02/04/2012

La religion

Une religion est un système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur, et propres à un groupe social.

 

  • Religion et idéologie

C’est un concept occidental : il débute avec l’instauration du christianisme comme religion d’état par l’empereur Constantin. Idée de base = distinguer religion et politique.

La religion a deux caractéristiques :

- C’est une institution : elle définit les normes de fonctionnement de la communauté des croyants et pour la vie ordinaire.

- C’est une expérience : elle découle d’un désir de croyance.

Le courant marxiste critique de manière très violente la religion : pour Marx & Engels, elle ne fait que traduire les rapports sociaux de domination. La religion est produite socialement, c’est une idéologie qui entraîne l’aliénation des masses.

Pour Tocqueville, l’étude de la démocratie américaine montre au contraire que la liberté religieuse est au fondement de la liberté politique. La religion fournit un cadre d’action dans une société démocratique, elle permet de tempérer les passions.

 

  • Religion et comportements sociaux

D’un point de vue anthropologique, la religion est assimilable à une croyance magique ou rituelle. Pour Levy-Bruhl (1922) elle découle d’une mentalité primitive, par opposition à la mentalité rationnelle des civilisations modernes.

Cette approche assimilant religion et croyance se retrouve aujourd’hui dans l’étude des passions ordinaires, Bromberger (1998) allant du football à la météo en passant par les concours de dictée ou sur l’aspect cérémoniel de la télévision, Dayan & Katz (1992).

Pour Durkheim (1912) la religion est donc à l’origine du social et de la cohésion sociale.

Il distingue la magie et la religion : seule la religion crée du lien social entre les croyants. Pour lui, les croyances religieuses reposent sur une opposition de fond entre le sacré et le profane : les choses sacrées sont protégées par des interdits ; les choses profanes doivent rester à distance des choses sacrées car elles respectent ces interdits. La religion est donc l’idée que la société se fait d’elle même. Elle découle du social. Cela permet d’expliquer l’universalité de la religion.

Weber (1996) ne propose pas de définition de la religion, il s’écarte de la doctrine (théologie) et cherche à étudier les actions qui découlent des croyances religieuses.

La domination religieuse est spirituelle. La vie commune religieuse s’appuie sur deux types :

- l’Eglise : bureaucratie à vocation universelle qui dispense des biens du salut avec des professionnels en symbiose avec la société. Autorité rationnelle-légale : prêtre.

- la secte : association volontaire autour d’une autorité charismatique. Autorité charismatique : prophète.

Par opposition à l’autorité traditionnelle : sorcier ou magicien.

Weber (1905) montre la concordance entre les conduites religieuses issues du protestantisme et le capitalisme.

Ex : le beruf = l’accomplissement du devoir des individus, la prédestination

Ex : l’ascèse = se comporter sur terre comme un saint, travailler pour la gloire de Dieu

Weber considère que le développement de la rationalisation conduit à un désenchantement du monde : diminution des explications magiques aux phénomènes sociaux.

Q : comment expliquer la multiplicité des phénomènes religieux ?

 

I] Les approches sociologiques de la religion

Mettent l’accent sur les croyances et leurs implications.

 

  • La laïcité

C’est une problématique française : elle découle d’un affrontement entre courants philosophiques et traditions religieuses.

Willaime (1996) rappelle que la laïcité est une lutte contre le cléricalisme. Les révolutionnaires veulent réduire le pouvoir de l’église sur la société et les individus.

La déclaration des droits de l’homme proclame la liberté de conscience et de culte. Le catholicisme n’est plus la religion d’Etat.

Baubérot (2004) montre que les pouvoirs publics ont cherché à contrôler le clergé en reconnaissant son utilité publique. Mais la reconnaissance du pluralisme religieux suppose une séparation complète de l’église et de l’Etat : c’est le second temps de la laïcité. La religion est une affaire privée et une liberté publique.

La laïcité a donc trois caractéristiques :

- l’absence de domination d’une religion sur l’Etat ou les individus

- le respect des pratiques et la liberté de conscience

- l’égalité de droit des différentes religions

 

  • La sécularisation

La sécularisation proprement dite est l’autonomisation progressive de la société d’une domination religieuse, Berger (1967). Elle découle de plusieurs facteurs :

- la différenciation institutionnelle : elle repose sur des institutions spécialisées

- le pluralisme religieux : la possibilité de choisir réduit la crédibilité

- l’individualisation : les croyances sont subjectives

- la rationalisation : les sciences et les techniques réduisent son espace

Gauchet (1985) considère que le christianisme est une religion de la sortie de la religion : la sécularisation découle des conceptions théologiques chrétiennes (alliance avec Dieu, contrat). Dès lors, il montre (1998) que ce recul du religieux rend nécessaire une redéfinition de l’Etat et de la démocratie qui n’ont plus d’adversaire. La laïcité est l’aboutissement du processus de sécularisation, il faut réintégrer la religion dans la démocratie.

 

  • Les nouveaux comportements

Kepel et Khorsrokhavar étudient le radicalisme religieux et montrent comment les valeurs religieuses fondent la protestation socio-politique dans divers contextes.

Hervieu-Léger (1999) analyse le renouveau des religions et de leurs fondements :

- la régénération : guérison et rémission

- la conversion : choix de l’identité religieuse

- le réenchantement : grandes manifestations fusionnelles

 

II] Les approches économiques de la religion

Question surtout abordée par le biais de son influence sur les comportements économiques.

 

  • Vision classique

Smith, bien que défenseur du libéralisme, considère que l’Etat doit garantir la liberté religieuse, car l’ordre moral est une condition d’efficacité de l’économie politique.

Weber (rappel) souligne l’adaptation des valeurs défendues par le protestantisme pour le développement du capitalisme.

Suivant cette grille de lecture, Morishima (1982) considère que le succès de l’économie japonaise découle de ses valeurs éthiques (ex : loyauté et dévouement) qui sont adaptées aux changements technologiques.

Pour Guiso, Sapienza & Zingales (2003) les valeurs religieuses permettent d’identifier des traits culturels. Ils se basent sur les études des World Values Surveys pour isoler les caractéristiques religieuses nationales : confiance, intolérance, attitude vis à vis des femmes, attitudes face ou gouvernement et attitude vis à vis de la loi. Ils mettent en valeur un lien entre attitudes économiques et religieuses (qui ne découle pas de l’histoire) mais sans expliquer l’influence de ces attitudes.

Enfin McCleary & Barro (2006) étudient les liens entre religion et croissance économique. Ils constatent que quand les croyances sont fortes, les pays sont en croissance (ex : éthique du travail) mais que quand la pratique est forte, la croissance est plus faible (ex : temps perdu).

 

  • Problèmes modernes

Iannaccone (1998) analyse la religion sous l’angle de la théorie du choix rationnel : la religion est un marché où se rencontrent offreurs et demandeurs. La croyance découle d’un arbitrage entre utilité et coût. Ainsi on retrouve plusieurs conséquences :

- Défense de la compétition entre religions

- La religion accroît le capital humain

- Il existe un marché des martyrs …

Gruber (2005) étudient les interactions de la religion avec la vie économique. Ainsi le fait de vivre dans un quartier où cohabitent des personnes religieuses favorisent la création de richesses, la solidarité et la qualité du cadre de vie. Mais l’analyse se contente d’établir le lien sans fournir d’explication causale.

Gruber & Hungerman (2008) s’intéressent à l’impact d’une ouverture des commerces le dimanche sur la pratique religieuse : ils montrent que la participation diminue ainsi que les dons ; de plus les comportements délinquants augmentent. Cela confirme un effet de substitution entre participation et dons, mais les auteurs soulignent le lien positif entre participation religieuse et revenus (surtout dans les zones où la densité de la participation est élevée).

 

Conclusion :

La méthode indirecte des économistes semble s’imposer de plus en plus : on étudie la religion comme un facteur culturel qui influence les comportements …

 

Références :

BAUBEROT, Jean : Laïcité 1905-2005, entre passion et raison, Seuil, 2004

BERGER, Peter : The sacred canopy, Anchor Books, 1967

BROMBERGER, Christian dir. : Passions ordinaires, Bayard, 1998

DAYAN, Daniel & KATZ, Elihu : La télévision cérémonielle, Puf, 1992

DURKHEIM, Emile : Les formes élémentaires de la vie religieuse, Puf, 1912

GAUCHET, Marcel : Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985

GAUCHET, Marcel : La religion dans la démocratie, Gallimard, 1998

GRUBER, Jonathan : Religious market structure, religious participation and outcomes, Advances in Economic Analysis and Policy, 2005

GUBER, Jonathan & HUNGERMAN, Daniel : The church vs. the mall, Quarterly Journal of Economics, 2008

GUISO, Luigi : SAPIENZA, Paola & ZINGALES, Luigi : People’s opium ? Religion and economic attitudes, Journal of Monetary Economics, 2003

HERVIEU-LEGER, Danielle : Le pèlerin et le converti, Flammarion, 1999

IANNACCONE, Laurence : Introduction to the economics of religion, Journal of Economic Litterature, 1998

KEPEL, Gilles : Les banlieues de l’Islam, Seuil, 1987

KEPEL, Gilles : La revanche de Dieu, Seuil, 1991

KEPEL, Gilles : Jihad, Gallimard, 2000

KEPEL, Gilles : Fitna, Gallimard, 2004

KHOSROKHAVAR, Farhad : L’islam des jeunes, Flammarion, 1997

KHOSROKHAVAR, Farhad : Les nouveaux martyrs d’Allah, Flammarion, 2002

KHOSROKHAVAR, Farhad : L’islam dans les prisons, Balland, 2004

KHOSROKHAVAR, Farhad : Quand Al-Qaïda parle, Grasset, 2006

LEVY-BRUHL, Lucien : La mentalité primitive, Anabet, 1922

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Sur la religion, Editions sociales, 1968

McCLEARY, Rachel & BARRO, Robert : Religion and economy, Journal of Economic Perspectives, 2006

MORISHIMA, Michio : Capitalisme et confucianisme, Flammarion, 1982

SMITH, Adam : Théorie des sentiments moraux, Puf, 1759

SMITH, Adam : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique, Gallimard, 1835 & 1840

TROELTSCH, Ernst : Die Soziallehren der christlichen Kirchen und Gruppen, J. C. B. Mohr, 1912

WEBER, Max : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Gallimard, 1905

WEBER, Max : Sociologie des religions, Gallimard, 1996

WILLAIME, Jean-Paul : Sociologie des religions, Puf, 1995

20:42 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

Les inégalités

  • Problèmes de mesure

Etablir les inégalités économiques permet de souligner les difficultés statistiques et les limites des indicateurs tels que la moyenne, la médiane ou la variance …

D’où la construction d’indices mesurant la dispersion. Ex : rapports inter-quantiles

 Se pose toujours le problème des sources et des données utiles et légitimes : les salaires, les revenus, les patrimoines mais aussi la santé, l’éducation …

D’où une réflexion sur les critères sociaux à retenir. Ex : classe, profession, genre, âge …

Ainsi, on peut opposer l’égalité = traiter de la même façon les individus d’une société et l’inégalité = des différences entre individus ou groupes sociaux qui sont socialement perçues comme injustes ou illégitimes.

 

  • Logique normative

Les inégalités sont liées aux théories de la justice sociale : cela permet de proposer des indices reposant sur une logique de bien être. Ex : l’indice de Gini et la courbe de Lorenz qui comparent la réalité avec une situation d’égalité absolue de la répartition des revenus

Relève également de l’opposition classique nature/culture :

Sur un plan naturel, il existe des inégalités physiques ou biologiques.

Sur un plan culturel, c’est le débat autour du relativisme.

Réflexion en lien avec les utopies :

En théorie, le communisme et l’anarchisme défendent des sociétés d’individus égaux et libres.

En pratique, cela ne s’est jamais concrétisé (ex : l’URSS).

 

I] Economie des inégalités

  • Les inégalités économiques entre pays

Les différences de développement :

Bourguignon & Morrisson (2002) montrent le creusement des écarts entre pays industrialisés et pays en développement à partir de la fin du XIXème. Du coup, on constate de fortes différences de niveau de vie entre aires géographiques.

Plusieurs facteurs entrent en compte :

- la domination coloniale : logique d’exploitation

- des institutions inefficaces

La mondialisation :

L’ouverture commerciale a pu favoriser la croissance de certains pays (ex : Asie du Sud Est) qui ont su attirer l’investissement.

Plusieurs explications coexistent : sur la comparaison Corée-Philippines par exemple

- le rôle du capital humain, Lucas (1993)

- le rôle des inégalités, Benabou (1996)

Car le commerce international n’a pas bénéficié à tous.

Par contre, la concurrence des pays à bas salaires n’explique pas la destruction des emplois dans les pays riches : l’explication la plus robuste est celle du progrès technique. Krugman (1996) montre que les pays qui maîtrisent les nouvelles technologies sont les plus compétitifs.

 

  • Les inégalités économiques dans les pays

Analyse classique :

Kuznets montre qu’un pays qui se développe voit d’abord les inégalités augmenter car l’écart se creuse entre les plus productifs et les autres ; puis quand le développement se diffuse et que l’économie se modernise, les inégalités diminuent.

Raisonnement applicable aux pays européens ou aux USA.

Mais depuis la fin des années 80 on constate un retour des inégalités et donc l’invalidation de la courbe de Kuznets.

Nouveaux constats :

Pour Katz & Murphy (1992) les inégalités découlent d’un progrès technique biaisé : seuls certains individus maîtrisent les nouvelles technologies demandées sur le marché du travail.

Ex : Gabaix & Landier (2008) sur les salaires des dirigeants

De plus, les travaux de Fougère & Kramarz et Goux & Maurin (2001) confirment la persistance des inégalités et ceux de Piketty & Saez (2006) montrent le rôle de la fiscalité dans la concentration des richesses.

 

  • L’approche synthétique des inégalités économiques

Relève d’un travail de synthèse de Piketty (2008) autour de deux questions :

- comment mesurer les inégalités

- comment en tirer des politiques publiques

Car sur un plan théorique, on constate la fin de la courbe de Kuznets à la fin des années 70 et sur un plan politique, une opposition sur les conceptions économiques de lutte contre les inégalités.

Les grands domaines d’inégalités économiques :

Le premier domaine reste l’opposition classique entre capital et travail (identifiée par Marx).

Même s’il existe une grande stabilité de la répartition de la richesse entre capital et travail dans le temps, le constat historique marquant est la fin des rentiers au cours du XXème siècle. En raison des guerres et des impôts (sur le revenu et les successions) la concentration des patrimoines a fortement diminué [jusqu’aux années 80 …]

Le deuxième domaine est constitué des inégalités face au travail.

Il y a une permanence des inégalités de salaires en raison des différences de formation et de qualification (logique de capital humain). D’où l’existence de plusieurs pistes concernant l’école, la discrimination positive, l’approche de Rawls (maximiser la situation de ceux qui ont le minimum), la place des syndicats …

Les outils de redistribution :

Un levier essentiel réside dans la fiscalité. Mais il faut tenir compte des effets incitatifs et désincitatifs. L’impôt négatif permet de lutter contre les trappes à pauvreté ou à inactivité en subventionnant le retour à l’emploi.

Les assurances sociales jouent un rôle primordial. Mais il faut tenir compte des asymétries d’information.

Piketty conteste l’efficacité des relances keynésiennes pour lutter contre les inégalités.

 

II] Sociologie des inégalités

  • Les déterminants des inégalités sociales

Les classes sociales : Dahrendorf (1957) considère que les inégalités découlent du statut social des individus et relèvent d’une logique de conflit social.

- elles découlent des mécanismes de marché

- elles tendent à se cumuler

- l’autorité publique doit agir pour réduire les écarts

Vision adaptée à la configuration de la société industrielle, où la question sociale et les conflits du travail sont structurants.

L’éducation : Boudon (1973) montre que face aux décisions scolaires les individus sont dans une situation d’inégalité des chances.

L’éducation permet d’améliorer sa situation, mais individuellement ceux qui pourraient en profiter le plus ne le font pas en raison de l’incertitude sociale (les débouchés de la formation). Boudon met en valeur un paradoxe entre choix individuel et situation agrégée.

Le genre : pour Bourdieu (1998), les inégalités hommes/femmes s’expliquent par la domination masculine : la famille, l’église, l’école et l’Etat renforcent et légitiment la reproduction de cette domination.  Elle est incorporée socialement et symboliquement.

Les générations : Chauvel (1998) cherche à mettre en valeur les aspects structurants des inégalités sociales en insistant sur les clivages temporels.

- le destin des générations est différent. Ex : très bon pour celles du baby boom ; mauvais pour celles issues de la crise

- le retour des classes sociales. Ex : l’entrée sur le marché du travail est primordiale

- le maintien des inégalités de revenus et de patrimoines

Les facteurs qui avaient permis la réduction des inégalités sont dépassés historiquement : les Trente glorieuses, le salariat, l’Etat social et la mobilité sociale, Chauvel (2006).

 

  • Le système des inégalités

Ouvrage de synthèse de Bihr & Pfefferkorn (2008) qui développe une approche systémique : les auteurs montrent comment les inégalités interfèrent entre elles, en se déterminant et en se générant réciproquement.

Les interactions entre les inégalités :

Ex : la santé correspond à un même effet et des causes différentes (catégories sociales, conditions de vie, modes de vie …)

Ex : le logement correspond à une cause commune et des effets différents (exclusion, qualité, ségrégation …)

Le cumul des inégalités :

Il relève d’un phénomène de polarisation. On oppose d’un côté pauvreté, précarité et vulnérabilité et de l’autre fortune, pouvoir et prestige.

Cette opposition est consacrée par le tournant des années 80, c’est la conséquence des politiques libérales mises en place.

La reproduction des inégalités :

Les auteurs considèrent que la mobilité sociale ascendante est remise en cause. Il y a d’une part, transmission du capital économique et culturel ; et renforcement par les facteurs démographiques d’autre part (taille des familles ou mariage par exemple).

 

Références :

BENABOU, Roland : Inequality and growth, NBER, 1996

BIHR, Alain & PFEFFERKORN, Roland : Le système des inégalités, La Découverte, 2008

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOURDIEU, Pierre : La domination masculine, Seuil, 1998

BOURGUIGNON, François & MORRISSON, Christian : Inequality among world citizens : 1820-1992, American Economic Review, 2002

CHAUVEL, Louis : Le destin des générations, Puf, 1998

CHAUVEL, Louis : Les classes moyennes à la dérive, Seuil, 2006

DAHRENDORF, Ralf : Classes et conflits de classes dans la société industrielle, Mouton, 1957

FOUGERE, Denis & KRAMARZ, Francis : La mobilité salariale en France de 1967 à 1999, in ATKINSON, Anthony ; GLAUDE, Michel ; OLIER, Lucile & PIKETTY, Thomas dir., Inégalités économiques, La Documentation Française, 2001

GABAIX, Xavier & LANDIER, Augustin : Why has CEO pay increased so much ?, Quarterly Journal of Economics, 2008

GOUX, Dominique & MAURIN, Eric : Les nouvelles technologies et l’évolution récente de la demande de travail par qualification, in ATKINSON, Anthony ; GLAUDE, Michel ; OLIER, Lucile & PIKETTY, Thomas dir., Inégalités économiques, La Documentation Française, 2001

KATZ, Lawrence & MURPHY, Kevin : Changes in Relative Wages, 1963-1987: Supply and Demand Factors, Quarterly Journal of Economics, 1992

KRUGMAN, Paul : La mondialisation n’est pas coupable, La Découverte, 1996

KUZNETS, Simon : Economic growth and income inequality, American Economic Review, 1955

KUZNETS, Simon : Croissance et structure économiques, Calmann Levy, 1965

LUCAS, Robert : Making a miracle, Econometrica, 1993

PIKETTY, Thomas : Les hauts revenus en France au XXème siècle, Grasset, 2001

PIKETTY, Thomas : Economie des inégalités, La Découverte, 2008

PIKETTY, Thomas & SAEZ, Emmanuel : The evolution of top incomes : a historical and international perspectives, American Economic Review, 2006

20:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

L'éducation

L’approche économique repose sur les mécanismes de marché. Gurgand (2005) en présente une synthèse autour d’une idée clé : l’éducation est un choix d’investissement. On renonce à faire quelque chose (travailler immédiatement) dans le but d’en obtenir une autre (avoir un meilleur revenu).

La sociologie de l’éducation se confond avec la sociologie de l’école. Elle a pourtant une visée plus large permettant d’y inclure l’ensemble des acteurs concernés et l’ensemble des approches (ex : pédagogie ou psychologie).

Durkheim est le fondateur de la sociologie de l’éducation : dans un contexte historique spécifique (affirmation de la IIIe République et de l’enseignement primaire obligatoire), l’éducation joue un rôle essentiel dans l’affirmation des solidarités.

Son œuvre aborde deux problématiques distinctes :

- l’éducation joue un rôle d’intégration sociale essentiel : elle fournit des valeurs à respecter et se présente donc comme une morale laïque (1922).

- la pédagogie évolue avec la société : les enseignements découlent de la demande sociale, ils ont pour but de répondre aux préoccupations de l’époque (1938).

L’essor de la sociologie et de l’économie de l’éducation est indissociable de la situation de massification scolaire notamment depuis 1945.

 

I] Economie de l’éducation

 

·         Le capital humain

Le capital humain comprend les connaissances, les qualifications, les compétences et autres qualités possédées par un individu qui intéressent l’activité économique.

Dans les pays développés, les dépenses publiques et privées d’acquisition du capital humain représentent en moyenne 6 % du PIB.

Cette acquisition est reconnue par les théories de la croissance comme un élément fondamental de la performance des économies. Selon Lucas (1988) c’est une des sources de la croissance. Ce que Barro & Sala-I-Martin (1995) confirment empiriquement pour les Etats-Unis.

L’intérêt de cette notion est qu’elle est liée à l’augmentation de la productivité, du salaire et du nombre de travailleurs.

Becker (1964) avance l’idée qu’on augmente ses compétences (par acquisition de nouvelles ou développement des anciennes) et qu’on augmente ainsi sa productivité future.

Becker s’intéresse à la formation « sur le tas » et opère une distinction entre :

- la formation générale : les compétences utilisables par tous les employeurs

Si une entreprise la fournit à un salarié, cela bénéficie à toutes les entreprises.

Mais, comme les salariés peuvent partir ou exiger un salaire plus élevé, les entreprises ne peuvent capturer le rendement de cette formation générale.

Ce sont donc les travailleurs qui vont financer leur formation générale.

- la formation spécifique : les compétences ne sont utilisables que dans une entreprise

Dans ce cas, l’entreprise va la payer ; mais elle doit inciter le travailleur à ne pas partir sinon elle perd la formation.

Selon Becker, la formation est toujours moins générale et plus spécifique. On investit tant que les bénéfices sont supérieurs aux coûts. L’intervention de l’Etat n’est donc pas nécessaire.

Mincer (1974) confirme que les rendements de l’éducation existent. Ils ont un effet significatif sur la distribution des revenus.

 

·         Le signal

Selon Spence (1973) ou Stiglitz (1975) l’éducation permet d’offrir une garantie sur le marché. Elle fournit de l’information sur la qualité des individus. Dès lors, pour se faire recruter les diplômes, l’expérience … sont autant de moyen pour un offreur de travail de réduire les asymétries d’information.

Mais selon Arrow (1973) l’éducation en tant que signal est inutile. Elle permet seulement aux entreprises de sélectionner des candidats sans en supporter le coût. L’éducation agit comme un filtre pour distinguer entre les individus, elle ne permet pas d’accroître les compétences (comme le suppose la théorie du capital humain).

Il faut donc étudier l’existence d’un lien entre formation et emploi. Cela relève d’une approche d’économie du travail. Les travaux de Céreq suivent cette logique.

Ex : insertion sur le marché du travail d’une génération, ou d’un type de diplômés …

Il faut également poser la question du financement des études. Ce qui relève de l’économie publique.

Ex : financement par l’Etat (bien public et externalités), par des bourses …

Enfin, il faut vérifier le rôle de l’éducation en termes de croissance. C’est une logique macroéconomique.

Ex : innovations réelles découlant d’une meilleure éducation

 

II] Sociologie de l’éducation

 

·         Education et socialisation

Il s’agit de comprendre le développement des relations sociales par le biais de l’éducation. Dans cette optique, on retrouve les théories classiques de l’école.

Parsons (1959) prolonge l’analyse de Durkheim sur le rôle intégrateur de l’éducation : l’école favorise une médiation entre les valeurs de la famille et celles de la société globale. La classe permet d’inculquer des valeurs sociales telles que le loyalisme envers l’institution et l’accomplissement individuel.

Bourdieu & Passeron (1970) montrent pourtant que le système éducatif exerce une fonction de reproduction sociale. Loin de réduire les inégalités, l’école légitime la domination en favorisant les individus les mieux dotés en capital (culturel ou économique).

Certains étudiants héritent d’un capital qui leur permet de mieux réussir leurs études, l’école est donc un lieu de violence symbolique où ceux qui ne correspondent pas aux critères de la culture dominante sont écartés. Cela pénalise donc les classes populaires.

Boudon (1973) considère que les choix scolaires sont des conséquences paradoxales de comportements rationnels. L’augmentation de la scolarisation favorise les élèves issus des milieux favorisés car ils sont mieux à même de mobiliser leurs ressources pour faire coïncider la position scolaire et la position sociale.

Pour Boudon cela traduit l’inégalité des chances : la décision de ne pas poursuivre d’études longues dans les milieux modestes est logique d’un point de vue individuel, même si elle renforce les inégalités au niveau agrégé. C’est un effet pervers de l’augmentation des diplômes. L’éducation ne garantit pas les débouchés, ce qui peut entraîner de la frustration.

Baudelot & Establet (1989) cherchent à réfuter l’idée d’une baisse du niveau scolaire et donc de l’échec de la fonction socialisatrice de l’école. Le niveau scolaire progresse mais de manière différenciée, ce qui pose la question des inégalités.

Dubet (2002) considère que l’école est dans une situation de déclin institutionnel : les professionnels qui l’animent ne sont plus portés par une vocation ou un statut. La légitimité de l’éducation est remise en question, ce qui entraîne le développement d’autres logiques : retour vers l’autorité, recours au droit ou reconnaissance des personnes. Pourtant, ces principes n’ont pas réussi à imposer une nouvelle légitimité.

 

·         Les inégalités scolaires

La perception d’un déclin du rôle intégrateur de l’école découle d’une nouvelle approche : celle d’une compétition entre groupes sociaux pour l’éducation.

Cherkaoui (1979) s’appuie sur des enquêtes empiriques internationales pour critiquer certaines idées reçues de la sociologie de l’éducation : la sélection ne profite pas plus aux élèves des milieux favorisés, la classe sociale n’est pas le facteur décisif de l’échec ou du succès scolaire et l’augmentation de l’enseignement pour les plus défavorisés n’améliore pas les résultats. Pour Cherkaoui ce sont les aspirations des élèves qui sont essentielles.

Berthelot (1983) insiste pour sa part sur les stratégies individuelles des étudiants : la scolarisation n’est pas un mode déterminé de socialisation.

Pourtant, Beaud (2002) montre la situation difficile des générations de la fin des années 90 : la volonté d’accroître les diplômes n’a pas permis aux milieux les plus modestes de trouver des débouchés aux titres scolaires.

Hoggart (1957) a ainsi analysé la difficulté des catégories populaires en Angleterre à s’approprier les valeurs de l’école. La mobilité sociale par l’éducation est vécue comme une situation de transfuge où les élèves des classes populaires n’ont pas leur place principalement sur le plan culturel.

Bernstein (1975) estime que les inégalités devant l’éducation découlent des difficultés à maîtriser la langue. Les enfants issus des classes populaires ne disposent pas des capacités linguistiques leur permettant de s’imposer dans le milieu scolaire.

Baudelot & Establet (1992) montrent les différences de genre sur le plan scolaire. Les filles ont de meilleures performances dans le secondaire mais elles choisissent des orientations qui ne sont pas adaptées à ces résultats. Pour ces auteurs, cela découle de la socialisation familiale : les filles sont moins confiantes que les garçons et se destinent moins à la réussite scolaire. De plus, l’institution scolaire elle même favorise cette situation en proposant des orientations vers des activités dites « féminines » souvent moins valorisées.

 

Références :

ARROW, Kenneth : Higher Education as a Filter, Journal of Public Economics, 1973

BARRO, Robert & SALA-I-MARTIN, Xavier : La croissance économique, Ediscience International, 1995

BAUDELOT, Christian & ESTABLET, Roger : Le niveau monte, Seuil, 1989

BAUDELOT, Christian & ESTABLET, Roger : Allez les filles !, Seuil, 1992

BEAUD, Stéphane : 80 % au bac … et après ?, La Découverte, 2002

BECKER, Gary : Human Capital A theoretical and Empirical Analysis with Special Reference to Education, University of Chicago Press, 1964

BERNSTEIN, Basil : Langage et classes sociales, Minuit, 1975

BERTHELOT, Jean-Marie : Le piège scolaire, Puf, 1983

BOUDON, Raymond : L’inégalité des chances, Armand Colin, 1973

BOURDIEU, Pierre & PASSERON, Jean-Claude : La reproduction, Minuit, 1970

CHERKAOUI, Mohamed : Les paradoxes de la réussite scolaire, Puf, 1979

DUBET, François : Le déclin de l’institution, Seuil, 2002

DURKHEIM, Emile : Education et sociologie, Puf, 1922

DURKHEIM, Emile : L’évolution pédagogique en France, Puf, 1938

GURGAND, Marc : Economie de l’éducation, La Découverte, 2005

HOGGART, Richard : La culture du pauvre, Minuit, 1957

LUCAS, Robert : On the Mechanics of Economic Development, Journal of Monetary Economics, 1988

MINCER, Jacob : Schooling, Experience and Earnings, NBER, 1974

PARSONS, Talcott : The school class as a social system, Harvard Educational Review, 1959

SPENCE, Michael : Job Market Signaling, Quarterly Journal of Economics, 1973

STIGLITZ, Joseph : The Theory of "Screening," Education, and the Distribution of Income, American Economic Review, 1975

20:30 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |