11/06/2013

Le nouvel ordre économique mondial : de 1945 à nos jours

L’après guerre est marquée par la domination des Etats Unis et la création d’un cadre institutionnel favorable à l’économie internationale.

  • Un retour de la mondialisation

L’ordre économique qui se met en place à la sortie de la seconde guerre mondiale dans les pays industrialisés est l’héritage des deux périodes précédentes. La première mondialisation (1870-1913) où l’intégration économique et financière était très poussée sur le plan mondial et la rupture de l’entre deux guerres mondiales (1914-1945) où nationalisme et protectionnisme ont montré leurs limites économiques.

Ainsi le phénomène de globalisation n’est pas une nouveauté radicale, mais plutôt la reformulation d’un épisode historique. Bairoch (2002) souligne par exemple que le stock d’investissement direct à l’étranger des pays d’Europe occidentale atteignait 20-22%, niveau qui ne sera atteint que dans les années 90. De même le niveau d’ouverture du Japon, qui fait pourtant figure de « miracle économique » de l’après guerre avec une stratégie exportatrice, n’a jamais dépassé celui de 1913. Finalement, Bairoch souligne que c’est la première mondialisation avec les USA.


  • Les accords de Bretton Woods

La stabilité des échanges internationaux qui reprennent après la guerre et le protectionnisme rend nécessaire la création d’un nouveau système monétaire international à Bretton Woods (1944). Bien que Keynes ait proposé la création d’une banque centrale internationale avec une nouvelle monnaie mondiale (le bancor), les USA vont adopter un système qui leur est plus favorable.

Le dollar est la monnaie dominante : c’est la seule à être convertible en or, elle devient l’étalon mondial. La parité des autres devises est définie par rapport au dollar et à l’or. Les pays s’engagent à défendre leurs parités. Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (Banque Mondiale) sont créés pour financer les pays connaissant des crises de change ou les pays en développement.

Mais ce système comporte une contradiction interne : il faut que la quantité de dollar soit stable pour maintenir les parités ; il faut beaucoup de dollars pour favoriser les échanges.


  • Les accords du GATT

La conférence de la Havane (1947) prévoit d’instaurer le libre échange à l’échelle mondiale. Seul le General Agreement on Tarifs and Trade sera ratifié : il prévoit une réduction des droits de douane et des barrières aux échanges et fonctionne sur le multilatéralisme.

Le commerce international repose sur la loyauté des échanges et la libéralisation : clause de la nation la plus favorisée, transparence et consolidation (irréversible). Au sein du Gatt se met également en place l’intégration européenne (rappel).

Q : quels sont les changements de fond des équilibres économiques mondiaux ?


I] Le commerce international

On constate trois grandes caractéristiques :

  • La concentration des échanges

Depuis 1945, le commerce international augmente plus vite que le PIB mondial. La part des marchandises reste prépondérante et concerne essentiellement les produits manufacturés. Trois grandes zones géographiques dominent le commerce mondial : l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie qui forment la Triade, Ohmae (1985).

Les zones les plus pauvres sont marginalisées, car les échanges mondiaux sont de plus en plus régionalisés dans les pays riches, Adda (2006). Cette concentration se retrouve aussi dans les pays en développement ouverts au commerce. Ex : littoral chinois, Inde


  • Evolution des politiques commerciales

Nombreux succès des premiers « round » : réduction des droits de douane moyens de 41 à 7,5% en 1980 à la fin du 7ème cycle, le Tokyo Round (1973-1979). Dans un contexte de crise, la régulation des échanges au sein du Gatt basée sur le consensus laisse place à de nombreux conflits commerciaux entre pays industrialisés.

Les Etats érigent de nouvelles barrières. Ex : mesures techniques ou sanitaires. Les négociations deviennent de moins en moins multilatérales : chaque pays cherche à négocier des accords bilatéraux qui lui soient favorables. Ex : restriction des exportations. Le dernier cycle achevé s’est ainsi étalé de 1986 à 1994, l’Uruguay round a mis en valeur les limites du Gatt.

C’est pourquoi, l’OMC a pris la place du Gatt avec de nouveaux pouvoirs (1995) : reprise des accords du Gatt, cadre de négociation permanent, procédure de règlement des différends … mais les négociations n’avancent quasiment pas depuis 1999 (Seattle). Ainsi l’ouverture du Doha round n’a pas réellement été suivie de progrès dans la négociation. D’autant que Samuelson (2004) montre que les gains à l’échange ne sont pas forcément partagés.


  • La régionalisation des échanges

On constate une nouvelle division internationale du travail : la production est hiérarchisée internationalement par des entreprises qui cherchent à tirer profit des différents marchés. Lafay (1979) montre que la spécialisation des économies est essentielle pour obtenir des gains à l’échange. Il faut éviter que le système productif soit trop dépendant de la conjoncture. Certaines politiques commerciales ont donc consisté à négocier des accords régionaux.

Ex : APEC, Mercosur, ALENA …

Ainsi pour la construction communautaire, la crise économique a favorisé la relance du processus d’intégration européen : les pays isolés ne pouvant efficacement redresser leurs économies.

Ex : crise du SMI pour l’intégration monétaire


II] La globalisation financière

La fin du système monétaire mis en place à Bretton Woods induit plusieurs bouleversements :

  • Le système monétaire international depuis Bretton Woods

Bretton Woods a connu un âge d’or jusqu’en 1968 garantissant la liquidité mondiale et favorisant en retour la confiance dans le système. Même si paradoxalement l’investissement national reste fortement lié à l’épargne nationale selon Feldstein & Horioka (1980).

Depuis les accords de la Jamaïque de 1976 les Etats sont libres de leur politique de change : de nombreux systèmes ont été mis en place, Eichengreen (1996). Ex : changes fixes par rapport à une monnaie, changes flexibles, parités glissantes, currency board …

Dans ce contexte, la création de l’euro a simplifié le système monétaire international : le dollar reste la principale monnaie des échanges mondiaux suivie par l’euro. Ex : réduction des opérations de change de 19% entre 1998 et 2001

Plusieurs propositions de réforme du SMI existent mais qui supposent des accords politiques. La tendance actuelle est plus orientée vers des commentaires des déséquilibres par les G (7, 8 ou 20)


  • L’intégration financière

Après la forte intégration de la période de l’étalon-or et le repli de l’entre deux guerres, la mobilité internationale des capitaux s’accroît dès 1945 et s’accélère à partir des 80’s, Obstfeld & Tayor (2004). Le développement des marchés de capitaux a modifié les circuits de financement de l’économie.

L’économie de marchés financiers s’est largement répandue :

- Le financement des déficits publics croissants peut drainer l’épargne mondiale.

- les entreprises peuvent trouver de nouvelles sources de financement.

Les investisseurs institutionnels prennent donc un rôle croissant dans le financement des grandes entreprises multinationales : les mouvements de capitaux sont libéralisés. Bourguinat (1992) décrit cette mutation financière comme la révolution des trois « D ».

- désintermédiation : les marchés remplacent les banques pour obtenir du financement

- déréglementation : les règles concernant l’épargne et l’investissement sont assouplies

- décloisonnement : les marchés et les intermédiaires sont de plus en plus intégrés


  • Les crises financières

La globalisation financière s’accompagne d’une forte instabilité : les marchés et l’épargne sont volatiles. Les financements sont souvent orientés sur le court terme. Les pays en développement souffrent le plus de ces stratégies financières.

La globalisation financière entraîne une globalisation des risques. Les agents individuels maîtrisent de plus en plus les risques de leurs placements, ce qui déporte les risques au niveau agrégé vers la crise systémique. Les crises sont plus fréquentes, plus difficiles à prévoir et affectent plus fortement les pays en développement, Boyer, Dehove & Plihon (2004). Comme les agents ont intérêt à avoir un comportement moutonnier par rapport aux évaluations du marché, cela peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives, Kindleberger (2000).

La spéculation peut déclencher une crise : les agents cèdent leurs titres au plus vite. Cela entraîne une chute rapide et brutale des cours boursiers. Ex : krach de 1987, bulle « Internet » de 2000. Pour Kindleberger, cela justifie le rôle d’un prêteur en dernier ressort. Joué en son temps par le SMI, puis par les Etats depuis … Le système monétaire international semble dépassé face à ces crises. Voir la régularité des crises, Reinhart & Rogoff (2009).


Conclusion :

L’économie internationale est dans une nouvelle configuration mais doit affronter les mêmes défis pour assurer croissance et développement.


Références :

ADDA, Jacques : La mondialisation de l’économie, La Découverte, 2006

BAIROCH, Paul : Les principales composantes de la mondialisation dans une perspective historique, Economie Appliquée, 2002

BASTIDON-GILLES, Cécile ; BRASSEUL, Jacques & GILLES, Philippe : Histoire de la globalisation financière, Armand Colin, 2010

BLANCHETON, Bernard : Histoire de la mondialisation, De Boeck, 2008

BOURGUINAT, Henri : Finance internationale, Puf, 1992

BOYER, Robert ; DEHOVE, Mario & PLIHON, Dominique : Les crises financières, Conseil d’Analyse Economique, 2004

EICHENGREEN, Barry : L’expansion du capital Une histoire du système monétaire international, L’Harmattan, 1996

FELDSTEIN, Martin & HORIOKA, Charles : Domestic Saving and International Capital Flows, Economic Journal, 1980

KINDLEBERGER, Charles : Histoire mondiale de la spéculation financière, Valor, 2000

LAFAY, Gérard : Dynamique de la spécialisation internationale, Economica, 1979

OBSFELDT, Maurice & TAYLOR, Alan : Global capital markets: integration, crisis and growth, Cambridge University Press, 2004

OHMAE, Kenichi : La triade, Flammarion, 1985

REINHART, Carmen & ROGOFF, Kenneth : Cette fois c’est différent Huit siècles de folie financière, Pearson, 2009

SAMUELSON, Paul : Where Ricardo and Mill Rebut and Confirm Arguments of Mainstream Economists Supporting Globalization, Journal of Economic Perspectives, 2004

11:28 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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