14/06/2012

L'entre-deux-guerres

Période marquée par trois grands bouleversements économiques : les guerres, la révolution bolchevique et la grande crise.

Q : comment est-on sorti de ce demi siècle apocalyptique ?

 

 

I] La Grande Guerre

De 1914 à 1918 le vieux continent voit s’affronter les grands empires.

 

  • Economie de la grande guerre

Sur le plan économique plusieurs faits marquants, Crouzet (2000) :

- le rôle de l’Etat s’est affirmé pour piloter l’économie de guerre : approvisionnement, fabrication, pilotage de l’industrie de guerre, organisation de la main d’œuvre …

- le ravitaillement alimentaire a été instauré pour faire face aux pénuries agricoles : taxation, réquisitions, rationnement …

- la main d’œuvre s’est féminisée, les salaires ont augmenté

- l’inflation : dans une période de pénurie et de rationnement les prix sont élevés

- le financement de la guerre : accroissement de la dépense publique, endettement public, création de monnaie, crédits internationaux (fournis essentiellement par les USA)

- la concentration des entreprises s’est renforcée : sidérurgie ou construction moteurs …

Le bilan du conflit est double : l’Europe est en déclin (sur les plans démographique, financier, économique et social) alors que l’Amérique et le Japon s’affirment comme puissances.

 

  • L’après guerre

L’après guerre est marqué par de forts mouvements sociaux : du fait de l’inflation et du chômage.

Les Etats Unis et la Grande Bretagne pratiquent des politiques déflationnistes pour lutter contre les instabilités monétaires et financières dues au conflit : cela débouche sur une sévère crise économique en 1920-1921, Keynes (1925)

L’Allemagne sort du conflit avec une obligation de verser des réparations élevées à ses adversaires, Keynes (1920). Pour faire face, elle crée massivement de la monnaie : cela débouche sur une situation d’hyperinflation de 1921 à 1923, Feldman (1997).

La France est extrêmement endettée, le Franc est dévalorisé : une politique de rigueur est mise en place pour stabiliser l’économie (Poincaré) avec une dévaluation.

A partir de 1922 l’économie mondiale suit trois tendances, Bairoch (1997) :

- forte croissance tirée par l’automobile et l’aéronautique, la radiodiffusion (années folles)

- retour au libéralisme mais avec une nouvelle vague de concentration

- essor des échanges internationaux mais avec protectionnisme

Broadberry & Harrison (2005) étudient la performance économique de l’Europe et montrent que sur la période 1918-1929 les pays connaissent la croissance ; alors que si on considère la période 1913-1929 la perte de richesse n’est pas compensée.

 

 

 

II] L’économie socialiste

En 1917 l’Empire russe est renversé par la révolution bolchevique. D’abord menée par des sociaux démocrates (février) ce sont les marxistes léninistes qui s’imposent (octobre).

 

  • Une révolution politique et économique

Le nouveau régime est dirigé par Lénine qui prône des changements économiques radicaux :

- la collectivisation

Dans l’agriculture, la grande propriété foncière est abolie, les réquisitions sont mises en place pour ravitailler les villes. Création de fermes d’Etat (sovkhozes).

Dans l’industrie, le contrôle ouvrier sur les entreprises est instauré. La nationalisation de l’économie est mise en place dans tous les secteurs.

- la planification

Les décisions économiques doivent être coordonnées et centralisées.

Un organe planificateur est chargé de fixer les objectifs, répartir les matières premières, écouler les produits et de donner les directives.

 

  • La réforme de la NEP

Les échecs économiques de cette transformation radicale poussent Lénine à tempérer sa démarche : il mettra en œuvre une nouvelle économie politique (NEP) pour réinstaurer une dose d’économie de marché tout en conservant la doctrine socialiste. 1921-1927

La NEP est un capitalisme d’état caractérisé par le rétablissement d’un étalon monétaire, par le recul de la collectivisation agricole (et une certaine liberté d’utilisation des surplus), la réorganisation des entreprises sur une base hiérarchique … Johnson & Temin (1993).

Mais même si la NEP assure un certain redressement économique : la Russie reste peu développée notamment sur le plan industriel, et les tensions avec le monde paysan sont fortes.

 

  • La rupture stalinienne

L’arrivée au pouvoir de Staline en 1928 marque une rupture très nette :

- socialisme dans un seul pays et industrialisation à marche forcée (autarcie)

- planification totale et impérative

- collectivisation des campagnes

- développement de l’industrie lourde

 

 

III] La crise de 1929

Apres la croissance des années 20 (années folles) la plus grande crise économique du monde capitaliste va se mettre en place.

Plusieurs causes profondes : distorsion entre production et consommation, fort développement du crédit et spéculation boursière, Hautcoeur (2009)

 

  • La crise américaine

L’événement fondateur de la crise est le krach boursier du jeudi 24 octobre 1929.

La Grande Bretagne cherche à rétablir le rôle dominant de la Livre : les taux d’intérêts anglais sont très élevés. Aux Etats Unis, il est beaucoup plus facile d’emprunter et d’investir : Wall Street draine des capitaux en provenance du monde entier qui favorisent la spéculation.

La Réserve fédérale américaine décide de freiner ce mouvement en pratiquant une politique déflationniste : elle augmente son taux d’escompte pour freiner le crédit. Pour Friedman & Schwartz (1963) c’est l’élément essentiel. Il s’explique par la jeunesse de l’institution.

Face à ce rationnement, les investisseurs paniquent et cherchent des liquidités en vendant leurs placements. Les valeurs des actions s’effondrent. Tous les agents essayent de récupérer leurs capitaux. Galbraith (1954) insiste sur les enchaînements néfastes.

D’autant que la croissance économique montre des signes de ralentissement qui incitent à réduire les placements boursiers.

La chute des cours entraîne la ruine des actionnaires. Le remboursement des crédits n’est plus possible : une crise bancaire vient s’ajouter. Les déposants s’efforcent de récupérer leur argent, ce qui aggrave la situation bancaire. Dans le même temps, les banques ne peuvent plus prêter aux autres agents : fermiers, commerçants … Bernanke (1983)

 

  • La crise mondiale

La dépression américaine va se propager au niveau international car l’économie américaine est le moteur de l’économie mondiale : les banques américaines rapatrient les capitaux investis en Europe. Thèse de Kindleberger (1973) : absence de leadership économique.

L’Allemagne ne peut plus rembourser ses dettes de guerre. La France et la Grande Bretagne décident de ne plus rembourser les USA.

La crise devient monétaire : l’or est la valeur refuge pour assurer la liquidité, toutes les monnaies sont dévaluées à tour de rôle.

Enfin la crise touche l’économie réelle : les prix agricoles et industriels chutent entraînant une forte contraction de l’activité. Le chômage augmente fortement.

Pour faire face à cette crise, les pays prennent des mesures protectionnistes : quotas, droits de douane élevés … Les pays capitalistes se replient sur leurs empires pour subsister. Les échanges mondiaux se contractent fortement.

Sur le plan politique les tensions sociales se manifestent par des changements de régime : New Deal démocrate aux USA, Front Populaire en France, fascistes en Italie, nazis en Allemagne …

Sont des reformulations du capitalisme. Ex : Bettelheim (1945) pour l’Allemagne nazie ou Cohen (1988) pour l’Italie fasciste

 

Conclusion :

La seconde guerre mondiale consacre les USA comme la première puissance économique mondiale : l’économie de guerre est pilotée par l’Etat fédéral. L’Allemagne se comporte en puissance impériale en Europe, Tooze (2006). La Grande Bretagne résiste au prix de lourds sacrifices.

 

Références :

BAIROCH, Paul : Victoires et déboires Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours, Gallimard, 1997

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande Dépression, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BETTELHEIM, Charles : L’économie allemande sous le nazisme, Maspero, 1945

BROADBERRY, Stephen & HARRISON, Mark dir. : The economics of World War I, Cambridge University Press, 2005

COHEN, Jon : Was Italian fascism a developmental dictatorship? Some evidence to the contrary, Economic History Review, 1988

CROUZET, François : Histoire de l’économie européenne, Albin Michel, 2000

FELDMAN, Gerald : The great disorder: politics, economics, and society in the German inflation, 1914-1924, Oxford University Press, 1997

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

GALBRAITH, John Kenneth : La crise économique de 1929, Payot, 1954

HAUTCOEUR, Pierre-Cyrille : La crise de 1929, La Découverte, 2009

JOHNSON, Simon & TEMIN, Peter : The macroeconomics of NEP, Economic History Review, 1993

KEYNES, John Maynard : Les conséquences économiques de la paix, Gallimard, 1920

KEYNES, John Maynard : Les conséquences économiques de la politique de M. Churchill, in Essais de persuasion, Gallimard, 1925

KINDLEBERGER, Charles : La Grande Crise Mondiale, Economica, 1973

NOVE, Alec : An economic history of the USSR, Penguin, 1991

TOOZE, Adam :  The wages of destruction The making and breaking of the Nazi economy, Penguin, 2006

10:24 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

07/06/2012

Les néo-classiques : la révolution marginaliste

Modification radicale de la méthodologie économique.

Fruit de découvertes simultanées et indépendantes.

Cette révolution peut s’expliquer par deux facteurs :

- professionnalisation de l’économie = approfondissement

- réponse aux débats théoriques posés par Marx, Robinson (1942) = élargissement

On parle de l’école néo-classique. Ecole car fondent des courants d’analyse. Invention de ce qu’on appelle aujourd’hui la microéconomie. Véritable rupture d’où « révolution ».

Analyse fortement influencée par les progrès en physique, Mirowski (1989).

Fondement de l’analyse néoclassique = le concept d’utilité marginale. Cela permet l’utilisation d’outils mathématiques : la maximisation, càd l’optimisation d’une valeur.

La valeur des biens dépend de leur rareté et de l’utilité qu’on leur attribue.

A partir d’ouvrages fondateurs, trois grandes écoles sont apparues :

- l’école de Cambridge

- l’école de Vienne

- l’école de Lausanne

Q : la révolution marginaliste est elle toujours d’actualité ?

 

 

I] William S JEVONS (1835-1882)

Prévisionniste, économiste professionnel (pour les chemins de fer) puis professeur.

Publie en 1871 The theory of political economy.

 

  • Une nouvelle théorie de la valeur.

Ce n’est pas le travail qui fonde la valeur car la durée nécessaire pour produire un bien n’a rien à voir avec sa consommation. Il y a un décalage dans le temps entre les deux fonctions.

Pour Jevons, c’est la valeur d’échange qui compte. Les consommateurs se procurent des biens en fonction de leur utilité marginale : le degré de satisfaction apporté par la dernière unité consommée.

Le prix est déterminé par l’action des producteurs et des consommateurs.

 

  • Une vision libérale de la société

Puisque chaque individu est libre d’échanger : les prix s’ajustent pour satisfaire les offreurs et les demandeurs. Jevons croît donc à la liberté des échanges. Le prix agira sur la quantité échangée.

Mais Jevons ne précise pas pour autant la nature de l’offre (comment différencier les biens).

De plus, son analyse ne prend pas en compte les inégalités.

 

 

II] Carl MENGER (1840-1921)

Professeur d’économie à Vienne.

Publie en 1871 Grundsätze der Volkswirtschaftslehre.

 

  • Une approche psychologique de la valeur

Pour Menger, les individus attribuent une valeur aux biens car ils en ont besoin.

Menger raisonne en quatre étapes pour définir un bien :

- il existe un besoin humain

- la chose doit satisfaire ce besoin

- l’individu doit reconnaître cette capacité

- l’individu utilise le bien pour satisfaire son besoin

Les deux premières conditions expriment la notion d’utilité.

Les besoins peuvent donc être rationnels ou non, pas de connotation morale. Cela permet à Menger d’analyser toute action humaine.

La satisfaction des besoins est donc subjective.

 

  • Une approche marginaliste de la satisfaction

Si les besoins sont supérieurs aux quantités disponibles on parle de biens économiques : on peut leur appliquer le raisonnement utilitariste. Si les quantités sont importantes, ce sont des biens non économiques.

Menger propose une classification des besoins : comme les biens ont des natures différentes, il faut trouver un principe unificateur. C’est donc la satisfaction marginale qui détermine la valeur d’un bien : plus on consomme un bien plus la satisfaction supplémentaire diminue.

Comme Jevons, il ne propose pas de théorie de l’offre. De plus, il considère que les coûts n’ont aucune influence sur la valeur : ce qui est faux.

 

 

III] Léon WALRAS (1834-1910)

Ingénieur de formation. Devient professeur d’économie à Lausanne car n’arrive pas à se faire recruter en France.

Walras distingue l’économie politique pure (théorie abstraite), l’économie politique appliquée (mise en œuvre de la théorie) et l’économie sociale (ce qui est juste).

D’où une œuvre à plusieurs dimensions : fonde l’économie concurrentielle et sa critique.

Pour Walras l’économie politique pure consiste à modéliser mathématiquement la situation dans laquelle s’échangent librement des produits. Eléments d’économie politique pure (1874)

 

  • Une description formelle du fonctionnement de l’économie

Walras montre qu’on peut décrire l’économie par un système d’équations. Les prix permettent d’équilibrer ce système. Les prix sont obtenus par tâtonnement.

A l’équilibre la situation est telle que ni les producteurs ni les consommateurs n’ont intérêt à modifier les quantités échangées.

Walras utilise également l’utilité marginale pour fonder la valeur des biens.

De plus, il expose une théorie du producteur : celui ci offre un bien en utilisant du capital, du travail et de la terre. Les facteurs de production sont donc eux aussi échangés, ce qui permet de les inclure dans le système d’équation.

 

  • L’équilibre général

Walras a donc proposé une théorie de l’équilibre général qui décrit le fonctionnement d’une économie dans une situation de concurrence pure et parfaite. C’est donc le régime idéal pour créer le maximum de richesses (car la libre concurrence crée le maximum de satisfaction).

Ouvrage fondateur de l’économie moderne : véritable programme de recherche.

Analyse qui repose sur une loi simple et efficace : la loi de l’offre et de la demande.

Mais Walras ne prend pas en compte la spécificité du travail, ni le fait que la concurrence n’est pas toujours parfaite, ni le rôle de la monnaie.

 

 

IV] Les prolongements de la révolution marginaliste

 

  • L’école anglaise

A la suite de Jevons, une école néoclassique apparaît à Cambridge (UK).

Marshall en expose la synthèse dans les Principes d’économie politique (1890) :

A court terme, la valeur d’un bien dépend de la demande ; à long terme, de l’offre.

L’économie peut être étudiée par les équilibres partiels : le fonctionnement des marchés est considéré toutes choses égales par ailleurs (ceteris paribus).

L’échange s’explique par les surplus : c’est le prix que les consommateurs sont disposés à payer pour une unité supplémentaire. Le prix d’équilibre annule les surplus du producteur et du consommateur.

Pigou tentera d’approfondir l’étude des marchés dans Welfare economics (1920) :

Le marché n’est pas toujours efficace : certaines défaillances sont possibles en raison d’externalités (càd une action individuelle dont le coût est supporté par d’autres). Les externalités proviennent d’imperfection des droits de propriété selon Pigou, l’Etat peut donc intervenir pour faire supporter le coût par le responsable.

Les agents réagissent de manière logique face à l’inflation : c’est l’effet d’encaisses réelles. Quelque soit la masse monétaire, les agents souhaitent conserver un même montant d’argent pour consommer (encaisses). En cas de déflation / inflation, l’effet d’encaisses réelles permet à l’économie de retrouver l’équilibre, car la consommation fait diminuer / augmenter les prix.

Pour Pigou, il ne peut y avoir de chômage involontaire : il suffit que les prix soient flexibles.

 

  • L’école autrichienne

A la suite de Menger émerge l’école de Vienne.

Von Wieser publie Ursprung und hauptgesetze des wirtschaftlichen werthes (1904).

Ouvrage qui généralise l’individualisme méthodologique : à partir de la valeur marginale, on peut considérer que les individus rationnels suivront cette logique maximisatrice.

Mais Von Wieser constate surtout que l’utilité marginale peut être exploitée en situation de monopole : c’est la discrimination par les prix.

De plus, Von Wieser met en évidence la notion de coût d’opportunité : avec un raisonnement marginaliste, on peut envisager des usages alternatifs pour un facteur de production.

Böhm-Bawerk publie Die positive theorie der kapitalismus (1889).

La production capitaliste suppose un décalage dans le temps: on fabrique d’abord des outils de production puis des biens de consommation. C’est le détour de production.

Les biens de production sont donc à l’origine du profit : le capital rapporte un intérêt.

De plus, les individus préfèrent consommer des biens présents que des biens futurs : le capital permet de garantir que les biens futurs seront abondants.

 

  • L’école de Lausanne

A la suite de Walras apparaît l’école de Lausanne.

Pareto en est l’auteur le plus connu, du fait d’un apport majeur à la science économique : la théorie de l’optimum. Manuel d’économie politique (1906)

Pareto reprend la distinction économie pure / appliquée et pose le problème qui permettra d’unifier l’économie : comment comparer les utilités des individus ?

Dans une économie d’échange en situation de concurrence les prix garantissent le maximum de satisfaction des agents : on est dans une situation optimale car on ne peut améliorer la situation d’un individu sans dégrader celle d’un autre.

La théorie de l’optimum fonde l’économie du bien être : tout équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto. Il faut donc tout faire pour garantir la concurrence.

Pareto propose donc une analyse amorale de l’efficacité, mais qui ne prend pas en considération la justice sociale.

 

Conclusion :

Courant novateur sur le plan intellectuel et dominé par le libéralisme.

Fin de cette approche = la grande dépression

 

Références :

BLAUG, Mark : La pensée économique, Economica, 1996

MIROWSKI, Philip : Plus de chaleur que de lumière L’économie comme physique sociale, la physique comme économie de la nature, Economica, 1989

ROBINSON, Joan : Essai sur l’économie de Marx, Dunod, 1942

15:29 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

14/04/2012

La communication

 Communiquer c’est faire partager, faire connaître, se mettre en relation avec quelqu’un.

 

        Une notion à large portée

Elle touche à la fois à l’information, aux techniques, aux supports de communication.

La communication n’est pas une notion moderne, elle est d’ailleurs un sujet d’étude anthropologique classique. Par contre le contexte technologique et social ayant fortement évolué, les médias de masse et les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont renouvelé son analyse. L’information communication est un sujet d’étude autonome.

La communication reste une activité sociale basique. Elle peut être analysée de manière pluridisciplinaire : sémiologie, anthropologie, psychologie …

 

        L’approche technique

Shannon & Weaver (1975) étudient par exemple le modèle de communication d’un point de vue technique et scientifique. La communication est la transmission d’un message d’un émetteur à un récepteur par le biais d’un canal et qui peut subir des perturbations.

Communiquer s’est s’assurer que le message circule correctement de la source au destinataire.

Dans cette logique Wiener (1962) insiste sur la rétroaction dans le processus de communication : le message a un effet sur celui qui le transmet.

La communication peut aussi être vue comme l’étude des médias de communication.

Mc Luhan (1968) étudie le rôle primordial joué par le medium sur les modes de connaissance. Le medium est le message, il peut impliquer une participation sociale forte des individus.

 

        L’approche psycho-sociale

Les théoriciens de l’école de Palo Alto considèrent le processus de communication d’un autre point de vue. Ils insistent sur la généralité des processus de communication. Watzlawick (1979) montre que tout comportement a la valeur d’un message, la communication est donc inévitable. Hall (1959) insiste sur le langage silencieux, càd la manière dont les comportements ou les tenues participent à la communication.

De même, la sociologie interactionniste analyse l’importance des actes de communication.

Goffman étudie les actes et les rites par lesquels les individus communiquent, les relations publiques peuvent être vues comme une mise en scène des individus. Les rites sociaux sont également déterminants dans les interactions (ex : la gestuelle).

Q : quelle est l’importance du contexte dans l’étude de la communication ?

 

I] Les médias

L’avènement de la communication de masse pose de nouvelles questions à la communication.

 

  • Les processus d’influence

Il faut saisir la manière dont les médias agissent sur les individus. Ex : le marketing, Cochoy (1999)

Ainsi Lasswell (1948) considère qu’on peut réduire l’étude des processus de communication à une série de questions : qui dit quoi, par quel canal, à qui et avec quel effet ?

Cette approche positiviste a permis de dépasser la tradition critique de l’influence des masses.

Tarde, Le Bon ou Tchakhotine insistent par exemple sur les phénomènes de propagande et les comportements dangereux des foules.

Packard (1958) critique également le phénomène de persuasion clandestine auquel procède la publicité. Le consommateur est manipulé à son insu.

Les analyses de l’école de Francfort sur l’aliénation culturelle suivent la même logique.

Dès lors, des études empiriques ont tenté d’analyser concrètement les processus d’influence médiatique. Katz & Lazarsfeld (1955) montrent que ce sont les relations interpersonnelles qui sont déterminantes dans la réception des messages. La communication suit deux étapes : le message est transmis puis interprété par des leaders d’opinion qui le reformulent.

L’influence des médias n’est donc pas si forte.

Les médias ont un effet « agenda » : ils influencent le public sur la matière pas sur le contenu. McCombs & Shaw (1972) montrent que la manière dont les médias exposent les problèmes pousse les individus à s’intéresser précisément à ces questions.

 

  • La réception des messages

Les « cultural studies » insistent sur le contexte culturel, social et individuel dans lequel les individus interprètent les communications. Cela détermine le sens qu’ils leur donnent.

Hoggart (1970) étudie la manière dont les classes populaires réagissent face aux produits culturels qui leur sont proposés par un mélange de méfiance et de réappropriation.

Hall (1994) analyse ce décalage entre le codage par l’émetteur et le décodage par le récepteur. C’est le code socialement dominant du récepteur qui donne un sens au message.

Ex : Liebes & Katz (1990) l’interprétation de la série Dallas dans des contextes socio-culturels variés.

Pasquier (1995) étudie l’impact de la série Hélène et les garçons sur l’éducation sentimentale des adolescents. La série propose des modèles comportementaux et sociaux qui permettent de s’interroger sur les relations amoureuses. Elle favorise l’identification des plus jeunes filles et l’ironie des autres téléspectateurs (qui regardent quand même).

L’étude des médias a beaucoup insisté sur le rôle du canal de transmission, en particulier sur la télévision.

Dayan & Katz (1996) considèrent que la télévision est productrice d’évènements.

C’est la télévision cérémonielle : elle utilise des ressorts dramaturgiques pour ritualiser le message qu’elle souhaite transmettre. Ex : l’importance de l’événement

Mehl (1996) met en valeur l’aspect compassionnel et intimiste de certains programmes de télévision. Le but est de permettre l’identification des récepteurs.

Pour Wolton (1990) la télévision généraliste est un facteur de lien social, elle permet de partager des expériences et de se situer socialement. Mais Missika (2006) considère que le nouveau contexte économique et concurrentiel va entraîner la fin de la télévision telle qu’on l’avait étudiée jusqu’à présent.

 

II] Les techniques de communication

Les progrès technologiques ont renouvelé la réflexion sur le rôle des techniques sur les processus de communication.

 

  • Le rôle de la technologie

La sociologie des sciences montre l’influence sociale des innovations technologiques

Latour (1992) étudie l’échec d’une invention du fait de son rejet par les utilisateurs, malgré la satisfaction des ingénieurs qui ont mené le projet.

Castells (2001) montre les changements induits par le développement de l’Internet.

Les TIC bouleversent l’économie (production en réseaux), la société (nouvelles formes de sociabilité), la politique (participation de la société civile) et la culture.

Cependant l’inégalité et l’exclusion sociale ne sont pas éliminées. Le risque de fracture numérique peut être évité par la diffusion des TIC et de l’instruction. Castells plaide pour une régulation et un travail démocratique afin d’éviter le renforcement des inégalités.

 

  • L’influence de la communication sur l’organisation économique

Alter (1986) étudie les décisions d’investissement technologique. La diffusion des innovations repose sur des stratégies d’acteur qui leur permet de modifier le fonctionnement d’une organisation à leur profit ou qui peut, au contraire, réduire leur autonomie.

Ex : les logiciels d’aide à la décision ou les XAO, assistance par ordinateur

Touraine (1969) & Bell (1976) ont montré que les technologies modifient la division du travail héritée de l’ère industrielle. Dans la société post-industrielle, le pouvoir appartient à celui qui maîtrise l’information.

Les relations de travail sont perturbées par l’introduction de nouvelles technologies qui permettent à la fois d’accroître la productivité et de mieux contrôler l’exécution des tâches.

Méda (1995) en fait une des causes de la remise en question de la valeur du travail.

 

Conclusion :

La sociologie de la communication est à la fois intemporelle et contextualisée.

Pour éviter le simplisme ou la naïveté, il faut donc délimiter socialement, techniquement ou géographiquement l’analyse.

 

Références :

ALTER, Norbert : La gestion du désordre en entreprise, L’Harmattan, 1986

BELL, Daniel : Vers la société post-industrielle, Robert Laffont, 1976

CASTELLS, Manuel : La galaxie Internet, Fayard, 2001

COCHOY, Franck : Une histoire du marketing, La Découverte, 1999

DAYAN, Daniel & KATZ, Elihu : La télévision cérémonielle, Puf, 1996

GOFFMAN, Erwing : Les rites d’interaction, Minuit, 1974

HALL, Edward T. : Le langage silencieux, Seuil, 1959

HALL, Stuart : Codage/encodage, Réseaux, 1994

HOGGART, Richard : La culture du pauvre, Minuit, 1970

KATZ, Elihu & LAZARSFELD, Paul : Influence personnelle, Armand Colin, 1955

LASSWELL, Harold : Power and personality, Transaction Publishers, 1948

LATOUR,Bruno: Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte, 1992

LE BON, Gustave: Psychologie des foules, Puf, 1895

LIEBES, Tamar & KATZ, Elihu : Six interprétations de la série Dallas, Hermès, 1990

MEHL, Dominique : La télévision de l’intimité, Seuil, 1996

MEDA, Dominique : Le travail Une valeur en voie de disparition, Aubier, 1995

McCOMBS, Maxwell & SHAW, Donald : The agenda-setting function of mass media, Public Opinion Quarterly, 1972

McLUHAN, Marshall : Pour comprendre les médias, Seuil, 1968

MISSIKA, Jean-Louis : La fin de la télévision, Seuil, 2006

PACKARD, Vance : La persuasion clandestine, Calmann Levy, 1958

PASQUIER, Dominique : « Chère Hélène », Réseaux, 1995

SHANNON, Claude & WEAVER, Warren : La théorie mathématique de la communication, Retz, 1975

TARDE, Gabriel : L’opinion et la foule, Editions du Sandre, 1901

TCHAKHOTINE, Serge : Le viol des foules par la propagande politique, Gallimard, 1935

TOURAINE, Alain : La société post-industrielle, Denoël, 1969

WATZLAWICK, Paul : Une logique de la communication, Seuil, 1979

WIENER, Norbert : Cybernétique et société, Union Générale d’Editions, 1962

WOLTON, Dominique : Eloge du grand public, Flammarion, 1990

11:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |