12/07/2012

Les libéraux : l'école de Chicago & la nouvelle macroéconomie classique

 Manière commode de regrouper de nombreux auteurs.

Quelques caractéristiques communes forment la base de la pensée libérale actuelle :

- L’individualisme méthodologique

- L’efficacité des mécanismes de marché

- L’inefficacité de l’Etat

Les libéraux se retrouvent également dans les courants du Public choice et du monétarisme et de l’école Autrichienne mais dans une perspective plus radicale. Les économistes de l’école de Chicago ont la particularité d’avoir obtenu une forte reconnaissance institutionnelle.

C’est à l’Université de Chicago que les grands représentants de ce courant enseignent et mènent leurs recherches. Mais certains auteurs en sont issus sans y être rattachés car leur apports vont au delà. Ex : Friedman et Lucas.

L’école de Chicago s’oppose au paradigme keynésien : l’intervention de l’Etat n’est pas une solution efficace pour relancer l’économie, les mécanismes de prix restent incontournables.

Q : quelles problématiques libérales se sont imposées dans l’analyse économique contemporaine ?

 

I] L’approche microéconomique de l’école de Chicago

Deux auteurs incarnent cette approche essentiellement microéconomique :

 

  • George Stigler (1911-1991)

Stigler est en premier lieu un historien de la pensée économique (1965) : il étudie à la fois les textes et le contexte dans lequel sont formés les concepts. Les nouvelles théories influencent la politique économique et les comportements des agents. De même, les problèmes concrets non-résolus rendent nécessaire l’apparition de nouvelles théories.

Stigler développe une théorie de l’organisation industrielle (1968) : il étudie les conditions de fonctionnement des ententes ou les économies d’échelle. Il considère que les monopoles auraient du disparaître du fait de leurs coûts : seules des barrières à l’entrée leur permettent de se maintenir. C’est le principe du survivant.

Comme la libre concurrence et le marché apportent le maximum de satisfaction au consommateur, les réglementations étatiques sont inefficaces. La protection étatique de certaines industries est coûteuse, elle n’aboutit qu’à une rente de situation (1975).

L’organisation industrielle est analysée sous l’angle de la politique économique : les agents cherchent à obtenir une protection de l’Etat pour éviter la concurrence. C’est la capture.

Enfin, Stigler a élaboré une théorie de l’information (1961) : il est nécessaire de prendre en considération les coûts de recherche et de diffusion de l’information sur les biens et leurs prix. De même, l’environnement social ou la famille sont des facteurs d’influence de l’utilité du consommateur.

 

  • Gary Becker (1930-)

Représentant de l’impérialisme économique : (l’empereur ?) càd de l’application du raisonnement coûts / bénéfices à l’ensemble des faits sociaux reposant sur un choix.

Becker a développé la théorie du capital humain (1964) : l’éducation et la formation sont des investissements qui doivent être rentabilisés par des revenus différenciés.

Dans la même logique, le temps comporte un coût d’opportunité (1965) : toute action est un choix entre loisir et travail, on peut donc lui donner une valeur de renoncement. C’est le montant des salaires non perçus qui permet d’établir l’utilité de l’agent.

Becker renouvelle la théorie de la consommation (1996). La satisfaction des consommateurs dépend de leurs goûts. Or, les consommateurs sont souverains pour substituer des produits, les incorporer dans des services ou rechercher des innovations : ils sont producteurs de leurs goûts. On peut donc expliquer les questions de mode ou les effets d’expérience en termes de productivité, de capital et d’investissement.

Son analyse microéconomique lui permet d’investir de nombreux champs d’étude (1976) :

- le mariage et la natalité : les gains de l’homme et de la femme convergent dans un ménage et réduisent la spécialisation. Un enfant peut être un bien d’investissement ou de consommation selon les revenus de la famille.

- le crime : une personne qui commet un délit compare le coût (la probabilité d’être sanctionné) et le bénéfice.

- la discrimination : les fonctions d’utilité des agents prennent en compte la race, la religion ou le sexe ; ce qui implique des différences de prix.

L’analyse de Becker ne considère pas nécessairement que les humains sont égoïstes, il est possible de les considérer comme altruistes ou influençables par les autres. Cela modifie simplement leur utilité, ils restent maximisateurs (2000).

 

 

II] La nouvelle économie classique

Vision principalement macroéconomique. Complémentaire de l’approche microéconomique de l’école de Chicago et des intuitions des classiques. Les nouveaux classiques prolongent les analyses monétaristes.

Ils tirent des conclusions qui remettent radicalement en cause la théorie keynésienne : la politique économique ne peut réduire le chômage ou les fluctuations.

 

  • Les principes de la nouvelle macroéconomie classique

- Les anticipations rationnelles :

Muth (1961) considère que les agents forment leurs anticipations de manière rationnelle, càd qu’ils cherchent à maximiser leur utilité. Ils utilisent donc au mieux toutes les informations disponibles.

Cela n’empêche pas les erreurs de prévision, mais cela suppose que les pouvoirs publics doivent disposer d’informations que les agents ne possèdent pas pour influencer leurs décisions. De plus, les décisions gouvernementales révèlent l’information.

- L’ajustement continu des marchés : tous les marchés fonctionnent parfaitement selon le modèle de l’équilibre général. Cela permet aux agents de réagir de manière optimale en termes d’offre et de demande. L’économie est donc en situation d’équilibre permanent : les prix s’adaptent, Barro (1984).

De même Lucas & Rapping (1969) estiment que les décisions des travailleurs et des entreprises sont rationnelles et qu’elles reflètent un comportement optimisateur.

Ex : l’arbitrage loisir/travail dépend du salaire : si le niveau n’est pas satisfaisant la demande de loisir augmente.

Lucas (1972) montre que l’offre de travail et la production dépendent donc essentiellement des prix : ils reflètent toute l’information disponible.

 

  • Les implications de la nouvelle macroéconomie classique

- Le cycle d’équilibre

Seuls les chocs non-anticipés ont une influence sur les fluctuations de la croissance puisque l’économie est structurellement en situation d’équilibre.

Pour Sargent & Wallace (1976) les anticipations rationnelles rendent inutile l’action gouvernementale pour augmenter l’offre de monnaie ou la dépense publique : les agents s’adaptent en permanence.

- La désinflation

L’inflation est un phénomène monétaire qui découle d’un excès d’offre. La diminution de l’inflation découle d’un ratio de sacrifice (durée d’ajustement des prix) : la contraction monétaire doit donc être crédible pour influencer les anticipations. Sargent (1986)

Les politiques désinflationnistes menées aux USA et au UK dans les années 80 ont été suivies de récession car la politique anglaise n’était pas encore crédible et que la politique budgétaire américaine n’était pas cohérente.

- L’incohérence temporelle

Kydland & Prescott (1977) considèrent que les politiques économiques ont intérêt à contredire les anticipations des agents pour être le plus efficace possible. Les politiques discrétionnaires ne maximisent pas le bien être social, il faut donc encadrer l’action gouvernementale par des règles de politique économique.

Barro & Gordon (1983) montrent que les règles sont plus efficaces que la discrétion car elles permettent d’obtenir une réputation.

Ex : Alesina & Summers (1993) ont ainsi montré que les banques centrales indépendantes sont plus favorables à la stabilité des prix.

- La critique de Lucas

Selon Lucas (1976) les simulations de politique économique considèrent que les paramètres ne sont pas modifiés par l’intervention de l’Etat, ce qui est une erreur. Les hypothèses de la nouvelle économie classique permettent, par contre, de modéliser l’économie dans une situation structurelle.

Blanchard (1984) ne confirme pas empiriquement la critique. Mais cela montre le rôle essentiel des anticipations.

 

Conclusion :

Généralisation du raisonnement économique : agaçant mais stimulant (ex : l’évaluation)

Approfondissement de l’approche monétariste, particulièrement adapté à la stagflation et au besoin de nouvelle politique économique.

 

Références :

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BARRO, Robert : La macroéconomie, Armand Colin, 1984

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BLANCHARD, Olivier : The Lucas Critique and the Volcker Deflation, American Economic Review, 1984

BECKER, Gary : Human capital, University of Chicago Press, 1964

BECKER, Gary : A theory of the allocation of time, Economic Journal, 1965

BECKER, Gary : The economic approach to human behavior, University of Chicago Press, 1976

BECKER, Gary : Accounting for tastes, Harvard University Press, 1996

BECKER, Gary & MURPHY, Kevin : Social economics, Harvard University Press, 2000

KYDLAND, Finn & PRESCOTT, Edward : Rules rather than discretion, Journal of Political Economy, 1977

LAMOTTE, Henri & VINCENT, Jean-Philippe : La nouvelle macroéconomie classique, Puf, 1993

LUCAS, Robert & RAPPING, Leonard : Real wages, employment, and inflation, Journal of Political Economy, 1969

LUCAS, Robert : Expectations and the Neutrality of Money, Journal of Economic Theory, 1972

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

LUCAS, Robert : Evaluation économétrique de la politique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

MUTH, John : Anticipations rationnelles et théorie des mouvements des prix, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1961

SARGENT, Thomas & WALLACE, Neil : Anticipations rationnelles et théorie de la politique économique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

SARGENT, Thomas : Rational expectations and inflation, Longman, 1986

STIGLER, George : The economics of information, Journal of Political Economy, 1961

STIGLER, George : Essays in the history of economics, University of Chicago Press, 1965

STIGLER, George : La théorie des prix, Dunod, 1966

STIGLER, George : The organization of industry, University of Chicago Press, 1968

STIGLER, George : The citizen and the state, University of Chicago Press, 1975

13:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

De la crise pétrolière à la nouvelle mondialisation

 Période allant de 1973 à 2001, ce qui permet d’analyser les décennies. Pourtant de nombreux évènements rendent le découpage aléatoire (ex : début ou fin de cette période de rupture).

 

  • Les années 70

Rappel : la crise débute avec une décision monétaire en 1971, l’abandon de la convertibilité or du dollar. Il faudra attendre 1976 pour confirmer l’abandon du système de Bretton Woods.

Le premier choc pétrolier en 1973 met fin à une longue période de prix faibles dans le domaine de l’énergie. Il est renforcé par le second choc de 1979.

Le choc pétrolier touche les pays industrialisés : inflation, récession et déficits extérieurs. Il met également en valeur l’hétérogénéité des pays en développement. Même si la croissance des pays de l’OPEP permet d’atténuer en partie la récession.

Ces deux événements combinés ont modifié les structures économiques mondiales.

Ex : Askenazy (2011) illustre cette crise structurelle pour les politiques d’emploi en France

 

  • Les années 80

Face à un choc d’offre, les politiques keynésiennes se sont avérées inefficaces. On constate que l’inflation et le chômage peuvent coexister. L’inflation découle de l’augmentation des coûts des entreprises. Lutter contre la hausse des prix devient la préoccupation essentielle.

Les politiques monétaristes montrent qu’il faut mener une politique restrictive et diminuer l’intervention de l’Etat pour rétablir l’équilibre économique. C’est un retour des thématiques libérales, Thomas (1990).

Ex : politique de Volcker à la tête de la Fed ou politique de Thatcher ; mais contre-ex : politique de relance keynésienne de Mitterand, Hall (1987) avant la rigueur en 1983, Sachs & Wyplosz (1986)

L’endettement excessif de certains pays les pousse à suspendre leur dette (Pologne en 1981 et Mexique en 1982). Les pays en développement restent financièrement dépendants.

A partir de 1983, les prix pétroliers diminuent : c’est le contre choc. La politique de relance américaine permet un retour (modéré) de la croissance mais avec un chômage élevé.

 

  • Les années 90

Les politiques menées dans la décennie précédente ont entraîné une rupture radicale avec l’économie des Trente glorieuses. D’une part, les pays soviétiques se sont effondrés. D’autre part, la différenciation des pays en développement est généralisée.

Ex : succès en Asie, échec en Afrique et en Amérique latine, mitigé au Moyen Orient.

Les pays développés connaissent une forte récession au début des 90’s du fait des politiques d’austérité et de déséquilibres variés. D’où un retour du débat libéralisation / relance.

Les ruptures amorcées suggèrent l’émergence d’une « nouvelle » économie, Artus (2002) :

- l’utilisation massive des TIC

- l’accroissement du capital humain

- la maîtrise de l’inflation avec un chômage faible

- la mondialisation des échanges

Q : l’économie a t’elle réellement changé depuis les années 70 ?

 

 

I] Le commerce international

On constate trois phénomènes :

 

  • La concentration et la régionalisation des échanges

Durant la période, le commerce international augmente plus vite que le PIB mondial. La part des marchandises reste prépondérante et concerne essentiellement les produits manufacturés.

Trois grandes zones géographiques dominent le commerce mondial : l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie. Les zones les plus pauvres sont marginalisées, alors que les échanges mondiaux sont de plus en plus régionalisés dans les pays riches, Adda (p. 48 et s).

On constate une nouvelle division internationale du travail : la production est hiérarchisée internationalement par des entreprises qui cherchent à tirer profit des différents marchés.

 

  • Les politiques commerciales

Dans un contexte de crise, la régulation des échanges au sein du Gatt basée sur le consensus laisse place à de nombreux conflits commerciaux entre pays industrialisés.

Les Etats érigent de nouvelles barrières. Ex : mesures techniques ou sanitaires

Les négociations deviennent de moins en moins multilatérales : chaque pays cherche à négocier des accords bilatéraux qui lui soient favorables. Ex : restriction des exportations

C’est pourquoi, l’OMC a pris la place du Gatt avec de nouveaux pouvoirs … mais les négociations n’avancent quasiment pas depuis 1999 (Seattle).

Les politiques commerciales consistent principalement à négocier des accords régionaux.

Ex : APEC, Mercosur, ALENA … Adda (p. 207 et s)

 

  • La construction communautaire

La crise économique a favorisé la relance du processus d’intégration européen : les pays isolés ne pouvant efficacement redresser leurs économies. Ex : crise du SMI

La communauté européenne approfondit dans un premier temps le marché unique, puis les pays européens mettent progressivement en place une Union économique et monétaire : monnaie unique, politique monétaire commune et coordination des politiques budgétaires. Berend (2006) se demande si la mondialisation va signer le retour du laisser-faire en Europe.

 


II] La globalisation financière

La fin du système monétaire mis en place à Bretton Woods induit plusieurs bouleversements :

 

  • L’intégration financière

Le financement des déficits publics croissants rend nécessaire l’émergence de marchés financiers internationaux pour drainer l’épargne mondiale, Chesnais (2004).

La libéralisation financière qui en découle permet aux entreprises de trouver de nouvelles sources de financement.

Les investisseurs institutionnels prennent donc un rôle croissant dans le financement des grandes entreprises multinationales.

Ex : les fonds de pension permettent en principe de financer la protection sociale, mais jouent aussi un rôle dans la spéculation financière, Montagne (2006)

 

  • Les crises financières

La globalisation financière s’accompagne d’une forte instabilité : les marchés et l’épargne sont volatiles. Les financements sont souvent à court terme.

Les pays en développement souffrent le plus de ces stratégies financières. Le système monétaire international semble dépassé face à ces crises, Reinhart & Rogoff (2009).

De plus, les marchés financiers favorisent des comportements mimétiques qui renforcent les crises. La spéculation et la contagion financière sont possibles à l’échelle mondiale.

 

  • Le système monétaire international

Depuis les accords de la Jamaïque de 1976 les Etats sont libres de leur politique de change : de nombreux systèmes ont été mis en place, Adda (p. 105 et s).

Ex : changes fixes par rapport à une monnaie, changes flexibles, parités glissantes …

La création de l’euro a simplifié le système monétaire international : le dollar reste la principale monnaie des échanges mondiaux suivie par l’euro.

Plusieurs propositions de réforme du SMI existent mais elle suppose des accords politiques.

 


III] Les firmes multinationales

Acteurs clés des évolutions économiques récentes.

 

  • Concentration et internationalisation des entreprises

La mondialisation de l’économie est indissociable des flux d’investissement directs à l’étranger (IDE). Ils augmentent plus vite que les échanges internationaux.

Les IDE s’effectuent essentiellement dans les pays de la Triade et principalement entre les Etats Unis et l’Europe, Adda (p. 80 et s).

Les investissements des multinationales obéissent à plusieurs logiques :

- la rationalisation du processus de production au niveau mondial

- le recentrage sur les métiers (la diversification est assumée par le marché financier)

- l’acquisition de technologies innovantes

Reich (1991) montre que les firmes multinationales n’ont pas de nationalité càd qu’elles mènent des stratégies globales. Ce qui pose un problème de régulation.

 

  • Localisation des entreprises

Plusieurs séries d’arguments ont été avancés pour expliquer le développement de l’implantation des firmes multinationales, Adda (p. 90 et s) :

- l’accès aux marchés

- les différences de coûts (dont la fiscalité mais aussi les taux de change)

- le cycle de vie du produit

Pourtant les travaux récents montrent le maintien d’un lien fort entre l’entreprise et son pays d’origine en termes de localisation d’actifs stratégiques, Berger (2006).

 

Conclusion :

Passage d’une crise à une période de forte croissance (la fin des années 90) et peut être à l’amorce d’un cycle Kondratief-Schumpeter.

Mais situation qui découle de choix de politique économique, pas de changements radicaux venus d’on ne sait où !

 

Références :

ADDA, Jacques : La mondialisation de l’économie, La Découverte, 2006

ARTUS, Patrick : La nouvelle économie, La Découverte, 2002

ASKENAZY, Philippe : Les décennies aveugles, Seuil, 2011

BEREND, Ivan : Histoire économique de l’Europe du XXe siècle, De Boeck, 2006

BERGER, Suzanne : Made in monde, Seuil, 2006

CHESNAIS, François dir. : La finance mondialisée, La Découverte, 2004

HALL, Peter : L’évolution de la politique économique sous Mitterand, in HOFFMAN, Stanley & ROSS, George dir. : L’expérience Mitterand, Puf, 1987

MONTAGNE, Sabine : Les fonds de pension, Odile Jacob, 2006

REICH, Robert : L’économie mondialisée, Dunod, 1991

REINHART, Carmen & ROGOFF, Kenneth : Cette fois, c’est différent, Pearson, 2009

SACHS, Jeffrey & WYPLOSZ, Charles : The economic consequences of President Mitterrand, Economic Policy, 1986

THOMAS, Jean-Paul : Les politiques économiques au XXe siècle, Armand Colin, 1990

13:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

02/07/2012

La théorie de la régulation

Courant de pensée économique d’origine française.

Apparition avec la crise des 70’s. Effet de mode ?

Ouvrage fondateur : Régulation et crises du capitalisme Aglietta (1976).

Plusieurs auteurs emblématiques : Boyer, Mistral, André, Delorme, Lipietz, Théret, Billaudot, Reynaud, Amable ou Lordon ... Autour de l’ex-CEPREMAP : Commissariat au plan.

Influence forte des ingénieurs économistes.

 

  • La théorie de la régulation a pour origine intellectuelle l’historicisme allemand

La théorie économique ne peut produire de grandes lois générales, elle doit inscrire ses analyses dans le temps et dans l’espace.

Querelle des méthodes au XIXe.

Dans cette perspective, l’économie est une science inductive qui a pour but d’aborder la réalité sur un plan historique afin de proposer des explications.

 

  • La théorie de la régulation est proche de l’économie institutionnaliste

Courant de pensée d’origine américaine (début XXe) incarné par Veblen principalement.

Analyse fondée sur les institutions et leur rôle dans l’économie : elles déterminent de manière forte les comportements collectifs.

Les institutions sont des ensembles d’habitudes, de règles incarnées dans les communautés.

Approche dynamique de l’économie, par opposition à la vision statique néo-classique.

 

  • La théorie de la régulation porte une critique sévère de l’école néo-classique

Boyer (1986) montre que cette approche puise ses fondements dans deux grands courants : le marxisme et l’analyse keynésienne.

Référence au marxisme pour le capitalisme, les luttes, l’accumulation … même si la théorie de la régulation est moins déterministe au regard des rôles individuels.

Référence à Keynes pour l’investissement, les rapports salariaux, les anticipations …

La théorie de la régulation estime que les situations d’équilibre découlent d’arrangements institutionnels. Ce n’est pas la conséquence de comportements individuels optimaux.

Les institutions en place dans une économie peuvent donc être à l’origine de situations de crise.

Q : quelle sont la portée et les limites de cette école de pensée ?

 

 

I] Les concepts fondamentaux

Pour la théorie de la régulation, le principal problème est que les dynamiques sont variables dans le temps et dans l’espace. Il faut donc disposer d’un appareil analytique commun pour théoriser les régulations économiques.

En général, les concepts sont peu cohérents et varient en fonction des auteurs.

Deux grandes synthèses : collective par Boyer & Saillard (1995) et Boyer (2004). Mais tardif ?

 

  • Les modes de production et le régime d’accumulation

Ce sont les rapports sociaux déterminés par la production (comme pour Marx).

Cela permet de mettre en valeur les relations entre les rapports sociaux et l’organisation économique.

Un mode de production est toute forme spécifique des rapports de production et d’échange.

Les relations sociales régissent la production et la reproduction des conditions matérielles requises pour la vie des hommes en société.

Boyer (1986) considère que cette notion reste très générale et qu’elle nécessite trois précisions :

- le rapport d’échange est sous forme marchande. La monnaie joue donc un rôle essentiel dans les rapports sociaux (marchandisation).

- la séparation entre producteurs et moyens de production entraîne le développement du rapport salarial.

- la valeur d’échange prime sur la valeur d’usage.

 Le régime d’accumulation est l’ensemble des régularités assurant une progression générale et cohérente de l’accumulation du capital. Ex : le fordisme, Billaudot (2001)

Cela permet de gérer dans le temps les déséquilibres inhérents au processus.

 

  • Les formes institutionnelles et la régulation

Elles découlent d’un régime d’accumulation, ce sont les moyens d’en garantir la cohérence.

Ex : Aglietta (1976) étudie par exemple les formes institutionnelles des USA : le marché du travail est très concurrentiel, l’immigration est forte. Cela fournit une armée industrielle de réserve. Mais des crises de débouchés persistent. Après la seconde guerre mondiale, les salaires sont déconnectés de l’activité économique réelle. Le fordisme est caractérisé par ce rapport salarial non concurrentiel.

Ex : Boyer dir. (1986) sur l’évolution des capitalismes nationaux face à la crise.

On distingue cinq formes institutionnelles :

- la contrainte monétaire : rapport social qui institue les sujets marchands.

Ex : l’inflation découle de rapports sociaux, Boyer & Mistral (1978)

- le rapport salarial : c’est la mise en relation mutuelle entre différents types d’organisation du travail, de modes de vie et de modalités de reproduction des salariés.

Ex : division du travail, revenus, consommation ou formation des salaires, Reynaud (2004)

- les formes de la concurrence : mode de formation des prix.

Ex : mode concurrentiel ou monopoliste (rôle de l’Etat).

- la nature de l’Etat : c’est la lutte entre groupes d’intérêts qui débouchent sur des compromis institutionnalisés.

Ex : passage de l’Etat circonscrit à l’Etat inséré, Delorme & André (1983)

- l’insertion dans le régime international : ouverture aux échanges commerciaux.

Le mode de régulation accorde les comportements individuels et collectifs avec le régime d’accumulation pour maintenir la cohérence.

C’est donc un ensemble de procédures ayant trois caractéristiques :

- reproduire les rapports sociaux fondamentaux

- soutenir le régime d’accumulation en vigueur

- assurer la cohérence des décisions

 

 

II] La théorie des crises

La théorie de la régulation propose une explication des mécanismes de crise.

 

  • Typologie des crises économiques

- Les perturbations externes

Ce sont des phénomènes mineurs pour l’école de la régulation : ces crises sont datées et localisées. Elles sont extérieures au régime d’accumulation. Ex : mauvaise récolte

- Les crises cycliques

Ce sont des phénomènes normaux et périodiques.

Ces crises ne concernent ni la régulation ni le régime d’accumulation. Elles sont liées aux cycles de développement du capitalisme. Ex : insuffisance de la demande

- Les crises du mode de régulation

C’est la mise en cause des mécanismes qui assurent la compatibilité des différents éléments d’un régime d’accumulation. Ex : conflits sociaux pour le partage de la valeur ajoutée

- La crise du régime d’accumulation

Le mode de développement d’un régime d’accumulation est nécessairement limité dans le temps car il repose sur des régularités (les formes institutionnelles).

La reproduction du système économique va connaître des blocages du fait de ses contradictions. Ex : le fordisme reposait sur une organisation de la production, un partage de la valeur ajoutée et une demande sociale spécifiques

- La crise du mode de production

C’est la crise du capitalisme. Phénomène majeur et rare.

Crise qui découle de contradictions qui ne sont plus soutenables. Ex : passage du féodalisme au capitalisme

 

  • Analyses empiriques

Cette typologie fournit une grille de lecture de l’histoire des crises. Applicable aux faits contemporains : de la crise pétrolière (perturbation) à l’effondrement soviétique (mode de production) en passant par la crise japonaise (régime d’accumulation).

Ainsi Boyer (2002) montre que la « nouvelle économie » basée sur les technologies de l’information n’est pas un nouveau mode de régulation qui va assurer la croissance, mais une configuration institutionnelle parmi d’autres.

Pour Aglietta & Rebérioux (2004), la libéralisation financière déstabilise les régimes d’accumulation : la finance de marché ne propose pas de nouveau mode de régulation. L’instabilité qui découle de l’accumulation tirée par la finance est un facteur de propagation des crises. Ex : crise Argentine

Les nombreux scandales financiers sont liés au développement du capitalisme financier, puisque la gestion dans l’intérêt des actionnaires nuit au bon contrôle des dirigeants.

Voir dans cette logique les travaux de Lordon (2003) et (2008).

 

 

Conclusion :

Ecole particulièrement intéressante pour ses analyses socio-historiques. Place très forte des facteurs politiques dans l’économie. Ex : Théret (1992) ou Lordon (1997)

Vision essentiellement macro-économique.

Nombreuses intuitions sur des sujets originaux. Ex : Lipietz sur le développement ou l’écologie.

Mais tellement diverse qu’elle semble dépassée aujourd’hui par d’autres approches.

Ex : économie des conventions

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Régulation et crises du capitalisme, Odile Jacob, 1976

AGLIETTA, Michel & REBERIOUX, Antoine : Dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004

BILLAUDOT, Bernard : Régulation et croissance Une macroéconomie historique et institutionnelle, L’Harmattan, 2001

BOYER, Robert & MISTRAL, Jacques : Accumulation, inflation, crises, Puf, 1978

BOYER, Robert : La théorie de la régulation: une analyse critique, La Découverte, 1986

BOYER, Robert dir. : Capitalismes fin de siècle, Puf, 1986

BOYER, Robert & SAILLARD, Yves dir. : La théorie de la régulation, La Découverte, 1995

BOYER, Robert : Théorie de la régulation, La Découverte, 2004

BOYER, Robert : La croissance, début de siècle, Albin Michel, 2004

DELORME, Robert & ANDRE, Christine : L’Etat et l’économie Un essai d’explication de l’évolution des dépenses publiques en France 1870-1980, Seuil, 1983

LIPIETZ, Alain : Crise et inflation: pourquoi ?, Maspero, 1979

LIPIETZ, Alain : Mirages et miracles Problèmes de l'industrialisation dans le Tiers-Monde, La Découverte, 1985

LORDON, Frédéric : Les quadratures de la politique économique, Albin Michel, 1997

LORDON, Frédéric : Et la vertu sauvera le monde, Raisons d’agir, 2003

LORDON, Frédéric : Jusqu’à quand ?, Raisons d’agir, 2008

REYNAUD, Bénédicte : Les règles économiques et leurs usages, Odile Jacob, 2004

THERET, Bruno : Régimes économiques de l’ordre politique, Puf, 1992

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