15/11/2011

Les banques

        Caractéristiques du financement des entreprises

Etude des USA, du Canada, du Japon et de l’Allemagne de 1970 à 2000, Hackethal & Schmidt (2004) :

- l’émission de titres de dettes et d’actions n’est pas la principale source de financement des entreprises

-la finance indirecte est beaucoup plus importante que la finance directe :les banques sont la principale source de fonds externes pour financer les entreprises

-le système financier est fortement réglementé

-l’accès aux marchés financiers est réservé en pratique aux entreprises solidement implantées

-les garanties sont essentielles dans les contrats de dette des ménages et des entreprises

-les contrats de dette sont des documents légaux complexes qui influencent le comportement des emprunteurs

D’où l’importance des institutions bancaires, même dans une économie de marchés financiers.

 

        Economie bancaire

Sur le plan théorique, les banques jouent un rôle essentiel à plusieurs titres, Scialom (2007):

- les institutions financières réduisent les coûts de transaction : elles réduisent le prix de la participation d’un grand nombre d’agents au financement de l’économie.

-elles favorisent les économies d’échelle et elles remplissent une fonction d’expertise. Diamond (1984) montre qu’en finançant des PME et des individus, les banques diversifient leur risque.

-les institutions financières réduisent les asymétries d’information : elles produisent et vendent de l’information sur les sociétés cherchant à se financer (réduction de l’anti sélection) et elles exigent des garanties de la part des emprunteurs (réduction du risque moral).

 

        Les nouveaux débats

De nouveaux débats se sont imposés dans le domaine de l’intermédiation financière :

- les conflits d’intérêt : les banques produisent de l’information sur les sociétés (analyse financière) mais elles sont également chargées de placer des titres (banque d’investissement). Les banques deviennent universelles peuvent favoriser des pratiques commerciales agressives envers les clients ou profiter de l’information qu’elles possèdent sur la comptabilité des entreprises. D’où le développement de réglementations : Sarbannes Oxley (2002).

Conflit d’autant plus élevé que les banques proposent également des services d’assurance.

- les crises financières : caractérisées par de fortes baisses du prix des actifs et par la défaillance de nombreuses sociétés financières et non financières.

Plusieurs facteurs peuvent déclencher une crise, Boyer, Dehove & Plihon (2004) :

- la hausse des taux d’intérêt

- l’incertitude excessive

- l’influence du prix des actifs sur le bilan des entreprises

- le déséquilibre budgétaire de l’Etat

- les défaillances du secteur bancaire, modèle du bank run Diamond & Dybvig (1983)

Q : pourquoi l’activité des banques semble à la fois primordiale et controversée ?

 

 

I] Le rôle des banques

Les banques canalisent les fonds vers les emprunteurs auxquels sont offertes des possibilités d’investissement. La gestion d’une banque repose sur quelques notions :

 

        Le bilan bancaire

C’est l’étude des actifs et des passifs : des ressources et des emplois de l’institution.

Au passif on trouve :

- les dépôts mobilisables par chèques (comptes chèques)

- les dépôts sans moyens de paiement (à terme)

- les emprunts (entre banques ou avec la Banque centrale)

- les capitaux propres (actions ou bénéfices mis en réserve)

A l’actif les banques utilisent :

- des réserves (partie des fonds collectées conservée)

- des effets en recouvrement (créance en attente)

- des dépôts auprès d’autres établissements de crédit

- des titres détenus

- des prêts accordés (rémunérés par des intérêts)

- d’autres actifs (capital physique par exemple)

 

        L’exploitation bancaire

Un établissement bancaire gère ses actifs et ses passifs de façon à dégager le profit maximum.

En principe, une banque vend des dettes et utilise le produit obtenu pour acheter des actifs. On parle de transformation d’actifs : cela repose sur le fait que les établissements offrent des prêts de long terme financés par des dépôts à court terme.

Les banques reçoivent des dépôts (espèce ou chèques) qui augmentent leurs réserves. Inversement quand les dépôts sont retirés, les réserves diminuent.

La gestion d’une banque repose sur quatre missions essentielles :

- s’assurer que les réserves permettent de rembourser les déposants

- s’assurer de disposer de liquidités suffisantes

- acquérir des actifs peu risqués et diversifiés

- choisir un montant de fonds propres adapté

 

        La gestion du risque de crédit et de taux d’intérêt

Les banques et les institutions financières en général accordent des prêts dont elles doivent contrôler le remboursement intégral pour maximiser leur profit.

- Elles sélectionnent les emprunteurs (principe de diversification).

- Elles offrent des prêts spécialisés en fonction des clients, des secteurs, des zones géographiques …

- Elles surveillent l’exécution des contrats et négocient des clauses de protection.

Comme les taux d’intérêts connaissent des variations sensibles, les banques doivent s’assurer que leurs revenus ne sont pas affectés par des modifications de taux.

 

• Les activités hors-bilan

Les cessions de prêts.

Les revenus de commissions pour certaines activités (hypothèques ou lignes de crédit).

Les activités de marché.

 

 

II] Macroéconomie bancaire

Exemple type du problème à éviter : le « too big to fail ». Cela signifie qu’au regard de la taille de l’institution bancaire, les conséquences seraient systémiques pour l’économie.

 

        La régulation bancaire

Le rôle essentiel du système financier sur le reste de l’économie rend nécessaire une régulation prudentielle : càd un ensemble de règles, d’incitations et de pratiques des autorités publiques visant à instaurer et à maintenir la stabilité financière.

La globalisation financière pose la question de la régulation bancaire internationale. Les régulations restent encore nationales. Même si certaines coordinations existent, telle que le comité de Bâle (créé en 1974 au sein du G 10) en lien avec la Banque des Règlements Internationaux.

En raison de nombreuses asymétries d’information, Dewatripont & Tirole (1993), il existe huit grands principes de régulation prudentielle à prendre en compte pour protéger les déposants :

- les assurances dépôt et les fonds de garantie : pour éviter les retraits massifs et les paniques, les déposants sont assurés de se voir rembourser un montant (généralement plafonné).

- la limitation des risques : les banques ne peuvent détenir trop d’actifs risqués (limite les participations dans les entreprises, favorise la diversification …)

- les exigences en fonds propres : Comité de Bâle établit des ratios obligatoires

- la supervision bancaire : une autorité est chargée de vérifier le bon fonctionnement des établissements bancaires (délivrer des agréments, contrôle des informations …)

- le contrôle interne

- la communication financière : respect de normes comptables, publications d’informations …

- la protection des consommateurs : l’offre de prêt aux particuliers est encadrée par la loi.

- les restrictions de concurrence : limiter la liberté d’établissement des banques pour qu’elles ne prennent pas de risques excessifs. Mais aujourd’hui méthode écartée au nom de l’efficacité de la concurrence.

 

        L’industrie bancaire

Les systèmes américains et européens diffèrent sensiblement.

- L’industrie bancaire aux USA

Les Etats Unis comportent un grand nombre d’institutions.

La Banque centrale n’existe que depuis 1913 dans le cadre du système de réserve fédérale.

Les autorités de supervision et de contrôle bancaire sont variées : Fed, autorités fédérées …

Les Etats Unis sont marqués par un fort mouvement d’innovation financière (titres et technos)

Depuis les années 80, phénomène de concentration bancaire (crise et déréglementation)

Pendant longtemps les activités bancaires et financières devaient être séparées, Glass Steagall (1933) réglementation abrogée en 1999, Kroszner (1998)

Internationalisation des banques américaines (dollar et réglementation favorable).

- L’industrie bancaire européenne

Le système bancaire européen est morcelé du fait des souverainetés nationales.

Les banques jouent un rôle prépondérant dans le financement des entreprises.

Certains établissements financiers ont bénéficié de garanties publiques (mais distorsion)

Volonté d’harmoniser la réglementation prudentielle : directives européennes.

La reconnaissance mutuelle favorise l’activité intra-européenne.

La régulation reste nationale même si une coordination existe (mais insuffisante).

L’Union européenne connaît également le phénomène de la concentration bancaire.

 

 

Conclusion :

Selon Olivier PASTRE (1997) les banques sont mal aimées mais indispensables …

 

Références :

BOYER, Robert ; DEHOVE, Mario & PLIHON, Dominique : Les crises financières, La Documentation Française, 2004

DEWATRIPONT, Mathias & TIROLE, Jean : La réglementation prudentielle des Banques, Payot, 1993

DIAMOND, Douglas & DYBVIG, Philip : Bank runs, deposit insurance and liquidity, Journal of Political Economy, 1983

DIAMOND, Douglas : Financial intermediation and delegated monitoring, Review of Economic Studies, 1984

HACKETHAL, Andreas & SCHMIDT, Reinhard : Financing patterns, Goethe Universität, 2004

KROSZNER, Randall : Rethinking bank regulation, Journal of Applied Corporate Finance, 1998

MISHKIN, Frederic : Monnaie, banque et marchés financiers, Pearson, 2007

PASTRE, Olivier : La banque, Milan, 1997

PASTRE, Olivier dir. : La nouvelle économie bancaire, Economica, 2005

SCIALOM, Laurence : Economie bancaire, La Découverte, 2007

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11/11/2011

Le système financier

Le système financier permet de transférer des fonds des agents économiques qui épargnent vers ceux qui souhaitent consommer ou investir.

On distingue la finance indirecte : par le biais des intermédiaires (voir chapitre sur les banques) et la finance directe : par les marchés financiers.

 

        Organisation des marchés financiers :

On distingue plusieurs types d’organisation.

- Marché de dettes / marché de fonds propres : titre à revenu fixe représentatif d’une dette / parts sociales émises par une entreprise.

Ex : obligations / actions

- Marché primaire / marché secondaire : nouvelles émissions de titres / échange de titres déjà émis.

Ex : placement de titres par une banque d’affaires / bourse

- Marché organisé / marché de gré à gré : lieu unique avec vendeurs et acheteurs / teneurs de marché proposent des listes de titres contre un prix.

Ex : NYSE Euronext / Nasdaq (National Association of Securities Dealers Automated Quotations)

- Marché monétaire / marché de capitaux : instruments de court terme / instruments de moyen et long terme

 

        Instruments des marchés financiers :

Sur le marché monétaire on échange de la monnaie contre des dettes à court terme

Ex : titres de créances négociables, bons du Trésor, certificats de dépôt (banques) ou billets de trésorerie …

Sur le marché des capitaux on échange la monnaie contre des dettes de moyen et long terme

Ex : actions, obligations (d’Etat ou privées), obligations hypothécaires …

Q : quels sont les liens entre la finance et la croissance économique ?

 

 

I] Le rôle économique du crédit

 

        Crédit et financement des investissements

Les entreprises qui cherchent à obtenir des fonds comparent le coût de l’investissement et le taux d’intérêt.

Selon le théorème de Modigliani & Miller (1958) si les marchés financiers sont parfaits, le mode de financement de l’entreprise ne modifie pas sa valeur. C’est la théorie classique de la finance.

- L’entreprise peut choisir un financement par dette ou par fonds propres

- Ainsi l’entreprise peut distribuer ou non des dividendes sans que cela n’influence sa valeur

- Les intermédiaires financiers n’ont aucune utilité

Cependant ce modèle théorique ne correspond pas à la réalité.

En principe une entreprise cherche à limiter son endettement pour ne pas être dépendante de ses créditeurs. Il existe un coût de faillite : on ne prête pas d’argent à une entreprise qui risque de ne pas pouvoir rembourser.

Il existe une asymétrie d’information entre investisseurs et dirigeants. Selon Greenwald & Stiglitz (1986) les actionnaires ne connaissent pas la situation financière réelle de l’entreprise car l’information est contrôlée par les dirigeants : cela favorise l’emprunt. Les investisseurs (prêteurs) voudront être payés avant les actionnaires. Il y a rationnement des fonds propres.

Les entreprises sont imposées sur leurs bénéfices. Selon Modigliani & Miller (1963) cela favorise l’emprunt car il est déductible de l’impôt.

Mais si les particuliers qui possèdent des actions payent des impôts sur les intérêts supérieurs à ceux sur les dividendes, on retrouve la théorie classique : Miller (1977).

 

        Crédit et macroéconomie

Il est possible qu’existe un rationnement du crédit.

Pour Stiglitz & Weiss (1981) les asymétries d’information entre les banques et les demandeurs de capitaux font que le taux d’intérêt n’est pas le seul indicateur. Les offreurs prennent également en considération le risque de défaillance de l’emprunteur.

- antisélection : le taux d’intérêt proposé est supérieur à celui du marché, cela élimine des emprunteurs.

- aléa moral : à ce prix élevé, seuls des projets risqués seront mis en œuvre.

Les banques mettent donc en oeuvre des procédures de screening : elles proposent des menus de contrats pour distinguer les bons emprunteurs des mauvais (lutte contre l’antisélection).

Elles prévoient également des procédures pour récupérer leurs sommes : caution … (lutte contre l’aléa moral)

Le rationnement du crédit peut entraîner des externalités négatives.

Ex : en termes de recherche et développement …

Le taux d’intérêt ne permet donc plus de réaliser l’équilibre sur le marché des capitaux. Une politique économique devra donc être mise en place.

Pour Mankiw (1986) l’intervention de l’Etat sera plus efficace car il se base sur le rendement social et n’a donc pas les mêmes contraintes informationnelles que les banques.

Pour Bernanke & Gertler (1989) le rationnement explique le recours à l’autofinancement pour les petites entreprises.

C’est pourquoi les intermédiaires financiers jouent un rôle de coordination de l’information (voir chapitre suivant).

 

 

II] Le rôle économique des marchés financiers

 

        La finance directe

Les marchés financiers ont pour fonction d’assurer la répartition des ressources financières et des risques entre agents : cela permet d’assurer des transferts intergénérationnels.

La rentabilité et le risque sont évalués par des modèles d’équilibre.

En avenir certain, le prix d’un actif est la valeur actuelle de ses flux de revenus futurs.

En avenir incertain, le rendement d’un actif se compose du taux d’un actif sans risque (ex : obligation d’Etat) et d’une prime de risque.

Cette prime de risque s’explique par plusieurs modèles :

- le MEDAF : modèle d’équilibre des actifs financiers Markowitz (1952)

un investisseur doit composer un portefeuille d’actifs diversifiés pour réduire les risques.

- le modèle d’évaluation par arbitrage Ross (1976)

le rendement des actifs dépend de plusieurs facteurs (ex : taux de croissance non anticipé, budget de l’Etat ou prix du pétrole) qui font varier le risque

Il faut donc calculer la sensibilité de l’actif à ces facteurs

- l’espérance d’utilité

la prime de risque dépend de l’utilité marginale de la consommation et de l’aversion pour le risque. Pour Mehra & Prescott (1985) l’écart entre le rendement des actions et des obligations s’explique par une forte aversion au risque.

- l’hypothèse d’efficience des marchés financiers

Fama (1970) estime que les prix du marché reflètent toute l’information disponible. Un agent rationnel ne peut pas faire mieux que le marché.

Mais plusieurs études empiriques remettent en question l’hypothèse d’efficience :

Shiller (1981) : les prix sur le marché sont plus volatiles que l’information sur laquelle ils reposent (les dividendes). Mankiw Romer & Shapiro (1991) : confirment l’analyse de Shiller

Cela s’explique soit par le bruit (comportements qui perturbent la recherche d’information) Shleifer & Summers (1990) ; soit par la myopie (vision à court terme) Stein (1989) ; soit par le mimétisme Orléan (1999).

 

        La spéculation

Un titre peut prendre un prix qui s’écarte de sa valeur fondamentale : c’est une bulle.

Les agents pensent que son prix sera plus élevé dans le futur : ils parient sur un gain en capital. (Rappel : en principe ce sont les dividendes qui expriment la valeur)

Azariadis & Guesnerie (1982) montrent que les bulles spéculatives agissent comme des prophéties auto réalisatrices : comme les agents croient que le prix va augmenter, leur comportement le fait effectivement croître.

La spéculation consiste à acquérir ou vendre un bien dans le but de bénéficier d’une évolution favorable des prix (pas d’utilisation prévue).

Friedman (1953) estime que la spéculation stabilise les prix car le spéculateur ne se comporte pas comme les agents rationnels.

Pour Stiglitz (1977) du fait de la concurrence imparfaite ou des asymétries d’information, la spéculation peut réduire le bien être car elle incite à faire de mauvais investissements.

 

 

Conclusion :

Les systèmes financiers expriment le futur de l’économie : ils traduisent les risques.

Mais l’influence de l’information est telle que des situations néfastes sont possibles.

 

Références :

AZARIADIS, Costas & GUESNERIE, Roger : Prophéties créatrices et persistance des théories, Revue Economique, 1982

BERNANKE, Ben & GERTLER, Mark : Agency costs, net worth, and business fluctuations, American Economic Review, 1989

FAMA, Eugene : Efficient capital markets: A review of theory and empirical work, Journal of Finance, 1970

FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953

GREENWALD, Bruce & STIGLITZ, Joseph : Externalities in economies with imperfect information and incomplete markets, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory : The allocation of credit and financial collapse, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory ; ROMER, David & SHAPIRO, Matthew : Stock market forecastability and volatibility, Review of Economic Studies, 1991

MARKOWITZ, Harry : Portofolio selection, Journal of Finance, 1952

MEHRA, Rajnish & PRESCOTT, Edward : La différence de rendement entre actions et obligations, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

MILLER, Merton : Debt and taxes, Journal of Finance, 1977

MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : The Cost of Capital, Corporation Finance and the Theory of Investment, American Economic Review, 1958

MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : Corporate Income Taxes and the Cost of Capital, American Economic Review, 1963

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

ROSS, Stephen : The arbitrage theory of capital asset pricing, Journal of Economic Theory, 1976

SHILLER, Robert : Do Stock Prices Move Too Much to be Justified by Subsequent Changes in Dividends ?, American Economic Review, 1981

SHLEIFER, Andrei & SUMMERS, Lawrence : The noise trader approach to finance, Journal of Economic Perspectives, 1990

STEIN, Jeremy : Efficient capital markets, inefficient firms, Quarterly Journal of Economics, 1989

STIGLITZ, Joseph : Monopoly Non-Linear Pricing and Imperfect Information, Review of Economic Studies, 1977

STIGLITZ, Joseph & WEISS, Andrew : Le rationnement du crédit et le hasard moral, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1981

21:27 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Le financement de l'économie

        Le mécanisme du financement

C’est la rencontre de deux agents :

- ceux qui ont un besoin de financement

- ceux qui ont une capacité de financement

L’économie repose sur le principe qu’il existe un décalage dans le temps entre les dépenses et les recettes.

Ex : achat d’une maison pour un particulier ou acquisition de machines pour une entreprise

Comme les agents qui ont un besoin de financement ne disposent pas nécessairement des sommes en réserve, ils doivent faire appel à d’autres.

