24/11/2011

L'Union économique et monétaire

        Une décision économique et politique

Volonté de créer une banque centrale commune aux pays européens. Choix d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique, càd indépendante sur le plan des opérations (décisions), des dirigeants (mandat sans révocation) et des sources de financement.

En Europe a été mis en place un modèle original : le Système Européen de Banques Centrales.

L’Eurosystème est composé de la BCE et des Banques centrales des pays membres de la zone euro. C’est le dispositif principal du SEBC. Certains pays de l’UE n’ayant pas adopté l’euro.

L’Eurosystème gère la politique monétaire, collecte des informations statistiques et régule les secteurs bancaire et financier.

- Volonté d’accompagner le marché unique

- Recherche d’un cadre financier simplifié (au regard des problèmes de changes ou de spéculation)

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mandat principal la stabilité des prix et le soutien éventuel aux politiques économiques. Approche monétariste.

 

        Un dispositif juridique contraignant

Le traité de Maastricht (1992) est le fondement juridique du SEBC, il est à l’origine de la création de l’euro et a instauré la politique monétaire européenne (de type fédérale).

Plusieurs critères macroéconomiques de convergences ont été définis :

- Taux d’inflation : ne doit pas dépasser 1,5 % de la moyenne des trois meilleurs

- Taux de change stable

- Déficit public inférieur à 3 % du PIB

- Endettement public inférieur à 60 % du PIB

- Taux d’intérêt : ne doit pas dépasser 2 % de la moyenne des trois meilleurs

Système renforcé par la Pacte de stabilité et de croissance (1997) : sanction du non respect des critères. Même si son fonctionnement a été assoupli …

Rôle important joué par la Commission européenne dans l’analyse des politiques économiques : les grandes orientations de politique économique (GOPE) doivent être présentées par les Etats.

Q : quelles sont les spécificités du financement de l’économie en Europe ?

 

 

I] La monnaie unique européenne

 

  • Une réponse à l’échec du système de Bretton Woods.

Rapport Werner (1971) propose d’harmoniser les politiques monétaires et de change au niveau européen pour accompagner le rapprochement commercial. Objectifs :

- Renforcer le rôle de l’Europe dans le SMI

- Unification du marché européen

Vision ambitieuse (finalement proche du SEBC) mais qui n’a pu être mise en œuvre dans les années 70 où les pays ont apporté des réponses nationales en termes de politiques économiques.

Face au flottement généralisé des monnaies : l’Allemagne et le Benelux ainsi que des participants occasionnels ont mis en place un flottement par rapport au dollar (informel) : le serpent monétaire.

En 1979, c’est ce modèle qui sert de référence au Système Monétaire Européen (SME) : France, Allemagne, Benelux, Italie, Danemark et Irlande instaurent un système de changes fixes entre eux.

La disparité des situations macroéconomiques (inflation notamment) le rendait très fragile. Pourtant, grâce à des politiques de coopération et des ajustements de taux de changes, il a fonctionné jusqu’en 1992 avec les caractéristiques suivantes :

- Système dominé par l’Allemagne : DM monnaie de référence

- Système crédibilisé par l’Allemagne : réputation de la Bundesbank / inflation

L’indépendance de la Banque centrale conduisant empiriquement à une inflation plus faible selon Alesina & Summers (1993) et l’histoire économique allemande ont conduit la Bundesbank à s’affirmer comme le pivot du SME. Cela a favorisé la convergence des taux d’inflation de ses membres et cela a poussé les gouvernements des pays à inflation forte à ne pas dévaluer et donc à gagner en crédibilité. Rogoff (1985).

 

  • L’Union économique et monétaire

L’approfondissement du marché unique a conduit les pays de la CEE à parachever l’harmonisation en mettant en place l’Union Economique et Monétaire (UEM). Passage en plusieurs étapes à une unification monétaire :

- Participation au mécanisme de change du SME : parités fixes

- Libre circulation des capitaux et indépendance des banques centrales

- Création d’une monnaie unique dans un cadre institutionnel européen

L’UEM est un choix économique et politique qu’on peut analyser par le triangle d’incompatibilité de Mundell (1960) : il n’est pas possible de concilier liberté de circulation des capitaux, parités fixes et autonomie de la politique monétaire.

 

 

II] Les zones monétaires optimales 

  • La théorie des zones monétaires optimales

Analyse économique de l’intérêt pour des économies d’unifier leurs monnaies, développée par Mundell (1961). Elle apporte la réponse de principe à la construction monétaire européenne : un système de taux de change fixe est le plus approprié pour des pays intégrés économiquement. Critère essentiel : la mobilité des facteurs de production.

Une zone monétaire optimale fournit aux participants un gain d’efficience monétaire : réduction de l’incertitude et des coûts de transaction.

Ex : Bean (1992) convertir un billet dans les devises européennes lui fait perdre la moitié de sa valeur

Cependant une zone monétaire optimale induit une perte de stabilité économique : les pays rejoignant l’aire monétaire abandonnent leur capacité de mener une politique monétaire autonome ou de modifier leur taux de change.

Pour McKinnon (1963) le critère essentiel est l’ouverture des économies : plus les pays sont ouverts, plus ils ont intérêt à avoir des changes fixes.

Pour Kenen (1969) plus les productions d’une même zone sont diversifiées, moins les pays auront intérêt à utiliser l’ajustement monétaire pour affronter les chocs.

 

  • L’optimalité et l’UEM

Le débat essentiel porte autour de la définition d’une zone monétaire optimale.

Il faut à la fois un commerce de biens et de services très développé et des facteurs mobiles. Ce qui peut expliquer le flottement des grandes monnaies internationales.

On constate en Europe un niveau élevé des échanges commerciaux intra-européens mais la mobilité des facteurs reste discutable (concernant le travail notamment) ce qui justifie les démarches d’harmonisation des cursus (Erasmus, LMD).

Enfin d’autres facteurs interviennent et alimentent le débat :

- Le rapprochement des structures économiques : réaction aux chocs économiques

- Le fédéralisme fiscal : transfert de ressources entre Etats membres

L’UEM va donc produire de nombreux effets sur d’autres secteurs : marché du travail, politique économique … C’est sans doute au niveau politique que seront réglés les problèmes à venir.

 

 

III] L’Europe financière

 

  • La dimension financière du marché unique

Elle est le produit de l’adaptation de l’Europe aux mutations financières internationales : libéralisation des opérations financières et globalisation des activités.

L’Europe financière est fondée sur des libertés fondamentales :

- La liberté d’établissement

- La libre circulation des capitaux (1990)

- La libre prestation de services financiers (1993)

D’après Aglietta (1995) un système financier doit résoudre le dilemme efficacité / sécurité : un système stable s’accompagne d’une moins grande efficacité et réciproquement.

Trois critères illustrent ce dilemme :

- La place des marchés financiers dans les circuits de financement

- Le degré de séparation des banques et des autres institutions financières

- Le degré de concentration bancaire

D’où le développement des crises financières internationales périodiques.

 

  • Le système financier européen dans l’économie mondiale

Les conséquences du système financier européen sont triples et contradictoires :

- Les flux de capitaux entraînent des gains d’efficacité : meilleure allocation des capitaux et restructurations

- Le système financier est fragilisé par les risques d’instabilité : accroissement du risque systémique

- Les politiques économiques subissent des pertes d’efficacité : délocalisations, concurrence fiscale, pas de politique monétaire autonome

 

Conclusion :

L’Europe monétaire et financière ne peut se comprendre sans une dimension politique.

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BEAN, Charles : Economic and monetary union in Europe, Journal of Economic Perspectives, 1992

KENEN, Peter : The theory of optimum currency areas: an eclectic view, in MUNDELL, Robert & SWOBODA, Alexandre dir. : Monetary problems of the international economy, University of Chicago Press, 1969

McKINNON, Ronald : Optimum currency areas, American Economic Review, 1963

MUNDELL, Robert : The Monetary Dynamics of International Adjustement under Fixed and Flexible Exchange Rates, Quarterly Journal of Economics, 1960

MUNDELL, Robert : A theory of optimum currency area, American Economic Review, 1961

RICHE, Pascal & WYPLOSZ, Charles : L’union monétaire de l’Europe, Seuil, 1993

ROGOFF, Kenneth : The optimal degree of commitment to an intermediate monetary target, Quarterly Journal of Economics, 1985

09:53 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

15/11/2011

La politique monétaire

Domaine plus spécialisé que la politique budgétaire : objectifs plus ciblés.

Mais les débats sont également très vifs car elle concerne la monnaie (rappel).

 

  • De la monnaie à l’inflation

L’innovation financière a dépassé l’approche monétaire par les agrégats.

Les banques centrales influencent la quantité de monnaie en circulation dans l’économie par le biais du taux d’intérêt. Les taux varient en fonction de l’horizon des dettes. Une banque centrale fixe le taux directeur càd celui des opérations courantes, quotidiennes.

La monnaie joue sur le pouvoir d’achat : l’inflation peut réduire la valeur de la monnaie. C’est pourquoi il faut tenir compte du taux d’intérêt réel (taux nominal moins inflation anticipée).

Pour mesurer l’inflation, on calcule un Indice des prix à la consommation : c’est un panier représentatif des biens consommés par les ménages.

Mais les IPC surestiment souvent les hausses de prix, c’est l’effet Boskin (1996) :

q  Il y a substitution entre produits ou entre points de vente

q  La qualité des produits s’améliore

q  Des innovations sont introduites sur les marchés

Au contraire, aujourd’hui, l’IPC ne correspond pas à la perception des consommateurs.

L’inflation optimale n’est ni trop élevée (elle nuit à la croissance) ni trop faible :

q  Trappe à liquidité (Keynes) ex : Japon

q  Rigidité des prix et des salaires à la baisse (Akerlof, Dickens & Perry 1996)

Il existe une relation négative à court terme entre inflation et chômage (Phillips) mais à long terme le chômage tend vers le NAIRU.

 

  • L’évolution du rôle des Banques centrales

Les banques centrales jouaient simplement le rôle de banques de l’Etat : l’importance de la monnaie pour la souveraineté a poussé les Etats à confier de nouvelles prérogatives à cet interlocuteur unique. Ex : privilège de la création de monnaie

A partir de la crise de 1929, la conception du rôle des banques centrales est réévaluée : Keynes considère que l’action sur le taux d’intérêt est un des moyens de relancer la demande globale. C’est l’invention de la politique monétaire : on augmente la masse de monnaie en circulation ce qui réduit les taux d’intérêt et accroît la demande.

L’analyse de Phillips (1958) confirme l’intérêt de cette approche pour réduire le chômage.

Mais remise en question : la monétisation du déficit donne un pouvoir exorbitant aux Etats, elle favorise la spirale inflationniste, les agents anticipent la politique monétaire + la crise.

Q : un consensus peut-il émerger sur la politique monétaire ?

 

 

I] Analyses théoriques de la politique monétaire

La politique monétaire peut agir sur l’économie si on sort du cadre classique de neutralité de la monnaie : Lucas (1996) considère en effet que la monnaie est neutre, c’est à dire que la théorie quantitative de la monnaie traduit la vitesse de circulation de la monnaie adaptée à l’économie.

Dès lors, la vision de Friedman (1963) est confirmée : l’inflation est un phénomène monétaire

 

  • Les rigidités

Si on considère que les prix et les quantités ne s’ajustent pas immédiatement, on estime qu’ils sont rigides. Dans cette optique, le niveau du taux d’intérêt va inciter les agents à détenir ou non de la monnaie. En situation de sous-emploi, la politique monétaire permet de baisser le taux d’intérêt et de favoriser l’investissement puis la consommation.

Les rigidités peuvent s’expliquer de plusieurs manières :

-          elles découlent d’une information imparfaite : Lucas (1972). Les agents augmentent leur offre quand le niveau des prix augmente. Erreur d’analyse du prix relatif.

-          elles découlent d’un ajustement échelonné : Taylor (1980). Les entreprises et leurs employés ont négocié des contrats de moyen terme qui ne sont pas immédiatement modifiés en cas de choc.

-          elles découlent de coûts de menu : Mankiw (1985). Les entreprises n’ajustent pas leurs prix en permanence.

 

  • Les canaux de transmission

La politique monétaire influence l’économie de quatre manières :

-          par le taux d’intérêt, elle a un effet multiplicateur sur l’investissement.

-          par le prix des actifs, elle crée un effet de richesse : la baisse du taux d’intérêt incite à acquérir des actions, des obligations ou des biens immobiliers.

-          par le crédit, elle facilite le financement de l’investissement : Bernanke & Gertler (1995) montrent que les banques prêtent plus facilement dans ce contexte.

Il faut donc que le secteur bancaire soit efficace pour utiliser ce canal.

-          par le taux de change, elle modifie la compétitivité prix avec l’extérieur.

 

  • La crédibilité des banques centrales et la stabilité financière

La politique monétaire est anticipée par les agents.

Elle est plus efficace si elle est discrétionnaire mais elle sera alors anticipée par les agents qui rendront son action inefficace : Barro & Gordon (1983) montrent que dans cette situation, la politique monétaire se contente de créer de l’inflation sans gains d’efficacité.

Pour être crédible, une banque centrale peut se forger une réputation. Ex : elle s’impose des règles contraignantes ou elle nomme un banquier central conservateur (averse à l’inflation).

Alesina & Summers (1993) considèrent que la crédibilité de la Banque centrale est liée à son indépendance du pouvoir politique en termes de lutte contre l’inflation.

Les Banques centrales s’assurent également que les institutions et les marchés financiers fonctionnent efficacement : c’est la stabilité financière.

Elles doivent éviter les phénomènes de paniques bancaires : Diamond & Dybvig (1983) qui entraînent des risques de contagion.

Elles édictent une réglementation prudentielle : éviter les risques excessifs.

Elles agissent comme prêteurs en dernier ressort.

 

 

II] Pratiques de politique monétaire

La politique monétaire repose sur plusieurs instruments :

-          les réserves obligatoires : obliger les banques à conserver des dépôts

-          les opérations d’open market : achat ou vente de titres monétaires

-          le taux de refinancement : taux directeur auquel elle prête aux banques

 

  • Les moyens d’action des banques centrales

Règle ou discrétion :

Svensson (2001) montre qu’il faut opposer les règles instrumentales (fonction de réaction de la Banque centrale) et les règles de ciblage (à horizon donné). Cela découle des indicateurs utilisés. Ex : le ciblage de l’inflation par les agrégats n’est pas efficace (sauf déflation).

Réactivité :

On oppose la Fed à la BCE. La Réserve fédérale réagit de manière forte et rapide aux fluctuations économiques en baissant ses taux. La BCE considère que son action renforcerait la volatilité des marchés, Artus & Wyplosz (2002).

Indépendance et responsabilité :

L’indépendance des banques centrales est garantie légalement et institutionnellement aux USA et en Europe. Pour Fitoussi (2002) cela peut réduire la responsabilité démocratique.

Certains pays ont choisi de se « lier les mains » sur le plan monétaire. Ex : le SME

De plus, les responsables des Banques centrales communiquent auprès d’institutions politiques et de la communauté financière. Ex : publicité des décisions

 

  • La politique monétaire et son influence sur l’économie

Politique monétaire et politique budgétaire :

Le policy mix suppose une coordination entre les deux politiques. Mais du fait de l’indépendance, elle n’est pas garantie. Ex : USA dans les années 80

Politique monétaire et prix des actifs financiers :

Les Banques centrales peuvent favoriser l’apparition de bulles (boursières ou immobilières).

Elles devraient prendre en compte les prix des actifs et de l’immobilier dans leurs politiques mais difficile sur le plan empirique … Ce qui entraîne un aléa moral.

Surveillance prudentielle :

Les Banques centrales consacrent des sommes très élevées pour éviter la propagation de crises bancaires. Ex : caisses d’épargne aux USA ou Crédit Lyonnais en France.

Du fait de leur rôle de prêteur en dernier ressort, les banques centrales favorisent une situation d’aléa moral. Mais cela se justifie par le risque systémique …

 

Conclusion :

La politique monétaire semble un sujet apaisé aujourd’hui, quasi-technique. Ex : gérer une zone hétérogène comme l’UEM.

C’est plutôt du côté du système financier que viennent les débats.

 

Références :

AKERLOF, George ; DICKENS, Williams & PERRY, George : The macroeconomics of low inflation, Brookings Papers on Economic Activity, 1996

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

ARTUS, Patrick & WYPLOSZ, Charles : La banque centrale européenne, La Documentation française, 2002

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BERNANKE, Ben & GERTLER, Mark : Inside the black box, Journal of Economic Perspectives, 1995

BOSKIN, Michael dir. : Toward a more accurate measure of the cost of living, Senate Finance Committee, 1996

DIAMOND, Douglas & DYBVIG, Philip : Bank runs, deposit insurance and liquidity, Journal of Political Economy, 1983

FITOUSSI, Jean-Paul : La règle et le choix, Seuil, 2002

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

LUCAS, Robert : Expectations and the neutrality of money, Journal of Political Economy, 1972

LUCAS, Robert : Money neutrality, Journal of Political Economy, 1996

MANKIW, GREGORY : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menu faibles, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

PHILLIPS, Alban : The relation between unemployment and the rate of change of money wage rates in the United Kingdom, Economica , 1958

SVENSSON, Lars : Inflation targeting, European Economic Review, 2001

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

22:01 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Le financement international

        Le système monétaire international

C’est l’étude des relations monétaires internationales. Question classique à relier à l’analyse des échanges internationaux et à la politique monétaire. Les transactions internationales ont une influence sur la création monétaire nationale.

Un système monétaire international a pour fonction d’assurer les paiements d’un espace monétaire vers un autre. Cela rend nécessaire des opérations de change : on convertit des avoirs libellés dans une devise en monnaie nationale (et réciproquement).

Certaines monnaies jouent le rôle de monnaie internationale : elles sont acceptées comme moyens de paiement dans le cadre des transactions internationales ou par les autorités publiques. Ex : la livre sterling, le dollar américain ou l’euro. Selon Krugman (1980) la monnaie internationale remplit trois fonctions pour les agents privés et publics :

- Moyen de paiement / Instrument d’intervention

- Instrument de facturation / Instrument d’ancrage (définition des valeurs des monnaies)

- Instrument d’arbitrage (pour détenir des richesses) / Instrument de réserves

La monnaie joue donc un rôle essentiel dans les échanges internationaux, même si elle reste une compétence nationale. D’où l’utilité d’établir des règles concernant les paiements internationaux. Ex : l’unification monétaire européenne.

 

        La balance des paiements

C’est un état statistique qui retrace sous une forme comptable l’ensemble des flux d’actifs réels, financiers et monétaires entre les résidents d’une économie et les non-résidents au cours d’une période donnée. En France, elle est élaborée par la Banque de France. Sa présentation est normalisée par le FMI pour favoriser les comparaisons. Elle comporte trois parties :

- le compte des transactions courantes

Regroupe les opérations portant sur les marchandises (balance commerciale), les services, les revenus (rémunération des salariés et des investissements) et les transferts courants (aide au développement ou envoi de fonds vers le pays d’origine).

- le compte de capital

Regroupe les transferts en capital (remise de dettes) et les acquisitions d’actifs non financiers (brevets, droits d’auteur ou marques).

- le compte financier

Regroupe les opérations avec le reste du Monde relatives aux flux financiers et aux avoirs de réserve (or, devises, DTS …). Au sein des flux financiers on distingue les investissements directs (prise de contrôle d’activités économiques) et les investissements de portefeuille (acquisition d’actif dans le but de réaliser une plus value).

La balance des paiements doit être équilibrée par convention comptable : il existe un poste « erreurs et omissions » pour faire l’ajustement.

La balance est un instrument d’analyse des relations économiques internationales. On peut calculer plusieurs soldes :

- la balance commerciale : exportations / importations de biens

- la balance des invisibles : exportations / importations de services

- le solde des transactions courantes : flux de biens, de services et de transferts courants

 

        La stabilité du système

De plus, des institutions internationales cherchent à favoriser le bon fonctionnement du SMI. L’importance des aspects monétaires pour la stabilité économique implique la mise en place d’une véritable architecture monétaire et financière sur le plan international : c’est le FMI qui joue ce rôle actuellement. Il n’existe pourtant pas pour l’heure de prêteur international en dernier ressort.

Les crises financières se sont multipliées depuis la globalisation financière. L’opportunité de contrôler les mouvements de capitaux s’est posée : à partir d’une piste de réflexion proposée par Tobin, l’idée de taxer les transactions financières de court terme pour lutter contre la spéculation est devenue une proposition politique. Mais Edwards (1999) montre qu’une politique de contrôle des mouvements de capitaux est rarement efficace du fait des difficultés pratiques du contrôle.

Q : quels sont les déséquilibres et les désordres monétaires internationaux ?

 

 

I] Le marché des changes

Les échanges commerciaux entre pays impliquent des échanges d’espèces monétaires : il faut pouvoir transformer ces devises en monnaie nationale.

 

        Techniques du marché des changes

Les opérations réalisées sur ce marché déterminent le taux auquel les monnaies s’échangent entre elles : c’est le taux de change. Il détermine le prix des biens et des services étrangers.

On distingue la cotation au certain (exprime en monnaie nationale le cours de la devise) et la cotation à l’incertain (exprime en devise la monnaie nationale).

Sur le marché des changes cohabitent deux types d’opérations :

- les opérations de change manuel : se procurer des devises sous forme de billets et de pièces

- les opérations de change scriptural : convertir des avoirs en devises d’un compte à un autre

La position de change consiste à comparer la somme des devises possédées avec les sommes à percevoir et celles à payer. Les particuliers et les entreprises ont généralement des stratégies de couverture : elles cherchent des devises pour effectuer le règlement de leurs transactions. Les spéculateurs souhaitent, par contre, posséder des devises pour tirer parti d’une évolution de change favorable. Cela permet la prise en charge des risques de change, mais cela peut également déstabiliser l’économie par le risque systémique.

On distingue deux types d’opération sur le marché des changes :

- les opérations au comptant : règlement dans les 2 jours suivant l’opération. Peu risqué

- les opérations à terme : les conditions de règlement sont déjà fixées mais le règlement proprement dit aura lieu à une échéance ultérieure. Ce type d’opérations a entraîné le développement des contrats innovants : les futures (achat ou vente à terme avec un prix fixé à l’avance) ou les options (possibilité d’acheter ou de vendre des devises à terme contre le paiement d’une prime) qui relèvent du marché des dérivés. Ces opérations permettent de se protéger contre le risque grâce à la spéculation de certains opérateurs qui acceptent la prise de risque.

 

        Théories de la fixation du taux de change

La détermination des taux de change dépend de plusieurs facteurs :

- la parité des pouvoirs d’achat : selon Cassel (1916), le taux de change entre deux monnaies a tendance à s’établir de manière à compenser les variations de niveaux de prix. Elle repose sur des hypothèses fortes : les biens sont homogènes, il n’y a pas de coûts de transport ni de barrières commerciales.

- la parité des taux d’intérêt : selon Keynes (1923), il existe une relation inverse entre le taux d’intérêt et le cours du change de cette monnaie. Un taux d’intérêt élevé s’applique aux monnaies considérées comme faibles. Ex : Franc par rapport au Mark.

- la surréaction des taux de change : selon Dornbusch (1976), le taux de change varie fortement suite à un choc monétaire car les prix des biens et services sont rigides.

- les bulles spéculatives : les agents anticipent une variation du taux de change, le taux de change s’éloigne de son prix d’équilibre. Par un phénomène de prophétie auto-réalisatrice les variations sont amplifiées ; mais une bulle finit toujours par éclater.

 

 

II] Histoire des relations monétaires internationales

On peut distinguer quatre périodes, Eichengreen (1996) :

 

        L’étalon or

Chaque Etat définit la valeur officielle de sa monnaie en fonction de l’or et la Banque centrale assure la libre convertibilité en or des billets de banque. Les Etats doivent garantir la liberté des changes (et donc libre entrée et sortie de l’or sur leur territoire). C’est un système qui doit assurer la stabilité des taux de changes : cela permet d’équilibrer la balance des paiements.

L’étalon or repose sur un système de changes fixes : les parités entre les monnaies sont définies par rapport à l’or. Tout déséquilibre était rétabli par le jeu du marché : il suffisait de convertir en or une monnaie surévaluée. De même, la baisse des prix relatifs était compensée par une augmentation des exportations qui rétablissait l’équilibre.

C’est le système qui a prévalu de 1870 à 1914. Mais en réalité on pouvait parler du système de l’étalon sterling puisque la livre sterling jouait le rôle de monnaie internationale. Cela donnait à l’Angleterre le privilège de régler ses dettes avec sa propre monnaie.

La première guerre mondiale a conduit les pays à suspendre la convertibilité en or pour financer le conflit.

 

        L’étalon de change or

C’est le système qui s’est mis en place dans l’entre deux guerres.

Le dollar et la livre sont les monnaies de réserve pour éviter d’utiliser l’or. Mais chaque pays cherche à régler ses problèmes économiques sans concertation réelle : l’Angleterre cherche à rétablir l’étalon or, ce qui conduit à une surévaluation de la livre (pénalise la compétitivité et débouche sur une dévaluation) ; l’Allemagne lutte contre l’hyperinflation ; la France doit dévaluer face aux spéculations ; les Etats Unis dévaluent suite à la crise de 1929 …

L’échec de l’étalon de change or peut s’expliquer par l’absence de monnaie internationale.

 

        Le système de Bretton Woods

C’est un système de changes fixes mais ajustables. Chaque monnaie définit sa parité par rapport à l’or ou au dollar, avec des marges de fluctuation, que les Banques centrales s’engagent à défendre (vente ou achat de leur monnaie sur le marché des changes).

Bretton Woods repose sur la libre convertibilité des monnaies et sur une coopération internationale par le biais du FMI qui pourra prêter aux pays en difficulté.

Le dollar devient la monnaie internationale. C’est l’étalon dollar.

La situation économique américaine se dégrade et fait chuter la valeur du dollar par rapport à l’or. En 1971, la convertibilité du dollar est suspendue et en 1973 le flottement généralisé des monnaies est instauré.

 

        Le flottement des monnaies

Depuis 1973, le taux de change est uniquement fixé sur le marché des changes. Pour les monétaristes c’est le meilleur système, car le jeu du marché assure l’équilibre : cela assure l’équilibre de la balance des paiements et cela permet de mener des politiques économiques en fonction des questions nationales.

Pourtant, on constate de fortes variations des taux de change, des déséquilibres des balances des paiements (déficit américain, excédent japonais ou allemand).

De plus, l’interdépendance des économies s’est accrue : les variations des taux de changes produisent des effets sur les économies étrangères, phénomène renforcé par la libéralisation des mouvements de capitaux (pour favoriser le financement des économies).

 

Conclusion :

Débat sur la création d’un nouveau système monétaire international : les politiques de change doivent-elles être coordonnées ? Les marchés de changes sont ils efficaces ? Difficile car cela relève du domaine politique (d’où l’originalité de la démarche européenne).

 

Références :

CASSEL, Gustav : The Present Situation of the Foreign Exchange, Economic Journal, 1916

DORNBUSCH, Rudiger : Anticipations et dynamiques du taux de change, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

EDWARDS, Sebastian : How effective are capital controls, Journal of Economic Perspectives, 1999

EICHENGREEN, Barry : L’expansion du capital, L’Harmattan, 1996

KEYNES, John Maynard : La réforme monétaire, Editions du Sagittaire, 1923

KRUGMAN, Paul : Vehicule currencies and the Structure of International Exchange, Journal of Money Credit and Banking, 1980

22:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |