29/09/2012

Introduction à la microéconomie

La microéconomie a pour ambition d’étudier le comportement d’agents économiques individuels et leurs interactions.

Les agents sont des consommateurs et des producteurs.

L’interaction de base est la rencontre d’offreurs et de demandeurs sur un marché.

La microéconomie étudie la manière dont chacun essaie d’améliorer sa position initiale, en tenant compte de la rareté des ressources.

L’outil essentiel c’est le prix, qui exprime la rareté des biens et des services.

La microéconomie permet donc deux niveaux d’analyse :

-          la compatibilité des échanges par un système de prix

-          l’équilibre des situations d’échange

C’est l’ « approche économique » popularisée par Levitt & Dubner.

Ex : incitation de l’agent immobilier qui vend sa propre maison

Q : pourquoi ce modèle fait aujourd’hui référence en sciences sociales.

 

I] Les postulats de la microéconomie

  • L’individualisme méthodologique

C’est l’analyse des comportements individuels, càd des unités économiques de base de la société, qui permet de comprendre les comportements collectifs.

Cela fournit un modèle de base simplifié qui sert de point de départ à l’analyse.

La microéconomie propose donc :

-          une théorie

-          qui repose sur des hypothèses simplificatrices

-          et utilise des concepts abstraits

Il faut donc prendre en compte la différence nécessaire entre la réalité empirique et la modélisation microéconomique.

Ex : le marché de la microéconomie et le marché des fruits et légumes

Ainsi Graddy étudie le marché aux poissons de Fulton à New York dans le but de tester la théorie microéconomique ; pas pour observer puis élaborer une théorie.

A contrario Dallery, Eloire & Melmies (2009) partent du marché de la restauration à Lille pour ensuite formuler une théorie de la formation des prix. Démarche socio-économique.

C’est un véritable problème épistémologique : on ne juge pas l’analyse sur son réalisme mais sur sa capacité à produire des résultats robustes et vérifiables empiriquement. La microéconomie suit la définition de la science énoncée par Karl Popper.

Analyse différente de celle de Thomas Kuhn pour qui les sciences reposent sur des « paradigmes », des savoirs acquis partagés qui fondent une communauté scientifique. Les paradigmes peuvent être remis en cause par des révolutions scientifiques.

Ex : Keynes dépasse les néo-classiques ; Friedman dépasse Keynes …

  • La rationalité des agents

On considère que chaque individu veut maximiser sa satisfaction (ex : le profit pour le producteur) en prenant en compte les ressources dont il dispose. C’est l’homo oeconomicus.

Cette approche est utile pour décrire les échanges car on suppose que chaque partie en retire un intérêt.

Ex : Oberholzer-Gee & Strumpf (2007) montrent que les personnes qui téléchargent le plus de musique gratuite sont également les plus gros acheteurs

Elle donne également un point de départ : être rationnel ne donne aucune information, ni aucun préjugé sur l’intelligence des agents. C’est une grille de lecture.

Ex : Lerner & Tirole (2005) montrent que l’économie des logiciels libres obéit à une rationalité, les programmeurs cherchant à utiliser cette expérience pour être mieux rémunérés sur le marché des logiciels classiques

  • La formalisation

Des individus rationnels cherchant à maximiser une situation peuvent être décrits par des fonctions de comportement mathématiques simples.

Ex : arbitrer entre deux choix

C’est la transcription des hypothèses dans un langage formalisé qui permet de proposer des modèles (et donc de les tester, de les vérifier ou de les « falsifier » dans les termes de Popper).

La microéconomie se base sur l’axiomatique : elle établit des hypothèses de base (indémontrables mais évidentes) qui servent à établir un système déductif.

  • Les aspects positifs et normatifs

Cette distinction a été posée par Milton Friedman pour opposer « ce qui est » (l’économie positive) et « ce qui doit être » (l’économie normative).

La microéconomie a une dimension positive et explicative évidente : elle cherche à mettre en équations un type de comportement économique théorique.

Mais elle a également une visée normative puisqu’elle s’appuie sur ses résultats théoriques pour faire des propositions de politique économique.

Ex : ouvrir à la concurrence le marché de la téléphonie pour réduire le prix

Ex : taxe carbone pour réduire la pollution

 

II] Les outils de la microéconomie

Les concepts forgés sont à la fois simples et significatifs.

  • Le consommateur

C’est l’agent qui cherche la meilleure manière de dépenser un budget limité.

On se base sur ses préférences en estimant qu’il peut les comparer et les classer.

Un consommateur classe ses préférences entre des biens de manière transitive, réflexive et en utilisant toute l’information disponible.

En utilisant un raisonnement à la marge, on peut formaliser les choix d’un consommateur : il va consommer le panier de biens qui lui donne la plus grande utilité dans le limite de son budget.

Ainsi la fonction de demande dépend à la fois du prix des biens et des revenus des agents.

  • Le producteur

C’est l’agent qui recherche le plus grand profit possible en tenant compte de la technologie disponible, càd une combinaison de facteurs de production.

La fonction de production dépend de la productivité des facteurs Travail et Capital ainsi que de leurs coûts.

En raisonnant à la marge, on peut déterminer la quantité produite et donc offerte. Le producteur essaye de vendre la plus grande quantité possible, au prix le plus élevé possible en cherchant à avoir les coûts les moins élevés possibles.

  • Le marché

C’est le lieu où se rencontrent les offreurs et les demandeurs et où cette confrontation débouche sur un prix d’équilibre (càd qu’il égalise l’offre et la demande).

La microéconomie a proposé un modèle idéal de fonctionnement du marché, c’est celui de la concurrence parfaite.

Kenneth Arrow & Gerard Debreu en ont formulé les conditions strictes : atomicité, transparence, fluidité et substituabilité.

 

Conclusion :

Le modèle microéconomique est simple et efficace.

Il fait pourtant l’objet de débats de fond (voir prochaine séance).

 

Références :

ARROW, Kenneth & DEBREU, Gérard : The Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy, Econometrica, 1954

DALLERY, Thomas ; ELOIRE, Fabien & MELMIES, Jordan : La fixation des prix en situation d'incertitude et de concurrence: Keynes et White à la même table, Revue Française de Socio-Economie, 2009

FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953

GRADDY, Kathryn : Markets: The Fulton fish market, Journal of Economic Perspectives, 2006

KUHN, Thomas : La structure des révolutions scientifiques, Gallimard, 1962

LERNER, Josh & TIROLE, Jean : The economics of technology sharing, Journal of Economic Perspectives, 2005

LEVITT, Steven & DUBNER, Stephen : Freakonomics, Denoël, 2005

LEVITT, Steven & DUBNER, Stephen : SuperFreakonomics, Denoël, 2009

OBERHOLZER-GEE, Felix & STRUMPF, Koleman :  The Effect of File Sharing on Record Sales: An empirical analysis, Journal of Political Economy, 2007

POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1959

18:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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