24/11/2011

La politique commerciale

La théorie positive du commerce international a permis de montrer l’intérêt de participer à l’échange entre nations. Mais l’ouverture a des conséquences d’où théories normatives …

 

        La modification de la répartition des richesses à l’intérieur des pays

Ricardo constate que les facteurs de production permettent d’obtenir une rémunération :

capital = profit ; travail = salaire ; terre = rente

Quand la population augmente, il faut produire plus de produits agricoles. Comme on met en culture des terres moins productives, le prix des cultures augmente et la rente aussi.

Pour Ricardo, la somme des facteurs est constante : le profit va donc baisser.

Il faut donc s’ouvrir au commerce international pour importer moins cher et restaurer les profits. Débat sur les « corn laws ». Mais analyse dans le cadre d’une économie stationnaire.

Aujourd’hui approche dominante est celle d’un intérêt fort à l’ouverture au commerce international, car il permet la diffusion des technologies à l’échelle du monde, Eaton & Kortum (1999) et la disponibilité des produits sur tous les marchés, Eaton & Kortum (2002).

 

        Les théorèmes complémentaires de la théorie positive

Dans le cadre de la théorie factorielle :

- Le théorème de Stolper-Samuelson (1941)

La rémunération réelle du facteur de production utilisé intensivement dans la production du bien exporté est supérieure à ce qu’elle serait en autarcie.

Les propriétaires du facteur abondant gagnent à l’échange, pas ceux qui détiennent le facteur rare. Le gain à l’échange est donc positif mais inégalement réparti.

D’où une volonté de protection …

- Le théorème Hecksher-Ohlin-Samuelson (1949)

Au niveau mondial, le prix des facteurs de production a tendance à s’égaliser.

Comme les technologies diffèrent entre les pays, les prix des facteurs sont différents. De plus, il existe des barrières à l’échange (naturelles et artificielles) qui freinent l’égalisation des prix.

- Le théorème de Rybczynski (1955)

La croissance d’un facteur de production abondant va renforcer la spécialisation, puisque la production du bien intensif augmente au détriment de celle de bien dans l’autre facteur.

En concurrence imparfaite, comme les pays ont des dotations similaires, les effets sur la répartition sont moindres.

Q : quelle doit être la politique commerciale d’un pays ?

 

 

I] Libre-échange et protectionnisme

Le libre-échange est l’ouverture des pays aux échanges internationaux. Le protectionnisme est mis en place par un Etat qui veut réduire ses importations.

 

  • En concurrence parfaite

Tous les pays ont un gain à l’échange international.

Le libre-échange produit globalement et individuellement plus qu’en autarcie.

C’est la répartition des richesses à l’intérieur du pays qui pose problème : Grandmont et McFadden (1972) montrent qu’il suffit d’établir un transfert forfaitaire à l’intérieur de chaque pays pour que tout le monde y gagne.

On constate qu’un petit groupe de détenteurs de facteurs de production s’organise plus efficacement pour faire pression, Olson (1982). D’où protection du facteur rare.

C’est donc le rôle de l’Etat de prendre en compte le bien être collectif et de déterminer les agents les plus touchés.

 

  • En concurrence imparfaite

Graham (1923) montre que l’échange international entraîne un gain très important grâce aux rendements d’échelle croissants.

Mais les gains peuvent aussi être inégalement répartis entre les pays. Certains pays gagnent à l’échange et d’autres y perdent.

Or, il n’existe aucune institution de redistribution à l’échelle internationale. Cela repose donc sur un engagement des Etats. Plusieurs facteurs entrent en considération : la crédibilité, le pouvoir …

La théorie des jeux montre qu’un pays qui perd à l’échange n’a pas intérêt à participer au commerce international. D’où l’argument développé par Lancaster & Lipsey (1956) du « second best » : puisque l’économie n’est pas en situation de concurrence parfaite, l’Etat peut mettre en œuvre une nouvelle distorsion qui compense l’imperfection initiale.