Les ressources ainsi obtenues sont des crédits. L’emprunteur s’engage à rembourser une somme en y ajoutant des intérêts.

Tous les agents peuvent être amenés à emprunter pour financer un besoin : il faut donc des capitaux.

Le besoin de financement doit rencontrer une capacité de financement : si une personne ne dispose pas des fonds qu’elle souhaite investir, il faut qu’un autre agent dispose d’une épargne qu’il ne souhaite pas utiliser pour lui même.

En général, les ménages disposent de capacités de financement et les entreprises dégagent des besoins de financement. L’épargne des ménages sert donc à fournir des capitaux pour investir.

 

        L’accroissement des besoins de financement

Mais les besoins des économies développées actuelles ne peuvent reposer simplement sur l’épargne des ménages. Les besoins de financement sont supérieurs aux capacités de financement de l’économie.

Pour se financer, les agents peuvent faire appel à l’épargne des autres pays ou obtenir un crédit par création monétaire auprès d’une banque.

On considère donc qu’existent deux sources de financement de l’économie :

- le financement non monétaire : utilisation de l’épargne

- le financement monétaire : utilisation de la création monétaire

Distinction difficile à apprécier en pratique (l’épargne est collectée).

Les circuits de financement passent donc par les banques (mettent en relation prêteurs et emprunteurs) ou par les marchés de capitaux (rencontre directe entre offre et demande).

Q : quelles sont les grandes évolutions dans le financement de l’économie ?

 

 

I] L’économie d’endettement

 

        Le financement de l’économie par crédit bancaire.

Le financement des opérations économiques est donc intermédié.

Ce mode de financement s’est largement répandu en Europe au cours des Trente glorieuses.

La reconstruction nécessitait un investissement très lourd et les européens ne disposaient pas d’une épargne suffisante pour en couvrir le coût.

L’intermédiation bancaire peut être pilotée par l’Etat. C’est le cas en France.

Ainsi la création de la Banque de France est d’abord sollicitée par le pouvoir (Napoléon en 1800) avant sa nationalisation en 1945. La plupart des banques de dépôt seront également nationalisées.

Le système de Bretton Woods avec des changes fixes permet aux Etats de contrôler les mouvements de capitaux. La France réglemente l’épargne.

 

        L’économie intermédiée suppose des conditions sociales favorables

La réticence face au papier monnaie n’a pas favorisé le développement des banques en France. Il faut attendre l’industrialisation de l’économie pour voir apparaître des établissements tels que le Crédit Industriel et Commercial (1859), le Crédit Lyonnais (1863) ou la Société Générale (1864).

En Allemagne, Aglietta & Orlean (2002) expliquent que la période d’hyperinflation de 1921-23 découle des rapports sociaux conflictuels entre les citoyens. (La monnaie peut être signe de confiance ou source de violence).

L’intermédiation bancaire caractérise le modèle de croissance allemand : les relations entre banque et industrie permettent de réguler l’investissement par des engagements stables et de longue durée. On parle du capitalisme rhénan, Albert (1991).

En 1974, les investissements financés par les banques en France représentaient 60 % du total.

 

        Limites de l’économie d’endettement

Mais l’économie d’endettement souffre de plusieurs limites :

- pour être viable, il faut que la rentabilité des investissements dépasse le taux d’intérêt. Sinon les agents sont dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. L’économie d’endettement est donc tributaire de la croissance.

- l’économie d’endettement se développe parallèlement à l’inflation : les agents sont incités à s’endetter d’autant plus que l’inflation accélère.

- l’intervention de l’Etat dans l’économie peut se traduire par une augmentation de l’endettement public. Cela entraîne un effet d’éviction : le financement des entreprises est réduit au profit de celui de l’Etat.

 

 

II] L’économie de marché financier

Distinction entre économie d’endettement et économie de marché financier est introduite par Hicks (1974) : si l’épargne suffit ou non à assurer les besoins de financement de l’économie.

 

        Une évolution historique

A partir des années 80, les effets pervers de l’économie d’endettement sont tels que les marchés financiers deviennent progressivement la meilleure manière de faire coïncider l’offre et la demande de capitaux.

Plusieurs facteurs sont à l’origine d’une mutation financière : pour Bourguinat (1992) c’est la règle des trois « D ».

- désintermédiation : les marchés remplacent les banques pour obtenir du financement

- déréglementation : les règles concernant l’épargne et l’investissement sont assouplies

- décloisonnement : les marchés et les intermédiaires sont de plus en plus intégrés

D’autres éléments ont joué dans la même direction :

- la fin du système de changes fixes de Bretton Woods en 1973

- la politique monétaire restrictive (désinflationniste) des USA à partir de 1979

- la globalisation financière

La finance de marché s’est fortement développée, mais l’intermédiation financière n’a pas disparu : les banques jouent toujours un rôle essentiel (collecte d’épargne, détention de titres, crédits aux PME …).

 

        Conséquences du développement de l’économie de marché financier

Pour l’Etat, l’économie de marché financier permet de financer les déficits sans créer d’inflation. (L’Etat peut également privatiser des entreprises publiques).

Pour les ménages, cela permet de diversifier les placements.

Pour les entreprises, l’économie de marché financier facilite la restructuration : l’introduction en bourse permet de lever des capitaux ; les fusions acquisitions permettent de mettre en place des stratégies de croissance … (Attention à la théorie de l’agence).

Pour les intermédiaires financiers, cela a modifié leur rôle : l’épargne collectée sert à offrir des capitaux sur les marchés financiers.

 

 

III] La globalisation financière

Le développement des marchés de capitaux a modifié les circuits de financement de l’économie : l’ouverture internationale des marchés aux mouvements de capitaux caractérise la globalisation financière.

 

        Le nouveau capitalisme

Pour Plihon (2001) ce nouveau capitalisme consacre le passage de la stakeholder value à la shareholder value : l’objectif essentiel pour la gestion des entreprises est la création de valeur pour les actionnaires.

L’internationalisation des mouvements de capitaux se traduit par des opérations de financement transfrontalières, Batsch (2002) : fusions entre sociétés étrangères, investisseurs institutionnels internationaux, financement des déficits publics ou des déséquilibres commerciaux …

 

        La globalisation financière entraîne une globalisation des risques

Pour Aglietta (1995) les agents individuels maîtrisent de plus en plus les risques de leurs placements, ce qui déporte les risques au niveau agrégé vers la crise systémique.

Comme les agents ont intérêt à avoir un comportement mimétique (moutonnier par rapport aux évaluations du marché) cela peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives (Orléan, Shiller). On achète un titre en anticipant la hausse rapide de son prix afin de le revendre avec une plus value.

Quand une information met un terme à la spéculation, le mimétisme des agents déclenche une crise: les agents cèdent leurs titres au plus vite. Cela entraîne une chute rapide et brutale des cours boursiers. Ex : krach de 1987, bulle « Internet » de 2000 …

 

 

Conclusion :

La sphère financière de l’économie est de plus en plus complexe (voir les chapitres suivants).

Le financement de l’économie peut à la fois favoriser la croissance et la fragiliser.

 

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

AGLIETTA, Michel & ORLEAN, André : La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002

ALBERT, Michel : Capitalisme contre capitalisme, Seuil, 1991

BATSCH, Laurent : Le capitalisme financier, La Découverte, 2002

BOURGUINAT, Henri : Finance internationale, Puf, 1992

HICKS, John : La crise de l’économie keynésienne, Fayard, 1974

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

PLIHON, Dominique : Le nouveau capitalisme, La Découverte, 2001

SHILLER, Robert : Exubérance irrationnelle, Valor, 2000

21:25 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |