10/03/2012

Introduction à la politique économique

La politique économique pose la question de l’intervention de l’Etat dans l’économie.

 

  • La notion de politique économique

Pour Tinbergen (1952) la politique économique réside dans la réunion de moyens pour atteindre des fins. Les fins de l’Etat, des pouvoirs publics sont la recherche de l’intérêt général

Ex : le plein emploi et la croissance. Les moyens doivent donc être reposer sur des analyses économiques.

Pour Musgrave (1959) la politique économique peut remplir trois fonctions :

- L’allocation de ressources : comme certains biens ne font pas l’objet de transactions, ils ne seront pas produits alors qu’il y aurait un intérêt à le faire. L’Etat agit pour corriger les imperfections du marché, il soutient des activités non-rentables. Ex : R&D

- La redistribution : l’Etat va taxer les agents pour opérer des transferts de richesse. Ex : les politiques sociales

-  La régulation conjoncturelle : l’Etat cherche à réduire les fluctuations économiques par des politiques macroéconomiques jouant sur l’emploi, les prix ou la situation extérieure.

La typologie de Musgrave suppose un service gouvernemental qui ne dissocie pas la redistribution (équité) et l’allocation des ressources (efficacité).

 

  • La politique économique moderne

L’intervention de l’Etat moderne a permis de dépasser la vision libérale d’un Etat minimal.

Pour Smith (1776) l’Etat ne se justifie sur le plan économique que dans des cas limités :

- Défendre la société

-  Administrer la justice

- Produire les biens utiles au plus grand nombre que le marché ne prend pas en charge

C’est à partir de la crise des années 30 que la théorie de la politique économique évolue.

A présent, on considère que les marchés souffrent d’imperfections : les comportements de maximisation par les agents ne sont pas réalistes. Cependant, la politique économique n’est pas la seule réponse aux échecs du marché : d’autres formes d’organisation existent.

Ex : la hiérarchie dans les entreprises ou les associations volontaires dans les syndicats.

Q : quelles sont les controverses sur le rôle de l’Etat dans l’économie ?

 

I] Fondements théoriques de la politique économique

Les analyses de la place de l’Etat dans l’économie font la synthèse des apports théoriques dans des domaines tels que le marché, les organisations ou l’économie publique.

·         Dans le cadre de la concurrence pure et parfaite

Arrow & Debreu ont montré que la théorie de l’équilibre général permet de concevoir une politique économique : elle consiste à garantir l’équité en déterminant un optimum social avec des transferts forfaitaires. La politique économique découle d’un choix social : elle doit permettre de faire jouer le mécanisme de concurrence pour atteindre l’objectif fixé.

Mais, en général la fiscalité et les transferts entraînent des distorsions.

Dans l’hypothèse d’un système complet de marché, les prix des biens fournissent toute l’information nécessaire.

Pour fonctionner, il faut que les prix du marché concernent tous les biens de l’économie, présents ou futurs. Cela permet d’éliminer le temps et l’incertitude.

Mais cette situation correspond au cas d’école.

En cas d’externalité, il y a échec du marché : il existe des biens sans prix.

Plusieurs solutions existent :

- taxes à la Pigou : comme le coût marginal privé ne prend pas en compte l’effet externe, une taxe permet d’obtenir le coût marginal social. Cela pousse à produire la quantité optimale pour la collectivité.

- quotas : attribuer un droit de propriété limité à un petit groupe de personnes pour éviter que tout le monde utilise gratuitement les ressources.

- marché des droits de propriété : attribuer un droit de propriété sur les externalités que les agents peuvent échanger à un prix de marché.

- internaliser les externalités : la création d’une entreprise permet de mieux coordonner les activités afin de réduire l’effet externe.

 

·         Dans le cadre de la concurrence imparfaite

Il existe des pouvoirs de marché : certains prix vont dépasser le coût marginal et permettre de dégager des profits. Dans cette optique, la politique économique est une politique de concurrence qui va chercher à réglementer les monopoles naturels, à interdire les cartels, les ententes et les partages de marchés.

S’il existe un monopole naturel, l’entreprise peut fixer ses prix en fonction du coût moyen et non du coût marginal afin de maximiser son profit : elle produit donc une quantité moindre.

La politique économique va donc consister à faire tarifer le monopole au coût marginal en lui versant en contrepartie une subvention qui couvre ses pertes.

Mais le monopole a intérêt à dissimuler des informations : s’il exagère ses pertes ou s’il augmente son coût marginal, sa subvention augmente.

En conséquence soit le gouvernement doit posséder l’entreprise, soit il doit proposer un contrat incitatif. Laffont & Tirole (1993) montrent que l’Etat doit proposer deux menus de contrats pour inciter le monopole à révéler son information :

- price cap : une subvention fixe

- cost plus : une subvention proportionnelle aux coûts

Les deux menus permettent de connaître les coûts du monopole : price cap incite à les réduire et cost plus à les augmenter.

Mill (1848) montre qu’on peut laisser le monopole obtenir une rente si le gouvernement met aux enchères le droit d’exercer ce monopole. Dans cette situation, l’Etat récupère la rente mais n’empêche pas les pertes de bien être.

Pour Baumol, Panzar & Willig (1982) des marchés comportant peu d’entreprises peuvent fonctionner comme des marchés concurrentiels en cas de menaces d’entrée. Mais deux conditions sont nécessaires : les coûts fixes sont récupérables en cas de sortie du marché ; les entreprises en place ne peuvent baisser leur prix après l’entrée du concurrent.

Dans cette optique, le monopole va baisser ses tarifs afin de dissuader l’arrivée de concurrents

La politique économique en concurrence imparfaite va donc viser à accroître la taille du marché pour éviter les monopoles naturels et chercher à améliorer l’information par un cadre juridique homogène.

 

II] Critiques de la politique économique

On distingue deux grands types de critiques : celle qui concerne les politiques macroéconomiques dans leur ensemble et celles qui visent directement l’action publique.

·         La critique de Lucas

Lucas (1976) montre qu’un changement de régime de politique économique va modifier le comportement des agents et que c’est en fonction de leurs anticipations qu’ils vont s’adapter.

Dès lors, tous les changements de politique économique vont invalider les prévisions sur lesquels ils sont basés : les agents adaptent leur comportement à la nouvelle politique menée.

Selon Lucas, on ne peut évaluer les effets d’un changement des règles de politique économique car les prévisions reposent sur des observations passées.

 

·         Economie de l’intervention publique

L’intervention de l’Etat dans l’économie s’est basée sur l’intérêt général, mais on peut considérer que ce n’est pas toujours le cas :

- L’Etat partisan : il peut défendre les intérêts d’une classe (Marx) ou de l’électeur médian selon Black (1948). Une majorité simple suffit pour mettre en œuvre une politique économique. De même Downs (1947) considère que les élus appliquent les politiques qui vont maximiser la satisfaction de leurs électeurs, ils ne recherchent pas l’intérêt général.

- La théorie des choix publics : le pouvoir est détenu par des agents qui cherchent à maximiser leur propre satisfaction. Niskanen (1971) expose sa théorie de la bureaucratie : un gestionnaire public a pour but de maximiser son budget ce qui le pousse à surproduire le bien public.

- Le paradoxe de l’action collective : pour Olson (1966) ceux qui se mobilisent pour l’intérêt d’un groupe supportent des charges supérieures aux bénéfices. C’est le phénomène du passager clandestin. Il faut mettre en place une institution qui rende la participation contraignante ou qui assure un reversement des coûts. Dès lors, des petits groupes vont influencer sur les décisions car leur coordination est plus efficace. De même, ceux qui défendent un intérêt collectif souhaitent obtenir un bien privé (ex : poste honorifique)

 

Conclusion :

La science politique est nécessaire pour concevoir l’intervention de l’Etat dans l’économie.

 

Références :

ARROW, Kenneth & DEBREU, Gérard : The Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy, Econometrica, 1954

BAUMOL, William ; PANZAR, John & WILLIG, Robert : Contestable markets, American Economic Review, 1982

BLACK, Duncan : Une analyse des processus de prise de décisions collectives, in GENEREUX, Jacques dir., L’économie politique, Larousse, 1948

DOWNS, Anthony : Une théorie économique de la démocratie, in GENEREUX, Jacques dir., L’économie politique, Larousse, 1947

LAFFONT, Jean-Jacques & TIROLE, Jean : A theory of incentives in procurement and regulation, MIT Press, 1993

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1848

MUSGRAVE, Richard : A theory of public finance, Mc Graw Hill, 1959

NISKANEN, William : Bureaucracy and representative government, Transaction Publishers, 1971

OLSON, Mancur : Logique de l’action collective, Puf, 1966

TINBERGEN, Jan : Techniques modernes de la politique économique, Dunod, 1952

SMITH, Adam : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

00:18 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Economie publique

L’intervention de l’Etat dans l’économie se justifie dans deux grands cas de figure :

I] Les externalités

          Définition

Ce sont des biens qui n’ont pas de prix de marché.

Les externalités proviennent de l’interdépendance des choix économiques des agents. Ce sont des situations où la consommation ou la production d’un bien par un agent modifie la satisfaction ou le profit d’un ou plusieurs agents sans que le marché évalue cette interaction.

Les externalités peuvent être négatives ou positives.

L’exemple type d’externalité négative c’est la pollution : l’entreprise qui pollue fixe son prix à son coût marginal privé et ne prend pas en compte le coût imposé aux autres agents. Ainsi l’entreprise va produire plus que ce qui est socialement optimal.

 

          Les solutions

Les taxes à la Pigou :

Pigou (1920) estime que comme les entreprises fixent leur prix au regard de leur coût marginal privé, il faut ajouter une taxe pour atteindre le coût marginal social. La taxe va couvrir le coût marginal de la pollution.

Mais les autorités fiscales doivent connaître parfaitement ce coût pour fixer le bon montant de taxe, sinon cela va affecter le comportement du consommateur (incidence fiscale).

Par ailleurs, le gouvernement peut instaurer un système de quotas, en fixant la quantité correspondant au coût marginal social.

 

Les marchés manquants et les droits de propriété :

Coase (1960) considère que s’il existe des biens sans prix, c’est qu’il n’y a pas de droits de propriété définis sur ces biens. Les externalités proviennent d’une structure incomplète des droits de propriété : ils ne sont pas exclusifs et transférables, il y a donc inefficacité.

Il faut créer un marché des droits de propriété sur les externalités. Il existe deux méthodes :

- les pollués ont un droit de propriété sur leur pollution et le vendent aux entreprises à un prix positif

- les entreprises ont ce droit de propriété et le vendent aux pollués à un prix négatif

Ainsi, le pollueur prend en compte dans son calcul le fait qu’il doit acheter ou vendre de la pollution : il fixe donc la valeur optimale.

 

L’internalisation par fusion :

S’il existe des externalités positives entre deux entreprises et que l’une rachète l’autre, la firme unique qui demeurera possédera la valeur de marché des deux entreprises plus la valeur de l’externalité positive.

Selon Arrow (1968) les limites d’une organisation sont atteintes quand toutes les externalités de production ont été internalisées. Cela explique la taille des entreprises.

 

La tragédie des communs :

Concernant la propriété commune des ressources, les externalités viennent du fait que tout le monde peut utiliser gratuitement ces ressources, Hardin (1968).

Par exemple dans les zones de pêche, on ne prend en compte que le coût privé, celui de la pêche du poisson proprement dite. Or le coût social comporte également les effets induits sur les quantités disponibles pour les autres pêcheurs. Dans ce cas les agents vont pêcher de trop grandes quantités car il n’y a pas de propriété privée sur les zones de pêche.

La seule solution est d’attribuer des droits de propriété à un petit nombre de pêcheurs : ainsi ils vont internaliser les externalités entre eux. Seulement cela peut déboucher sur une situation de rente car la concurrence est limitée.

 

II] Les biens publics

          Définition

Ce sont des biens qui ont un caractère fondamentalement public.

Les biens privés ont deux caractéristiques que les biens collectifs ou publics n’ont pas :

- Ce sont des biens rivaux : deux personnes ne peuvent utiliser simultanément un même bien. La consommation par une personne réduit la quantité disponible pour les autres.

- Ce sont des biens exclusifs : on dispose du bien en payant. Les autres sont exclus de sa consommation.

On distingue :

- les biens publics purs, qui doivent respecter trois conditions : l’impossibilité d’exclusion (Ex : l’éclairage public) ; l’obligation d’usage : la décision de consommation ne vient pas des agents eux même (Ex : la défense nationale ou les démarches administratives) ; l’absence d’effets d’encombrement : la satisfaction des consommateurs de biens publics ne dépend pas du nombre d’usagers.

- les biens publics mixtes, qui ne satisfont qu’une partie de ces caractéristiques.

Le marché n’est pas un système d’allocation efficace pour les biens publics mais il est difficile de déterminer le niveau optimal de bien public.

 

          Les solutions

Le vote :

Le vote est cependant soumis au paradoxe de Condorcet. Il y a non-transitivité des choix collectifs. Il existe toujours une majorité (ou inversement une minorité de blocage) pour n’importe quel choix.

Le théorème d’impossibilité d’Arrow (1961) généralise le paradoxe de Condorcet : on ne peut établir un choix démocratique sur des préférences collectives par un vote.

Un électeur va pouvoir faire la différence en choisissant son camp : c’est l’électeur médian. Le bien public ne va pas être fourni sur la base des préférences collectives mais sur celle des préférences de l’électeur médian

 

Les problèmes d’information :

Ce sont des mécanismes de révélation des préférences. Pour trouver le prix de réserve des biens publics on mobilise plusieurs pratiques : les enchères, les concessions de monopole naturel, les droits à polluer, les titres de dette publique …

Ex : les enchères sont un mécanisme d’allocation dans lequel un agent en monopole met en concurrence plusieurs demandeurs sur la base d’une règle pré-annoncée d’allocation et de paiement.

Les enchères permettent de déplacer l’asymétrie d’information pour qu’elle ne soit plus entre l’offreur et les consommateurs mais entre ces consommateurs.

 

Références :

ARROW, Kenneth : Les limites de l’organisation, Puf, 1968

ARROW, Kenneth : Choix collectifs et préférences individuelles, Calmann Levy, 1961

COASE, Ronald : Le problème du coût social, Revue Française d’Economie, 1960

HARDIN, Garrett : The tragedy of the commons, Science,1968

PIGOU, Arthur Cecil : Wealth and welfare, Macmillan 1920

00:11 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

25/02/2012

D'autres lectures

Un livre essentiel qui permet de faire le point sur les nouvelles approches de l'économie du développement, notamment sur le plan empirique : Repenser la pauvreté d'Abhijit Benerjee & Esther Duflo publié au Seuil. L'économiste française en parle ici dans le quotidien Libération : http://www.liberation.fr/monde/01012381558-je-voudrais-ch...

Les sciences de gestion intègrent de plus en plus l'approche critique. Ainsi Armand Hatchuel et Blandine Segrestin nous invitent à Refonder l'entreprise, dans la collection République des idées au Seuil. Les auteurs plaident pour une prise en compte nouvelle des problématiques de management : les entreprises doivent favoriser l'innovation et assumer la diversité des parties prenantes. Armand Hatchuel est par ailleurs chroniqueur régulier dans le quotidien Le Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/02/20/la-cogesti...

Enfin, un ouvrage vient proposer une réflexion d'ensemble sur les Critical Management Studies, ce courant d'origine anglo-saxonne qui vise à dévoiler les sous-bassements idéologiques de la gestion. Dirigé par Laurent Taskin et Matthieu de Nanteuil, Perspectives critiques en management chez De Boeck, cet ouvrage permet d'évoquer des thématiques telles que la gestion des ressources humaines, le changement, l'évolution de l'enseignement de gestion ... Autant de problèmes qui ne peuvent être abordés comme de simples techniques socialement neutres.

A signaler dans cette optique, un excellent ouvrage qui constitue une très bonne introduction au sujet : La société managériale d'Anne & Eric Pezet aux éditions La vie brûle.

16:36 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Organisations, Sociologie |  Facebook | | |