 

 

II] Les droits de douane et les quotas

Les droits de douane consistent à taxer les importations pour en augmenter le prix sur le territoire national. Les quotas sont des restrictions quantitatives aux échanges.

 

  • En concurrence parfaite

Les restrictions aux échanges permettent aux producteurs nationaux de vendre à un prix plus élevé qu’auparavant. Les profits augmentent.

L’Etat accroît également ses recettes fiscales pour un droit de douane. L’importateur exclusif (sous licence) augmente son revenu en cas de quota. Ce sont les consommateurs qui perdent : ils payent un prix plus élevé.

Il y a une perte car l’inefficience des producteurs n’est pas compensée par la consommation nationale.

 

  • En concurrence imparfaite

Les prix intérieurs sont inférieurs au prix mondial. Conséquences identiques.

De plus, il existe une différence entre grands et petits pays : les grands peuvent influencer le prix mondial.

Les petits pays ont intérêt à se protéger car les grands pays importateurs peuvent mettre en place des mesures protectionnistes pour faire baisser les prix.

On peut construire un dilemme du prisonnier : deux pays choisissent entre libre-échange et protectionnisme en ayant intérêt à se protéger (équilibre de Nash).

Ils ont donc intérêt à mettre en place une institution garantissant le libre-échange.

Si on considère un jeu avec de nombreux participants, il faut prendre en compte l’existence de coalitions : certains pays vont coopérer pour obtenir des avantages.

 

 

 

III] Les subventions à l'exportation

On paie un producteur national pour qu’il vende à l’étranger.

 

  • En concurrence parfaite

Les pays n’ont jamais intérêt à accorder de subvention : la perte des consommateurs nationaux est toujours supérieure aux gains des producteurs nationaux et des consommateurs étrangers.

La subvention finance le bien être des consommateurs étrangers.

 

  • En concurrence imparfaite

Il peut y avoir des échecs de marché : des externalités positives (ex : production de connaissances) ne sont pas rémunérées. On peut donc subventionner les entreprises.

Mais les entreprises ont une incitation à tricher pour maximiser leurs ressources. Il faut donc que les externalités positives soient limitées au territoire national pour éviter le phénomène de passager clandestin international.

C’est ainsi qu’a été développée la notion de politique commerciale stratégique, qui consiste à coordonner les subventions à l’intérieur d’un marché. Brander & Spencer (1985) considèrent que le monde est en situation oligopolistique.

Deux entreprises ont le choix entre produire ou ne pas produire. Duopole Boeing/Airbus.

Si une seule produit, le monopole assure des gains très élevés. Si les deux produisent, il y a une perte de ressources très importante au niveau mondial. Si aucune ne produit, le gain existe mais est faible car les ressources sont réaffectées.

Deux équilibres possibles. Le premier à produire l’emporte.

Si le gouvernement subventionne l’entreprise, celle-ci est incitée à produire et elle emporte le marché. Sauf si l’autre gouvernement mène la même politique …

Si on considère que Boeing a toujours intérêt à produire (premier arrivé, meilleure technologie, réseaux …), Airbus est incité à négocier une subvention à la recherche et développement.

On débouche sur un nouvel équilibre où chaque entreprise a intérêt à produire.

La subvention coûte donc cher et donne le même résultat que le cas où il n’y a pas de production. Mais tout le raisonnement découle des gains associés au jeu. Or intérêt stratégique

 

Conclusion :

Bhagwati (1988) pour comprendre le protectionnisme, le raisonnement économique n’est pas suffisant : il faut prendre en compte les idéologies et les intérêts.

Deux grands types d’arguments :

- protéger l’économie nationale : industrie naissante ou déclinante, recette fiscale. Mais faux pour l’emploi.

- gérer les relations avec l’extérieur : représailles ou indépendance nationale.

Même raisonnement en faveur du libre échange, Bhagwati (1998).

 

Références :

BHAGWATI, Jagdish : Protectionnisme, Dunod, 1988

BHAGWATI, Jagdish : Eloge du libre échange, Editions d’organisation, 1998

BRANDER, James & SPENCER, Barbara : Export Subsidies and International Market Share Rivalry, Journal of International Economics, 1985

EATON, Jonathan & KORTUM, Samuel : International technology diffusion: theory and measurement, International Economic Review, 1999

EATON, Jonathan & KORTUM, Samuel : Technology, geography and trade, Econometrica, 2002

GRAHAM, Frank : Some aspects of production further considered, Quarterly Journal of Economics, 1923

GRANDMONT, Jean-Michel & McFADDEN, Daniel : A technical note on classical gains from trade, Journal of International Economics, 1972

LIPSEY, Richard & LANCASTER, Kelvin : The general theory of second best, Review of Economic Studies, 1956

OLSON, Mancur : Grandeur et décadence des nations, Bonnel, 1982

RICARDO, David : Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, Economica, 1815

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

RYBCZYNSKI, Tadeusz : Dotation de facteurs et prix relatifs des biens, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1955

SAMUELSON, Paul : Nouvel examen de l’égalisation internationale du prix des facteurs, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1949

STOLPER, Wolfgang & SAMUELSON, Paul : Protection et rémunérations réelles, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1941

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Les théories de l'échange international

        Caractéristiques de l’économie contemporaine

Un fort accroissement des échanges internationaux. Les exportations et les importations modifient les structures des économies : elles stimulent les productions nationales et elles rendent la compétition mondiale.

Toutefois, ce phénomène n’est pas nouveau. Berger (2003) parle de la « première mondialisation », Ferguson (2003) de l’ « anglobalization » pour celle de 1870-1914.

Pour Kindleberger (1973) la crise des années 30 s’explique principalement par la diminution des échanges internationaux.

 

        La question du libre échange et des fondements du commerce international

C’est une source de débats théoriques inépuisable … Polémique débutant dès l’origine de la « science » économique. Ainsi Hume (1752) critique la vision mercantiliste de l’économie. Le commerce international ne sert qu’à favoriser les exportations, il doit être contrôlé par les nations. Pour Hume l’échange international est une source d’opportunités réciproques.

Pour les néo-classiques Marshall (1879) et Edgeworth (1894) il suffit que les pays soient différents pour qu’ils aient un intérêt à échanger. Les sources de différence peuvent provenir de la technologie, des facteurs ou des goûts.

 

        Les spécificités du commerce international

- il permet d’augmenter les échanges : en quantité et en qualité

- il repose sur la souveraineté des Nations : les réglementations dépendent des pays

- il faut pouvoir convertir les monnaies : c’est la question du taux de change (Rappel)

De plus, l’existence du commerce international repose sur trois constats :

- la diversité des ressources naturelles planétaires : pétrole, fruits exotiques, Johnny …

- les différences de goûts à l’échelle du monde

- les divergences de coûts : principalement de production.

Les théories du commerce international cherchent à répondre à une série de questions : pourquoi s’engager dans l’échange international, quels en sont les déterminants, quelle sera sa structure ou son volume …

On divise traditionnellement les théories du commerce international en deux branches : la théorie positive qui étudie les conséquences économiques de l’échange et la théorie normative qui analyse l’organisation des échanges entre pays. (Thème étudié à part).

Q : la question de l’ouverture des frontières économiques ne peut-elle être que politique ?

 

 

I] Les théories classiques du commerce international

  • Avantages absolus, avantages comparatifs

La logique de l’échange international est introduite par Adam Smith (1776) : pour lui, le commerce international découle de l’existence d’avantages absolus.

Chaque pays se spécialise dans le produit où il a un coût faible. L’échange est générateur de gains pour les deux parties.

Mais, pour que l’échange soit mutuellement avantageux, il faut que les avantages soient réciproques. Un pays n’ayant pas d’avantage absolu ne peut s’engager dans le commerce international.

C’est l’application de la division du travail à l’échelle internationale : un pays se spécialise dans le produit pour lequel il a un avantage absolu. Cela crée un gain mondial car la production du bien sera plus importante et générera un échange de biens supplémentaires.

C’est donc avec la théorie des avantages comparatifs de Ricardo (1817) que la participation au commerce international est systématisée.

Il est toujours avantageux pour deux pays de commercer, à condition qu’ils se spécialisent dans le bien pour lequel ils ont le plus grand avantage absolu ou le plus petit désavantage absolu : cela repose sur la notion de coût d’opportunité.

L’intérêt du commerce réside dans le fait que les pays importent un produit relativement moins cher qu’il ne leur coûterait à fabriquer nationalement et qu’ils exportent un produit plus cher que ce qu’ils pourraient vendre en autarcie.

 

  • L’enrichissement des modèles

Ces modèles ne raisonnent qu’à partir des coûts (offre). Pour Mill (1844) il faut également prendre en compte la demande pour comprendre la fixation des prix internationaux.

Quand plusieurs nations s’engagent dans le commerce international, le prix s’établit de manière à égaliser l’offre et la demande mondiale. Comme les coûts de production sont différents pour chaque pays, cela va en favoriser certains plus que d’autres. L’intérêt à échanger dépend donc des réactions de la demande …

Cela ouvre la voie à la théorie normative du commerce international : il est possible de manipuler les termes de l’échange par des taxes ou des quotas … (A suivre).

Pour Mucchielli (1991) il faut éviter les fausses interprétations de la théorie des avantages comparatifs. Il en évoque quatre :

- de nombreux petits pays n’auraient pas d’avantages comparatifs

- les pays dont les biens incorporent plus de travail sont défavorisés

- la concurrence des pays à bas salaire est déloyale

- les avantages comparatifs sont au fondement d’une politique libérale

MacDougal (1951) valide en partie l’hypothèse de Ricardo. Comparaison USA/UK en 1937.

 

 

II] Les théories néo-classiques du commerce international

Elles cherchent à expliquer le commerce international en se basant sur la concurrence parfaite.

 

  • Le commerce international s’explique par des différences de technologie

On considère que les pays ont les mêmes dotations en facteurs : les différences de technologie créent un gain à l’échange partagé par les pays. Dornbusch, Krugman & Samuelson (1977).

Chacun transfère sa force de travail dans les secteurs où il est relativement plus efficace. C’est un gain d’efficience productive.

C’est une généralisation du modèle ricardien à un grand nombre de biens et de pays.

Balassa (1963) valide empiriquement cette approche : il existe une relation entre exportation et productivité. Le transfert de facteurs de production rend bien les pays plus productifs et augmente les gains de l’échange pour tous.

Mais cela n’explique pas l’origine des différences de technologie.

 

  • Le commerce international s’explique par des différences de dotation factorielle

Les pays possèdent plus ou moins de capital et de travail. Pour produire certains biens il faut plus de capital ou plus de travail.

Selon Hecksher (1919) et Ohlin (1933) un pays a un avantage comparatif dans le bien dont la production est intensive dans le facteur relativement abondant.

Le commerce international permet indirectement d’échanger des facteurs de production.

Dès lors pour Mundell (1957) il suffit de doter les pays des facteurs nécessaires pour que l’échange soit favorable.

Cela ouvre la voie à l’analyse des mouvements internationaux de facteurs. (A suivre).

Leontief (1953) a cherché à valider empiriquement cette théorie en étudiant les exportations américaines. Les USA sont fortement dotés en capital mais réalisent des exportations intensives en travail et des importations intensives en capital. C’est le paradoxe de Leontief.

Seule explication possible : les différences de productivité entre pays : l’innovation, le capital humain, les ressources naturelles … Disparition du paradoxe à partir des années 70.

Les théories du commerce international en concurrence parfaite semblent donc justifier des échanges entre pays développés ou non, car elles se fondent sur des différences. Or la plupart des pays de l’OCDE sont très proches en termes de technologie, de dotations ou de goûts …

Le commerce international n’est donc pas expliqué pour ces pays. D’où …

 

 

III] Les nouvelles théories du commerce international

Elles reposent sur une analyse en termes de concurrence imparfaite.

 

  • La taille du marché

Krugman (1990) les entreprises peuvent fixer leurs prix. En présence d’économies d’échelle, leur production est d’autant plus efficiente qu’elle est réalisée sur une échelle importante.

Les entreprises peuvent dégager des économies d’échelle internes : augmentation d’un facteur de production qui permet une augmentation de la production plus que proportionnelle.

Elles peuvent également dégager des économies d’échelle externes : si la taille de l’entreprise augmente, sa production augmente plus que proportionnellement.

Enfin, la localisation des entreprises joue un rôle essentiel qui permet de faire émerger des synergies.

 

  • La concurrence monopolisitique

Dixit & Stiglitz (1977) chaque entreprise propose un produit différent. Cette différenciation permet de produire une plus grande variété de biens qui accroît la taille du marché.

Ainsi, chaque entreprise peut vendre de plus grandes quantités à un prix plus faible. Pour le consommateur, il y a une plus grande variété de choix.

Cela permet d’expliquer le commerce intrabranche : des pays similaires vont échanger des biens différenciés. Helpman (1987) valide cette théorie en montrant que les grands pays ayant des marchés de grande taille peuvent produire plus de biens différenciés.

 

  • Monopole et duopole

Brander & Krugman (1983) les entreprises vont opérer une discrimination tarifaire à l’étranger pour segmenter les marchés. Si la concurrence est plus forte à l’étranger, elles pratiquent du dumping.

Si deux entreprises sont en situation de monopole nationalement, elles vont se concurrencer. C’est une situation de duopole.

 

Conclusion :

Grande variété d’explications du commerce international. Pose de nombreuses questions.

 

Références :

BALASSA, Bela : Une démonstration empirique de la théorie classique des coûts comparés, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1963

BERGER, Suzanne : Notre première mondialisation, Seuil, 2003

BRANDER, James & KRUGMAN, Paul : A “reciprocal dumping” model of international trade, Journal of International Economics, 1983

DIXIT, Avinash & STIGLITZ, Joseph : Concurrence monopolistique et diversité optimale des produits, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1977

DORNBUSCH, Rudiger ; FISCHER, Stanley & SAMUELSON, Paul : Comparative Advantage, Trade and Payments in a Ricardian Model with a Continuum of Goods, American Economic Review, 1977

EDGEWORTH, Francis : The Theory of International Values, Economic Journal, 1894

FERGUSON, Niall : Empire, Penguin, 2003

HECKSHER, Eli : Effets du commerce international sur la répartition du revenu, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1919

HELPMAN, Elhanan : Imperfect competition and international trade, Journal of the Japanese and International Economies, 1987

HUME, David : De la balance du commerce, in Essais moraux, politiques et littéraires et autres essais, Puf, 1752

KINDLEBERGER, Charles : La Grande Crise Mondiale, Economica, 1973

KRUGMAN, Paul : Rethinking international trade, MIT Press, 1990

LEONTIEF, Wassily : Production domestique et commerce international, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1953

MacDOUGAL, G.D.A : Les exportations britanniques et américaines, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1951

MARSHALL, Alfred : The Pure Theory of Foreign Trade, Augustus Kelley Publishers, 1879

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1844

MUCCHIELLI, Jean-Louis : Relations économiques internationales, Hachette, 1991

MUNDELL, Robert : International Trade and Factor Mobility, American Economic Review, 1957

OHLIN, Bertil : Interregional and International Trade, Harvard University Press, 1933

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

SMITH, Adam : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

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L'Union économique et monétaire

        Une décision économique et politique

Volonté de créer une banque centrale commune aux pays européens. Choix d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique, càd indépendante sur le plan des opérations (décisions), des dirigeants (mandat sans révocation) et des sources de financement.

En Europe a été mis en place un modèle original : le Système Européen de Banques Centrales.

L’Eurosystème est composé de la BCE et des Banques centrales des pays membres de la zone euro. C’est le dispositif principal du SEBC. Certains pays de l’UE n’ayant pas adopté l’euro.

L’Eurosystème gère la politique monétaire, collecte des informations statistiques et régule les secteurs bancaire et financier.

- Volonté d’accompagner le marché unique

- Recherche d’un cadre financier simplifié (au regard des problèmes de changes ou de spéculation)

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mandat principal la stabilité des prix et le soutien éventuel aux politiques économiques. Approche monétariste.

 

        Un dispositif juridique contraignant

Le traité de Maastricht (1992) est le fondement juridique du SEBC, il est à l’origine de la création de l’euro et a instauré la politique monétaire européenne (de type fédérale).

Plusieurs critères macroéconomiques de convergences ont été définis :

- Taux d’inflation : ne doit pas dépasser 1,5 % de la moyenne des trois meilleurs

- Taux de change stable

- Déficit public inférieur à 3 % du PIB

- Endettement public inférieur à 60 % du PIB

- Taux d’intérêt : ne doit pas dépasser 2 % de la moyenne des trois meilleurs

Système renforcé par la Pacte de stabilité et de croissance (1997) : sanction du non respect des critères. Même si son fonctionnement a été assoupli …

Rôle important joué par la Commission européenne dans l’analyse des politiques économiques : les grandes orientations de politique économique (GOPE) doivent être présentées par les Etats.

Q : quelles sont les spécificités du financement de l’économie en Europe ?

 

 

I] La monnaie unique européenne

 

  • Une réponse à l’échec du système de Bretton Woods.

Rapport Werner (1971) propose d’harmoniser les politiques monétaires et de change au niveau européen pour accompagner le rapprochement commercial. Objectifs :

- Renforcer le rôle de l’Europe dans le SMI

- Unification du marché européen

Vision ambitieuse (finalement proche du SEBC) mais qui n’a pu être mise en œuvre dans les années 70 où les pays ont apporté des réponses nationales en termes de politiques économiques.

Face au flottement généralisé des monnaies : l’Allemagne et le Benelux ainsi que des participants occasionnels ont mis en place un flottement par rapport au dollar (informel) : le serpent monétaire.

En 1979, c’est ce modèle qui sert de référence au Système Monétaire Européen (SME) : France, Allemagne, Benelux, Italie, Danemark et Irlande instaurent un système de changes fixes entre eux.

La disparité des situations macroéconomiques (inflation notamment) le rendait très fragile. Pourtant, grâce à des politiques de coopération et des ajustements de taux de changes, il a fonctionné jusqu’en 1992 avec les caractéristiques suivantes :

- Système dominé par l’Allemagne : DM monnaie de référence

- Système crédibilisé par l’Allemagne : réputation de la Bundesbank / inflation

L’indépendance de la Banque centrale conduisant empiriquement à une inflation plus faible selon Alesina & Summers (1993) et l’histoire économique allemande ont conduit la Bundesbank à s’affirmer comme le pivot du SME. Cela a favorisé la convergence des taux d’inflation de ses membres et cela a poussé les gouvernements des pays à inflation forte à ne pas dévaluer et donc à gagner en crédibilité. Rogoff (1985).

 

  • L’Union économique et monétaire

L’approfondissement du marché unique a conduit les pays de la CEE à parachever l’harmonisation en mettant en place l’Union Economique et Monétaire (UEM). Passage en plusieurs étapes à une unification monétaire :

- Participation au mécanisme de change du SME : parités fixes

- Libre circulation des capitaux et indépendance des banques centrales

- Création d’une monnaie unique dans un cadre institutionnel européen

L’UEM est un choix économique et politique qu’on peut analyser par le triangle d’incompatibilité de Mundell (1960) : il n’est pas possible de concilier liberté de circulation des capitaux, parités fixes et autonomie de la politique monétaire.

 

 

II] Les zones monétaires optimales 

  • La théorie des zones monétaires optimales

Analyse économique de l’intérêt pour des économies d’unifier leurs monnaies, développée par Mundell (1961). Elle apporte la réponse de principe à la construction monétaire européenne : un système de taux de change fixe est le plus approprié pour des pays intégrés économiquement. Critère essentiel : la mobilité des facteurs de production.

Une zone monétaire optimale fournit aux participants un gain d’efficience monétaire : réduction de l’incertitude et des coûts de transaction.

Ex : Bean (1992) convertir un billet dans les devises européennes lui fait perdre la moitié de sa valeur

Cependant une zone monétaire optimale induit une perte de stabilité économique : les pays rejoignant l’aire monétaire abandonnent leur capacité de mener une politique monétaire autonome ou de modifier leur taux de change.

Pour McKinnon (1963) le critère essentiel est l’ouverture des économies : plus les pays sont ouverts, plus ils ont intérêt à avoir des changes fixes.

Pour Kenen (1969) plus les productions d’une même zone sont diversifiées, moins les pays auront intérêt à utiliser l’ajustement monétaire pour affronter les chocs.

 

  • L’optimalité et l’UEM

Le débat essentiel porte autour de la définition d’une zone monétaire optimale.

Il faut à la fois un commerce de biens et de services très développé et des facteurs mobiles. Ce qui peut expliquer le flottement des grandes monnaies internationales.

On constate en Europe un niveau élevé des échanges commerciaux intra-européens mais la mobilité des facteurs reste discutable (concernant le travail notamment) ce qui justifie les démarches d’harmonisation des cursus (Erasmus, LMD).

Enfin d’autres facteurs interviennent et alimentent le débat :

- Le rapprochement des structures économiques : réaction aux chocs économiques

- Le fédéralisme fiscal : transfert de ressources entre Etats membres

L’UEM va donc produire de nombreux effets sur d’autres secteurs : marché du travail, politique économique … C’est sans doute au niveau politique que seront réglés les problèmes à venir.

 

 

III] L’Europe financière

 

  • La dimension financière du marché unique

Elle est le produit de l’adaptation de l’Europe aux mutations financières internationales : libéralisation des opérations financières et globalisation des activités.

L’Europe financière est fondée sur des libertés fondamentales :

- La liberté d’établissement

- La libre circulation des capitaux (1990)

- La libre prestation de services financiers (1993)

D’après Aglietta (1995) un système financier doit résoudre le dilemme efficacité / sécurité : un système stable s’accompagne d’une moins grande efficacité et réciproquement.

Trois critères illustrent ce dilemme :

- La place des marchés financiers dans les circuits de financement

- Le degré de séparation des banques et des autres institutions financières

- Le degré de concentration bancaire

D’où le développement des crises financières internationales périodiques.

 

  • Le système financier européen dans l’économie mondiale

Les conséquences du système financier européen sont triples et contradictoires :

- Les flux de capitaux entraînent des gains d’efficacité : meilleure allocation des capitaux et restructurations

- Le système financier est fragilisé par les risques d’instabilité : accroissement du risque systémique

- Les politiques économiques subissent des pertes d’efficacité : délocalisations, concurrence fiscale, pas de politique monétaire autonome

 

Conclusion :

L’Europe monétaire et financière ne peut se comprendre sans une dimension politique.

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BEAN, Charles : Economic and monetary union in Europe, Journal of Economic Perspectives, 1992

KENEN, Peter : The theory of optimum currency areas: an eclectic view, in MUNDELL, Robert & SWOBODA, Alexandre dir. : Monetary problems of the international economy, University of Chicago Press, 1969

McKINNON, Ronald : Optimum currency areas, American Economic Review, 1963

MUNDELL, Robert : The Monetary Dynamics of International Adjustement under Fixed and Flexible Exchange Rates, Quarterly Journal of Economics, 1960

MUNDELL, Robert : A theory of optimum currency area, American Economic Review, 1961

RICHE, Pascal & WYPLOSZ, Charles : L’union monétaire de l’Europe, Seuil, 1993

ROGOFF, Kenneth : The optimal degree of commitment to an intermediate monetary target, Quarterly Journal of Economics, 1985

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