22/03/2013

La Chine de 1958 à nos jours, du communisme à l'économie de marché : aspects économiques et sociaux

  • Le développement économique européen, la stagnation chinoise

L’empire chinois n’a pas connu la révolution industrielle au moment où l’Europe se développait économiquement (fin XVIIIe). Cette grande divergence (Pomeranz) qui débute dès 1750 fait que l’Europe cherche l’expansion alors que la Chine se contente de gérer son gigantesque territoire sans bouleversement technologique. Rôle essentiel du dépassement des contraintes écologiques.

Ce décalage perdure jusqu’à la fin du XIXe où l’empire chinois devient une proie pour les impérialismes économiques des pays dominants. Suite à des conflits armés, les grandes puissances obtiennent des concessions territoriales en Chine. Ces zones seront développées selon les principes du capitalisme (ex : Hong Kong par l’Angleterre en 1841 ; Taïwan par le Japon en 1895). Double conséquence :

- Apparition de l’économie de marché sur les côtes et diffusion du modèle

- Apparition d’une classe d’entrepreneurs (dans l’industrie et le textile)

Le pays reste donc essentiellement sous développé et rural au début du XXe siècle. La domination étrangère de la Chine a des répercussions politiques : le développement du nationalisme (révolution de 1911) et la création du parti communiste (1921). Dans un premier temps les deux tendances coexistent et se soutiennent pour s’emparer du pouvoir.

A la mort de Sun Yat Sen (1925), père de l’indépendance chinoise, deux leaders vont s’opposer : Tchang Kaï Chek (nationaliste) et Mao Tsé Toung (communiste).


  • La voie communiste

Suite à l’offensive japonaise (1937), la résistance commune s’impose dans les faits, même si chaque tendance en profite pour renforcer ses positions. A partir de 1945, les communistes profitant de soutiens divers et aléatoires prennent progressivement le pouvoir. Changement de régime en 1949 : c’est la République Populaire de Chine (les nationalistes du Kuomintang se réfugient à Taïwan).

C’est donc dans le camp des économies planifiées centralisées de type soviétique qu’émerge la Chine de 1949. L’Union soviétique va fournir à la fois le modèle et les finances.

- Mise en place de la planification quinquennale

- Nationalisation des entreprises industrielles

- Collectivisation des terres agricoles

La rupture avec l’URSS découle des changements induits par la succession de Staline. La Chine développe ensuite une voie originale tant dans une optique communiste que capitaliste.

Q : l’expérience chinoise est-elle une réussite ?


I] Le modèle communiste chinois (1958-1978)

A partir de 1958 la Chine choisit une stratégie de développement autonome.

  • Le grand bond en avant

Le premier plan (1953-1957) n’a pas permis de développer l’industrie. Le manque de capital et l’abondance du travail rendent les conditions de croissance économique basée sur les industries lourdes problématiques (ex : infrastructures et communications déficientes). Le grand bond consiste à saisir le problème de manière volontariste en dépassant les contraintes existantes : il faut libérer les énergies du peuple car la planification bureaucratique est trop lente.

A partir de 1958 la Chine décide de concentrer tous ses moyens dans la production d’acier. L’agriculture est totalement délaissée, les cadences sont excessives : la famine, la sous nutrition et les décès qui accompagnent le grand bond sont massifs. On estime à 60 millions de morts (fourchette haute) l’impact démographique de cette stratégie.

D’autant que la production industrielle n’est pas d’excellente qualité et qu’elle n’offre pas de débouchés au marché intérieur. Cet échec rend nécessaire une nouvelle politique économique : reprise de l’agriculture et effort dans l’éducation. Dans les années 60, la Chine a rétabli sa production et remboursé sa dette envers l’URSS.


  • La Révolution culturelle (1966-1970)

Le Grand Bond ayant été remis en question, l’autorité politique de Mao a été mise à mal. Pour reprendre la main, il décide de mettre en place une nouvelle stratégie : les échecs précédents découlent d’une insuffisante prise en compte de la lutte des classes.

La révolution culturelle va peser essentiellement sur les villes : les intellectuels, les opposants sont exilés à la campagne pour développer l’activité agricole (avec en parallèle des exécutions et des exactions massives).

L’échec économique est moins massif que pour le Grand Bond en avant car l’agriculture est relativement épargnée par les réorganisations. C’est surtout un manque de travail qualifié qui découlera de la révolution culturelle (forte diminution de la population étudiante).


  • Le tournant politique (1970-1978)

Même si la Révolution culturelle ne prend fin qu’en 1976, les tendances réformistes existaient depuis plusieurs années (incarnées par Deng Xiaoping). Le bilan économique de Mao est globalement mauvais : la Chine rayonne sur le plan international (reconnaissance par les USA, alternative à l’URSS) alors que le coût démographique des réformes est désastreux, que la Chine est isolée économiquement et que ses campagnes sont surpeuplées et pauvres. La Chine reste surtout un pays totalitaire.

Pourtant, le PIB, la richesse par habitant et la productivité ont tout de même fortement augmenté au cours de la période communiste, Maddison (1998). Le décès de Mao (1976) va permettre de changer la politique économique poursuivie jusqu’à présent, où les aspects politiques ont toujours primé sur la réalité économique.


II] Le modèle de transition chinois

La fin d’une vision économique planifiée et centralisée découle de la prise de pouvoir par Deng Xiaoping (1976-1978). Celui ci considère qu’il faut libéraliser l’économie chinoise de manière progressive : c’est une stratégie de modernisation basée sur le gradualisme.

  • La transition au capitalisme

Dans le domaine agricole, la Chine favorise le retour à l’exploitation familiale en mettant un terme aux grandes fermes collectives, en proposant des contrats incitatifs aux fermiers, en relâchant les contraintes sur les prix ou les quantités.

La Chine connaît donc des difficultés pour stabiliser sa politique agricole car elle reste régulée par l’Etat. De plus, le monde rural ne profite pas du dynamisme économique général. Le gouvernement chinois cherche également à se désengager des entreprises publiques : elles bénéficient progressivement de l’autonomie, du droit de décider de l’affectation de leurs bénéfices.

Depuis les années 90 les entreprises qui ne sont pas efficaces sont privatisées, les autres restent généralement sous contrôle public. Par ailleurs, la Chine a laissé se développer un secteur privé parallèle, complémentaire du secteur public (qui a permis d’attirer des capitaux étrangers).

Dans le domaine financier, la Chine a cherché à construire un système bancaire grâce au niveau élevé d’épargne. Mais elles financent souvent des activités publiques peu rentables. C’est donc essentiellement les capitaux étrangers qui financent l’investissement. Pourtant le marché financier chinois reste insuffisamment développé.


  • Le maintien d’un régime autoritaire

Une des grandes particularités de la transition chinoise est qu’elle est menée en l’absence de régime démocratique. Pour Barro (1997) cela montre que l’économie de marché peut se passer de la démocratie. Sen (1999) contredit formellement cette idée, en montrant que l’absence de débats contradictoires ne permet pas le développement.

L’absence de démocratie permet de contenir les fortes inégalités sociales que subit la Chine depuis le début de sa transition du fait d’un rattrapage économique impressionnant. Le parti communiste chinois reste éminemment pragmatique et considère le pilotage de l’économie comme primordial. Pourtant les évènements de 1989 montrent qu’une transition démocratique n’est pas à l’ordre du jour …

D’autant que la Chine est une superpuissance politique aux ambitions politiques fortes : nucléaire, aérospatial, régional … Pour Arrighi (2007) la voie de développement chinoise est originale à trois niveaux : elle n’est pas néo-libérale ; elle a choisi de peser sur l’économie internationale ; elle pourra porter un modèle plus égalitaire et plus écologique.


  • L’intégration dans l’économie mondiale

La Chine a décidé que sa transition devait passer par l’ouverture aux échanges. Le gouvernement a autorisé les investissements étrangers (attirés par la perspective d’un grand marché de consommation) tout en réglementant les prises de participation. Sur le plan commercial, la libéralisation des échanges a été réalisée de manière graduelle en favorisant les exportations tout en protégeant certains secteurs.

L’adhésion à l’OMC en 2001 a couronné cette stratégie en faisant de la Chine un partenaire commercial des grandes économies développées. C’est un des principaux exportateurs mondiaux. Pour Bergère (2007) le capitalisme chinois se nourrit des influences étrangères pour développer sa propre conception, d’où l’intérêt de cette stratégie d’ouverture. Il est aussi l’héritier d’une longue tradition.

Pour Aglietta & Landry (2007) la Chine s’affirme ainsi comme une superpuissance économique, ce qui va entraîner un approfondissement de la transition dans les domaines institutionnel et financier. Le constat économique est simple : la Chine connaît la croissance, la stabilité monétaire, des excédents commerciaux et des finances publiques équilibrées, Maddison (2006).

 

Conclusion :

Le communisme chinois ne fait que clore une parenthèse isolationniste débutée avec la révolution industrielle.

La transition est donc un processus fascinant car c’est un succès économique indéniable, nuancé par des difficultés inhérentes à la croissance (inflation, inégalités de revenu …), de défis spécifiques (démographique et environnementaux) et par l’absence actuelle de démocratie.


Références :

AGLIETTA, Michel & LANDRY, Yves : La chine vers la superpuissance, Economica, 2007

ARRIGHI, Giovanni : Adam Smith à Pekin Les promesses de la voie chinoise, Max Milo, 2007

BARRO, Robert : Les facteurs de la croissance économique, Economica, 1997

BERGERE, Marie-Claire : Capitalismes et capitalistes en Chine Des origines à nos jours, Perrin, 2007

LEMOINE, Françoise : L’économie de la Chine, La Découverte, 2006

MADDISON, Angus : L’économie chinoise Une perspective historique, OCDE, 1998

MADDISON, Angus : La Chine dans l’économie mondiale de 1300 à 2030, Outre-Terre, 2006

POMERANZ, Kenneth : Une grande divergence, Albin Michel, 2000

POMERANZ, Kenneth : La force de l’Empire Révolution industrielle et écologie, ou pourquoi l’Angleterre a fait mieux que la Chine, Ere, 2009

ROUX, Alain : La Chine contemporaine, Armand Colin, 2010

SEN, Amartya : L’économie est une science morale, La Découverte, 1999

21:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.