11/06/2013

Travail et capital dans la mondialisation : aspects économiques et sociaux

Le commerce international présente plusieurs grands traits historiques :

  • Du XIXe au XXe siècle : nouvelle domination économique mondiale

Les principaux exportateurs sont européens : Royaume-Uni, France et Allemagne. Les Etats-Unis deviennent une grande puissance commerciale entre 1850 et 1913. Le Japon commence également à s’insérer dans l’échange international. 40 % des échanges sont intra-européens. Seuls 23 % du commerce ne concerne pas l’Europe.

L’Europe exporte principalement des produits manufacturés et importe des produits primaires. Le Royaume-Uni perd progressivement sa prééminence. Les produits manufacturés se distinguent : les biens d’équipement deviennent une composante essentielle. Les exportations mondiales augmentent fortement après 1945. Les Etats-Unis deviennent la nation dominante des échanges internationaux et le Japon progresse fortement jusqu’aux années 90.

Norel (2004) montre que la logique d’expansion des marchés de la mondialisation se construit en interaction avec l’Etat, mélange de compétition et de régulation.


  • La mondialisation actuelle

D’après les statistiques du commerce international de l’OMC, plusieurs constats :

Trois grandes zones concentrent l’essentiel du commerce mondial : Amérique du Nord, Europe, Asie. Les principaux exportateurs sont l’Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, le Japon et les Pays-Bas. Les principaux importateurs sont les Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine, le Japon et la France. Les pays d’une zone régionale commercent davantage avec des pays de la même zone.

Les pays échangent essentiellement des marchandises (environ 80 % du total). On distingue trois grands groupes de marchandises : les produits manufacturés qui en représentent les 2/3 ; les combustibles et les produits des industries extractives et les produits agricoles dont la part a régulièrement diminué depuis 1945.

On distingue trois grands types de services commerciaux : les transports qui représentent un quart du total ; les voyages avec la même proportion et les autres services (ex : services financiers ; redevances et droits de licence et informatique …).

Q : la mondialisation a t’elle modifié en profondeur les facteurs de production ?


I] Le partage international du travail

La main d’oeuvre a peu migré depuis 1945, le commerce mondial s’étant principalement réorganisé sur une base nationale et des exportations, comparativement au XIXe siècle. Ex : rôle des colonisations et de la décolonisation

  • Les grands équilibres démographiques

Au plan mondial, la notion de population ne consiste qu’à faire une somme de personnes. La population mondiale en soi n’a aucun sens.

On distingue les pays qui ont connu leur transition démographique des autres. Diminution de la mortalité / augmentation de la population / diminution de la natalité et augmentation de l’espérance de vie.

La répartition de la population mondiale reste relativement stable depuis que les grands foyers de peuplement se sont mis en place : Amérique du nord, Amérique centrale et du sud, Europe et Russie, Asie, Afrique & Océanie. Aujourd’hui globalement = ralentissement. Les citoyens du monde se concentrent dans les zones urbaines.

Les questions démographiques sont politiques :

- politiques de contrôle des naissances (Inde, Chine ou Japon précédemment)

- violences envers les populations : déplacements ou génocides

- réduction et contrôle des flux migratoires : migrants d’Asie ou d’Europe de l’est

- déplacement de la main d’oeuvre qualifiée (brain drain)

La démographie économique cherche à dépasser le malthusianisme (vision pessimiste de l’augmentation de la population) pour montrer que c’est une condition de la croissance et du développement, Mazerolle (2005).


  • Le fordisme et sa crise

Les trente glorieuses marquent l’apparition d’un nouveau mode de régulation du capitalisme.

Pour la Théorie de la Régulation ce régime s’appelle le fordisme Boyer (2004) : production de masse standardisée, consommation de masse, extension du salariat et hausse du pouvoir d’achat. C’est essentiellement un capitalisme monopoliste :

- le salaire individuel est déterminé dans un cadre collectif

- le capital est concentré au sein de grandes firmes multinationales oligopolistiques

- l’Etat joue un rôle d’impulsion économique

L’enchaînement économique vertueux des politiques économiques est décrit par Fourastié (1979) : l’association entre production et consommation de masse est favorisée par une demande effective forte et croissante. Cela favorise l’amélioration de la production.

Les gains de productivité qui en découlent permettent d’accroître le pouvoir d’achat des salariés ce qui favorise la consommation. Pour Findlay et O’Rourke (2002) c’est cette logique de revenu qui explique l’essentiel de la croissance d’après guerre, bien plus que la mondialisation.

Ce modèle de croissance des trente glorieuses finit par atteindre ses limites dans les 70’s :

- Les gains de productivité ralentissent (désindustrialisation et tertiarisation)

- Les dépenses dans des domaines nouveaux liés à l’augmentation de la qualité de vie (santé, environnement) favorisent la tertiarisation

- Les progrès technologiques sont maîtrisés

- La demande en biens durables ou d’équipement parvient à saturation. La production de masse de biens indifférenciés ne répond plus aux aspirations des consommateurs

- La répartition des revenus entre salaires et profits était fortement encadrée par l’Etat ou les syndicats. L’inflation et le chômage rendent nécessaire un nouveau régime de répartition

Les nouvelles approches de l’organisation du travail qui se sont développées depuis n’ont pas constitué des modes de régulation : toyotisme, qualité …


II] Les entreprises multinationales

Reich (1991) montre le développement des réseaux mondiaux de grandes firmes et la nécessité d’avoir un capital humain adapté pour assurer la prospérité économique des nations.

  • Les flux d’investissement directs à l’étranger (IDE)

Ils augmentent plus vite que les échanges internationaux. Une entreprise multinationale est une entreprise implantée dans plusieurs pays. En général, on considère qu’il faut posséder 10 % du capital d’actifs productifs à l’étranger. Les IDE sont des prises de participation dans le capital d’entreprises étrangères dans le but de les contrôler. D’après la Cnuced, on comptabilise 78.000 firmes multinationales en 2007. Leur activité représente 10 % du PIB mondial.

Mundell (1957) montre que si les facteurs de production sont mobiles internationalement mais que le commerce des produits est limité, les investissements à l’étranger sont des substituts au commerce de marchandises. Or le capital est un facteur très mobile.

Les investissements des multinationales obéissent à plusieurs logiques :

- la rationalisation du processus de production au niveau mondial

- le recentrage sur les métiers (la diversification est assumée par le marché financier)

- l’acquisition de technologies innovantes

Historiquement les premières multinationales apparaissent dans la navigation pour sécuriser les approvisionnements et les débouchés des pays en cours d’industrialisation. Mais il n’existe pas de modèle de multinationalisation. Ex : en Europe, les firmes multinationales se développent à partir d’un avantage technologique ; aux Etats-Unis à partir des économies d’échelle (production de masse).

Les IDE s’effectuent essentiellement dans les pays de la Triade et principalement entre les Etats Unis et l’Europe, Adda (2006). Quasi-monopole américain jusqu’en 1973. Ils sont à présent très polarisés dans les pays en développement : BRIC.


  • Les stratégies économiques des entreprises multinationales

Particularité des multinationales : la difficulté de déterminer leur nationalité. Il existe généralement un siège et des filiales à l’étranger, mais ce sont des firmes transnationales. De plus, la nationalité des capitaux évolue. Ex : British American Tobacco, Shell, Vivendi … Les trente glorieuses sont marquées par la domination des multinationales américaines.

Aujourd’hui, la plupart des grandes entreprises mondiales proviennent de la Triade. Les secteurs les plus importants sont l’automobile, le pétrole, l’industrie pharmaceutique et les télécommunications. Prolonge la dynamique du capitalisme industriel, Chandler (1990) même si de nombreuses multinationales découlent de stratégies de la première moitié du XXe siècle.

Michalet (1998) montre qu’une multinationale mène une stratégie mondiale : elle alloue ses ressources de manière à tirer profit des différences entre pays. Il distingue trois phases :

- jusqu’aux années 60 le capitalisme est inter-national

- jusqu’aux années 80 le capitalisme est multi-national, découle des flux d’IDE

- depuis les 80’s le capitalisme est global, quasiment déconnecté de l’économie réelle

D’après la théorie du commerce international, il y a un intérêt à l’échange international càd à l’exportation de biens ou de services. Les multinationales ont une logique différente : elles vont produire directement à l’étranger. La multinationalisation permet de contourner les barrières aux échanges.

Pour Vernon (1966) les entreprises s’implantent à l’étranger en fonction du cycle de vie international du produit. Elles diffusent leurs produits en fonction de la phase atteinte par le bien sur le marché national : lancement / croissance / maturité / déclin. Le commerce international permet de renouveler et de maintenir la production.

L’implantation internationale découle généralement des imperfections du marché : différenciation des produits, avantage technologique, économies d’échelle ou politiques gouvernementales … Les multinationales mettent donc en place des barrières à l’entrée du marché.


Conclusion :

Nouveaux rôles pour les agents économiques. Nouvelle dimension géographique.

Nouvelles préoccupations : concurrence internationale, environnement …


Références :

BOYER, Robert : Théorie de la régulation, La Découverte, 2004

CHANDLER, Alfred : Scale and scope The dynamics of industrial capitalism, Harvard University Press, 1990

FINDLAY, Ronald & O’ROURKE, Kevin : Commodity market integration, CEPR, 2002

FOURASTIE, Jean : Les trente glorieuses, Fayard, 1979

MAZEROLLE, Fabrice : Démographie économique, Vuibert, 2005

MICHALET, Charles-Albert : Le capitalisme mondial, Puf, 1998

MUNDELL, Robert : International Trade and Factor Mobility, American Economic Review, 1957

NOREL, Philippe dir. : L’invention du marché Une histoire économique de la mondialisation, Seuil, 2004

REICH, Robert : L’économie mondialisée, Dunod, 1991

VERNON, Raymond : International Investment and International Trade in the Product Cycle, Quarterly Journal of Economics, 1966

11:38 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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