24/11/2011

Les théories de l'échange international

        Caractéristiques de l’économie contemporaine

Un fort accroissement des échanges internationaux. Les exportations et les importations modifient les structures des économies : elles stimulent les productions nationales et elles rendent la compétition mondiale.

Toutefois, ce phénomène n’est pas nouveau. Berger (2003) parle de la « première mondialisation », Ferguson (2003) de l’ « anglobalization » pour celle de 1870-1914.

Pour Kindleberger (1973) la crise des années 30 s’explique principalement par la diminution des échanges internationaux.

 

        La question du libre échange et des fondements du commerce international

C’est une source de débats théoriques inépuisable … Polémique débutant dès l’origine de la « science » économique. Ainsi Hume (1752) critique la vision mercantiliste de l’économie. Le commerce international ne sert qu’à favoriser les exportations, il doit être contrôlé par les nations. Pour Hume l’échange international est une source d’opportunités réciproques.

Pour les néo-classiques Marshall (1879) et Edgeworth (1894) il suffit que les pays soient différents pour qu’ils aient un intérêt à échanger. Les sources de différence peuvent provenir de la technologie, des facteurs ou des goûts.

 

        Les spécificités du commerce international

- il permet d’augmenter les échanges : en quantité et en qualité

- il repose sur la souveraineté des Nations : les réglementations dépendent des pays

- il faut pouvoir convertir les monnaies : c’est la question du taux de change (Rappel)

De plus, l’existence du commerce international repose sur trois constats :

- la diversité des ressources naturelles planétaires : pétrole, fruits exotiques, Johnny …

- les différences de goûts à l’échelle du monde

- les divergences de coûts : principalement de production.

Les théories du commerce international cherchent à répondre à une série de questions : pourquoi s’engager dans l’échange international, quels en sont les déterminants, quelle sera sa structure ou son volume …

On divise traditionnellement les théories du commerce international en deux branches : la théorie positive qui étudie les conséquences économiques de l’échange et la théorie normative qui analyse l’organisation des échanges entre pays. (Thème étudié à part).

Q : la question de l’ouverture des frontières économiques ne peut-elle être que politique ?

 

 

I] Les théories classiques du commerce international

  • Avantages absolus, avantages comparatifs

La logique de l’échange international est introduite par Adam Smith (1776) : pour lui, le commerce international découle de l’existence d’avantages absolus.

Chaque pays se spécialise dans le produit où il a un coût faible. L’échange est générateur de gains pour les deux parties.

Mais, pour que l’échange soit mutuellement avantageux, il faut que les avantages soient réciproques. Un pays n’ayant pas d’avantage absolu ne peut s’engager dans le commerce international.

C’est l’application de la division du travail à l’échelle internationale : un pays se spécialise dans le produit pour lequel il a un avantage absolu. Cela crée un gain mondial car la production du bien sera plus importante et générera un échange de biens supplémentaires.

C’est donc avec la théorie des avantages comparatifs de Ricardo (1817) que la participation au commerce international est systématisée.

Il est toujours avantageux pour deux pays de commercer, à condition qu’ils se spécialisent dans le bien pour lequel ils ont le plus grand avantage absolu ou le plus petit désavantage absolu : cela repose sur la notion de coût d’opportunité.

L’intérêt du commerce réside dans le fait que les pays importent un produit relativement moins cher qu’il ne leur coûterait à fabriquer nationalement et qu’ils exportent un produit plus cher que ce qu’ils pourraient vendre en autarcie.

 

  • L’enrichissement des modèles

Ces modèles ne raisonnent qu’à partir des coûts (offre). Pour Mill (1844) il faut également prendre en compte la demande pour comprendre la fixation des prix internationaux.

Quand plusieurs nations s’engagent dans le commerce international, le prix s’établit de manière à égaliser l’offre et la demande mondiale. Comme les coûts de production sont différents pour chaque pays, cela va en favoriser certains plus que d’autres. L’intérêt à échanger dépend donc des réactions de la demande …

Cela ouvre la voie à la théorie normative du commerce international : il est possible de manipuler les termes de l’échange par des taxes ou des quotas … (A suivre).

Pour Mucchielli (1991) il faut éviter les fausses interprétations de la théorie des avantages comparatifs. Il en évoque quatre :

- de nombreux petits pays n’auraient pas d’avantages comparatifs

- les pays dont les biens incorporent plus de travail sont défavorisés

- la concurrence des pays à bas salaire est déloyale

- les avantages comparatifs sont au fondement d’une politique libérale

MacDougal (1951) valide en partie l’hypothèse de Ricardo. Comparaison USA/UK en 1937.

 

 

II] Les théories néo-classiques du commerce international

Elles cherchent à expliquer le commerce international en se basant sur la concurrence parfaite.

 

  • Le commerce international s’explique par des différences de technologie

On considère que les pays ont les mêmes dotations en facteurs : les différences de technologie créent un gain à l’échange partagé par les pays. Dornbusch, Krugman & Samuelson (1977).

Chacun transfère sa force de travail dans les secteurs où il est relativement plus efficace. C’est un gain d’efficience productive.

C’est une généralisation du modèle ricardien à un grand nombre de biens et de pays.

Balassa (1963) valide empiriquement cette approche : il existe une relation entre exportation et productivité. Le transfert de facteurs de production rend bien les pays plus productifs et augmente les gains de l’échange pour tous.

Mais cela n’explique pas l’origine des différences de technologie.

 

  • Le commerce international s’explique par des différences de dotation factorielle

Les pays possèdent plus ou moins de capital et de travail. Pour produire certains biens il faut plus de capital ou plus de travail.

Selon Hecksher (1919) et Ohlin (1933) un pays a un avantage comparatif dans le bien dont la production est intensive dans le facteur relativement abondant.

Le commerce international permet indirectement d’échanger des facteurs de production.

Dès lors pour Mundell (1957) il suffit de doter les pays des facteurs nécessaires pour que l’échange soit favorable.

Cela ouvre la voie à l’analyse des mouvements internationaux de facteurs. (A suivre).

Leontief (1953) a cherché à valider empiriquement cette théorie en étudiant les exportations américaines. Les USA sont fortement dotés en capital mais réalisent des exportations intensives en travail et des importations intensives en capital. C’est le paradoxe de Leontief.

Seule explication possible : les différences de productivité entre pays : l’innovation, le capital humain, les ressources naturelles … Disparition du paradoxe à partir des années 70.

Les théories du commerce international en concurrence parfaite semblent donc justifier des échanges entre pays développés ou non, car elles se fondent sur des différences. Or la plupart des pays de l’OCDE sont très proches en termes de technologie, de dotations ou de goûts …

Le commerce international n’est donc pas expliqué pour ces pays. D’où …

 

 

III] Les nouvelles théories du commerce international

Elles reposent sur une analyse en termes de concurrence imparfaite.

 

  • La taille du marché

Krugman (1990) les entreprises peuvent fixer leurs prix. En présence d’économies d’échelle, leur production est d’autant plus efficiente qu’elle est réalisée sur une échelle importante.

Les entreprises peuvent dégager des économies d’échelle internes : augmentation d’un facteur de production qui permet une augmentation de la production plus que proportionnelle.

Elles peuvent également dégager des économies d’échelle externes : si la taille de l’entreprise augmente, sa production augmente plus que proportionnellement.

Enfin, la localisation des entreprises joue un rôle essentiel qui permet de faire émerger des synergies.

 

  • La concurrence monopolisitique

Dixit & Stiglitz (1977) chaque entreprise propose un produit différent. Cette différenciation permet de produire une plus grande variété de biens qui accroît la taille du marché.

Ainsi, chaque entreprise peut vendre de plus grandes quantités à un prix plus faible. Pour le consommateur, il y a une plus grande variété de choix.

Cela permet d’expliquer le commerce intrabranche : des pays similaires vont échanger des biens différenciés. Helpman (1987) valide cette théorie en montrant que les grands pays ayant des marchés de grande taille peuvent produire plus de biens différenciés.

 

  • Monopole et duopole

Brander & Krugman (1983) les entreprises vont opérer une discrimination tarifaire à l’étranger pour segmenter les marchés. Si la concurrence est plus forte à l’étranger, elles pratiquent du dumping.

Si deux entreprises sont en situation de monopole nationalement, elles vont se concurrencer. C’est une situation de duopole.

 

Conclusion :

Grande variété d’explications du commerce international. Pose de nombreuses questions.

 

Références :

BALASSA, Bela : Une démonstration empirique de la théorie classique des coûts comparés, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1963

BERGER, Suzanne : Notre première mondialisation, Seuil, 2003

BRANDER, James & KRUGMAN, Paul : A “reciprocal dumping” model of international trade, Journal of International Economics, 1983

DIXIT, Avinash & STIGLITZ, Joseph : Concurrence monopolistique et diversité optimale des produits, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1977

DORNBUSCH, Rudiger ; FISCHER, Stanley & SAMUELSON, Paul : Comparative Advantage, Trade and Payments in a Ricardian Model with a Continuum of Goods, American Economic Review, 1977

EDGEWORTH, Francis : The Theory of International Values, Economic Journal, 1894

FERGUSON, Niall : Empire, Penguin, 2003

HECKSHER, Eli : Effets du commerce international sur la répartition du revenu, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1919

HELPMAN, Elhanan : Imperfect competition and international trade, Journal of the Japanese and International Economies, 1987

HUME, David : De la balance du commerce, in Essais moraux, politiques et littéraires et autres essais, Puf, 1752

KINDLEBERGER, Charles : La Grande Crise Mondiale, Economica, 1973

KRUGMAN, Paul : Rethinking international trade, MIT Press, 1990

LEONTIEF, Wassily : Production domestique et commerce international, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1953

MacDOUGAL, G.D.A : Les exportations britanniques et américaines, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1951

MARSHALL, Alfred : The Pure Theory of Foreign Trade, Augustus Kelley Publishers, 1879

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1844

MUCCHIELLI, Jean-Louis : Relations économiques internationales, Hachette, 1991

MUNDELL, Robert : International Trade and Factor Mobility, American Economic Review, 1957

OHLIN, Bertil : Interregional and International Trade, Harvard University Press, 1933

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

SMITH, Adam : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

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L'Union économique et monétaire

        Une décision économique et politique

Volonté de créer une banque centrale commune aux pays européens. Choix d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique, càd indépendante sur le plan des opérations (décisions), des dirigeants (mandat sans révocation) et des sources de financement.

En Europe a été mis en place un modèle original : le Système Européen de Banques Centrales.

L’Eurosystème est composé de la BCE et des Banques centrales des pays membres de la zone euro. C’est le dispositif principal du SEBC. Certains pays de l’UE n’ayant pas adopté l’euro.

L’Eurosystème gère la politique monétaire, collecte des informations statistiques et régule les secteurs bancaire et financier.

- Volonté d’accompagner le marché unique

- Recherche d’un cadre financier simplifié (au regard des problèmes de changes ou de spéculation)

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mandat principal la stabilité des prix et le soutien éventuel aux politiques économiques. Approche monétariste.

 

        Un dispositif juridique contraignant

Le traité de Maastricht (1992) est le fondement juridique du SEBC, il est à l’origine de la création de l’euro et a instauré la politique monétaire européenne (de type fédérale).

Plusieurs critères macroéconomiques de convergences ont été définis :

- Taux d’inflation : ne doit pas dépasser 1,5 % de la moyenne des trois meilleurs

- Taux de change stable

- Déficit public inférieur à 3 % du PIB

- Endettement public inférieur à 60 % du PIB

- Taux d’intérêt : ne doit pas dépasser 2 % de la moyenne des trois meilleurs

Système renforcé par la Pacte de stabilité et de croissance (1997) : sanction du non respect des critères. Même si son fonctionnement a été assoupli …

Rôle important joué par la Commission européenne dans l’analyse des politiques économiques : les grandes orientations de politique économique (GOPE) doivent être présentées par les Etats.

Q : quelles sont les spécificités du financement de l’économie en Europe ?

 

 

I] La monnaie unique européenne

 

  • Une réponse à l’échec du système de Bretton Woods.

Rapport Werner (1971) propose d’harmoniser les politiques monétaires et de change au niveau européen pour accompagner le rapprochement commercial. Objectifs :

- Renforcer le rôle de l’Europe dans le SMI

- Unification du marché européen

Vision ambitieuse (finalement proche du SEBC) mais qui n’a pu être mise en œuvre dans les années 70 où les pays ont apporté des réponses nationales en termes de politiques économiques.

Face au flottement généralisé des monnaies : l’Allemagne et le Benelux ainsi que des participants occasionnels ont mis en place un flottement par rapport au dollar (informel) : le serpent monétaire.

En 1979, c’est ce modèle qui sert de référence au Système Monétaire Européen (SME) : France, Allemagne, Benelux, Italie, Danemark et Irlande instaurent un système de changes fixes entre eux.

La disparité des situations macroéconomiques (inflation notamment) le rendait très fragile. Pourtant, grâce à des politiques de coopération et des ajustements de taux de changes, il a fonctionné jusqu’en 1992 avec les caractéristiques suivantes :

- Système dominé par l’Allemagne : DM monnaie de référence

- Système crédibilisé par l’Allemagne : réputation de la Bundesbank / inflation

L’indépendance de la Banque centrale conduisant empiriquement à une inflation plus faible selon Alesina & Summers (1993) et l’histoire économique allemande ont conduit la Bundesbank à s’affirmer comme le pivot du SME. Cela a favorisé la convergence des taux d’inflation de ses membres et cela a poussé les gouvernements des pays à inflation forte à ne pas dévaluer et donc à gagner en crédibilité. Rogoff (1985).

 

  • L’Union économique et monétaire

L’approfondissement du marché unique a conduit les pays de la CEE à parachever l’harmonisation en mettant en place l’Union Economique et Monétaire (UEM). Passage en plusieurs étapes à une unification monétaire :

- Participation au mécanisme de change du SME : parités fixes

- Libre circulation des capitaux et indépendance des banques centrales

- Création d’une monnaie unique dans un cadre institutionnel européen

L’UEM est un choix économique et politique qu’on peut analyser par le triangle d’incompatibilité de Mundell (1960) : il n’est pas possible de concilier liberté de circulation des capitaux, parités fixes et autonomie de la politique monétaire.

 

 

II] Les zones monétaires optimales 

  • La théorie des zones monétaires optimales

Analyse économique de l’intérêt pour des économies d’unifier leurs monnaies, développée par Mundell (1961). Elle apporte la réponse de principe à la construction monétaire européenne : un système de taux de change fixe est le plus approprié pour des pays intégrés économiquement. Critère essentiel : la mobilité des facteurs de production.

Une zone monétaire optimale fournit aux participants un gain d’efficience monétaire : réduction de l’incertitude et des coûts de transaction.

Ex : Bean (1992) convertir un billet dans les devises européennes lui fait perdre la moitié de sa valeur

Cependant une zone monétaire optimale induit une perte de stabilité économique : les pays rejoignant l’aire monétaire abandonnent leur capacité de mener une politique monétaire autonome ou de modifier leur taux de change.

Pour McKinnon (1963) le critère essentiel est l’ouverture des économies : plus les pays sont ouverts, plus ils ont intérêt à avoir des changes fixes.

Pour Kenen (1969) plus les productions d’une même zone sont diversifiées, moins les pays auront intérêt à utiliser l’ajustement monétaire pour affronter les chocs.

 

  • L’optimalité et l’UEM

Le débat essentiel porte autour de la définition d’une zone monétaire optimale.

Il faut à la fois un commerce de biens et de services très développé et des facteurs mobiles. Ce qui peut expliquer le flottement des grandes monnaies internationales.

On constate en Europe un niveau élevé des échanges commerciaux intra-européens mais la mobilité des facteurs reste discutable (concernant le travail notamment) ce qui justifie les démarches d’harmonisation des cursus (Erasmus, LMD).

Enfin d’autres facteurs interviennent et alimentent le débat :

- Le rapprochement des structures économiques : réaction aux chocs économiques

- Le fédéralisme fiscal : transfert de ressources entre Etats membres

L’UEM va donc produire de nombreux effets sur d’autres secteurs : marché du travail, politique économique … C’est sans doute au niveau politique que seront réglés les problèmes à venir.

 

 

III] L’Europe financière

 

  • La dimension financière du marché unique

Elle est le produit de l’adaptation de l’Europe aux mutations financières internationales : libéralisation des opérations financières et globalisation des activités.

L’Europe financière est fondée sur des libertés fondamentales :

- La liberté d’établissement

- La libre circulation des capitaux (1990)

- La libre prestation de services financiers (1993)

D’après Aglietta (1995) un système financier doit résoudre le dilemme efficacité / sécurité : un système stable s’accompagne d’une moins grande efficacité et réciproquement.

Trois critères illustrent ce dilemme :

- La place des marchés financiers dans les circuits de financement

- Le degré de séparation des banques et des autres institutions financières

- Le degré de concentration bancaire

D’où le développement des crises financières internationales périodiques.

 

  • Le système financier européen dans l’économie mondiale

Les conséquences du système financier européen sont triples et contradictoires :

- Les flux de capitaux entraînent des gains d’efficacité : meilleure allocation des capitaux et restructurations

- Le système financier est fragilisé par les risques d’instabilité : accroissement du risque systémique

- Les politiques économiques subissent des pertes d’efficacité : délocalisations, concurrence fiscale, pas de politique monétaire autonome

 

Conclusion :

L’Europe monétaire et financière ne peut se comprendre sans une dimension politique.

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BEAN, Charles : Economic and monetary union in Europe, Journal of Economic Perspectives, 1992

KENEN, Peter : The theory of optimum currency areas: an eclectic view, in MUNDELL, Robert & SWOBODA, Alexandre dir. : Monetary problems of the international economy, University of Chicago Press, 1969

McKINNON, Ronald : Optimum currency areas, American Economic Review, 1963

MUNDELL, Robert : The Monetary Dynamics of International Adjustement under Fixed and Flexible Exchange Rates, Quarterly Journal of Economics, 1960

MUNDELL, Robert : A theory of optimum currency area, American Economic Review, 1961

RICHE, Pascal & WYPLOSZ, Charles : L’union monétaire de l’Europe, Seuil, 1993

ROGOFF, Kenneth : The optimal degree of commitment to an intermediate monetary target, Quarterly Journal of Economics, 1985

09:53 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

15/11/2011

La politique monétaire

Domaine plus spécialisé que la politique budgétaire : objectifs plus ciblés.

Mais les débats sont également très vifs car elle concerne la monnaie (rappel).

 

  • De la monnaie à l’inflation

L’innovation financière a dépassé l’approche monétaire par les agrégats.

Les banques centrales influencent la quantité de monnaie en circulation dans l’économie par le biais du taux d’intérêt. Les taux varient en fonction de l’horizon des dettes. Une banque centrale fixe le taux directeur càd celui des opérations courantes, quotidiennes.

La monnaie joue sur le pouvoir d’achat : l’inflation peut réduire la valeur de la monnaie. C’est pourquoi il faut tenir compte du taux d’intérêt réel (taux nominal moins inflation anticipée).

Pour mesurer l’inflation, on calcule un Indice des prix à la consommation : c’est un panier représentatif des biens consommés par les ménages.

Mais les IPC surestiment souvent les hausses de prix, c’est l’effet Boskin (1996) :

q  Il y a substitution entre produits ou entre points de vente

q  La qualité des produits s’améliore

q  Des innovations sont introduites sur les marchés

Au contraire, aujourd’hui, l’IPC ne correspond pas à la perception des consommateurs.

L’inflation optimale n’est ni trop élevée (elle nuit à la croissance) ni trop faible :

q  Trappe à liquidité (Keynes) ex : Japon

q  Rigidité des prix et des salaires à la baisse (Akerlof, Dickens & Perry 1996)

Il existe une relation négative à court terme entre inflation et chômage (Phillips) mais à long terme le chômage tend vers le NAIRU.

 

  • L’évolution du rôle des Banques centrales

Les banques centrales jouaient simplement le rôle de banques de l’Etat : l’importance de la monnaie pour la souveraineté a poussé les Etats à confier de nouvelles prérogatives à cet interlocuteur unique. Ex : privilège de la création de monnaie

A partir de la crise de 1929, la conception du rôle des banques centrales est réévaluée : Keynes considère que l’action sur le taux d’intérêt est un des moyens de relancer la demande globale. C’est l’invention de la politique monétaire : on augmente la masse de monnaie en circulation ce qui réduit les taux d’intérêt et accroît la demande.

L’analyse de Phillips (1958) confirme l’intérêt de cette approche pour réduire le chômage.

Mais remise en question : la monétisation du déficit donne un pouvoir exorbitant aux Etats, elle favorise la spirale inflationniste, les agents anticipent la politique monétaire + la crise.

Q : un consensus peut-il émerger sur la politique monétaire ?

 

 

I] Analyses théoriques de la politique monétaire

La politique monétaire peut agir sur l’économie si on sort du cadre classique de neutralité de la monnaie : Lucas (1996) considère en effet que la monnaie est neutre, c’est à dire que la théorie quantitative de la monnaie traduit la vitesse de circulation de la monnaie adaptée à l’économie.

Dès lors, la vision de Friedman (1963) est confirmée : l’inflation est un phénomène monétaire

 

  • Les rigidités

Si on considère que les prix et les quantités ne s’ajustent pas immédiatement, on estime qu’ils sont rigides. Dans cette optique, le niveau du taux d’intérêt va inciter les agents à détenir ou non de la monnaie. En situation de sous-emploi, la politique monétaire permet de baisser le taux d’intérêt et de favoriser l’investissement puis la consommation.

Les rigidités peuvent s’expliquer de plusieurs manières :

-          elles découlent d’une information imparfaite : Lucas (1972). Les agents augmentent leur offre quand le niveau des prix augmente. Erreur d’analyse du prix relatif.

-          elles découlent d’un ajustement échelonné : Taylor (1980). Les entreprises et leurs employés ont négocié des contrats de moyen terme qui ne sont pas immédiatement modifiés en cas de choc.

-          elles découlent de coûts de menu : Mankiw (1985). Les entreprises n’ajustent pas leurs prix en permanence.

 

  • Les canaux de transmission

La politique monétaire influence l’économie de quatre manières :

-          par le taux d’intérêt, elle a un effet multiplicateur sur l’investissement.

-          par le prix des actifs, elle crée un effet de richesse : la baisse du taux d’intérêt incite à acquérir des actions, des obligations ou des biens immobiliers.

-          par le crédit, elle facilite le financement de l’investissement : Bernanke & Gertler (1995) montrent que les banques prêtent plus facilement dans ce contexte.

Il faut donc que le secteur bancaire soit efficace pour utiliser ce canal.

-          par le taux de change, elle modifie la compétitivité prix avec l’extérieur.

 

  • La crédibilité des banques centrales et la stabilité financière

La politique monétaire est anticipée par les agents.

Elle est plus efficace si elle est discrétionnaire mais elle sera alors anticipée par les agents qui rendront son action inefficace : Barro & Gordon (1983) montrent que dans cette situation, la politique monétaire se contente de créer de l’inflation sans gains d’efficacité.

Pour être crédible, une banque centrale peut se forger une réputation. Ex : elle s’impose des règles contraignantes ou elle nomme un banquier central conservateur (averse à l’inflation).

Alesina & Summers (1993) considèrent que la crédibilité de la Banque centrale est liée à son indépendance du pouvoir politique en termes de lutte contre l’inflation.

Les Banques centrales s’assurent également que les institutions et les marchés financiers fonctionnent efficacement : c’est la stabilité financière.

Elles doivent éviter les phénomènes de paniques bancaires : Diamond & Dybvig (1983) qui entraînent des risques de contagion.

Elles édictent une réglementation prudentielle : éviter les risques excessifs.

Elles agissent comme prêteurs en dernier ressort.

 

 

II] Pratiques de politique monétaire

La politique monétaire repose sur plusieurs instruments :

-          les réserves obligatoires : obliger les banques à conserver des dépôts

-          les opérations d’open market : achat ou vente de titres monétaires

-          le taux de refinancement : taux directeur auquel elle prête aux banques

 

  • Les moyens d’action des banques centrales

Règle ou discrétion :

Svensson (2001) montre qu’il faut opposer les règles instrumentales (fonction de réaction de la Banque centrale) et les règles de ciblage (à horizon donné). Cela découle des indicateurs utilisés. Ex : le ciblage de l’inflation par les agrégats n’est pas efficace (sauf déflation).

Réactivité :

On oppose la Fed à la BCE. La Réserve fédérale réagit de manière forte et rapide aux fluctuations économiques en baissant ses taux. La BCE considère que son action renforcerait la volatilité des marchés, Artus & Wyplosz (2002).

Indépendance et responsabilité :

L’indépendance des banques centrales est garantie légalement et institutionnellement aux USA et en Europe. Pour Fitoussi (2002) cela peut réduire la responsabilité démocratique.

Certains pays ont choisi de se « lier les mains » sur le plan monétaire. Ex : le SME

De plus, les responsables des Banques centrales communiquent auprès d’institutions politiques et de la communauté financière. Ex : publicité des décisions

 

  • La politique monétaire et son influence sur l’économie

Politique monétaire et politique budgétaire :

Le policy mix suppose une coordination entre les deux politiques. Mais du fait de l’indépendance, elle n’est pas garantie. Ex : USA dans les années 80

Politique monétaire et prix des actifs financiers :

Les Banques centrales peuvent favoriser l’apparition de bulles (boursières ou immobilières).

Elles devraient prendre en compte les prix des actifs et de l’immobilier dans leurs politiques mais difficile sur le plan empirique … Ce qui entraîne un aléa moral.

Surveillance prudentielle :

Les Banques centrales consacrent des sommes très élevées pour éviter la propagation de crises bancaires. Ex : caisses d’épargne aux USA ou Crédit Lyonnais en France.

Du fait de leur rôle de prêteur en dernier ressort, les banques centrales favorisent une situation d’aléa moral. Mais cela se justifie par le risque systémique …

 

Conclusion :

La politique monétaire semble un sujet apaisé aujourd’hui, quasi-technique. Ex : gérer une zone hétérogène comme l’UEM.

C’est plutôt du côté du système financier que viennent les débats.

 

Références :

AKERLOF, George ; DICKENS, Williams & PERRY, George : The macroeconomics of low inflation, Brookings Papers on Economic Activity, 1996

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

ARTUS, Patrick & WYPLOSZ, Charles : La banque centrale européenne, La Documentation française, 2002

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BERNANKE, Ben & GERTLER, Mark : Inside the black box, Journal of Economic Perspectives, 1995

BOSKIN, Michael dir. : Toward a more accurate measure of the cost of living, Senate Finance Committee, 1996

DIAMOND, Douglas & DYBVIG, Philip : Bank runs, deposit insurance and liquidity, Journal of Political Economy, 1983

FITOUSSI, Jean-Paul : La règle et le choix, Seuil, 2002

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

LUCAS, Robert : Expectations and the neutrality of money, Journal of Political Economy, 1972

LUCAS, Robert : Money neutrality, Journal of Political Economy, 1996

MANKIW, GREGORY : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menu faibles, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

PHILLIPS, Alban : The relation between unemployment and the rate of change of money wage rates in the United Kingdom, Economica , 1958

SVENSSON, Lars : Inflation targeting, European Economic Review, 2001

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

22:01 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |