIN, Don : La monnaie, l’intérêt et les prix, Puf , 1956

PIGOU, Arthur Cecil : The Classical Stationary State, Economic Journal, 1943

TOBIN, James : Liquidity preference as behavior towards risk, Review of Economic Studies, 1958

WALRAS, Léon : Théorie de la monnaie, in Etudes d’économie politique appliquée, Economica, 1886

21:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

07/11/2011

Economie et psychologie

Ce sont deux matières qui ont toujours été reliées.

Ex : Smith est l’auteur de la « Richesse des nations » ainsi que de la Théorie des « sentiments moraux ».

Ex : Menger et son approche de l’utilité

La psychologie est l’étude scientifique des phénomènes de l’esprit, de la pensée, caractéristiques de certains êtres vivants chez qui existe une connaissance de leur propre existence.

Trois traditions ont étudié ensemble ces deux types de savoirs.

  • La psychologie sociale

A développé une tradition forte d’analyse des comportements économiques. Gabriel TARDE (1843-1904) publie en 1902 un ouvrage où il défend une approche extrêmement subjective des relations économiques. Livre remis au goût du jour par LATOUR & LEPINAY (2008). Tarde défend deux idées :

- il faut prendre en compte les passions individuelles

- il faut quantifier tous les comportements (dans une optique différente du calcul rationnel)

Exemples de travaux classiques menés par des psychologues sur des questions économiques :

- Pierre-Louis REYNAUD (1908-1981) sur les enquêtes commerciales

- George KATONA (1901-1981) sur la motivation, les attitudes ou la consommation de masse

Travaux qu’on retrouve dans le Journal of Economic Psychology.

  • La théorie de la décision

Courant né en réponse à l’insatisfaction face au modèle de la rationalité absolue et maximisatrice.

Théorie incarnée par Herbert SIMON (1916-2001) qui propose la « rationalité limitée » : les individus se contentent de solutions satisfaisantes (pas d’un optimum) et mettent en place des routines pour affronter des situations courantes.

Dans se cadre il développe le modèle ICS (Intelligence Conception Selection) pour décrire le comportement des agents.

Exemples de travaux menés par des économistes sur le processus de décision :

- Maurice ALLAIS (1911-2010) établit un paradoxe : les agents ne respectent pas l’axiome de maximisation de l’utilité espérée

- Bertrand MUNIER utilise la théorie des jeux pour analyser le risque et l’incertitude

Travaux qu’on retrouve dans la revue Theory & Decision.

  • L’économie expérimentale

Volonté de tester les hypothèses économiques par des mises en situation, des protocoles expérimentaux permettant d’analyser des variables clés.

Ainsi Vernon SMITH met en place différentes structures de marché (ex : vendeurs, acheteurs, prix, biens, enchères …) pour tester la loi de l’offre et de la demande. Deux constats :

- loi validée pour les marchés de biens

- loi ne fonctionne pas pour les actifs financiers

Mais cette approche peut être encore plus radicale : John LIST cherche à réaliser des expériences de terrain concrètes pour éliminer le biais lié au non-réalisme des situations.

Q : connaît-on mieux l’homo oeconomicus ?

 

I] L’économie comportementale

On parle également de « behavioral economics ». Reconnaissance avec le prix de la Banque de Suède 2002.

  • La « prospect theory »

Daniel KAHNEMAN & Amos TVERSKY (1937-1996), psychologues.

On peut aussi parler de théorie des perspectives, même si le terme n’est pas consacré académiquement. Leur article fondateur de 1974 systématise le paradoxe d’Allais et fait apparaître une évaluation asymétrique des risques de perte ou de gain.

Les agents sont averses aux pertes et accordent plus de valeur à un gain certain.

Par ailleurs, ils font apparaître dans leurs recherches des biais de jugement qui entrent en contradiction avec le modèle de décision néo-classique.

Ex : biais de cadrage = influence de la présentation de la situation

Ex : biais d’ancrage = influence de la première impression

  •  Les anomalies

Richard THALER, économiste.

Etude de cas empiriques de situations contrevenant aux résultats théoriques issus du comportement rationnel.

Ex : variations de prix des actions ont un caractère saisonnier

Ex : malédiction du gagnant

Ex : minoration des cotisations volontaires à l’épargne retraite

Domaine qui a été prolongé en économie normative dans une logique de « paternalisme libertaire » càd chercher à mettre en œuvre des incitations à prendre les bonnes décisions.

Ce type de coup de pouce (« nudge ») proposé par THALER et Cass SUNSTEIN, juriste, permet d’améliorer le système financier, l’épargne, l’assurance maladie ou l’environnement.

Ex : engagement rendu public

Ex : traitements automatiques de type « opt in » ou « opt out »

  •  Une irrationalité prévisible

Découle des travaux de synthèse réunis, présentés et souvent menés par Dan ARIELY, psychologue.

Combine à la fois des dispositifs expérimentaux et des biais cognitifs. Livre ludique et vulgarisateur.

Ex : influence de la gratuité sur le comportement

Ex : surestimation du prix des biens qu’on possède

Ex : facteur excitation dans la prise de décision

Ex : difficultés de faire un choix avec des multiples options

 

 

II] La psychologie (ré)intégrée à l’économie

L’approche économique avait retenu avec la révolution marginaliste une vision psychologique sommaire de l’individu économique. Depuis certains auteurs cherchent à tenir compte de la complexité mentale dans l’économie.

  •  La théorie de l’information

Caractéristique des travaux de Jean TIROLE ou Roland BENABOU, économistes.

Utilisent la théorie des jeux, la théorie des contrats, les asymétries d’information ou les incitations … pour enrichir le modèle de décision des économistes.

Ex : la réputation est utile pour des contrats futurs

Ex : l’autorité c’est la possibilité d’influencer les décisions

Ex : la communication dépend de la qualité des incitations

Ex : la formation des croyances peut être auto-manipulée

Ex : des incitations trop fortes peuvent être inefficaces pour motiver

Ex : l’idéologie influence les politiques de redistribution

  •  La finance comportementale

Intégration des apports de l’économie comportementale dans les modèles économiques appliqués aux marchés financiers : évaluation des actifs, choix d’une structure financière …

Andrei SHLEIFER (2000) en livre une synthèse dans une optique d’approfondissement de l’hypothèse d’efficience des marchés (EMH), ce n’est donc nullement une remise en cause du modèle rationnel.

Ex : tenir compte du « bruit » sur les marchés (« noise trader »)

Ex : prendre en compte la psychologie des investisseurs

Ex : analyser les effets de rétroaction

Optique qu’on retrouve dans les recherches de Robert SHILLER, économiste, sur les marchés financiers : prolonge la vision keynésienne des « esprits animaux » pour expliquer la spéculation.

  •  L’économie cognitive

Approche qui tient compte des croyances des agents et de leur influence sur les comportements économiques.

Ouvrage de synthèse de Bernard WALLISER, économiste, qui montre les trois enjeux de cette vision interdisciplinaire :

- comprendre les mécanismes d’apprentissage

- comprendre les processus de coordination

- comprendre la contagion des opinions

Démarche qu’on retrouve en économie évolutionniste.

Vision caractéristique des travaux d’André ORLEAN, économiste, sur la finance : insiste sur le caractère auto-référentiel du fonctionnement des marchés d’actifs financiers.

- mimétisme des agents

- amplification des comportements

Optique de l’économie des conventions.

 

Conclusion :

Véritable dépassement de ce dialogue entre disciplines, la neuro-économie pousse économie et psychologie à leur extrême en étudiant les relations neuronales (et donc biologiques) qui pourraient expliquer les mécanismes de prise de décision. Voir les travaux de Colin CAMERER … même si l’analyse du cerveau reste assez peu développée.

 

Références :

ALLAIS, Maurice : Le comportement rationnel de l’homme devant le risque, Econometrica, 1953

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2000

BENABOU, Roland : Ideology, Journal of the European Economic Association, 2008

BENABOU, Roland & TIROLE, Jean : Intrinsic and extrinsic motivation, Review of Economic Studies, 2003

BENABOU, Roland & TIROLE, Jean : Willpower and personal rules, Journal of Political Economy, 2004

BENABOU, Roland & TIROLE, Jean : Belief in a just world and redistributive politics, Quarterly Journal of Economics, 2006

BENABOU, Roland & TIROLE, Jean : Incentives and prosocial behavior, American Economic Review, 2006

BENABOU, Roland & TIROLE, Jean : Individual and corporate social responsibility, Economica, 2010

CAMERER, Colin : Neuroeconomics: Using neurosciences to make economic predictions, Economic Journal, 2007

KAHNEMAN, Daniel & TVERSKY, Amos : Prospect theory: an analysis of decision under risk, Econometrica, 1974

KAHNEMAN, Daniel & TVERSKY, Amos dir. : Choices, values and frames, Cambridge University Press, 2000

KATONA, George : Analyse économique du comportement économique, Payot, 1951

KATONA, George : La société de consommation de masse, Editions Hommes et Techniques, 1964

LATOUR, Bruno & LEPINAY, Vincent-Antonin : L’économie, science des intérêts passionnés, La Découverte, 2008

LIST, John : Introduction to field experiments in economics, Journal of Economic Behavior and Organization, 2009

MUNIER, Bertrand dir. :  Risk, Decision and Rationality, Kluwer, 1987

MUNIER, Bertrand : Décision et cognition, Revue Française de Gestion, 1994

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

REYNAUD, Pierre-Louis : Précis de psychologie économique, Puf, 1974

SHILLER, Robert : Exubérance irrationnelle, Valor, 2000

SHLEIFER, Andrei : Inefficient markets An introduction to behavioral finance, Oxford University Press, 2000

SIMON, Herbert : Administration et processus de décision, Economica, 1945

SIMON, Herbert : La rationalité économique : artifice de l’adaptation in Les sciences de l’artificiel, Gallimard, 1996

SMITH, Vernon : Papers in experimental economics, Cambridge University Press, 2006

TARDE, Gabriel : Psychologie économique, Alcan, 1902

THALER, Richard : The winner’s curse: paradoxes and anomalies of economic life, Princeton University Press,

THALER, Richard & SUNSTEIN, Cass : Nudge La méthode douce pour inspirer la bonne décision, Vuibert, 2008

TIROLE, Jean : Egonomics, Princeton University Press, à paraître

WALLISER, Bernard : L’économie cognitive, Odile Jacob, 2000

20:55 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |