20/08/2012

Pour mieux comprendre les règles d'or des finances publiques

Une tribune de l'économiste Philippe Aghion dans le quotidien Le Monde qui plaide pour un découplage entre approche structurelle et conjoncturelle : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/08/17/les-object...

Pour un point de vue nettement plus critique, l'économiste Dominique Plihon l'évoque ici :


Règle d'or - Dominique Plihon par legrandreinventaire

Enfin pour une perspective européenne et critique, Henry Sterdinyak grand macroéconomiste keynésien nous présente le pacte budgétaire :



Le TSCG fait de l'austérité une règle d'or par Les-economistes-atterres

20:34 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

La confiance et l'économie

S'emparant d'une thématique importante pour l'analyse de la richesse d'une société, plusieurs travaux abordent la place de la confiance dans les relations économiques. Trois livres récents (ou récemment traduits) viennent alimenter une réflexion qu'on trouve dès la naissance de l'économie politique. Adam Smith traite en effet dans La théorie des sentiments moraux comme dans la dite Richesse des nations, du rôle fondamental des conditions dans lesquelles les individus commercent. Sans confiance, sans prise en compte des attentes d'autrui, sans insistance sur la réciprocité l'échange n'est pas concevable. Cette dimension perdure dans les outils les plus récents de l'analyse économique puisque la théorie des jeux modélise la confiance dans les jeux dynamiques répétés ...

Pour faire le point sur la notion un peu trop fourre-tout et somme toute excessivement large, l'économiste Eloi Laurent livre une synthèse dans un Repères publié aux éditions de La Découverte. L'auteur expose et clarifie les dimensions réelles et opérationnelles de la confiance dans l'économie. Il est en effet nécessaire de séparer par exemple l'approche contractuelle à la Williamson qui présuppose des agents économiques opportunistes et l'économie du bonheur de Layard qui étudie les corrélations entre richesse et bien être. Cette Economie de la confiance présente l'intérêt de la notion : en distinguant par exemple la confiance dans les institutions et celles entre individu on peut développer des analyses microéconomiques ou économétriques robustes et convaincantes. Il est inutile de chercher un nouveau fondement analytique qui aurait été ignoré jusqu'ici, il semble au contraire que le retour de cette dimension minorée des relations sociales dans l'économie serve plutôt à mettre en perspective nos connaissances actuelles.

A lire sur le sujet : entretien avec l'auteur http://www.sciencespo.fr/newsletter/actu/?id=1825 et pour la RTBF belge http://www.rtbf.be/info/economie/detail_entrepremiere-la-...

Note de lecture dans le supplément économie du journal Le Monde http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/29/l-insou...

Plus militant et plus engagé est l'ouvrage de Yann Algan, Pierre Cahuc & André Zylberberg. A la suite du petit opuscule publié par le Cepremap, La société de défiance et des nombreux débats qui l'ont accompagné sur la méthodologie ou ses fondements conceptuels (avec le sociologue Jacques Rodriguez notamment) les auteurs récidivent et s'adjoignent André Zylberberg pour étayer et approfondir leur thèse :  la société française est économiquement en difficulté car elle est marquée par un manque de confiance dans les relations individuelles.

Comme une réponse au petit ouvrage d'Eloi Laurent qui réduisait leur premier opuscule en un étude de la confiance dans les institutions, les auteurs vont puiser dans la recherche contemporaine des travaux (qu'ils ont notamment contribué à alimenter) qui peuvent approfondir leur problématique. Dans La fabrique de la défiance édité chez Albin Michel, sont passés en revue les conséquences d'un manque de confiance dans les domaines de l'organisation du travail, de l'enseignement, les relations avec les pouvoirs publics ... On retrouve en creux dans cette approche des critiques classiques sur les difficultés de la société française à se réformer comme dans Le mal français de Peyreffite ou les travaux de Michel Crozier sur la bureaucratie.

La compilation des articles et des dispositifs de recherche constitue une mine impressionnante pour se forger une opinion dans la question. Pourtant malgré la volonté de lutter contre un certain fatalisme, le sous-titre évoque "comment s'en sortir" le constat général est pessimiste et ne lorgne pas encore suffisamment vers les productions scientifiques en sociologie ou sciences politiques sur le modèle social français et ses évolutions.

Ici le site dédié à l'ouvrage http://www.sciencespo.fr/lafabriquedelaconfiance/ qui fourmille de données et de références

Participation à l'émission de radio Rue des écoles sur France Culture http://www.franceculture.fr/emission-rue-des-ecoles-l-eco...

Plus généralement sur le sujet l'émission L'économie en questions de France Culture consacrée à la confiance http://www.franceculture.fr/emission-l-economie-en-questi...

Numéro de la Revue Economie & Management sur le même sujet avec des articles en ligne http://www2.cndp.fr/lesScripts/bandeau/bandeau.asp?bas=ht...

Enfin un troisième livre aborde la thématique de la confiance de manière assez incroyable du point de vue économique, il s'agit de Paul Seabright, économiste à Toulouse et spécialiste reconnu d'économie industrielle qui nous propose dans La société des inconnus (traduction chez Markus Heller d'In the company of strangers) une monumentale fresque historique et pluridisciplinaire d'un fait social étonnant : pourquoi des gens qui ne se connaissent pas en sont venus à coopérer pour fonctionner en société et produire de la richesse ? Cet ouvrage qu'on pourrait classer dans le courant de l'économie évolutionniste s'appuie sur des recherches en sciences naturelles comme en économie pour décrire et argumenter cette capacité de l'être humain à créer des choses invraisemblables grâce à la confiance (les villes modernes ou les marchés financiers mondiaux).

Ce livre permet de donner un sens à un phénomène tel que la mondialisation dans une perspective historique originale, différente des travaux classiques de Fernand Braudel ou Jean Favier qui insistaient sur le rôle des marchands et leurs comportements entrepreneuriaux avant l'heure. Il s'agit en réalité de présenter une histoire naturelle de la confiance mais dont la richesse analytique incite à manipuler avec une prudence extrême les fondements comme les perspectives ouvertes par l'auteur.

Note de lecture dans le magazine Sciences Humaines http://www.scienceshumaines.com/la-societe-des-inconnus_f... ou dans Alternatives Economiques http://www.alternatives-economiques.fr/la-societe-des-inc...

Participation à l'émission de France Culture Du grain à moudre http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-10...

14:09 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

23/07/2012

Les nouveaux keynésiens

La vision keynésienne de l’économie a été mise à mal par la crise économique des 70’s. Sur le plan intellectuel on peut distinguer deux temps :

 

  • La crise de la pensée keynésienne

L’approche défendue par Keynes, puis reformulée par les auteurs de la synthèse, a subi deux grandes séries de critiques.

Les monétaristes ont remis en cause plusieurs intuitions, principalement sur l’arbitrage chômage inflation (Phillips). Cependant les auteurs keynésiens ont pu y répondre en modifiant les modèles de façon à prendre en compte les aspects monétaires.

Par contre les nouveaux classiques ont clairement critiqué le fond même de la pensée keynésienne. Pour Lucas, la macroéconomie doit dépasser Keynes dont les analyses ne sont pas adaptées. Ils regroupent leur refus autour de deux thèmes :

-         la macroéconomie keynésienne n’est pas fondée microéconomiquement

-         les anticipations keynésiennes sont incohérentes

A partir des années 80, l’enseignement et la recherche d’inspiration keynésienne sont discréditées.

 

  • Le renouveau de la pensée keynésienne

Les keynésiens classiques défendent leur approche en faisant valoir l’absence de crédibilité des théories des nouveaux classiques : les cycles réels ou les anticipations rationnelles ne permettent pas d’expliquer les fluctuations économiques selon Tobin (1977).

Les résultats mitigés des politiques d’inspiration monétariste ou nouveaux classiques ont permis aux auteurs s’inspirant de Keynes de reformuler des propositions.

Ex : persistance du chômage en Europe

Les nouveaux keynésiens cherchent en premier lieu à trouver des fondements microéconomiques à la macroéconomie tout en conservant certains postulats tels que la rigidité des salaires et des prix. Ils vont, dans un second temps, s’efforcer d’expliquer cette rigidité plutôt que la considérer comme donnée.

Cependant, les nouveaux keynésiens restent un groupe de chercheurs très variés, ne constituant pas une école (même si un grand nombre provient du MIT) et n’ont pas de cohérence doctrinale (voire politique). Ex : Summers / Clinton ou Obama ; Mankiw / Bush.

Q : pourquoi les nouveaux keynésiens ne visent pas à révolutionner l’analyse économique ?

 

I] Les rigidités

Les nouveaux keynésiens distinguent deux grandes séries de rigidités :

 

  • Les rigidités nominales

Les salaires nominaux sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations du niveau général des prix. Les prix sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations de la demande globale.

Pour les nouveaux keynésiens ces rigidités ont des fondements microéconomiques.

Phelps & Taylor (1977) montrent que la fixation des salaires est souvent déterminée sur une période donnée et définie à moyen terme. Ils sont donc rigides car ils n’évoluent pas en fonction des modifications du marché.

Taylor (1980) considère que la rigidité s’explique également par le fait que les contrats sont renégociés de manière échelonnée dans le temps. Il y a donc un décalage entre les variations de prix et l’adaptation des salaires.

Mais ces théories ne sont pas confirmées empiriquement, car les salaires ne sont pas contracycliques. L’inertie semble plutôt liée aux inconvénients de la renégociation.

Les nouveaux keynésiens insistent également sur la rigidité des prix.

Akerlof & Yellen (1985) considèrent que les ajustements de prix ne correspondent pas aux fondamentaux du marché du fait de l’existence d’une concurrence imparfaite.

Pour Mankiw (1985) les entreprises prennent en compte le coût du changement de prix (les coûts de menu) dans leur décision de ne pas les modifier.

Ex : Cechetti (1986) la réévaluation des prix des magazines se fait à intervalles réguliers.

Les rigidités nominales ont plusieurs conséquences : elles entraînent des cycles d’affaires, elles renforcent les récessions, elles peuvent justifier des politiques de stabilisation.

 

  • Les rigidités réelles

Les rigidités réelles sont des ajustements lents des salaires réels à la productivité du travail et au niveau de chômage.

Ball & Romer (1990) soulignent que les rigidités réelles renforcent les rigidités nominales.

Les rigidités réelles peuvent découler des contrats implicites : Azariadis & Stiglitz (1983) montrent que l’aversion pour le risque des salariés est prise en charge par les employeurs.

Dès lors, les entreprises ne modifient pas immédiatement les salaires réels en cas de choc économique : quelque soit la conjoncture, l’employeur garantit le salaire.

Les rigidités réelles par l’existence d’un salaire d’efficience : pour Akerlof (1982) les employeurs garantissent un salaire élevé en contrepartie des efforts du salarié quelque soit la conjoncture.

Les rigidités réelles peuvent également découler du pouvoir de négociation salariale des syndicats. Selon Mc Donald & Solow (1981) les fixations centralisées de salaires ont cet effet.

En termes de politique économique, les nouveaux keynésiens en tirent deux conclusions : pour réduire le chômage sans augmenter l’inflation il faut renforcer la concurrence sur le marché des biens et du travail ; il faut éviter les effets d’hystérèse (maintien d’un chômage élevé).

 

 

II] L’importance des marchés financiers

La nouvelle économie keynésienne remet en cause le postulat de neutralité des variables financières : les auteurs néo-keynésiens considèrent que les marchés financiers peuvent avoir des effets procycliques si les marchés sont imparfaits.

 

  • Des marchés imparfaits

Stiglitz & Weiss (1981) ont montré l’impact du rationnement du crédit sur les déséquilibres économiques. S’il existe des asymétries d’information sur le marché du crédit, l’offre de fonds ne correspond pas à l’optimum : les taux d’intérêts sont trop élevés, seuls les projets risqués sont mis en œuvre. Ce sont des phénomènes de sélection adverse et d’aléa moral.

Les entreprises sont incitées à prendre des risques pour couvrir le coût de l’emprunt.

De même, les intermédiaires financiers peuvent subir des asymétries d’information.

Bernanke (1983) montre qu’il existe un coût d’intermédiation : les banques doivent évaluer et contrôler les emprunteurs, ce qui peut accroître les pertes financières en cas de non remboursement.

Enfin, le financement par fonds propres peut également faire l’objet d’un rationnement.

Greenwald & Stiglitz (1986) étudient les asymétries d’information entre les actionnaires, les épargnants et les dirigeants. L’information sur la firme est détenue et contrôlée par les dirigeants. Les actionnaires doivent inciter les managers à maximiser la rentabilité de l’entreprise car ils ne peuvent évaluer précisément le risque de défaillance.

Les actionnaires vont rationner le financement par actions au profit d’un financement par dette. On retrouve ainsi la problématique du rationnement du crédit.

 

  • Des politiques économiques repensées

L’imperfection des marchés financiers peut réduire l’investissement et la consommation.

Pour Blinder (1987) c’est une imperfection de l’offre effective.

Bernanke (2000) réinterpréte la crise de 1929 en termes d’imperfection des marchés financiers. Il démontre l’influence des facteurs financiers sur les cycles économiques, les faillites en série de banques ont empêché celles-ci de jouer leur rôle d’intermédiation.

En termes de politique économique, l’analyse de l’imperfection des marchés financiers rend inefficace une politique monétaire visant à modifier les taux d’intérêt. Elle peut agir sur l’offre de crédit en favorisant le refinancement des intermédiaires financiers.

L’Etat doit donc essentiellement mener une politique prudentielle : il faut éviter le risque systémique en assurant la stabilité des marchés. Mais cette action peut engendrer des situations d’aléa moral (ex : crise des subprime).

 

Conclusion :

Les nouveaux keynésiens ont également participé à la reformulation de la théorie du commerce international en situation de concurrence imparfaite (Krugman). C’est donc un travail d’approfondissement de l’économie néo-classique sans rupture radicale.

C’est parfois dans le domaine politique que leur approche a traduit un refus de l’économie dominante. Ex : Stiglitz & Krugman. Avec en parallèle une participation active. Ex : Stiglitz & Bernanke.

 

Références :

AKERLOF, George : Labor Contracts as Partial Gift Exchange, Quarterly Journal of Economics, 1982

AKERLOF, George & YELLEN, Janet : A near-rational model of the business cycle, with wage and price inertia, Quarterly Journal of Economics, 1985

AZARIADIS, Costas & STIGLITZ, Joseph : Implicit contracts and fixed price equilibria, Quarterly Journal of Economics, 1983

BALL, Laurence & ROMER, David : Real rigidities and the non-neutrality of money, Review of Economic Studies, 1990

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande Dépression, Idées, 1983

BERNANKE, Ben : The great depression, Princeton University Press, 2000

BLINDER, Alan : Credit Rationing and Effective Supply Failures, Economic Journal, 1987

CECHETTI, Stephen : The frequency of price adjustment: A study of the newsstand prices of magazines, Journal of Econometrics, 1986

GREENWALD, Bruce & STIGLITZ, Joseph : Externalities in Economies with Imperfect Information and Incomplete Markets, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menus faibles: un modèle macroéconomique de monopole, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

McDONALD Ian & SOLOW, Robert : Wage Bargaining and Employment, American Economic Review, 1981

PHELPS, Edmund & TAYLOR, John : Stabilizing powers of monetary policy under rational expectations, Journal of Political Economy, 1977

STIGLITZ, Joseph & WEISS, Andrew : Le rationnement du crédit et le hasard moral, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1981

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

TOBIN, James : How dead is Keynes, Economic Inquiry, 1977

14:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |