14/04/2012

La santé

        Richesse des Nations et dépenses de santé

 Constat général : la santé est liée à la macroéconomie, car quand les pays sont développés et riches les dépenses de santé augmentent. On constate un lien entre croissance et santé.

L’augmentation des dépenses de santé découle de deux grands facteurs :

- l’augmentation du niveau de vie et des revenus : la santé est un bien de luxe, son élasticité revenu est supérieure à 1 (augmente plus que proportionnellement avec le revenu).

- le progrès technique : la médecine est plus performante, on dispose de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies. Car loi des rendements décroissants !

De plus le contexte actuel est différent, Dormont (2009) :

- le vieillissement : peu d’effets macroéconomiques pour l’instant mais la probabilité est forte …

- le coût : comme la plupart des pays de l’OCDE ont mis en place un financement public c’est un problème pour l’Etat (mais le constat est le même pour un pays comme les USA où l’essentiel du financement est privé).

 

        Une domination de l’approche économique

Pour évaluer économiquement la santé, on peut utiliser trois critères :

- son efficacité : atteindre des objectifs

- son accès : tenir compte des personnes visées

- son coût : total et individuel

La question de la valeur de la vie est posée par Sauvy (1977) dans une logique démographique et de développement. Pour les économistes, au delà des questions éthiques, il faut quantifier la durée de la vie de manière monétaire pour arbitrer entre différentes solutions.

Ex : lutter contre une épidémie

La santé est également une question essentielle pour les pays en développement, Duflo (2010) montre que quelques actions simples et peu coûteuses peuvent avoir des effets très bénéfiques. Ex : vaccins, moustiquaires …

La sociologie de la maladie et de la médecine ayant une portée moins opérationnelle et plus descriptive. Ainsi Adam & Herzlich (1994) fournissent une synthèse de ses apports : la santé est une construction historique. Ex : médecine moderne, épidémies ; les déterminants sociaux de la santé ; l’interprétation sociale et culturelle de la maladie ; la relation médecin-malade ; la sociologie de l’hôpital.

 

I] L’organisation des systèmes de santé

On retrouve les oppositions typologiques classiques de l’Etat Social : bismarckien / fondé sur la profession et l’activité ou beveridgien / universel.

 

  • Economie des systèmes de santé

Plusieurs éléments d’analyse ont été avancés

- Le risque

C’est Arrow (1963) qui a mis en valeur le caractère original de la santé : c’est un problème économique car elle est indissociable d’un choix en situation d’incertitude.

Ex : prévention ou hospitalisation

- Les incitations

L’économie de la santé est un des grands domaines d’application de l’économie de l’information.

Dans un système de santé, la plupart des intervenants sont dans une situation d’asymétrie d’information, Rothschild & Stiglitz (1976).

Ex : patients, médecins, hôpitaux, assureurs …

De plus, la santé est source d’externalités (ex : épidémies) et certains biens sont des biens publics (ex : brevets, vaccins).

De même, l’assurance santé peut entraîner un aléa moral : le fait d’être couvert peut inciter à minimiser le risque ou la qualité des soins.

La tarification des soins peut entraîner de la sélection adverse : si elle est trop élevée, seules les personnes à risque vont s’assurer et si elle est trop faible, seuls les mauvais médecins seront disponibles.

Enfin, l’économie des soins subit des relations d’agence puisque le médecin prescrit, la patient est un client, puis l’assureur rembourse.

 

  • Sociologie des systèmes de santé

Approche plus basée sur la représentation sociale de la santé des individus.

- La profession médicale

S’appuie sur les travaux classiques de Parsons ou des interactionnistes pour mettre en valeur la particularité des relations liées à la santé.

Ainsi le jugement sur l’état de santé relève de l’expertise. Dodier (1993) montre que le médecin du travail ne se contente pas d’appliquer un savoir objectif mais qu’il prend une décision complexe et circonstancielle, liée à la fois à des caractéristiques individuelles et collectives.

De plus la sociologie a étudié l’organisation hospitalière.  Peneff (1992) a ainsi mené une enquête d’observation participante d’un service des urgences montre les différences de statuts (brancardiers ou infirmières) et l’alternance routine/urgence qui joue sur les rapports hiérarchie/coopération.

- L’expérience de la maladie

A travers l’étude des asiles Goffman (1968) considère que l’hôpital ne remplit pas qu’une fonction thérapeutique, mais tend plutôt à écarter les malades mentaux du reste de la société.

Idée qu’il approfondit en montrant la stigmatisation subie par les handicapés, Goffman (1975). Cela pousse les individus à mettre en œuvre des stratégies : cacher la différence, modifier sa condition ou se retirer de la vie sociale.

Enfin, les épidémies sont des périodes sociales clés pour relier santé et société : Pollak (1988) étudie ainsi le cas du SIDA dans la communauté homosexuelle. Il montre notamment les difficultés de mobiliser autour de cette cause, l’ambivalence entre le traumatisme de la maladie et l’espoir de guérison ou encore le soutien apporté par des associations de malade proches des victimes plus que par les familles …

 

II] La réforme des systèmes de santé

Les dépenses sont engagées à un niveau décentralisé avec de nombreuses asymétries d’information.

 

  • La variété des systèmes

Phelps (1992) constate empiriquement cette variété tant dans la pratique médicale que dans les coûts.

Cela va du système bureaucratique du NHS anglais (coûts faibles mais rationnement) au système concurrentiel américain (coûts élevés et fortes inégalités).

On constate que les inégalités face à la santé sont corrélées au statut social (ex : PCS) et aux revenus. Cela semble confirmer l’hypothèse que la santé est un bien de luxe ou que la valeur de la vie augmente. Ainsi cela justifie des réformes de type Couverture Maladie Universelle (CMU) pour favoriser l’accès à la santé des plus modestes.

Majnoni D’Intignano (2005) souligne que le système français possède un financement bismarckien et fournit des soins de type beveridgien. C’est un système centralisé avec une forte régulation étatique pour la protection sociale mais avec une dose de mécanismes de marché (ex : médecine libérale, assurances privées).

Il poursuit une double logique :

- contrôle de l’offre de soins. Ex : numerus clausus, carte sanitaire

- rationnement budgétaire. Ex : tarification des prestations hospitalières

Les prix sont déconnectés de la demande, d’où une gestion par les quantités.

 

  • Les débats

Pour réformer les systèmes, on peut chercher à mettre en œuvre de meilleures incitations (dans une logique d’économie normative) pour éviter que les offreurs maximisent leur profit en augmentant les actes ou les prescriptions et pour éviter que les demandeurs maximisent leur utilité en augmentant les soins.

On peut proposer des menus de contrats pour obtenir l’information sur les patients ou les docteurs. On peut également réaliser des « benchmark » : comparer les offres de soins.

Sachant qu’il serait trop coûteux d’extraire toute l’information sur la santé, Geoffard (2009) montre qu’une mise en concurrence des assureurs, des médecins ou des hôpitaux n’aurait pas pour effet d’accroître l’efficacité mais déboucherait sur une concurrence imparfaite.

Pour améliorer le financement, on cherche à diminuer les dépenses par la responsabilisation.

Ex : panier de soins, ticket modérateur, dossier médical, médecin référent …

On estime que les dépenses de santé représentent en moyenne 8,4 % du PIB des pays de l’OCDE (d’où une gestion étatique depuis la réforme de 1995).

Pour Elbaum (2008) cette orientation vers des réformes d’inspiration libérale entraîne une dualisation progressive entre solidarité et logique assurantielle.

Ex : la réforme de santé aux USA

On peut également s’interroger sur le gouvernement de la Sécurité sociale : le système français a longtemps reposé sur le paritarisme jusqu’à la réforme de 1995. Pour Palier (2002) le système est inadapté au nouveau contexte économique et social. Mais pour le réformer il faudrait arbitrer entre quatre objectifs contradictoires :

- la viabilité financière

- l’égal accès

- la qualité des soins

- la liberté des patients et des professionnels

 

Conclusion :

Renouveau de l’économie de la santé par les travaux empiriques sur l’effet placebo ou la pénibilité au travail … Approfondissement de la sociologie de la santé avec le rôle des inégalités sociales, l’expérience médicale …

 

Références :

ADAM, Philippe & HERZLICH, Claudine : Sociologie de la maladie et de la médecine, Armand Colin, 1994

ARROW, Kenneth : Incertitude et économie du bien-être des soins médicaux, in Théorie de l’information et des organisations, Dunod, 1963

DODIER, Nicolas : L’expertise médicale, Métailié, 1993

DORMONT, Brigitte : Les dépenses de santé, Editions de la Rue d’Ulm, 2009

DUFLO, Esther : Le développement humain, Seuil, 2010

ELBAUM, Mireille : Economie politique de la protection sociale, Puf, 2008

GEOFFARD, Pierre-Yves : Concurrence en santé: marché des soins, marché de l’assurance, Regards Croisés sur l’Economie, 2009

GOFFMAN, Erving : Asiles, Minuit, 1968

GOFFMAN, Erving : Stigmate, Minuit, 1975

MAJNONI D’INTIGNANO, Béatrice : L’organisation du système de santé français, in TRONQUOY, Philippe dir., La santé, La Documentation Française, 2005

PALIER, Bruno : Gouverner la sécurité sociale, Puf, 2002

PENEFF, Jean : L’hôpital en urgence, Métailié, 1992

PHELPS, Charles : Les fondements de l’économie de la santé, Publi-Union, 1992

POLLAK, Michael : Les homosexuels et le sida, sociologie d’une épidémie, Métailié, 1988

ROTHSCHILD, Michael & STIGLITZ, Joseph : Equilibrium in competitive insurance markets, Quarterly Journal of Economics, 1976

SAUVY, Alfred : Coût et valeur de la vie humaine, Hermann, 1977

11:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

La science

        La science est un phénomène social

La science est un ensemble de connaissances, d’études d’une valeur universelle, caractérisées par un domaine et une méthode déterminés et fondées sur des relations objectives vérifiables.

Domaine étudié par les philosophes : rapport entre le sujet qui connaît et l’objet à connaître.

L’épistémologie va plus loin et analyse le savoir sur le savoir, c’est la science des sciences.

La sociologie cherche plutôt à comprendre comment émerge le savoir. Elle s’intéresse au fait et à la manière de connaître des objets et des idées, de former des concepts et des représentations.

Domaine également étudié par les historiens : intérêt pour les pratiques, les techniques, le contexte social dans lequel elles apparaissent …

La sociologie des sciences va plus loin et cherche à mettre en évidence les liens entre la connaissance et les facteurs sociaux. Ex : l’universalité de la science, son action sur la société, la rivalité entre scientifiques, la qualité de la science …

 

        La science est une construction sociale

Ainsi apparaît tout un courant qui considère que la science ne correspond pas à la définition maximaliste énoncée. La connaissance pure n’existe pas réellement, elle découle des conditions sociales, économiques et politiques dans lesquelles elle émerge.

Le « programme fort » énoncé par Bloor (1997) considère que tous les systèmes de connaissance ont un seul et même fondement : la société. La magie, la religion, le mythe ou la science découlent de quatre facteurs :

- la causalité : une explication déterministe

- l’impartialité : explication des croyances admises

- la symétrie : explication des croyances vraies et fausses par la même cause

- la réflexivité : application des schémas explicatifs à tous les domaines

Mais si la science découle du social, elle ne peut se fonder sur la nature. Elle ne serait qu’une idéologie. Or, les frontières entre science et non-science existent et fluctuent.

Les travaux de Latour et Callon poursuivent dans cette optique : les aspects techniques, sociaux, politiques et économiques sont inextricablement liés à l’activité scientifique.

Cette théorie de l’acteur-réseau ou sociologie de la traduction s’appuie sur une démarche anthropologique, l’étude de la vie en laboratoire ou des stratégies de carrières des chercheurs.

Ex : fabriquer des faits que la communauté doit considérer comme crédibles

Mais certaines connaissances s’établissent sans réseaux ou malgré des oppositions sociales.

Q : quels sont les différents aspects de la crise de la science ?

 

I] Les théories de la connaissance scientifique

  • L’émergence de la science

Merton étudie l’émergence de la science et de la technique en Angleterre. Il montre les conséquences sociales des inventions : dès le XVIIe la science s’institutionnalise pour favoriser l’apparition d’un savoir fiable et solide.

Ex : organisation professionnelle de la recherche

Merton estime que la science n’est pas liée à des besoins économiques et sociaux mais qu’elle découle des valeurs protestantes. La plupart des recherches ne visaient pas des applications pratiques. Les rapports entre la science et la société reposent sur quatre principes :

- l’universalisme : toute vérité peut être vérifiée

- le communalisme : caractère collectif de l’entreprise scientifique

- le désintéressement : éviter que les chercheurs fraudent

- le doute systématique : disponibilité à la critique et à la révision des connaissances

Dès lors, plusieurs autres conséquences sociales apparaissent : la rationalité, l’utilitarisme, l’individualisme, le progrès ou l’amélioration.

Ces principes sont des idéaux qui ne peuvent fonder la science en pratique.

Needham étudie les différences entre science et société à l’Ouest et à l’Est. Il constate que la science moderne repose sur la rationalité, l’empirisme et la systématisation des hypothèses. Ainsi, cette approche occidentale de la science s’est développée grâce au capitalisme et à la démocratie, dont elle est indissociable.

Le processus scientifique découle d’une activité d’observation, d’expérimentation ou de calcul. Les facteurs sociaux ne permettent pas de comprendre ce processus.

Ex : c’est le scepticisme de l’expérimentateur qui fonde l’objectivité du savoir, comme le scepticisme de l’électeur fonde la démocratie.

 

  • La production des connaissances

Kuhn (1977) analyse le processus de changement et de tradition dans les sciences. Il montre que la science évolue du fait d’une tension permanente entre tradition et innovation. Les savoirs acquis sont partagés et fondent une communauté scientifique : ce sont les paradigmes. Une révolution scientifique consiste à remplacer un paradigme par un autre.

Ce sont des processus sociaux qui mènent au rejet ou à l’acceptation des nouvelles théories.

Pour Lakatos, la croissance des savoirs dépend d’une concurrence entre les producteurs de connaissances. Les programmes de recherche sont testés pour être validés ou non, ce qui leur permet de se répandre et de se développer.

Blume (1974) estime que la science n’est qu’une profession traversée par des champs de pouvoir et des contraintes économiques. La recherche est une industrie qui nécessite des moyens et une organisation afin d’être efficace.

Ainsi les travaux de Lebaron sur les croyances et les idéologies des économistes montrent les jeux de pouvoir et l’utilisation du capital symbolique pour imposer des discours et des pratiques au politique.

 

II] Les fondements de la science

  • La validité des lois scientifiques

La connaissance découle d’une logique d’abstraction rationnelle. Elle traduit une rupture avec le sens commun ou l’expérience immédiate.

Si on considère que la rationalité est déterminée par des facteurs sociaux, la crédibilité de lois universelles est remise en cause.

Popper a donc proposé une méthode qui permet de sortir de cette impasse théorique. On ne peut prouver la validité des théories scientifiques si elles reposent sur des hypothèses, on peut simplement les falsifier càd les tester pour les valider.

De même, Popper estime que les théories hypothétiques doivent être révisées en permanence.

Ainsi pour Malinvaud, les économistes ne font pas de « découvertes », car ils ne font pas apparaître de nouveautés importantes, soudaines et irréversibles … Ils vont simplement chercher à établir empiriquement des phénomènes économiques.

 

  • L’expérience scientifique

On distingue l’expérience (vérifier une hypothèse en laboratoire), l’expérimentation (modification d’un phénomène pour l’étudier) et l’observation scientifique.

L’observation va permettre de produire du savoir pour en faire apparaître la cause et les lois. Mais l’observation n’est pas une activité passive d’enregistrement, elle intervient sur le social.

Ex : la critique des sondages par Bourdieu ou son analyse du champ scientifique comme une compétition pour le monopole de l’autorité scientifique

C’est l’organisation conceptuelle des informations recueillies par une classification qui donne un caractère scientifique à l’observation. Ce qui explique que plusieurs interprétations scientifiques soient envisageables.

L’économie qui a longtemps été considérée comme une science non-expérimentale, a développé des pratiques visant à tester des hypothèses :

- l’économie comportementale : situation de laboratoire, Ariely ou Vernon Smith

- les expériences naturelles : situation réelle par incident, List

- les expériences aléatoires contrôlées : situation réelle créée, Duflo

 

  • L’argumentation scientifique

Les théories de l’argumentation considèrent que la logique scientifique aboutit à des démonstrations et que la logique naturelle débouche sur la conviction ou la persuasion. Le savoir est donc décrit sur une base argumentative.

Selon Passeron, les sciences sociales ne peuvent pas reposer sur des objets simples. Elles proposent des découpages et des définitions interprétatives qui ne relèvent pas d’une logique expérimentale. C’est l’espace non-poppérien du raisonnement, même s’il repose sur des méthodes quantitatives.

Boudon montre qu’il suffit de saisir les raisons qui sont à la base des choix ou des actions des individus. L’argumentation permet de donner les bonnes raisons de croire.

Ainsi plusieurs effets peuvent pousser à se convaincre d’idées reçues ou fausses :

- les effets de position : le point de vue

- les effets de disposition : le contexte

- les effets de communication : les informations difficiles à vérifier

- les effets épistémologiques : la confusion entre explication et connaissance

Pour Lazear (2000) l’intérêt des modèles économiques réside dans la solution idéale qu’ils proposent et qui permet d’informer les agents pour qu’ils agissent dans leur meilleur intérêt.

 

Conclusion :

Alors que la science économique fait de la science et du savoir un élément essentiel du progrès, les doutes sur les fondements d’une connaissance universelle et objective remettent en question une vision sans doute naïve : les théories récentes permettent de relativiser sans sombrer dans le relativisme.

 

Références :

AKRICH, Madeleine ; CALLON, Michel & LATOUR, Bruno dir. : Sociologie de la traduction, Presses de l’Ecole des Mines, 2006

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2008

BLOOR, David : Le « programme fort » à l’épreuve de la mémoire, Enquête, 1997

BLUME, Stuart : Toward a political sociology of science, Free Press, 1974

BOUDON, Raymond : L’art de se persuader, Fayard, 1990

BOUDON, Raymond : Le juste et le vrai, Fayard, 1995

BOURDIEU, Pierre : L’opinion publique n’existe pas, in Questions de sociologie, Minuit, 1981

BOURDIEU, Pierre : Science de la science et réflexivité, Raisons d’agir, 2001

DUFLO, Esther : Expérience, science et lutte contre la pauvreté, Fayard, 2009

KUHN, Thomas : La structure des révolutions scientifiques, Gallimard, 1962

LAKATOS, Imre : Histoire et méthodologie des sciences, Puf, 1994

LATOUR, Bruno : Les microbes : guerre et paix, Métailié, 1984

LATOUR, Bruno : La science en action, La Découverte, 1989

LATOUR, Bruno : La clef de Berlin, La Découverte, 1993

LAZEAR, Edward : Economic imperialism, Quarterly Journal of Economics, 2000

LEBARON, Frédéric : La croyance économique, Seuil, 2000

LEBARON, Frédéric : Le savant, la politique et la mondialisation, Editions du Croquant, 2003

LEBARON, Frédéric : La crise de la croyance économique, Editions du Croquant, 2010

LIST, John : An introduction to field experiments in economics, Journal of Economic Behavior & Organization, 2009

MALINVAUD, Edmond : Pourquoi les économistes ne font pas de découvertes, Revue d’Economie Politique, 1996

MERTON, Robert : The sociology of science, University of Chicago Press, 1973

NEEDHAM, Joseph : La science chinoise et l’occident, Seuil, 1977

PASSERON, Jean-Claude : Le raisonnement sociologique, Albin Michel, 1991

POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1934

POPPER, Karl : Conjectures et réfutations, Payot, 1953

SMITH, Vernon : Papers in experimental economics, Cambridge University Press, 1991

11:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

02/04/2012

La religion

Une religion est un système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur, et propres à un groupe social.

 

  • Religion et idéologie

C’est un concept occidental : il débute avec l’instauration du christianisme comme religion d’état par l’empereur Constantin. Idée de base = distinguer religion et politique.

La religion a deux caractéristiques :

- C’est une institution : elle définit les normes de fonctionnement de la communauté des croyants et pour la vie ordinaire.

- C’est une expérience : elle découle d’un désir de croyance.

Le courant marxiste critique de manière très violente la religion : pour Marx & Engels, elle ne fait que traduire les rapports sociaux de domination. La religion est produite socialement, c’est une idéologie qui entraîne l’aliénation des masses.

Pour Tocqueville, l’étude de la démocratie américaine montre au contraire que la liberté religieuse est au fondement de la liberté politique. La religion fournit un cadre d’action dans une société démocratique, elle permet de tempérer les passions.

 

  • Religion et comportements sociaux

D’un point de vue anthropologique, la religion est assimilable à une croyance magique ou rituelle. Pour Levy-Bruhl (1922) elle découle d’une mentalité primitive, par opposition à la mentalité rationnelle des civilisations modernes.

Cette approche assimilant religion et croyance se retrouve aujourd’hui dans l’étude des passions ordinaires, Bromberger (1998) allant du football à la météo en passant par les concours de dictée ou sur l’aspect cérémoniel de la télévision, Dayan & Katz (1992).

Pour Durkheim (1912) la religion est donc à l’origine du social et de la cohésion sociale.

Il distingue la magie et la religion : seule la religion crée du lien social entre les croyants. Pour lui, les croyances religieuses reposent sur une opposition de fond entre le sacré et le profane : les choses sacrées sont protégées par des interdits ; les choses profanes doivent rester à distance des choses sacrées car elles respectent ces interdits. La religion est donc l’idée que la société se fait d’elle même. Elle découle du social. Cela permet d’expliquer l’universalité de la religion.

Weber (1996) ne propose pas de définition de la religion, il s’écarte de la doctrine (théologie) et cherche à étudier les actions qui découlent des croyances religieuses.

La domination religieuse est spirituelle. La vie commune religieuse s’appuie sur deux types :

- l’Eglise : bureaucratie à vocation universelle qui dispense des biens du salut avec des professionnels en symbiose avec la société. Autorité rationnelle-légale : prêtre.

- la secte : association volontaire autour d’une autorité charismatique. Autorité charismatique : prophète.

Par opposition à l’autorité traditionnelle : sorcier ou magicien.

Weber (1905) montre la concordance entre les conduites religieuses issues du protestantisme et le capitalisme.

Ex : le beruf = l’accomplissement du devoir des individus, la prédestination

Ex : l’ascèse = se comporter sur terre comme un saint, travailler pour la gloire de Dieu

Weber considère que le développement de la rationalisation conduit à un désenchantement du monde : diminution des explications magiques aux phénomènes sociaux.

Q : comment expliquer la multiplicité des phénomènes religieux ?

 

I] Les approches sociologiques de la religion

Mettent l’accent sur les croyances et leurs implications.

 

  • La laïcité

C’est une problématique française : elle découle d’un affrontement entre courants philosophiques et traditions religieuses.

Willaime (1996) rappelle que la laïcité est une lutte contre le cléricalisme. Les révolutionnaires veulent réduire le pouvoir de l’église sur la société et les individus.

La déclaration des droits de l’homme proclame la liberté de conscience et de culte. Le catholicisme n’est plus la religion d’Etat.

Baubérot (2004) montre que les pouvoirs publics ont cherché à contrôler le clergé en reconnaissant son utilité publique. Mais la reconnaissance du pluralisme religieux suppose une séparation complète de l’église et de l’Etat : c’est le second temps de la laïcité. La religion est une affaire privée et une liberté publique.

La laïcité a donc trois caractéristiques :

- l’absence de domination d’une religion sur l’Etat ou les individus

- le respect des pratiques et la liberté de conscience

- l’égalité de droit des différentes religions

 

  • La sécularisation

La sécularisation proprement dite est l’autonomisation progressive de la société d’une domination religieuse, Berger (1967). Elle découle de plusieurs facteurs :

- la différenciation institutionnelle : elle repose sur des institutions spécialisées

- le pluralisme religieux : la possibilité de choisir réduit la crédibilité

- l’individualisation : les croyances sont subjectives

- la rationalisation : les sciences et les techniques réduisent son espace

Gauchet (1985) considère que le christianisme est une religion de la sortie de la religion : la sécularisation découle des conceptions théologiques chrétiennes (alliance avec Dieu, contrat). Dès lors, il montre (1998) que ce recul du religieux rend nécessaire une redéfinition de l’Etat et de la démocratie qui n’ont plus d’adversaire. La laïcité est l’aboutissement du processus de sécularisation, il faut réintégrer la religion dans la démocratie.

 

  • Les nouveaux comportements

Kepel et Khorsrokhavar étudient le radicalisme religieux et montrent comment les valeurs religieuses fondent la protestation socio-politique dans divers contextes.

Hervieu-Léger (1999) analyse le renouveau des religions et de leurs fondements :

- la régénération : guérison et rémission

- la conversion : choix de l’identité religieuse

- le réenchantement : grandes manifestations fusionnelles

 

II] Les approches économiques de la religion

Question surtout abordée par le biais de son influence sur les comportements économiques.

 

  • Vision classique

Smith, bien que défenseur du libéralisme, considère que l’Etat doit garantir la liberté religieuse, car l’ordre moral est une condition d’efficacité de l’économie politique.

Weber (rappel) souligne l’adaptation des valeurs défendues par le protestantisme pour le développement du capitalisme.

Suivant cette grille de lecture, Morishima (1982) considère que le succès de l’économie japonaise découle de ses valeurs éthiques (ex : loyauté et dévouement) qui sont adaptées aux changements technologiques.

Pour Guiso, Sapienza & Zingales (2003) les valeurs religieuses permettent d’identifier des traits culturels. Ils se basent sur les études des World Values Surveys pour isoler les caractéristiques religieuses nationales : confiance, intolérance, attitude vis à vis des femmes, attitudes face ou gouvernement et attitude vis à vis de la loi. Ils mettent en valeur un lien entre attitudes économiques et religieuses (qui ne découle pas de l’histoire) mais sans expliquer l’influence de ces attitudes.

Enfin McCleary & Barro (2006) étudient les liens entre religion et croissance économique. Ils constatent que quand les croyances sont fortes, les pays sont en croissance (ex : éthique du travail) mais que quand la pratique est forte, la croissance est plus faible (ex : temps perdu).

 

  • Problèmes modernes

Iannaccone (1998) analyse la religion sous l’angle de la théorie du choix rationnel : la religion est un marché où se rencontrent offreurs et demandeurs. La croyance découle d’un arbitrage entre utilité et coût. Ainsi on retrouve plusieurs conséquences :

- Défense de la compétition entre religions

- La religion accroît le capital humain

- Il existe un marché des martyrs …

Gruber (2005) étudient les interactions de la religion avec la vie économique. Ainsi le fait de vivre dans un quartier où cohabitent des personnes religieuses favorisent la création de richesses, la solidarité et la qualité du cadre de vie. Mais l’analyse se contente d’établir le lien sans fournir d’explication causale.

Gruber & Hungerman (2008) s’intéressent à l’impact d’une ouverture des commerces le dimanche sur la pratique religieuse : ils montrent que la participation diminue ainsi que les dons ; de plus les comportements délinquants augmentent. Cela confirme un effet de substitution entre participation et dons, mais les auteurs soulignent le lien positif entre participation religieuse et revenus (surtout dans les zones où la densité de la participation est élevée).

 

Conclusion :

La méthode indirecte des économistes semble s’imposer de plus en plus : on étudie la religion comme un facteur culturel qui influence les comportements …

 

Références :

BAUBEROT, Jean : Laïcité 1905-2005, entre passion et raison, Seuil, 2004

BERGER, Peter : The sacred canopy, Anchor Books, 1967

BROMBERGER, Christian dir. : Passions ordinaires, Bayard, 1998

DAYAN, Daniel & KATZ, Elihu : La télévision cérémonielle, Puf, 1992

DURKHEIM, Emile : Les formes élémentaires de la vie religieuse, Puf, 1912

GAUCHET, Marcel : Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985

GAUCHET, Marcel : La religion dans la démocratie, Gallimard, 1998

GRUBER, Jonathan : Religious market structure, religious participation and outcomes, Advances in Economic Analysis and Policy, 2005

GUBER, Jonathan & HUNGERMAN, Daniel : The church vs. the mall, Quarterly Journal of Economics, 2008

GUISO, Luigi : SAPIENZA, Paola & ZINGALES, Luigi : People’s opium ? Religion and economic attitudes, Journal of Monetary Economics, 2003

HERVIEU-LEGER, Danielle : Le pèlerin et le converti, Flammarion, 1999

IANNACCONE, Laurence : Introduction to the economics of religion, Journal of Economic Litterature, 1998

KEPEL, Gilles : Les banlieues de l’Islam, Seuil, 1987

KEPEL, Gilles : La revanche de Dieu, Seuil, 1991

KEPEL, Gilles : Jihad, Gallimard, 2000

KEPEL, Gilles : Fitna, Gallimard, 2004

KHOSROKHAVAR, Farhad : L’islam des jeunes, Flammarion, 1997

KHOSROKHAVAR, Farhad : Les nouveaux martyrs d’Allah, Flammarion, 2002

KHOSROKHAVAR, Farhad : L’islam dans les prisons, Balland, 2004

KHOSROKHAVAR, Farhad : Quand Al-Qaïda parle, Grasset, 2006

LEVY-BRUHL, Lucien : La mentalité primitive, Anabet, 1922

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Sur la religion, Editions sociales, 1968

McCLEARY, Rachel & BARRO, Robert : Religion and economy, Journal of Economic Perspectives, 2006

MORISHIMA, Michio : Capitalisme et confucianisme, Flammarion, 1982

SMITH, Adam : Théorie des sentiments moraux, Puf, 1759

SMITH, Adam : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique, Gallimard, 1835 & 1840

TROELTSCH, Ernst : Die Soziallehren der christlichen Kirchen und Gruppen, J. C. B. Mohr, 1912

WEBER, Max : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Gallimard, 1905

WEBER, Max : Sociologie des religions, Gallimard, 1996

WILLAIME, Jean-Paul : Sociologie des religions, Puf, 1995

20:42 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |