25/02/2012

Relancer la machine de l'emploi

Le site de la Vie des idées met en ligne des vidéos où des chercheurs évoquent des thèmes importants dans l'optique de la campagne politique des présidentielles. Ainsi l'économiste Philippe Askenazy présente en quelques minutes les principaux enseignements de son étude sur les politiques de l'emploi en France depuis 1970.

Petit rappel : selon Askenazy les solutions mises en place pour faire face aux difficultés du marché du travail suite à la crise des années 70 ne sont pas adaptées. Elles confondent les aspects conjoncturels de la réduction de l'activité et le changement structurel qui en découle : l'avènement d'une économie basée sur la connaissance. En effet, un simple détour par l'analyse sociologique d'Alain Touraine montre l'évolution forte du monde du travail qui a lieu au cours des trente glorieuses (plus communément appellées l'âge d'or en histoire économique). Le travail d'exécution nécessitant plus un maîtrise (et une expérience) qu'une capacité de conception (et d'adaptation) est en train de se réduire inéxorablement.

Le grand intérêt du diagnostic d'Askenazy est de proposer des pistes de politique économique capables de modifier les orientations prises à l'époque.

 


Relancer la machine de l'emploi - Entretien avec... par laviedesidees

12:21 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

16/02/2012

Economie de l'entreprise

L’économie de l’entreprise permet de dépasser la vision simpliste de la théorie du producteur : une entreprise est plus qu’une fonction de production qui transforme des inputs en outputs dans le but de maximiser son profit. L’entreprise se confond avec l’entrepreneur.

Comme l’entreprise réunit des moyens humains, matériels et financiers dans le but de produire pour vendre ; elle suppose donc de choisir. L’économie de l’entreprise souhaite expliquer ces choix sans recourir à la gestion ou à la théorie des organisations.

Ronald Coase[1] va poser la question de la nature de la firme et montrer que le marché et l’entreprise sont deux manières alternatives d’allouer des ressources. Chacune ayant des coûts de transaction différents cela permet de développer une approche contractualiste de l’entreprise.

 

I] La taille de l’entreprise

On s’intéresse aux frontières de l’entreprise.

  • La prise en compte des coûts

La minimisation des coûts : plus une entreprise est grande, plus elle réduit ses coûts unitaires,  c’est le principe des économies d’échelle. Dès lors, une entreprise va chercher à accroître sa production pour réduire ses coûts fixes d’administration.

La prise en compte des coûts de transaction : la définition des coûts de transaction est formulée par l’économiste institutionnaliste Commons[2] pour qui les transactions sont à la base des relations économiques. Pour s’assurer qu’elles soient efficaces on cherche la meilleure organisation possible (ce qui a un coût).

Oliver Williamson[3] généralise cette approche et celle de Coase pour expliquer les institutions : on peut réaliser des transactions par les marchés ou par les entreprises, on choisit entre l’une et l’autre en fonction des coûts de transaction. On compare « faire » et « faire faire ».

=> Le marché fournit des incitations grâce aux prix. Ex : économies d’échelle …

=> Les entreprises ont un avantage en termes de coordination. Ex : centralisation de l’information, fonctionnement hiérarchique …

Williamson considère qu’il faut tenir compte de plusieurs aspects :

- la fréquence des transactions

- l’incertitude entourant les transactions

- la spécificité des actifs nécessaires à la transaction

- la rationalité limitée des agents

- l’opportunisme des agents

- les contrats incomplets (ne peuvent tout prévoir)

 

  • Les contrats incomplets

Si on ne peut prévoir tout ce qui peut se passer ou si certaines situations sont invérifiables, la création d’une entreprise permet de régler les relations entre deux agents.

Ex : le problème du hold-up dans une relation contractuelle suppose qu’une des deux parties possède un actif spécifique dont elle peut vouloir profiter exclusivement. Il existe un risque de sous-investissement.

Sanford Grossman & Oliver Hart[4] considèrent que le pouvoir de décision doit appartenir à celui qui a investi. Le droit de propriété dans l’entreprise appartient au créancier résiduel (actionnaire).

 

II] Le comportement de l’entreprise

Adolf Berle & Gardiner Means[5] montrent que le modèle de la firme néo-classique ne correspond pas à la réalité des grandes entreprises : le contrôle et la propriété de l’entreprise sont séparés. Cela découle de la révolution managériale au cours du XXe siècle.

  • L’organisation de l’entreprise

D’après la théorie de l’agence les actionnaires et les dirigeants sont dans une situation d’asymétrie d’information : il faut donc inciter les dirigeants à se comporter dans le sens souhaité par les actionnaires, la maximisation du profit d’après Michael  Jensen & William Meckling[6].

Jensen & Meckling étudient le marché des capitaux ou les décisions des dirigeants pour illustrer leur théorie : ceux qui prêtent de l’argent ou ceux qui apportent des capitaux sont des principaux qui chargent des agents de gérer des organisations. Ils vont donc établir des contrats qui doivent favoriser le comportement souhaité : le taux d’endettement ou la rémunération des dirigeants s’expliquent par des relations d’agence.

La théorie de l’agence permet de sélectionner la meilleure organisation possible : il faut parfois séparer la propriété de l’entreprise de sa direction, il faut fixer des indicateurs de performance, il faut déterminer qui supportera les pertes résiduelles.

L’entreprise cherche tout simplement à assurer la meilleure coordination possible. Williamson montre qu’en utilisant les prix de transferts (transactions fictives entre unités de l’entreprise) une entreprise peut simuler le marché à l’intérieur de sa structure.

 

  • La structure financière

Dans une économie où les marchés financiers sont efficients, Franco Modigliani & Merton Miller[7][8] montrent que la manière dont une entreprise se finance n’a pas d’influence sur sa valeur.

Les marchés parfaits supposent la concurrence pure et parfaite, le prix correspond à la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs, absence de fiscalité, absence de coûts de transaction.

Dans ce cadre, Modigliani & Miller formulent deux propositions :

- la structure financière est neutre

C’est une application de la loi de conservation de la valeur. Comme la valeur d’une entreprise découle des flux de trésorerie qu’elle va générer, peu importent les modalités de financement.

Les choix de financement n’influencent pas la valeur de l’entreprise : ils découlent d’une simple logique d’arbitrage (entre créanciers et actionnaires).

- le risque des actionnaires augmente avec l’endettement

Tant que l’emprunt est sans risque, la rentabilité attendue des capitaux propres augmente. Quand la dette devient risquée, les créanciers exigent une rentabilité plus élevée : la croissance de la rentabilité des capitaux propres diminue. (On peut tenir le même raisonnement avec les coûts).

Pourtant, Stephen Ross considère que le choix de financement d’une entreprise (arbitrage entre capitaux propres et dettes) remplit une fonction de signal[9]. Une entreprise qui s’endette va devoir payer régulièrement des intérêts : elle ne le fait que si elle est certaine de pouvoir rembourser. Au contraire, une augmentation de capital est un signal négatif : si les actionnaires en place sont prêts à partager les revenus futurs avec d’autres personnes, cela signifie que l’entreprise n’a pas de perspectives positives.



[1] COASE, Ronald : La nature de la firme, in L’entreprise le marché et le droit, Editions d’organisation, 1937

[2]COMMONS, John : Institutional Economics: Its Place in Political Economy, Transaction Publishers, 1934

[3]WILLIAMSON, Oliver : Market and hierarchies: Analysis and antitrust implications, Free Press,1975

[4]GROSSMAN, Sanford & HART, Oliver : The Costs and Benefits of Ownership: A Theory of Vertical and Lateral Integration, Journal of Political Economy, 1986

[5]BERLE, Adolph & MEANS, Gardiner : The modern corporation and private property, Transactions Publishers, 1932

[6]JENSEN, Michael & MECKLING, William : Theory of the Firm: Managerial Behavior, Agency Costs, and Ownership Structure, Journal of Financial Economics, 1976

[7]MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : The cost of capital, corporation finance, and the theory of investment, American Economic Review, 1958

[8]MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : Corporate income taxes and the cost of capital: a correction, American Economic Review, 1963

[9]ROSS, Stephen : The Determination of Financial Structure: The Incentive - Signalling Approach, Bell Journal of Economics, 1977

 

18:44 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Théorie des jeux

John Von Neuman & Oskar Morgenstern[1] et John Nash[2] étudient l’interaction des prises de décisions rationnelles : pour jouer, il faut des joueurs, des stratégies et des gains associés à chaque issue du jeu. Chaque joueur connaît sa stratégie et ses gains ainsi que les stratégies possibles et les gains des autres.

C’est une théorie particulièrement utile pour les situations économiques où il n’y a pas beaucoup d’intervenants comme les oligopoles ou la politique monétaire.

Il existe une typologie des jeux :

-          les jeux statiques : ne concernent qu’un seul coup

-          les jeux répétés : plusieurs jeux successifs

-          les jeux en information parfaite

-          les jeux en information imparfaite

Le cas le plus simple vise le jeu statique en information parfaite, qui est associé à l’équilibre de Nash. Les autres cas sont des raffinements de cet équilibre.

 

 

 

Information parfaite

 

 

Information imparfaite

 

Jeu statique

 

 

Equilibre de Nash

 

Equilibre bayésien (Harsanyi)

 

Jeu répété

 

 

Equilibre de Nash parfait (Selten)

 

Equilibre bayésien parfait

 

I] Les jeux statiques

  • L’équilibre de Nash

Chaque joueur choisit une séquence de jeu qui constitue une meilleure réponse aux séquences de jeu des autres joueurs. Etant donné ce que font les autres, chaque joueur choisit sa meilleure réponse. Il faut savoir comment les autres se comportent.

La meilleure façon de trouver l’équilibre consiste à éliminer les stratégies dominées.

Le dilemme du prisonnier :

Deux joueurs, qui doivent se dénoncer ou ne pas se dénoncer.

 

                                 Joueur 2

 

Joueur 1

 

Dénonce

 

Ne dénonce pas

 

Dénonce

 

 

(-1 ; -1)

 

(1 ; -2)

 

Ne dénonce pas

 

 

(-2 ; 1)

 

(0 ; 0)

Les seules combinaisons stratégiques qui soient compatibles entre elles, c’est la dénonciation mutuelle. C’est un équilibre de Nash sous-optimal au sens de Pareto.

Au total chaque joueur perd 1. Ils ne coopèrent pas, car chacun a intérêt à dévier.

Les matching pennies :

Chaque joueur a une pièce et la lance, si les choix sont identiques A reçoit 1.

 

                                Joueur B

 

Joueur A

 

Pile

 

Face

 

Pile

 

 

(1 ; -1)

 

(-1 ; 1)

 

Face

 

 

(-1 ; 1)

 

(1 ; -1)

Dans ce jeu, il n’y a pas d’équilibre par élimination de stratégie dominée, en stratégie pure. Par contre, en stratégie mixte, il existe un équilibre quand les joueurs choisissent au hasard.

La bataille des sexes :

Madame et Monsieur sont contents s’ils sont ensemble

 

                               Monsieur

 

Madame

 

Opéra

 

Boxe

 

Opéra

 

 

(2; 1)

 

(0 ; 0)

 

Boxe

 

 

(0; 0)

 

(1 ; 2)

Ils ne vont pas négocier, ils annoncent : si Monsieur annonce l’opéra, Madame va suivre et réciproquement si Monsieur annonce la boxe.

On obtient ainsi deux équilibres de Nash : on sait qu’ils seront ensemble mais on ne sait pas où. Pour opérer une sélection, il peut y avoir une convention, c’est à dire une donnée extérieure aux gens.

Pour Schelling[3] on peut également se référer au point focal : les agents possèdent les données psychologiques et historiques qui leur permettent de choisir spontanément.

 

  • L’équilibre bayésien

Harsanyi[4] montre qu’un joueur a une information imparfaite quand il ne sait pas ce que les autres ont fait auparavant et qu’il a une information incomplète lorsqu’il ne connaît pas les caractéristiques précises de ses adversaires.

On peut transformer un jeu en information incomplète en jeu à information imparfaite, c’est la transformation (le passage) d’Harsanyi.

Dans le dilemme du prisonnier, l’information est imparfaite quand l’un des joueurs joue avant l’autre et que le second n’a pas observé ce qu’il a fait. De même, l’information est incomplète quand le premier ne sait pas qui a été arrêté en second.

C’est la nature qui va choisir les caractéristiques des joueurs au début du jeu. Ainsi on ne sait pas l’action qu’a choisie la nature.

Chaque joueur doit donc jouer en anticipant le type ou les actions de l’autre joueur.

L’équilibre bayésien correspond à la situation dans laquelle chacun va choisir la situation qui maximise son espérance de gain étant donné son type, ses croyances et les croyances et les stratégies des autres joueurs.

 

II] Les jeux répétés

  • L’équilibre de Nash parfait

C’est la version répétée de l’équilibre de Nash.

On va considérer que les joueurs vont répéter plusieurs fois le dilemme du prisonnier. A long terme, sous certaines conditions, les joueurs peuvent avoir intérêt à coopérer.

On parle d’ « équilibre parfait » pour un ensemble d’équilibres à chaque point du jeu avec élimination des stratégies non crédibles[5]. On ne prend en compte que les actions des autres allants dans leur propre intérêt.

Pour obtenir un équilibre parfait, on part de la fin du jeu et on remonte de l’aval vers l’amont : c’est de l’induction à rebours (« backward induction »).

On suppose que l’on va répéter n fois le dilemme du prisonnier : le jeu est fini. On remonte en éliminant les stratégies non crédibles.

Ex : en n ils se dénoncent ; en n-1 ils se dénoncent ; en n-2 ils se dénoncent et ainsi de suite jusqu’à 0.

Si le jeu est fini, il n’y a donc qu’un équilibre parfait : la dénonciation mutuelle.

Par contre, si l’horizon est infini, il n’y a pas de dernière période. Les joueurs ont donc intérêt à coopérer. De plus, il existe une menace crédible : ne plus jamais coopérer.

Dans ce cas, il y a équilibre de Nash parfait, tant que le taux d’actualisation n’est pas trop élevé ; ce qui signifie que le gain associé à la coopération est toujours plus fort que celui associé à la dénonciation. Si le gain pour le présent est élevé, on a intérêt à tricher aujourd’hui.

Il existe donc une infinité d’équilibres de Nash parfaits dans un jeu à horizon infini : c’est le « Folk theorem ».

Mais en général, les jeux sont finis. On peut donc dire que les jeux ne finissent pas à chaque période mais qu’il existe une probabilité de fin ou de continuation. Si la probabilité de continuer est élevée : l’horizon est infini.

Si on coopère tant que l’autre ne dévie, c’est un équilibre de « Trigger strategies ». Si l’autre dévie, on le dénonce à l’infini. Cela s’applique si le taux de préférence pour le présent n’est pas trop élevé.

Si une personne triche, il peut y avoir équilibre de non coopération pour une période puis retour à la coopération : c’est la stratégie de don contre don.

Plus on choisit la coopération, plus cela rapporte : c’est la stratégie d’équité.

De nombreuses stratégies sont donc possibles, mais on ne sait pas laquelle sera mise en place.

 

  • L’équilibre bayésien parfait

Il y a répétition du jeu en information imparfaite.

Or, en information imparfaite, à chaque action de l’autre joueur, on va pouvoir réviser ses croyances sur ce qu’il est. On utilise la règle de Bayes.

Un équilibre bayésien parfait est une combinaison de stratégies et un ensemble de croyances tels que les stratégies sont optimales étant donné les croyances. Celles-ci sont révisées selon un processus bayésien au vu des actions prises.

On va retrouver les équilibres parfaits bayésiens en politique monétaire où les agents ne connaissent pas le type du banquier central : ils vont l’inférer en fonction de ses actions. Ainsi, le banquier pourra essayer de manipuler par ses actions les croyances des agents.

De même, on utilise cette notion quand des agents vont opter pour des stratégies différentes et ainsi révéler leur type : c’est un équilibre séparateur. Alors que s’ils choisissent la même stratégie, c’est un équilibre de regroupement (« pooling »).

 


[1]VON NEUMANN, John & MORGENSTERN, Oskar : Theory of games and economic behavior, Princeton University Press, 1944

[2] NASH, John : The bargaining problem, Econometrica, 1950

[3] SCHELLING, Thomas : Stratégie du conflit, Puf, 1960

[4] HARSANYI, John : Games with incomplete information played by bayesian players, Management Science, 1967

[5] SELTEN, Reinhard : Reexamination of the perfectness concept for equilibrium points in extensive games, International Journal of Game Theory, 1975

 

18:39 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |