11/11/2011

Le système financier

Le système financier permet de transférer des fonds des agents économiques qui épargnent vers ceux qui souhaitent consommer ou investir.

On distingue la finance indirecte : par le biais des intermédiaires (voir chapitre sur les banques) et la finance directe : par les marchés financiers.

 

        Organisation des marchés financiers :

On distingue plusieurs types d’organisation.

- Marché de dettes / marché de fonds propres : titre à revenu fixe représentatif d’une dette / parts sociales émises par une entreprise.

Ex : obligations / actions

- Marché primaire / marché secondaire : nouvelles émissions de titres / échange de titres déjà émis.

Ex : placement de titres par une banque d’affaires / bourse

- Marché organisé / marché de gré à gré : lieu unique avec vendeurs et acheteurs / teneurs de marché proposent des listes de titres contre un prix.

Ex : NYSE Euronext / Nasdaq (National Association of Securities Dealers Automated Quotations)

- Marché monétaire / marché de capitaux : instruments de court terme / instruments de moyen et long terme

 

        Instruments des marchés financiers :

Sur le marché monétaire on échange de la monnaie contre des dettes à court terme

Ex : titres de créances négociables, bons du Trésor, certificats de dépôt (banques) ou billets de trésorerie …

Sur le marché des capitaux on échange la monnaie contre des dettes de moyen et long terme

Ex : actions, obligations (d’Etat ou privées), obligations hypothécaires …

Q : quels sont les liens entre la finance et la croissance économique ?

 

 

I] Le rôle économique du crédit

 

        Crédit et financement des investissements

Les entreprises qui cherchent à obtenir des fonds comparent le coût de l’investissement et le taux d’intérêt.

Selon le théorème de Modigliani & Miller (1958) si les marchés financiers sont parfaits, le mode de financement de l’entreprise ne modifie pas sa valeur. C’est la théorie classique de la finance.

- L’entreprise peut choisir un financement par dette ou par fonds propres

- Ainsi l’entreprise peut distribuer ou non des dividendes sans que cela n’influence sa valeur

- Les intermédiaires financiers n’ont aucune utilité

Cependant ce modèle théorique ne correspond pas à la réalité.

En principe une entreprise cherche à limiter son endettement pour ne pas être dépendante de ses créditeurs. Il existe un coût de faillite : on ne prête pas d’argent à une entreprise qui risque de ne pas pouvoir rembourser.

Il existe une asymétrie d’information entre investisseurs et dirigeants. Selon Greenwald & Stiglitz (1986) les actionnaires ne connaissent pas la situation financière réelle de l’entreprise car l’information est contrôlée par les dirigeants : cela favorise l’emprunt. Les investisseurs (prêteurs) voudront être payés avant les actionnaires. Il y a rationnement des fonds propres.

Les entreprises sont imposées sur leurs bénéfices. Selon Modigliani & Miller (1963) cela favorise l’emprunt car il est déductible de l’impôt.

Mais si les particuliers qui possèdent des actions payent des impôts sur les intérêts supérieurs à ceux sur les dividendes, on retrouve la théorie classique : Miller (1977).

 

        Crédit et macroéconomie

Il est possible qu’existe un rationnement du crédit.

Pour Stiglitz & Weiss (1981) les asymétries d’information entre les banques et les demandeurs de capitaux font que le taux d’intérêt n’est pas le seul indicateur. Les offreurs prennent également en considération le risque de défaillance de l’emprunteur.

- antisélection : le taux d’intérêt proposé est supérieur à celui du marché, cela élimine des emprunteurs.

- aléa moral : à ce prix élevé, seuls des projets risqués seront mis en œuvre.

Les banques mettent donc en oeuvre des procédures de screening : elles proposent des menus de contrats pour distinguer les bons emprunteurs des mauvais (lutte contre l’antisélection).

Elles prévoient également des procédures pour récupérer leurs sommes : caution … (lutte contre l’aléa moral)

Le rationnement du crédit peut entraîner des externalités négatives.

Ex : en termes de recherche et développement …

Le taux d’intérêt ne permet donc plus de réaliser l’équilibre sur le marché des capitaux. Une politique économique devra donc être mise en place.

Pour Mankiw (1986) l’intervention de l’Etat sera plus efficace car il se base sur le rendement social et n’a donc pas les mêmes contraintes informationnelles que les banques.

Pour Bernanke & Gertler (1989) le rationnement explique le recours à l’autofinancement pour les petites entreprises.

C’est pourquoi les intermédiaires financiers jouent un rôle de coordination de l’information (voir chapitre suivant).

 

 

II] Le rôle économique des marchés financiers

 

        La finance directe

Les marchés financiers ont pour fonction d’assurer la répartition des ressources financières et des risques entre agents : cela permet d’assurer des transferts intergénérationnels.

La rentabilité et le risque sont évalués par des modèles d’équilibre.

En avenir certain, le prix d’un actif est la valeur actuelle de ses flux de revenus futurs.

En avenir incertain, le rendement d’un actif se compose du taux d’un actif sans risque (ex : obligation d’Etat) et d’une prime de risque.

Cette prime de risque s’explique par plusieurs modèles :

- le MEDAF : modèle d’équilibre des actifs financiers Markowitz (1952)

un investisseur doit composer un portefeuille d’actifs diversifiés pour réduire les risques.

- le modèle d’évaluation par arbitrage Ross (1976)

le rendement des actifs dépend de plusieurs facteurs (ex : taux de croissance non anticipé, budget de l’Etat ou prix du pétrole) qui font varier le risque

Il faut donc calculer la sensibilité de l’actif à ces facteurs

- l’espérance d’utilité

la prime de risque dépend de l’utilité marginale de la consommation et de l’aversion pour le risque. Pour Mehra & Prescott (1985) l’écart entre le rendement des actions et des obligations s’explique par une forte aversion au risque.

- l’hypothèse d’efficience des marchés financiers

Fama (1970) estime que les prix du marché reflètent toute l’information disponible. Un agent rationnel ne peut pas faire mieux que le marché.

Mais plusieurs études empiriques remettent en question l’hypothèse d’efficience :

Shiller (1981) : les prix sur le marché sont plus volatiles que l’information sur laquelle ils reposent (les dividendes). Mankiw Romer & Shapiro (1991) : confirment l’analyse de Shiller

Cela s’explique soit par le bruit (comportements qui perturbent la recherche d’information) Shleifer & Summers (1990) ; soit par la myopie (vision à court terme) Stein (1989) ; soit par le mimétisme Orléan (1999).

 

        La spéculation

Un titre peut prendre un prix qui s’écarte de sa valeur fondamentale : c’est une bulle.

Les agents pensent que son prix sera plus élevé dans le futur : ils parient sur un gain en capital. (Rappel : en principe ce sont les dividendes qui expriment la valeur)

Azariadis & Guesnerie (1982) montrent que les bulles spéculatives agissent comme des prophéties auto réalisatrices : comme les agents croient que le prix va augmenter, leur comportement le fait effectivement croître.

La spéculation consiste à acquérir ou vendre un bien dans le but de bénéficier d’une évolution favorable des prix (pas d’utilisation prévue).

Friedman (1953) estime que la spéculation stabilise les prix car le spéculateur ne se comporte pas comme les agents rationnels.

Pour Stiglitz (1977) du fait de la concurrence imparfaite ou des asymétries d’information, la spéculation peut réduire le bien être car elle incite à faire de mauvais investissements.

 

 

Conclusion :

Les systèmes financiers expriment le futur de l’économie : ils traduisent les risques.

Mais l’influence de l’information est telle que des situations néfastes sont possibles.

 

Références :

AZARIADIS, Costas & GUESNERIE, Roger : Prophéties créatrices et persistance des théories, Revue Economique, 1982

BERNANKE, Ben & GERTLER, Mark : Agency costs, net worth, and business fluctuations, American Economic Review, 1989

FAMA, Eugene : Efficient capital markets: A review of theory and empirical work, Journal of Finance, 1970

FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953

GREENWALD, Bruce & STIGLITZ, Joseph : Externalities in economies with imperfect information and incomplete markets, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory : The allocation of credit and financial collapse, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory ; ROMER, David & SHAPIRO, Matthew : Stock market forecastability and volatibility, Review of Economic Studies, 1991

MARKOWITZ, Harry : Portofolio selection, Journal of Finance, 1952

MEHRA, Rajnish & PRESCOTT, Edward : La différence de rendement entre actions et obligations, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

MILLER, Merton : Debt and taxes, Journal of Finance, 1977

MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : The Cost of Capital, Corporation Finance and the Theory of Investment, American Economic Review, 1958

MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : Corporate Income Taxes and the Cost of Capital, American Economic Review, 1963

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

ROSS, Stephen : The arbitrage theory of capital asset pricing, Journal of Economic Theory, 1976

SHILLER, Robert : Do Stock Prices Move Too Much to be Justified by Subsequent Changes in Dividends ?, American Economic Review, 1981

SHLEIFER, Andrei & SUMMERS, Lawrence : The noise trader approach to finance, Journal of Economic Perspectives, 1990

STEIN, Jeremy : Efficient capital markets, inefficient firms, Quarterly Journal of Economics, 1989

STIGLITZ, Joseph : Monopoly Non-Linear Pricing and Imperfect Information, Review of Economic Studies, 1977

STIGLITZ, Joseph & WEISS, Andrew : Le rationnement du crédit et le hasard moral, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1981

21:27 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Le financement de l'économie

        Le mécanisme du financement

C’est la rencontre de deux agents :

- ceux qui ont un besoin de financement

- ceux qui ont une capacité de financement

L’économie repose sur le principe qu’il existe un décalage dans le temps entre les dépenses et les recettes.

Ex : achat d’une maison pour un particulier ou acquisition de machines pour une entreprise

Comme les agents qui ont un besoin de financement ne disposent pas nécessairement des sommes en réserve, ils doivent faire appel à d’autres.

Les ressources ainsi obtenues sont des crédits. L’emprunteur s’engage à rembourser une somme en y ajoutant des intérêts.

Tous les agents peuvent être amenés à emprunter pour financer un besoin : il faut donc des capitaux.

Le besoin de financement doit rencontrer une capacité de financement : si une personne ne dispose pas des fonds qu’elle souhaite investir, il faut qu’un autre agent dispose d’une épargne qu’il ne souhaite pas utiliser pour lui même.

En général, les ménages disposent de capacités de financement et les entreprises dégagent des besoins de financement. L’épargne des ménages sert donc à fournir des capitaux pour investir.

 

        L’accroissement des besoins de financement

Mais les besoins des économies développées actuelles ne peuvent reposer simplement sur l’épargne des ménages. Les besoins de financement sont supérieurs aux capacités de financement de l’économie.

Pour se financer, les agents peuvent faire appel à l’épargne des autres pays ou obtenir un crédit par création monétaire auprès d’une banque.

On considère donc qu’existent deux sources de financement de l’économie :

- le financement non monétaire : utilisation de l’épargne

- le financement monétaire : utilisation de la création monétaire

Distinction difficile à apprécier en pratique (l’épargne est collectée).

Les circuits de financement passent donc par les banques (mettent en relation prêteurs et emprunteurs) ou par les marchés de capitaux (rencontre directe entre offre et demande).

Q : quelles sont les grandes évolutions dans le financement de l’économie ?

 

 

I] L’économie d’endettement

 

        Le financement de l’économie par crédit bancaire.

Le financement des opérations économiques est donc intermédié.

Ce mode de financement s’est largement répandu en Europe au cours des Trente glorieuses.

La reconstruction nécessitait un investissement très lourd et les européens ne disposaient pas d’une épargne suffisante pour en couvrir le coût.

L’intermédiation bancaire peut être pilotée par l’Etat. C’est le cas en France.

Ainsi la création de la Banque de France est d’abord sollicitée par le pouvoir (Napoléon en 1800) avant sa nationalisation en 1945. La plupart des banques de dépôt seront également nationalisées.

Le système de Bretton Woods avec des changes fixes permet aux Etats de contrôler les mouvements de capitaux. La France réglemente l’épargne.

 

        L’économie intermédiée suppose des conditions sociales favorables

La réticence face au papier monnaie n’a pas favorisé le développement des banques en France. Il faut attendre l’industrialisation de l’économie pour voir apparaître des établissements tels que le Crédit Industriel et Commercial (1859), le Crédit Lyonnais (1863) ou la Société Générale (1864).

En Allemagne, Aglietta & Orlean (2002) expliquent que la période d’hyperinflation de 1921-23 découle des rapports sociaux conflictuels entre les citoyens. (La monnaie peut être signe de confiance ou source de violence).

L’intermédiation bancaire caractérise le modèle de croissance allemand : les relations entre banque et industrie permettent de réguler l’investissement par des engagements stables et de longue durée. On parle du capitalisme rhénan, Albert (1991).

En 1974, les investissements financés par les banques en France représentaient 60 % du total.

 

        Limites de l’économie d’endettement

Mais l’économie d’endettement souffre de plusieurs limites :

- pour être viable, il faut que la rentabilité des investissements dépasse le taux d’intérêt. Sinon les agents sont dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. L’économie d’endettement est donc tributaire de la croissance.

- l’économie d’endettement se développe parallèlement à l’inflation : les agents sont incités à s’endetter d’autant plus que l’inflation accélère.

- l’intervention de l’Etat dans l’économie peut se traduire par une augmentation de l’endettement public. Cela entraîne un effet d’éviction : le financement des entreprises est réduit au profit de celui de l’Etat.

 

 

II] L’économie de marché financier

Distinction entre économie d’endettement et économie de marché financier est introduite par Hicks (1974) : si l’épargne suffit ou non à assurer les besoins de financement de l’économie.

 

        Une évolution historique

A partir des années 80, les effets pervers de l’économie d’endettement sont tels que les marchés financiers deviennent progressivement la meilleure manière de faire coïncider l’offre et la demande de capitaux.

Plusieurs facteurs sont à l’origine d’une mutation financière : pour Bourguinat (1992) c’est la règle des trois « D ».

- désintermédiation : les marchés remplacent les banques pour obtenir du financement

- déréglementation : les règles concernant l’épargne et l’investissement sont assouplies

- décloisonnement : les marchés et les intermédiaires sont de plus en plus intégrés

D’autres éléments ont joué dans la même direction :

- la fin du système de changes fixes de Bretton Woods en 1973

- la politique monétaire restrictive (désinflationniste) des USA à partir de 1979

- la globalisation financière

La finance de marché s’est fortement développée, mais l’intermédiation financière n’a pas disparu : les banques jouent toujours un rôle essentiel (collecte d’épargne, détention de titres, crédits aux PME …).

 

        Conséquences du développement de l’économie de marché financier

Pour l’Etat, l’économie de marché financier permet de financer les déficits sans créer d’inflation. (L’Etat peut également privatiser des entreprises publiques).

Pour les ménages, cela permet de diversifier les placements.

Pour les entreprises, l’économie de marché financier facilite la restructuration : l’introduction en bourse permet de lever des capitaux ; les fusions acquisitions permettent de mettre en place des stratégies de croissance … (Attention à la théorie de l’agence).

Pour les intermédiaires financiers, cela a modifié leur rôle : l’épargne collectée sert à offrir des capitaux sur les marchés financiers.

 

 

III] La globalisation financière

Le développement des marchés de capitaux a modifié les circuits de financement de l’économie : l’ouverture internationale des marchés aux mouvements de capitaux caractérise la globalisation financière.

 

        Le nouveau capitalisme

Pour Plihon (2001) ce nouveau capitalisme consacre le passage de la stakeholder value à la shareholder value : l’objectif essentiel pour la gestion des entreprises est la création de valeur pour les actionnaires.

L’internationalisation des mouvements de capitaux se traduit par des opérations de financement transfrontalières, Batsch (2002) : fusions entre sociétés étrangères, investisseurs institutionnels internationaux, financement des déficits publics ou des déséquilibres commerciaux …

 

        La globalisation financière entraîne une globalisation des risques

Pour Aglietta (1995) les agents individuels maîtrisent de plus en plus les risques de leurs placements, ce qui déporte les risques au niveau agrégé vers la crise systémique.

Comme les agents ont intérêt à avoir un comportement mimétique (moutonnier par rapport aux évaluations du marché) cela peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives (Orléan, Shiller). On achète un titre en anticipant la hausse rapide de son prix afin de le revendre avec une plus value.

Quand une information met un terme à la spéculation, le mimétisme des agents déclenche une crise: les agents cèdent leurs titres au plus vite. Cela entraîne une chute rapide et brutale des cours boursiers. Ex : krach de 1987, bulle « Internet » de 2000 …

 

 

Conclusion :

La sphère financière de l’économie est de plus en plus complexe (voir les chapitres suivants).

Le financement de l’économie peut à la fois favoriser la croissance et la fragiliser.

 

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

AGLIETTA, Michel & ORLEAN, André : La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002

ALBERT, Michel : Capitalisme contre capitalisme, Seuil, 1991

BATSCH, Laurent : Le capitalisme financier, La Découverte, 2002

BOURGUINAT, Henri : Finance internationale, Puf, 1992

HICKS, John : La crise de l’économie keynésienne, Fayard, 1974

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

PLIHON, Dominique : Le nouveau capitalisme, La Découverte, 2001

SHILLER, Robert : Exubérance irrationnelle, Valor, 2000

21:25 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Les mécanismes monétaires

La monnaie est constituée de l’ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents économiques pour régler leurs transactions.

 

        Les fonctions de la monnaie

- c’est une unité de compte : elle permet de comparer les prix

- c’est un intermédiaire des échanges : elle est acceptée par les parties

- c’est un instrument de réserve : elle peut être conservée pour plus tard

L’économie monétaire permet de dépasser l’économie de troc où tous les biens peuvent servir à acquérir des biens. La monnaie marchandise a été progressivement abandonnée (même si elle existe dans certaines organisations SEL ou virtuelles).

 

        Les formes de la monnaie

- la monnaie divisionnaire : pièces métalliques

- la monnaie fiduciaire : billets acceptés par tous

- la monnaie scripturale : jeu d’écriture bancaire

On constate un processus de plus en plus marqué de dématérialisation monétaire : la monnaie dépendait à l’origine de la quantité de métal précieux contenue, elle dépend aujourd’hui d’une conception nominaliste basée sur la confiance que les agents portent dans la monnaie.

Ex : usage des chèques, virements ou monnaie électronique

 

        Les agrégats monétaires

La masse monétaire est calculée par regroupement des formes de monnaie dans des agrégats :

- M1 : ensemble des disponibilités monétaires (billets, pièces, dépôts à vue)

- M2 : M1 + placements à vue rémunérés, dépôts à terme

- M3 : M2 + titres financiers à court terme des institutions non financières

Les agrégats cherchent à regrouper des actifs homogènes en les classant par ordre de liquidité décroissante. Ils servent de base à la politique monétaire pour analyser la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

Mais les innovations financières et monétaires rendent difficile la classification de la masse monétaire.

Q : quels sont les principes de base d’une économie monétaire ?

 

 

I] La création monétaire

C’est le processus de création de nouveaux moyens de paiement mis à la disposition des agents économiques.

 

        Les crédits bancaires

Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée de la monnaie. Alors qu’à l’origine une banque prêtait simplement des fonds à partir des dépôts reçus, elle transforme à présent des créances en moyens de paiement. C’est la monétisation.

De ce fait, les moyens de paiement dont peuvent disposer les agents sont supérieurs aux encaisses métalliques ou aux billets en circulation dans l’économie. Cela explique le développement de la monnaie scripturale.

Le remboursement du crédit est de la destruction monétaire.

La création monétaire est assurée par trois catégories d’agents :

- les banques ordinaires : elles accordent des crédits aux particuliers, aux entreprises ou à l’Etat (Trésor Public) en contrepartie d’une créance ; elles convertissent des devises.

- la Banque centrale : elle crée la monnaie fiduciaire ; elle crée de la monnaie scripturale au profit des banques en échange de leurs créances (réescompte) ; elle crée de la monnaie scripturale au profit du Trésor public en contrepartie d’une créance ; elle acquiert des devises.

- le Trésor public : il crée la monnaie divisionnaire ; il peut créer de la monnaie scripturale (ex : CCP).

 

        Les limites de la création monétaire

Comme la création monétaire repose sur le fait que l’on prête des sommes qui ne sont pas disponibles en dépôt, la conversion monétaire est impossible pour tous les agents. C’est pourquoi la réglementation bancaire prévoit l’existence de réserves obligatoires en contrepartie des crédits accordés : cela influence l’offre de crédits.

Les règlements entre banques ordinaires s’effectuent au moyen de la monnaie banque centrale. La compensation entre les monnaies scripturales rend nécessaire l’existence d’un compte approvisionné auprès de la Banque centrale : c’est la liquidité bancaire. Cette base monétaire est la capacité des banques de faire face à une demande de remboursement de billets.

L’augmentation de la monnaie banque centrale entraîne une augmentation plus importante de la masse monétaire : c’est le multiplicateur de crédit. Les banques ordinaires peuvent offrir plus de crédits.

La Banque centrale est donc le prêteur en dernier ressort : c’est l’institution qui garantit la fourniture de liquidités aux agents économiques quelles que soient les circonstances.

 

 

II] Les théories monétaires

La question de la monnaie anime plusieurs débats économiques.

 

        Les classiques et les néoclassiques considèrent que la monnaie est neutre

Elle ne sert qu’à effectuer des transactions, elle détermine donc le niveau général des prix.

Pour Mill ou Ricardo, il y a dichotomie entre les sphères réelle et monétaire : la vitesse de circulation de la monnaie est constante. Toute variation de la monnaie entraîne une augmentation du niveau général des prix (inflation).

Pour Say, il existe un « voile monétaire » puisque l’offre de monnaie crée sa propre demande.

Pour Walras (1886), la monnaie est un bien comme les autres soumis à la loi de l’offre et de la demande : la masse de monnaie influence le niveau des prix mais ne modifie pas les conditions de l’équilibre concurrentiel (réel).

Fisher (1911) généralise cette analyse en formulant la théorie quantitative de la monnaie : la masse monétaire multipliée par sa vitesse de circulation est nécessairement égale au niveau des prix multiplié par la somme des transactions (MV = PT).

Pigou (1943) introduit le rôle de la monnaie dans l’optique néoclassique : la monnaie fait partie du patrimoine des agents, les variations de prix dues à la monnaie poussent les agents à consommer (plus ou moins) en fonction de la modification du pouvoir d’achat, ce qui rétablit l’équilibre. C’est l’effet d’encaisses réelles.

Patinkin (1956) confirme cette analyse dans une optique d’équilibre général.

 

        Les keynésiens estiment que la monnaie joue un rôle essentiel dans l’économie réelle

Pour Keynes, il existe trois motifs de détention de la monnaie :

- motif de transaction : pour échanger

- motif de précaution : pour faire face aux dépenses imprévues

- motif de spéculation : pour gagner plus, plus tard (thésaurisation)

Les motifs de transaction et de précaution dépendent du revenu des agents (analyse classique) mais le motif de spéculation dépend du taux d’intérêt. La monnaie n’est donc pas neutre : elle peut être détenue comme placement.

Baumol (1952) montre que la détention de monnaie dépend à la fois du taux d’intérêt, du montant des transactions et des frais de conversion.

Tobin (1958) en déduit que les agents vont donc constituer un portefeuille diversifié comportant de la monnaie et des actifs financiers pour minimiser les risques.

 

        Les monétaristes vont reformuler la théorie quantitative de la monnaie

Friedman considère que la demande de monnaie dépend essentiellement du revenu permanent, et résiduellement du taux d’intérêt et du niveau général des prix.

Les monétaristes estiment que la théorie quantitative de la monnaie est validée à long terme.

Friedman & Schwartz (1963) considèrent que l’inflation est nécessairement un phénomène monétaire : les fluctuations de la masse monétaire précèdent les fluctuations réelles. De plus ils établissent une relation stable entre masse monétaire et prix à long terme.

L’influence de la masse monétaire sur l’économie réelle n’est valable qu’à court terme. Les agents finiront par adapter leurs anticipations et comprendre que l’augmentation de la masse monétaire n’entraîne pas d’augmentation de richesse mais de l’inflation.

 

 

Conclusion :

Les principes de la politique monétaire : la Banque centrale doit réguler la création monétaire. Ses interventions doivent poursuivre trois objectifs : la croissance de la masse monétaire (niveau des prix), le niveau des taux d’intérêt (coût des capitaux) et la stabilité du taux de change (échange entre monnaies étrangères)

 

Références :

BAUMOL, William : The transaction demand for cash, Quarterly Journal of Economics, 1952

FISHER, Irving : Le pouvoir d’achat de la monnaie, Marcel Giard, 1911

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

FRIEDMAN, Milton : Inflation et systèmes monétaires, Calmann Levy, 1968

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

LONGUET, Stéphane dir. : Les classiques de l’économie, Presses Pocket, 1991

PANTINKIN, Don : La monnaie, l’intérêt et les prix, Puf , 1956

PIGOU, Arthur Cecil : The Classical Stationary State, Economic Journal, 1943

TOBIN, James : Liquidity preference as behavior towards risk, Review of Economic Studies, 1958

WALRAS, Léon : Théorie de la monnaie, in Etudes d’économie politique appliquée, Economica, 1886

21:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |