24/03/2012

La famille

  • Penser la famille comme un économiste

La famille est une question classique en économie politique : Mill (1848) défend la liberté de travail des femmes. Suivant une logique libérale, il considère que c’est une solution économique efficace car créatrice de richesse.

Malthus considère la famille sous l’angle de la démographie et analyse de manière pessimiste le phénomène de sur-population.

L’application du raisonnement coûts / bénéfices à la famille : on considère que ce sont des décisions économiques, elles mettent en jeu la rationalité, l’utilité ou l’altruisme … dans un perspective de choix (donc avec coût d’opportunité). Ex : donner une valeur à un enfant

Cela découle de la logique de l’impérialisme économique (ex : Becker) qui généralise le raisonnement économique à toutes les décisions sociales en défendant le bon fonctionnement du marché. Pourtant si l’approche économique est utile, elle n’explique pas tout.

Ex : la comptabilité nationale préfère la notion de « ménage ».

 

  • Penser la famille comme un sociologue

La famille est une « institution » : elle est fondée sur la loi, la tradition ou la religion. C’est également un « compagnonnage » : elle repose sur l’affection et l’épanouissement de la personnalité. Burgess (1973).

On constate une diversité des formes familiales autour d’une définition commune : ensemble formé par le père, la mère et les enfants.

On oppose polygamie et monogamie : union d’un ou plusieurs conjoints. La polygynie est plus courante que la polyandrie. On distingue la monogamie de fait et celle de droit.

On oppose la famille étendue et la famille restreinte (ou conjugale) : une ou plusieurs générations dans le même foyer. Pour Parsons, la famille nucléaire est plus adaptée à la société industrielle moderne : rupture des liens entre enfants mariés et parents. Pourtant, les contacts ne sont pas interrompus. Ex : aide financière, garde.

Question longtemps abordée par les ethnologues : étude des systèmes de filiation ou des lignages dans les sociétés traditionnelles.

Levi-Strauss (1949) met ainsi en valeur les règles structurant la parenté : l’exogamie (le conjoint appartient à un autre groupe social) et la prohibition de l’inceste. Cette explication culturelle entraîne deux logiques d’ « échange des femmes » : échange réciproque (entre deux familles) ou échange généralisé (entre plusieurs groupes sociaux).

L’interdiction de l’inceste est essentielle pour Levi-Strauss, car elle pousse les groupes sociaux à échanger et évite les conflits.

  

I] Economie de la famille

•        La fécondité

On raisonne en termes de demande d’enfants, on considère que ce sont des biens économiques. Dès lors, la demande dépend de leur coût, de leur prix ou du revenu.

Becker montre que la demande d’enfants dépend à la fois de la quantité et de la qualité :

- quand le revenu augmente on veut moins d’enfants

- on veut des enfants dont on va s’occuper plus (ex : éducation, soin)

Dans cette optique, les enfants sont des « biens de luxe ».

 

•        Le mariage

On applique le mécanisme de marché : il y a une offre et une demande de mariage.

Becker montre l’intérêt économique du mariage :

- il permet la division du travail. Ex : économies d’échelle, avantages comparatifs …

- il permet de partager les risques. Ex : chômage, maladie …

- il permet de produire. Ex : la production domestique

Il y a équilibre sur le marché si chaque partie a un gain à l’échange : plus le marché est concurrentiel, plus le gain peut être élevé.

Il faut donc tenir compte des goûts et des besoins dans les fonctions d’utilité des agents :

- l’homogamie = on recherche quelqu’un qui a les mêmes caractéristiques que soi

- l’endogamie = on recherche des caractéristiques complémentaires

 

•        Les décisions familiales

Samuelson (1956) montre qu’on peut considérer que la famille est un individu ayant une fonction d’utilité de bien être social : càd qui tient compte de l’ensemble de ses membres.

Ainsi, Hirshleifer (1977) a développé le modèle du bienfaiteur : le chef de famille se comporte comme un dictateur en termes de répartition des revenus sans tenir compte des capacités contributives des membres de la famille. Dans ce modèle aucun membre ne souhaite que le revenu du bienfaiteur diminue : cela peut déboucher sur le théorème de l’enfant gâté.

