17/04/2013

L'Europe monétaire et financière : aspects économiques et sociaux

Volonté de créer une banque centrale commune aux pays européens. Décision économique et surtout politique.


  • Une construction institutionnelle

Choix d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique, càd indépendante sur le plan des opérations (décisions), des dirigeants (mandat sans révocation) et des sources de financement.

En Europe a été mis en place un modèle original : le Système Européen de Banques Centrales.

- Volonté d’accompagner le marché unique.

- Recherche d’un cadre financier simplifié (au regard des problèmes de changes ou de spéculation).

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mandat principal la stabilité des prix et le soutien éventuel aux politiques économiques. Approche monétariste. L’Eurosystème est composé de la BCE et des Banques centrales des pays membres de la zone euro. C’est le dispositif principal du SEBC. Certains pays n’ayant pas adopté l’euro.

L’Eurosystème gère la politique monétaire, collecte des informations statistiques et régule les secteurs bancaire et financier. Le traité de Maastricht (1992) est le fondement juridique du SEBC, il est à l’origine de la création de l’euro et a instauré la politique monétaire européenne (de type fédérale).


  • Macroéconomie de l’union économique et monétaire

Plusieurs critères macroéconomiques de convergences ont été définis :

- Taux d’inflation : ne doit pas dépasser 1,5 % de la moyenne des trois meilleurs

- Taux de change stable

- Déficit public inférieur à 3 % du PIB

- Endettement public inférieur à 60 % du PIB

- Taux d’intérêt : ne doit pas dépasser 2 % de la moyenne des trois meilleurs

Système renforcé par la Pacte de stabilité et de croissance (1997) : sanction du non respect des critères. Même si son fonctionnement a été assoupli …

Rôle important joué par la Commission européenne dans l’analyse et la coordination des politiques économiques. Même si la politique budgétaire ou industrielle est beaucoup moins intégrée.

Q : comment s’organise l’économie monétaire et financière en Europe ?


I] La création d’une monnaie unique européenne

La question d’une intégration monétaire spécifique à l’Europe se pose dans les 70’s.

  • Une réponse à l’échec du système de Bretton Woods.

Rapport Werner (1970) propose d’harmoniser les politiques monétaires et de change au niveau européen pour accompagner le rapprochement commercial. Objectifs :

- Renforcer le rôle de l’Europe dans le SMI

- Unification du marché européen

Vision ambitieuse (finalement proche du SEBC) mais qui n’a pu être mise en oeuvre dans les années 70 où les pays ont apporté des réponses nationales en termes de politiques économiques.

Face au flottement généralisé des monnaies : l’Allemagne et le Benelux ainsi que des participants occasionnels ont mis en place un flottement par rapport au dollar (informel) avec des marges de fluctuation : c’est le serpent monétaire (1972). Les difficultés économiques et sociales de certains membres (Angleterre, Italie) et les divergences économiques rendent peu efficace le mécanisme qui sera perturbé par le premier choc pétrolier.

En 1979, c’est pourtant ce modèle qui sert de référence au Système Monétaire Européen (SME) : France, Allemagne, Benelux, Italie, Danemark et Irlande instaurent un système de changes fixes entre eux autour d’une nouvelle unité monétaire, l’ECU composée d’un panier de monnaies.

La disparité des situations macroéconomiques (inflation notamment) le rendait également très fragile. Mais, grâce à des politiques de coopération et des ajustements de taux de changes, le SME a fonctionné jusqu’en 1992 avec deux caractéristiques :

- Système dominé par l’Allemagne : DM comme monnaie de référence

- Système crédibilisé par l’Allemagne : réputation de la Bundesbank / inflation

L’indépendance de la Banque centrale conduisant empiriquement à une inflation plus faible selon Alesina & Summers (1993) et l’histoire économique allemande ont conduit la Bundesbank à s’affirmer comme le pivot du SME autour d’une gestion monétaire très rigoureuse. Cela a favorisé la convergence des taux d’inflation de ses membres et cela a poussé les gouvernements des pays à inflation forte à ne pas dévaluer et donc à gagner en crédibilité, Rogoff (1985).


  • L’union économique et monétaire

L’approfondissement du marché unique a conduit les pays de la CEE à parachever l’harmonisation en mettant en place l’Union Economique et Monétaire (UEM). Passage en plusieurs étapes à une unification monétaire :

- Participation au mécanisme de change du SME : parités fixes

- Libre circulation des capitaux et indépendance des banques centrales

- Création d’une monnaie unique dans un cadre institutionnel européen

L’UEM est un choix économique et politique.

On peut l’analyser économiquement par le triangle d’incompatibilité de Mundell : il n’est pas possible de concilier liberté de circulation des capitaux, parités fixes et autonomie de la politique monétaire. Mais l’adoption du traité de Maastricht a montré les difficultés politiques d’une intégration plus poussée mélangeant l’économie et d’autres sujets. Ex : referendum français

Comme le montre Tsoukalis (1997) pour le cas allemand, le choix de l’UEM obéit plus à une logique politique qu’économique : il garantit l’intégration de l’Allemagne dans l’Europe.

C’est la thèse de Bordo & Jonung (1999) le futur de l’UEM ne pourra passer que par une forte unité politique car les difficultés économiques sont nombreuses : pas de prêteur en dernier ressort, pas de coordination fiscale, pas de solidarité financière entre Etats …


II] L’Europe financière

L’intégration monétaire est indissociable de la construction d’un marché financier européen. Elle pose des questions plus économiques qu’historiques …

  • Une zone monétaire optimale ?

La théorie des zones monétaires optimales développée par Mundell (1961) apporte la réponse de principe à la construction monétaire européenne : un système de taux de change fixe est le plus approprié pour des pays intégrés économiquement. Critère essentiel : la mobilité des facteurs de production. Une zone monétaire optimale fournit aux participants un gain d’efficience monétaire : réduction de l’incertitude et des coûts de transaction.

Ex : Bean (1992) convertir un billet dans les devises européennes lui fait perdre la moitié de sa valeur

Cependant une zone monétaire optimale induit une perte de stabilité économique : les pays rejoignant l’aire monétaire abandonnent leur capacité de mener une politique monétaire autonome ou de modifier son taux de change. Plus l’intégration économique entre les pays membres de la zone est poussée, plus le gain d’efficience est élevé et plus la perte de stabilité est importante. Un pays a intérêt de participer à une zone monétaire et de fixer un taux de change qui équilibre le gain et la perte.


  • La dimension financière du marché unique

Elle est le produit de l’adaptation de l’Europe aux mutations financières internationales : libéralisation des opérations financières et globalisation des activités. D’après Aglietta (1995) un système financier doit résoudre le dilemme efficacité / sécurité : un système stable s’accompagne d’une moins grande efficacité et réciproquement.

Trois critères illustrent ce dilemme :

- La place des marchés financiers dans les circuits de financement

- Le degré de séparation des banques et des autres institutions financières

- Le degré de concentration bancaire

D’où le développement des crises financières internationales périodiques.

L’Europe financière est fondée sur des libertés fondamentales :

- La liberté d’établissement

- La libre circulation des capitaux (1990)

- La libre prestation de services financiers (1993)

Les conséquences du système financier européen sont triples et contradictoires :

- Les flux de capitaux entraînent des gains d’efficacité

- Le système financier est fragilisé par les risques d’instabilité

- Les politiques économiques subissent des pertes d’efficacité : délocalisations, concurrence fiscale, pas de politique monétaire autonome


Conclusion :

L’Europe monétaire et financière ne peut se comprendre sans une dimension politique.


Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BEAN, Charles : Economic and monetary union in Europe, Journal of Economic Perspectives, 1992

BORDO, Michael & JONUNG, Lars : The future of EMU: what does the history of monetary unions tell us?, NBER, 1999

MUNDELL, Robert : A theory of optimum currency area, American Economic Review, 1961

ROGOFF, Kenneth : The optimal degree of commitment to an intermediate monetary target, Quarterly Journal of Economics, 1985

TSOUKALIS, Loukas : The new European economy revisited, Oxford University Press, 1997

14:52 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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