02/04/2012

Les inégalités

  • Problèmes de mesure

Etablir les inégalités économiques permet de souligner les difficultés statistiques et les limites des indicateurs tels que la moyenne, la médiane ou la variance …

D’où la construction d’indices mesurant la dispersion. Ex : rapports inter-quantiles

 Se pose toujours le problème des sources et des données utiles et légitimes : les salaires, les revenus, les patrimoines mais aussi la santé, l’éducation …

D’où une réflexion sur les critères sociaux à retenir. Ex : classe, profession, genre, âge …

Ainsi, on peut opposer l’égalité = traiter de la même façon les individus d’une société et l’inégalité = des différences entre individus ou groupes sociaux qui sont socialement perçues comme injustes ou illégitimes.

 

  • Logique normative

Les inégalités sont liées aux théories de la justice sociale : cela permet de proposer des indices reposant sur une logique de bien être. Ex : l’indice de Gini et la courbe de Lorenz qui comparent la réalité avec une situation d’égalité absolue de la répartition des revenus

Relève également de l’opposition classique nature/culture :

Sur un plan naturel, il existe des inégalités physiques ou biologiques.

Sur un plan culturel, c’est le débat autour du relativisme.

Réflexion en lien avec les utopies :

En théorie, le communisme et l’anarchisme défendent des sociétés d’individus égaux et libres.

En pratique, cela ne s’est jamais concrétisé (ex : l’URSS).

 

I] Economie des inégalités

  • Les inégalités économiques entre pays

Les différences de développement :

Bourguignon & Morrisson (2002) montrent le creusement des écarts entre pays industrialisés et pays en développement à partir de la fin du XIXème. Du coup, on constate de fortes différences de niveau de vie entre aires géographiques.

Plusieurs facteurs entrent en compte :

- la domination coloniale : logique d’exploitation

- des institutions inefficaces

La mondialisation :

L’ouverture commerciale a pu favoriser la croissance de certains pays (ex : Asie du Sud Est) qui ont su attirer l’investissement.

Plusieurs explications coexistent : sur la comparaison Corée-Philippines par exemple

- le rôle du capital humain, Lucas (1993)

- le rôle des inégalités, Benabou (1996)

Car le commerce international n’a pas bénéficié à tous.

Par contre, la concurrence des pays à bas salaires n’explique pas la destruction des emplois dans les pays riches : l’explication la plus robuste est celle du progrès technique. Krugman (1996) montre que les pays qui maîtrisent les nouvelles technologies sont les plus compétitifs.

 

  • Les inégalités économiques dans les pays

Analyse classique :

Kuznets montre qu’un pays qui se développe voit d’abord les inégalités augmenter car l’écart se creuse entre les plus productifs et les autres ; puis quand le développement se diffuse et que l’économie se modernise, les inégalités diminuent.

Raisonnement applicable aux pays européens ou aux USA.

Mais depuis la fin des années 80 on constate un retour des inégalités et donc l’invalidation de la courbe de Kuznets.

Nouveaux constats :

Pour Katz & Murphy (1992) les inégalités découlent d’un progrès technique biaisé : seuls certains individus maîtrisent les nouvelles technologies demandées sur le marché du travail.

Ex : Gabaix & Landier (2008) sur les salaires des dirigeants

De plus, les travaux de Fougère & Kramarz et Goux & Maurin (2001) confirment la persistance des inégalités et ceux de Piketty & Saez (2006) montrent le rôle de la fiscalité dans la concentration des richesses.

 

  • L’approche synthétique des inégalités économiques

Relève d’un travail de synthèse de Piketty (2008) autour de deux questions :

- comment mesurer les inégalités

- comment en tirer des politiques publiques

Car sur un plan théorique, on constate la fin de la courbe de Kuznets à la fin des années 70 et sur un plan politique, une opposition sur les conceptions économiques de lutte contre les inégalités.

Les grands domaines d’inégalités économiques :

Le premier domaine reste l’opposition classique entre capital et travail (identifiée par Marx).

Même s’il existe une grande stabilité de la répartition de la richesse entre capital et travail dans le temps, le constat historique marquant est la fin des rentiers au cours du XXème siècle. En raison des guerres et des impôts (sur le revenu et les successions) la concentration des patrimoines a fortement diminué [jusqu’aux années 80 …]

Le deuxième domaine est constitué des inégalités face au travail.

Il y a une permanence des inégalités de salaires en raison des différences de formation et de qualification (logique de capital humain). D’où l’existence de plusieurs pistes concernant l’école, la discrimination positive, l’approche de Rawls (maximiser la situation de ceux qui ont le minimum), la place des syndicats …

Les outils de redistribution :

Un levier essentiel réside dans la fiscalité. Mais il faut tenir compte des effets incitatifs et désincitatifs. L’impôt négatif permet de lutter contre les trappes à pauvreté ou à inactivité en subventionnant le retour à l’emploi.

Les assurances sociales jouent un rôle primordial. Mais il faut tenir compte des asymétries d’information.

Piketty conteste l’efficacité des relances keynésiennes pour lutter contre les inégalités.

 

II] Sociologie des inégalités

  • Les déterminants des inégalités sociales

Les classes sociales : Dahrendorf (1957) considère que les inégalités découlent du statut social des individus et relèvent d’une logique de conflit social.

- elles découlent des mécanismes de marché

- elles tendent à se cumuler

- l’autorité publique doit agir pour réduire les écarts

Vision adaptée à la configuration de la société industrielle, où la question sociale et les conflits du travail sont structurants.

L’éducation : Boudon (1973) montre que face aux décisions scolaires les individus sont dans une situation d’inégalité des chances.

L’éducation permet d’améliorer sa situation, mais individuellement ceux qui pourraient en profiter le plus ne le font pas en raison de l’incertitude sociale (les débouchés de la formation). Boudon met en valeur un paradoxe entre choix individuel et situation agrégée.

Le genre : pour Bourdieu (1998), les inégalités hommes/femmes s’expliquent par la domination masculine : la famille, l’église, l’école et l’Etat renforcent et légitiment la reproduction de cette domination.  Elle est incorporée socialement et symboliquement.

Les générations : Chauvel (1998) cherche à mettre en valeur les aspects structurants des inégalités sociales en insistant sur les clivages temporels.

- le destin des générations est différent. Ex : très bon pour celles du baby boom ; mauvais pour celles issues de la crise

- le retour des classes sociales. Ex : l’entrée sur le marché du travail est primordiale

- le maintien des inégalités de revenus et de patrimoines

Les facteurs qui avaient permis la réduction des inégalités sont dépassés historiquement : les Trente glorieuses, le salariat, l’Etat social et la mobilité sociale, Chauvel (2006).

 

  • Le système des inégalités

Ouvrage de synthèse de Bihr & Pfefferkorn (2008) qui développe une approche systémique : les auteurs montrent comment les inégalités interfèrent entre elles, en se déterminant et en se générant réciproquement.

Les interactions entre les inégalités :

Ex : la santé correspond à un même effet et des causes différentes (catégories sociales, conditions de vie, modes de vie …)

Ex : le logement correspond à une cause commune et des effets différents (exclusion, qualité, ségrégation …)

Le cumul des inégalités :

Il relève d’un phénomène de polarisation. On oppose d’un côté pauvreté, précarité et vulnérabilité et de l’autre fortune, pouvoir et prestige.

Cette opposition est consacrée par le tournant des années 80, c’est la conséquence des politiques libérales mises en place.

La reproduction des inégalités :

Les auteurs considèrent que la mobilité sociale ascendante est remise en cause. Il y a d’une part, transmission du capital économique et culturel ; et renforcement par les facteurs démographiques d’autre part (taille des familles ou mariage par exemple).

 

Références :

BENABOU, Roland : Inequality and growth, NBER, 1996

BIHR, Alain & PFEFFERKORN, Roland : Le système des inégalités, La Découverte, 2008

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOURDIEU, Pierre : La domination masculine, Seuil, 1998

BOURGUIGNON, François & MORRISSON, Christian : Inequality among world citizens : 1820-1992, American Economic Review, 2002

CHAUVEL, Louis : Le destin des générations, Puf, 1998

CHAUVEL, Louis : Les classes moyennes à la dérive, Seuil, 2006

DAHRENDORF, Ralf : Classes et conflits de classes dans la société industrielle, Mouton, 1957

FOUGERE, Denis & KRAMARZ, Francis : La mobilité salariale en France de 1967 à 1999, in ATKINSON, Anthony ; GLAUDE, Michel ; OLIER, Lucile & PIKETTY, Thomas dir., Inégalités économiques, La Documentation Française, 2001

GABAIX, Xavier & LANDIER, Augustin : Why has CEO pay increased so much ?, Quarterly Journal of Economics, 2008

GOUX, Dominique & MAURIN, Eric : Les nouvelles technologies et l’évolution récente de la demande de travail par qualification, in ATKINSON, Anthony ; GLAUDE, Michel ; OLIER, Lucile & PIKETTY, Thomas dir., Inégalités économiques, La Documentation Française, 2001

KATZ, Lawrence & MURPHY, Kevin : Changes in Relative Wages, 1963-1987: Supply and Demand Factors, Quarterly Journal of Economics, 1992

KRUGMAN, Paul : La mondialisation n’est pas coupable, La Découverte, 1996

KUZNETS, Simon : Economic growth and income inequality, American Economic Review, 1955

KUZNETS, Simon : Croissance et structure économiques, Calmann Levy, 1965

LUCAS, Robert : Making a miracle, Econometrica, 1993

PIKETTY, Thomas : Les hauts revenus en France au XXème siècle, Grasset, 2001

PIKETTY, Thomas : Economie des inégalités, La Découverte, 2008

PIKETTY, Thomas & SAEZ, Emmanuel : The evolution of top incomes : a historical and international perspectives, American Economic Review, 2006

20:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

L'éducation

L’approche économique repose sur les mécanismes de marché. Gurgand (2005) en présente une synthèse autour d’une idée clé : l’éducation est un choix d’investissement. On renonce à faire quelque chose (travailler immédiatement) dans le but d’en obtenir une autre (avoir un meilleur revenu).

La sociologie de l’éducation se confond avec la sociologie de l’école. Elle a pourtant une visée plus large permettant d’y inclure l’ensemble des acteurs concernés et l’ensemble des approches (ex : pédagogie ou psychologie).

Durkheim est le fondateur de la sociologie de l’éducation : dans un contexte historique spécifique (affirmation de la IIIe République et de l’enseignement primaire obligatoire), l’éducation joue un rôle essentiel dans l’affirmation des solidarités.

Son œuvre aborde deux problématiques distinctes :

- l’éducation joue un rôle d’intégration sociale essentiel : elle fournit des valeurs à respecter et se présente donc comme une morale laïque (1922).

- la pédagogie évolue avec la société : les enseignements découlent de la demande sociale, ils ont pour but de répondre aux préoccupations de l’époque (1938).

L’essor de la sociologie et de l’économie de l’éducation est indissociable de la situation de massification scolaire notamment depuis 1945.

 

I] Economie de l’éducation

 

·         Le capital humain

Le capital humain comprend les connaissances, les qualifications, les compétences et autres qualités possédées par un individu qui intéressent l’activité économique.

Dans les pays développés, les dépenses publiques et privées d’acquisition du capital humain représentent en moyenne 6 % du PIB.

Cette acquisition est reconnue par les théories de la croissance comme un élément fondamental de la performance des économies. Selon Lucas (1988) c’est une des sources de la croissance. Ce que Barro & Sala-I-Martin (1995) confirment empiriquement pour les Etats-Unis.

L’intérêt de cette notion est qu’elle est liée à l’augmentation de la productivité, du salaire et du nombre de travailleurs.

Becker (1964) avance l’idée qu’on augmente ses compétences (par acquisition de nouvelles ou développement des anciennes) et qu’on augmente ainsi sa productivité future.

Becker s’intéresse à la formation « sur le tas » et opère une distinction entre :

- la formation générale : les compétences utilisables par tous les employeurs

Si une entreprise la fournit à un salarié, cela bénéficie à toutes les entreprises.

Mais, comme les salariés peuvent partir ou exiger un salaire plus élevé, les entreprises ne peuvent capturer le rendement de cette formation générale.

Ce sont donc les travailleurs qui vont financer leur formation générale.

- la formation spécifique : les compétences ne sont utilisables que dans une entreprise

Dans ce cas, l’entreprise va la payer ; mais elle doit inciter le travailleur à ne pas partir sinon elle perd la formation.

Selon Becker, la formation est toujours moins générale et plus spécifique. On investit tant que les bénéfices sont supérieurs aux coûts. L’intervention de l’Etat n’est donc pas nécessaire.

Mincer (1974) confirme que les rendements de l’éducation existent. Ils ont un effet significatif sur la distribution des revenus.

 

·         Le signal

Selon Spence (1973) ou Stiglitz (1975) l’éducation permet d’offrir une garantie sur le marché. Elle fournit de l’information sur la qualité des individus. Dès lors, pour se faire recruter les diplômes, l’expérience … sont autant de moyen pour un offreur de travail de réduire les asymétries d’information.

Mais selon Arrow (1973) l’éducation en tant que signal est inutile. Elle permet seulement aux entreprises de sélectionner des candidats sans en supporter le coût. L’éducation agit comme un filtre pour distinguer entre les individus, elle ne permet pas d’accroître les compétences (comme le suppose la théorie du capital humain).

Il faut donc étudier l’existence d’un lien entre formation et emploi. Cela relève d’une approche d’économie du travail. Les travaux de Céreq suivent cette logique.

Ex : insertion sur le marché du travail d’une génération, ou d’un type de diplômés …

Il faut également poser la question du financement des études. Ce qui relève de l’économie publique.

Ex : financement par l’Etat (bien public et externalités), par des bourses …

Enfin, il faut vérifier le rôle de l’éducation en termes de croissance. C’est une logique macroéconomique.

Ex : innovations réelles découlant d’une meilleure éducation

 

II] Sociologie de l’éducation

 

·         Education et socialisation

Il s’agit de comprendre le développement des relations sociales par le biais de l’éducation. Dans cette optique, on retrouve les théories classiques de l’école.

Parsons (1959) prolonge l’analyse de Durkheim sur le rôle intégrateur de l’éducation : l’école favorise une médiation entre les valeurs de la famille et celles de la société globale. La classe permet d’inculquer des valeurs sociales telles que le loyalisme envers l’institution et l’accomplissement individuel.

Bourdieu & Passeron (1970) montrent pourtant que le système éducatif exerce une fonction de reproduction sociale. Loin de réduire les inégalités, l’école légitime la domination en favorisant les individus les mieux dotés en capital (culturel ou économique).

Certains étudiants héritent d’un capital qui leur permet de mieux réussir leurs études, l’école est donc un lieu de violence symbolique où ceux qui ne correspondent pas aux critères de la culture dominante sont écartés. Cela pénalise donc les classes populaires.

Boudon (1973) considère que les choix scolaires sont des conséquences paradoxales de comportements rationnels. L’augmentation de la scolarisation favorise les élèves issus des milieux favorisés car ils sont mieux à même de mobiliser leurs ressources pour faire coïncider la position scolaire et la position sociale.

Pour Boudon cela traduit l’inégalité des chances : la décision de ne pas poursuivre d’études longues dans les milieux modestes est logique d’un point de vue individuel, même si elle renforce les inégalités au niveau agrégé. C’est un effet pervers de l’augmentation des diplômes. L’éducation ne garantit pas les débouchés, ce qui peut entraîner de la frustration.

Baudelot & Establet (1989) cherchent à réfuter l’idée d’une baisse du niveau scolaire et donc de l’échec de la fonction socialisatrice de l’école. Le niveau scolaire progresse mais de manière différenciée, ce qui pose la question des inégalités.

Dubet (2002) considère que l’école est dans une situation de déclin institutionnel : les professionnels qui l’animent ne sont plus portés par une vocation ou un statut. La légitimité de l’éducation est remise en question, ce qui entraîne le développement d’autres logiques : retour vers l’autorité, recours au droit ou reconnaissance des personnes. Pourtant, ces principes n’ont pas réussi à imposer une nouvelle légitimité.

 

·         Les inégalités scolaires

La perception d’un déclin du rôle intégrateur de l’école découle d’une nouvelle approche : celle d’une compétition entre groupes sociaux pour l’éducation.

Cherkaoui (1979) s’appuie sur des enquêtes empiriques internationales pour critiquer certaines idées reçues de la sociologie de l’éducation : la sélection ne profite pas plus aux élèves des milieux favorisés, la classe sociale n’est pas le facteur décisif de l’échec ou du succès scolaire et l’augmentation de l’enseignement pour les plus défavorisés n’améliore pas les résultats. Pour Cherkaoui ce sont les aspirations des élèves qui sont essentielles.

Berthelot (1983) insiste pour sa part sur les stratégies individuelles des étudiants : la scolarisation n’est pas un mode déterminé de socialisation.

Pourtant, Beaud (2002) montre la situation difficile des générations de la fin des années 90 : la volonté d’accroître les diplômes n’a pas permis aux milieux les plus modestes de trouver des débouchés aux titres scolaires.

Hoggart (1957) a ainsi analysé la difficulté des catégories populaires en Angleterre à s’approprier les valeurs de l’école. La mobilité sociale par l’éducation est vécue comme une situation de transfuge où les élèves des classes populaires n’ont pas leur place principalement sur le plan culturel.

Bernstein (1975) estime que les inégalités devant l’éducation découlent des difficultés à maîtriser la langue. Les enfants issus des classes populaires ne disposent pas des capacités linguistiques leur permettant de s’imposer dans le milieu scolaire.

Baudelot & Establet (1992) montrent les différences de genre sur le plan scolaire. Les filles ont de meilleures performances dans le secondaire mais elles choisissent des orientations qui ne sont pas adaptées à ces résultats. Pour ces auteurs, cela découle de la socialisation familiale : les filles sont moins confiantes que les garçons et se destinent moins à la réussite scolaire. De plus, l’institution scolaire elle même favorise cette situation en proposant des orientations vers des activités dites « féminines » souvent moins valorisées.

 

Références :

ARROW, Kenneth : Higher Education as a Filter, Journal of Public Economics, 1973

BARRO, Robert & SALA-I-MARTIN, Xavier : La croissance économique, Ediscience International, 1995

BAUDELOT, Christian & ESTABLET, Roger : Le niveau monte, Seuil, 1989

BAUDELOT, Christian & ESTABLET, Roger : Allez les filles !, Seuil, 1992

BEAUD, Stéphane : 80 % au bac … et après ?, La Découverte, 2002

BECKER, Gary : Human Capital A theoretical and Empirical Analysis with Special Reference to Education, University of Chicago Press, 1964

BERNSTEIN, Basil : Langage et classes sociales, Minuit, 1975

BERTHELOT, Jean-Marie : Le piège scolaire, Puf, 1983

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOURDIEU, Pierre & PASSERON, Jean-Claude : La reproduction, Minuit, 1970

CHERKAOUI, Mohamed : Les paradoxes de la réussite scolaire, Puf, 1979

DUBET, François : Le déclin de l’institution, Seuil, 2002

DURKHEIM, Emile : Education et sociologie, Puf, 1922

DURKHEIM, Emile : L’évolution pédagogique en France, Puf, 1938

GURGAND, Marc : Economie de l’éducation, La Découverte, 2005

HOGGART, Richard : La culture du pauvre, Minuit, 1957

LUCAS, Robert : On the Mechanics of Economic Development, Journal of Monetary Economics, 1988

MINCER, Jacob : Schooling, Experience and Earnings, NBER, 1974

PARSONS, Talcott : The school class as a social system, Harvard Educational Review, 1959

SPENCE, Michael : Job Market Signaling, Quarterly Journal of Economics, 1973

STIGLITZ, Joseph : The Theory of "Screening," Education, and the Distribution of Income, American Economic Review, 1975

20:30 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

24/03/2012

La population

L’étude des populations tant au niveau individuel, collectif, quantitatif et qualitatif relève de la démographie.

Source des données françaises : l’INSEE (recensement) et l’INED.

La personnalité incarnant la démographie française : Alfred Sauvy.

Domaine qui présente beaucoup d’intérêt pour les sciences sociales car a une composante historique, sociologique et économique.

Quelques indicateurs démographiques :

Taux de natalité = nombre de naissances dans l’année / pop totale moyenne de l’année

Taux de fécondité = nombre de naissances vivantes issues des femmes de 30 ans / nombre de femmes de 30 ans

Solde naturel = nombre de naissances – nombre de décès

Taux d’accroissement naturel = taux de natalité – taux de mortalité (…)

 

 I] La transition démographique

C’est un phénomène démographique socio-historique.

 

•        Le déroulement de la transition

La transition débute au XVIIIème et se compose de deux phases :

- accroissement de la population du fait du déclin de la mortalité

Cela s’explique par les progrès médicaux, l’amélioration des conditions sanitaires ou d’hygiène et (essentiellement) par les progrès agricoles.

Le phénomène n’est ni linéaire, ni causal. L’industrialisation induit notamment la concentration urbaine et des conditions de travail difficiles.

- baisse sensible des taux de natalité et de fécondité d’où une nouvelle diminution du taux de mortalité

La fécondité diminue chez les couches supérieures, comportement qui se diffuse chez les classes populaires.

La mortalité infantile et juvénile baisse.

Le travail des enfants diminue : leur charge pour la famille augmente.

Pour Malthus (1798) la population augmente plus vite que les moyens de subsistance. Les hommes doivent donc limiter la procréation (c’est le « malthusianisme ») sinon la mort ou les guerres sont inévitables.

Pour Marx (1858) la surpopulation est liée au capitalisme : cela permet aux bourgeois d’accroître la plus value et de maintenir les salaires bas (armée industrielle de réserve).

 

•        Un phénomène lié à la révolution industrielle

Le développement du capitalisme industriel se traduit sur le plan démographique par le dépassement des sociétés précapitalistes caractérisées par :

- faible accroissement naturel à long terme

- fortes fluctuations de la natalité et de la mortalité (ex : récoltes ou épidémies)

- forte mortalité

- forte natalité

On constate une corrélation historique entre croissance économique et croissance démographique (ex : Grande Bretagne, Allemagne ou USA) mais aussi des exceptions.

Pour Bodin (1576), mercantiliste : la population doit être nombreuse pour qu’une nation soit prospère.

Pour Vauban (1706) l’abondance n’est pas une condition suffisante ; il faut une bonne politique (ex : critique les impôts trop élevés et mal répartis).

Pour Quesnay, c’est l’augmentation de la richesse agricole qui favorisera l’augmentation de la population.

 

•        Spécificité française de la transition

La France est le pays le plus peuplé d’Europe au XVIIIe (comme le souligne l’historien Pierre Goubert) mais il est le premier à voir sa fécondité baisser.

Hypothèses :

- l’importance du secteur agricole / pour transmettre le patrimoine

- l’influence de l’esprit des lumières / droits de l’individu

D’où quatre grandes conséquences :

- la France est dépassée à partir du XIXe : Allemagne (1865), UK (1895), Italie (1930)

- le vieillissement de la population est plus prononcé

- la France ne participe pas aux grands flux migratoires (à l’exception de l’Algérie)

- l’immigration se développe : belge, italienne, polonaise et espagnole

 

II] Evolutions démographiques contemporaines

Analyses qui concernent les pays développés.

 

•        La remontée des taux de fécondité en Europe et aux USA à partir de 1940.

Phénomène qui tient à plusieurs éléments :

- le baby boom : concentration de naissances différées

- les politiques familiales natalistes (ex : allocations familiales en France)

- le climat économique et social positif

Kuznets (1965) et Sauvy (1972) invalident la théorie malthusienne : il n’y a pas de corrélation entre augmentation de la population et baisse du niveau de vie.

Pour Boserup (1965) c’est même au contraire la pression démographique qui accroît les ressources : il faut mieux exploiter les sols, il faut accroître la productivité …

 

•        Le renversement de tendance

Cette période prend fin au milieu des 60’s pour l’ensemble des pays développés : déclin des familles nombreuses (3 et plus) et recul du calendrier des naissances.

On peut écarter plusieurs explications :

- la crise économique (débute avant)

- la crise du mariage (les naissances ont aussi lieu hors mariage)

- la contraception (elle ne fait qu’accompagner le phénomène selon Michel-Louis Levy)

Le modèle de la famille à deux enfants se diffuse, cela s’explique par des raisons d’éducation ou de transmission de patrimoine.

Pour Leibenstein (1957) dans une famille au niveau de vie élevé, la charge économique d’un enfant augmente et réciproquement.

Pour Becker (1981) le choix du nombre d’enfant et du mariage résulte d’un calcul économique (coûts/avantages) en fonction de l’utilité accordée (ex : un enfant est un bien de luxe)

 

•        Les populations aujourd’hui

On constate deux grands phénomènes dans les pays industriels :

- le ralentissement démographique : le seuil de non renouvellement des générations est atteint en Europe (Allemagne, Italie)

- le vieillissement de la population : (Gérard-François Dumont) phénomène qui s’accélère car la fécondité baisse et l’espérance de vie augmente

Cette situation pose de nouveaux problèmes :

- financement des retraites

- dépenses de santé

- dépendance

 

Conclusion : la professionnalisation croissante des femmes

Le nombre d’actifs féminins s’accroît et la fécondité baisse. On voit apparaître une relation inverse entre taux d’activité féminine et nombre moyen d’enfants en France ; mais pas en Italie ou en Allemagne.

 

Références :

BECKER, Gary : A treatise on the family, Harvard University Press, 1981

BODIN, Jean : Les six livres de la République, Librairie Générale Française, 1576

BOSERUP, Ester : Evolution agraire et pression démographique, Flammarion, 1965

DUMONT, Gérard-François dir. : La France ridée, Hachette, 1979

DUMONT, Gérard-François : Démographie, Dunod, 1992

GOUBERT, Pierre : Louis XIV et vingt millions de Français, Fayard, 1966

KUZNETS, Simon : Croissance et structures économiques, Calmann Levy, 1965

LEIBENSTEIN, Harvey : Economic backwardness and economic growth, Wiley, 1957

LEVY, Michel-Louis : Déchiffrer la démographie, Syros, 1998

MALTHUS, Thomas Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MARX, Karl : Grundrisse: Foundations of the critique of political economy, Penguin, 1858

QUESNAY, François : Physiocratie, Flammarion, 1991

SAUVY, Alfred : Les charges économiques et les avantages de la croissance de la population, Population, 1972

SAUVY, Alfred : De Paul Reynaud à Charles de Gaulle, Casterman, 1972

VAUBAN, Sébastien : La dîme royale, Imprimerie Nationale, 1706

19:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Géopolitique, Sociologie |  Facebook | | |