Dès lors, dans cette logique, il existe une fonction d’utilité unique pour l’ensemble de la famille, cela peut rendre inefficace les politiques publiques :

- pour Barro (1974) la dette publique ne sert à rien car des agents altruistes ne voudront pas que leurs enfants paient des impôts pour la rembourser

- pour Buchanan (1975) les aides de l’Etat peuvent modifier les comportements des enfants : s’ils savent qu’ils les recevront ils vont tout consommer tout de suite ; s’ils ne savent pas qu’ils les recevront ils risquent de ne pas coopérer avec les parents. C’est le dilemme du samaritain.

 

II] Sociologie de la famille

•        Le rôle des familles et les politiques familiales

La famille exerce traditionnellement trois fonctions économiques :

- Patrimoine : transmission de richesses (mais diminue car la durée de vie augmente).

- Production : unité de base (mais diminue avec le développement des entreprises et du salariat). Reste lieu de production domestique.

- Consommation : acquisition de biens et de services.

La famille joue également un rôle social :

- socialisation : appropriation des normes sociales (partagé avec l’école).

- solidarité : prise en charge des parents âgés (mais diminue avec l’Etat social).

- affectivité : union d’amour (fonction déterminante aujourd’hui).

La famille est une institution qui a subi de profonds changements : augmentation du nombre de divorces, fluctuations de la fécondité, féminisation de l’emploi, libéralisation des mœurs …

Burgess considère que c’est la famille « contrat » qui prédomine : elle crée des règles qu’elle peut modifier ; par opposition à la famille « institution » stable et hiérarchisée.

Les politiques publiques ont beaucoup influencé les conceptions de la famille.

Avec la modernité, l’Etat cherche à instaurer une police des familles : contrôle de l’éducation, de l’hygiène ou du crime. Donzelot (1977).

Lenoir (2003) montre ainsi que la famille est aussi une construction étatique qui mêle morale et expertise. Ex : la démographie ou les politiques natalistes.

 

•        Les signes d’indépendance

La famille prend aujourd’hui son autonomie par rapport à la parenté :

Les générations cherchent à se démarquer. Ex : les prénoms des enfants sont choisis, ils ne découlent plus de ceux des parrains et marraines. Pour Besnard & Desplanques (1986), le choix du prénom est limité, il découle d’une lutte symbolique entre groupes sociaux. C’est un facteur de distinction : il apparaît dans les classes supérieures avant de se diffuser.

A partir de cet ouvrage, étude de la cote des prénoms et des effets de mode.

Par ailleurs, la famille se replie sur la vie conjugale. La croissance des trente glorieuses avec l’aménagement urbain (banlieues, qualité du logement …) et les nouvelles pratiques culturelles (télévision) ont favorisé un repli sur le foyer. Young & Willmott (1957).

De plus, ce repli s’accompagne d’une compétition sociale sur la maison ou le jardin.

 

•        Les nouveaux liens de parenté

Malgré le constat de Parsons sur l’isolement de la famille conjugale, certains services sont maintenus à une condition : leur compatibilité avec l’affection et l’indépendance.

Ainsi, Roussel & Bourguignon (1976) remarquent que les 2/3 des enfants mariés interrogés habitent à moins de 20 km de leurs parents. Condition d’indépendance tout en permettant les contacts.

Par ailleurs, les relations familiales peuvent se centrer sur les choses. Ex : l’héritage. Comme il n’est plus une condition patrimoniale, il devient un élément affectif.

Déchaux (1994) montre que le contexte économique (salariat et retraites) permet de mettre en œuvre ces nouveaux liens : les parents peuvent fournir une aide financière pour montrer leur affection et pour donner des moyens à leurs enfants.

Dès lors, la famille devient un lieu de fourniture de services : pour Pitrou (1977) il faut distinguer l’aide de subsistance (maintien du statut social) et l’aide de promotion (amélioration du statut social).

On peut aussi considérer, comme Bourdieu que la famille permet de transmettre le capital social (réseaux).

 

Références :

BARRO, Robert : La dette de l’Etat est-elle une richesse nette ?, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1974

BECKER, Gary : A treatise on the family, Harvard University Press, 1981

BESNARD, Philippe & DESPLANQUES, Guy : Un prénom pour toujours, Balland, 1986

BOURDIEU, Pierre : Le bal des célibataires, Seuil, 2002

BUCHANAN, James : The samaritan’s dilemma, in PHELPS, Edmund dir., Altruism, morality and economic theory, Russel Sage, 1975

BURGESS, Ernest : Ernest W. Burgess on Community, Family, and Delinquency, University of Chicago Press, 1973

DECHAUX, Jean-Hugues : Les trois composantes de l'économie cachée de la parenté, Recherches Sociologiques, 1994

DONZELOT, Jacques : La police des familles, Minuit, 1977

HIRSHLEIFER, Jack : Shakespare vs. Becker on altruism: The importance of having the last word, Journal of Economic Literature, 1977

LENOIR, Rémi : Généalogie de la morale familiale, Seuil, 2003

LEVI-STRAUSS, Claude : Les structures élémentaires de la parenté, Editions de l’EHESS, 1949

MALTHUS, Thomas-Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1848

PARSONS, Talcott : The structure of social action, Free Press, 1937

PITROU, Agnès : Le soutien familial dans la société urbaine, Revue française de sociologie, 1977

PITROU, Agnès : Les politiques familiales Approches sociologiques, Syros, 1994

ROUSSEL, Louis & BOURGUIGNON, Odile : La famille après le mariage des enfants, Puf-Ined, 1976

SAMUELSON, Paul : Social indifference curves, Quarterly Journal of Economics, 1956

YOUNG, Michael & WILLMOTT, Peter : Le village dans la ville, Puf, 1957

19:14 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

18/03/2012

Economie industrielle

 

Approche historique de l’économie industrielle, Bain (1959) : la performance d’une industrie dépend de la conduite des entreprises du secteur ; qui dépend elle-même de la structure du marché.

Approche moderne de l’économie industrielle, Stigler (1968) : utilise les outils microéconomiques classiques ; Tirole (1988) : utilise les outils de la nouvelle microéconomie.


I] le monopole

• La notion de monopole

C’est un marché où il y a un seul vendeur et de nombreux acheteurs : le monopole peut fixer un prix supérieur au coût marginal sans perdre de clients.

Situation qui a plusieurs origines :

- technologie

- réglementation

- possession d’un facteur rare

- propriété industrielle

Le monopole naturel est un cas particulier : il existe une échelle de production efficace en raison de la technologie existante (coûts fixes importants et coûts marginaux faibles) qui implique qu’une seule entreprise a intérêt à produire. Ex : économies d’échelle.

• Le comportement du monopole

Il cherche à maximiser son profit. Il peut fixer un prix supérieur au coût marginal qui augmente sa recette : c’est le surprofit.

Il y a donc une perte de surplus social et un contrôle des coûts moins strict. Le risque principal est surtout que le monopole cherche à conserver cette situation de rente en engageant des dépenses. Ex : groupes de pression, barrières à l’entrée …

Pour Schumpeter (1911) le pouvoir de monopole est la condition nécessaire à l’investissement dans la recherche et développement : l’entreprise veut obtenir une rente d’innovation.

Selon Spence (1975) comme les consommateurs ne peuvent connaître les caractéristiques du produit qu’après l’achat (biens d’expérience), il existe une asymétrie d’information.

 

 

 

II] L’oligopole

C’est un marché où il y a un petit nombre de vendeurs et de nombreux acheteurs : la concurrence peut se faire par les prix, les coûts, la qualité, la publicité, l’innovation …

• Modèles statiques

Les entreprises ne se rencontrent qu’une seule fois.

- la concurrence par les prix : Bertrand (1883) si les entreprises fixent leurs prix de manière simultanée et non coopérative, on débouche sur le même résultat que la concurrence pure et parfaite

- la concurrence par les quantités : Cournot (1838) chaque entreprise fixe ses quantités en fonction de l’offre de l’autre. A l’équilibre la production est supérieure à celle du monopole mais inférieure à celle de la concurrence parfaite

- la concurrence séquentielle : Stackelberg (1934) une entreprise est soit leader en quantité, comme elle décide avant les autres elle capte une plus grande part de la production ; soit leader en prix, les suiveurs produisent au coût marginal elle capte la demande résiduelle au prix du marché.

• Modèles dynamiques et coopératifs

Ils étudient des interactions répétées et reposent en général sur la théorie des jeux.

- modèles dynamiques : en situation d’interaction répétées il y a intérêt à la collusion (s’entendre sur un prix de marché). Plusieurs équilibres sont possibles : coopérer tant que les autres coopèrent (trigger strategies), se forger une réputation auprès des autres

- modèles coopératifs : les entreprises qui s’entendent sur un marché ont intérêt à dévier pour capter une partie de la demande non-servie.


III] la différenciation

• Les politiques de prix

Pour que la situation de monopole soit Pareto-optimale, l’entreprise peut pratiquer la discrimination tarifaire (il existe trois degrés) :

- au premier degré : le monopoleur vend différentes unités d’ « output » à des prix différents selon les personnes (mais difficile de connaître toutes les préférences)

- au deuxième degré : les personnes qui achètent la même quantité payent le même prix

- au troisième degré : le monopoleur vend des « output » à des prix différents qui lui permettent de connaître les préférences des consommateurs

Ex : cartes de fidélité, forfaits, ventes liées …

 

• La différenciation des produits

Cela suppose que les consommateurs ont des goûts différents.

- la concurrence monopolistique : Chamberlin (1933) les entreprises offrent des biens qui ne sont pas parfaitement substituables. La demande dépend de la taille du marché et de la quantité produite. Plus il y a d’entreprises, plus les biens sont variés et plus l’utilité des consommateurs augmente.

- la diversité des produits : Spence (1976) Dixit & Stiglitz (1977) le progrès technique augmente la quantité de biens offerte. Dans ce cas également la probabilité de satisfaire le consommateur augmente. Cela permet à des entreprises de capter de nouveaux clients.


Références :

BAIN, Joe : Industrial Organization, Wiley, 1959

BERTRAND, Joseph : Revue de "Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses", de Cournot, Journal des savants, 1883

CHAMBERLIN, Edward : La théorie de la concurrence monopolistique, Puf, 1933

COURNOT, Augustin : Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, Dunod, 2001

DIXIT, Avinash & STIGLITZ, Joseph : Monopolistic competition and optimum product diversity, American Economic Review, 1977

SCHUMPETER, Joseph : Théorie de l’évolution économique, Dalloz, 1911

SPENCE, Michael : Monopoly Quality and Regulation, Bell Journal of Economics, 1975

SPENCE, Michael : Product Selection, Fixed Costs, and Monopolistic Competition, Review of Economic Studies, 1976

STACKELBERG, Heinrich Von : Marktform und gleichgewicht, Julius Springer, 1934

STIGLER, George : The organization of industry, University of Chicago Press, 1968

TIROLE, Jean : Théorie de l’organisation industrielle, Economica, 1988

 

 

23:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

10/03/2012

Introduction à la politique économique

La politique économique pose la question de l’intervention de l’Etat dans l’économie.

 

  • La notion de politique économique

Pour Tinbergen (1952) la politique économique réside dans la réunion de moyens pour atteindre des fins. Les fins de l’Etat, des pouvoirs publics sont la recherche de l’intérêt général

Ex : le plein emploi et la croissance. Les moyens doivent donc être reposer sur des analyses économiques.

Pour Musgrave (1959) la politique économique peut remplir trois fonctions :

- L’allocation de ressources : comme certains biens ne font pas l’objet de transactions, ils ne seront pas produits alors qu’il y aurait un intérêt à le faire. L’Etat agit pour corriger les imperfections du marché, il soutient des activités non-rentables. Ex : R&D

- La redistribution : l’Etat va taxer les agents pour opérer des transferts de richesse. Ex : les politiques sociales

-  La régulation conjoncturelle : l’Etat cherche à réduire les fluctuations économiques par des politiques macroéconomiques jouant sur l’emploi, les prix ou la situation extérieure.

La typologie de Musgrave suppose un service gouvernemental qui ne dissocie pas la redistribution (équité) et l’allocation des ressources (efficacité).

 

  • La politique économique moderne

L’intervention de l’Etat moderne a permis de dépasser la vision libérale d’un Etat minimal.

Pour Smith (1776) l’Etat ne se justifie sur le plan économique que dans des cas limités :

- Défendre la société

-  Administrer la justice

- Produire les biens utiles au plus grand nombre que le marché ne prend pas en charge

C’est à partir de la crise des années 30 que la théorie de la politique économique évolue.

A présent, on considère que les marchés souffrent d’imperfections : les comportements de maximisation par les agents ne sont pas réalistes. Cependant, la politique économique n’est pas la seule réponse aux échecs du marché : d’autres formes d’organisation existent.

Ex : la hiérarchie dans les entreprises ou les associations volontaires dans les syndicats.

Q : quelles sont les controverses sur le rôle de l’Etat dans l’économie ?

 

I] Fondements théoriques de la politique économique

Les analyses de la place de l’Etat dans l’économie font la synthèse des apports théoriques dans des domaines tels que le marché, les organisations ou l’économie publique.

·         Dans le cadre de la concurrence pure et parfaite

Arrow & Debreu ont montré que la théorie de l’équilibre général permet de concevoir une politique économique : elle consiste à garantir l’équité en déterminant un optimum social avec des transferts forfaitaires. La politique économique découle d’un choix social : elle doit permettre de faire jouer le mécanisme de concurrence pour atteindre l’objectif fixé.

Mais, en général la fiscalité et les transferts entraînent des distorsions.

Dans l’hypothèse d’un système complet de marché, les prix des biens fournissent toute l’information nécessaire.

Pour fonctionner, il faut que les prix du marché concernent tous les biens de l’économie, présents ou futurs. Cela permet d’éliminer le temps et l’incertitude.

Mais cette situation correspond au cas d’école.

En cas d’externalité, il y a échec du marché : il existe des biens sans prix.

Plusieurs solutions existent :

- taxes à la Pigou : comme le coût marginal privé ne prend pas en compte l’effet externe, une taxe permet d’obtenir le coût marginal social. Cela pousse à produire la quantité optimale pour la collectivité.

- quotas : attribuer un droit de propriété limité à un petit groupe de personnes pour éviter que tout le monde utilise gratuitement les ressources.

- marché des droits de propriété : attribuer un droit de propriété sur les externalités que les agents peuvent échanger à un prix de marché.

- internaliser les externalités : la création d’une entreprise permet de mieux coordonner les activités afin de réduire l’effet externe.

 

·         Dans le cadre de la concurrence imparfaite

Il existe des pouvoirs de marché : certains prix vont dépasser le coût marginal et permettre de dégager des profits. Dans cette optique, la politique économique est une politique de concurrence qui va chercher à réglementer les monopoles naturels, à interdire les cartels, les ententes et les partages de marchés.

S’il existe un monopole naturel, l’entreprise peut fixer ses prix en fonction du coût moyen et non du coût marginal afin de maximiser son profit : elle produit donc une quantité moindre.

La politique économique va donc consister à faire tarifer le monopole au coût marginal en lui versant en contrepartie une subvention qui couvre ses pertes.

Mais le monopole a intérêt à dissimuler des informations : s’il exagère ses pertes ou s’il augmente son coût marginal, sa subvention augmente.

En conséquence soit le gouvernement doit posséder l’entreprise, soit il doit proposer un contrat incitatif. Laffont & Tirole (1993) montrent que l’Etat doit proposer deux menus de contrats pour inciter le monopole à révéler son information :

- price cap : une subvention fixe

- cost plus : une subvention proportionnelle aux coûts

Les deux menus permettent de connaître les coûts du monopole : price cap incite à les réduire et cost plus à les augmenter.

Mill (1848) montre qu’on peut laisser le monopole obtenir une rente si le gouvernement met aux enchères le droit d’exercer ce monopole. Dans cette situation, l’Etat récupère la rente mais n’empêche pas les pertes de bien être.

Pour Baumol, Panzar & Willig (1982) des marchés comportant peu d’entreprises peuvent fonctionner comme des marchés concurrentiels en cas de menaces d’entrée. Mais deux conditions sont nécessaires : les coûts fixes sont récupérables en cas de sortie du marché ; les entreprises en place ne peuvent baisser leur prix après l’entrée du concurrent.

Dans cette optique, le monopole va baisser ses tarifs afin de dissuader l’arrivée de concurrents

La politique économique en concurrence imparfaite va donc viser à accroître la taille du marché pour éviter les monopoles naturels et chercher à améliorer l’information par un cadre juridique homogène.

 

II] Critiques de la politique économique

On distingue deux grands types de critiques : celle qui concerne les politiques macroéconomiques dans leur ensemble et celles qui visent directement l’action publique.

·         La critique de Lucas

Lucas (1976) montre qu’un changement de régime de politique économique va modifier le comportement des agents et que c’est en fonction de leurs anticipations qu’ils vont s’adapter.

Dès lors, tous les changements de politique économique vont invalider les prévisions sur lesquels ils sont basés : les agents adaptent leur comportement à la nouvelle politique menée.

Selon Lucas, on ne peut évaluer les effets d’un changement des règles de politique économique car les prévisions reposent sur des observations passées.

 

·         Economie de l’intervention publique

L’intervention de l’Etat dans l’économie s’est basée sur l’intérêt général, mais on peut considérer que ce n’est pas toujours le cas :

- L’Etat partisan : il peut défendre les intérêts d’une classe (Marx) ou de l’électeur médian selon Black (1948). Une majorité simple suffit pour mettre en œuvre une politique économique. De même Downs (1947) considère que les élus appliquent les politiques qui vont maximiser la satisfaction de leurs électeurs, ils ne recherchent pas l’intérêt général.

- La théorie des choix publics : le pouvoir est détenu par des agents qui cherchent à maximiser leur propre satisfaction. Niskanen (1971) expose sa théorie de la bureaucratie : un gestionnaire public a pour but de maximiser son budget ce qui le pousse à surproduire le bien public.

- Le paradoxe de l’action collective : pour Olson (1966) ceux qui se mobilisent pour l’intérêt d’un groupe supportent des charges supérieures aux bénéfices. C’est le phénomène du passager clandestin. Il faut mettre en place une institution qui rende la participation contraignante ou qui assure un reversement des coûts. Dès lors, des petits groupes vont influencer sur les décisions car leur coordination est plus efficace. De même, ceux qui défendent un intérêt collectif souhaitent obtenir un bien privé (ex : poste honorifique)

 

Conclusion :

La science politique est nécessaire pour concevoir l’intervention de l’Etat dans l’économie.

 

Références :

ARROW, Kenneth & DEBREU, Gérard : The Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy, Econometrica, 1954

BAUMOL, William ; PANZAR, John & WILLIG, Robert : Contestable markets, American Economic Review, 1982

BLACK, Duncan : Une analyse des processus de prise de décisions collectives, in GENEREUX, Jacques dir., L’économie politique, Larousse, 1948

DOWNS, Anthony : Une théorie économique de la démocratie, in GENEREUX, Jacques dir., L’économie politique, Larousse, 1947

LAFFONT, Jean-Jacques & TIROLE, Jean : A theory of incentives in procurement and regulation, MIT Press, 1993

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1848

MUSGRAVE, Richard : A theory of public finance, Mc Graw Hill, 1959

NISKANEN, William : Bureaucracy and representative government, Transaction Publishers, 1971

OLSON, Mancur : Logique de l’action collective, Puf, 1966

TINBERGEN, Jan : Techniques modernes de la politique économique, Dunod, 1952

SMITH, Adam : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

00:18 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |