12/07/2012

Les libéraux : l'école de Chicago & la nouvelle macroéconomie classique

 Manière commode de regrouper de nombreux auteurs.

Quelques caractéristiques communes forment la base de la pensée libérale actuelle :

- L’individualisme méthodologique

- L’efficacité des mécanismes de marché

- L’inefficacité de l’Etat

Les libéraux se retrouvent également dans les courants du Public choice et du monétarisme et de l’école Autrichienne mais dans une perspective plus radicale. Les économistes de l’école de Chicago ont la particularité d’avoir obtenu une forte reconnaissance institutionnelle.

C’est à l’Université de Chicago que les grands représentants de ce courant enseignent et mènent leurs recherches. Mais certains auteurs en sont issus sans y être rattachés car leur apports vont au delà. Ex : Friedman et Lucas.

L’école de Chicago s’oppose au paradigme keynésien : l’intervention de l’Etat n’est pas une solution efficace pour relancer l’économie, les mécanismes de prix restent incontournables.

Q : quelles problématiques libérales se sont imposées dans l’analyse économique contemporaine ?

 

I] L’approche microéconomique de l’école de Chicago

Deux auteurs incarnent cette approche essentiellement microéconomique :

 

  • George Stigler (1911-1991)

Stigler est en premier lieu un historien de la pensée économique (1965) : il étudie à la fois les textes et le contexte dans lequel sont formés les concepts. Les nouvelles théories influencent la politique économique et les comportements des agents. De même, les problèmes concrets non-résolus rendent nécessaire l’apparition de nouvelles théories.

Stigler développe une théorie de l’organisation industrielle (1968) : il étudie les conditions de fonctionnement des ententes ou les économies d’échelle. Il considère que les monopoles auraient du disparaître du fait de leurs coûts : seules des barrières à l’entrée leur permettent de se maintenir. C’est le principe du survivant.

Comme la libre concurrence et le marché apportent le maximum de satisfaction au consommateur, les réglementations étatiques sont inefficaces. La protection étatique de certaines industries est coûteuse, elle n’aboutit qu’à une rente de situation (1975).

L’organisation industrielle est analysée sous l’angle de la politique économique : les agents cherchent à obtenir une protection de l’Etat pour éviter la concurrence. C’est la capture.

Enfin, Stigler a élaboré une théorie de l’information (1961) : il est nécessaire de prendre en considération les coûts de recherche et de diffusion de l’information sur les biens et leurs prix. De même, l’environnement social ou la famille sont des facteurs d’influence de l’utilité du consommateur.

 

  • Gary Becker (1930-)

Représentant de l’impérialisme économique : (l’empereur ?) càd de l’application du raisonnement coûts / bénéfices à l’ensemble des faits sociaux reposant sur un choix.

Becker a développé la théorie du capital humain (1964) : l’éducation et la formation sont des investissements qui doivent être rentabilisés par des revenus différenciés.

Dans la même logique, le temps comporte un coût d’opportunité (1965) : toute action est un choix entre loisir et travail, on peut donc lui donner une valeur de renoncement. C’est le montant des salaires non perçus qui permet d’établir l’utilité de l’agent.

Becker renouvelle la théorie de la consommation (1996). La satisfaction des consommateurs dépend de leurs goûts. Or, les consommateurs sont souverains pour substituer des produits, les incorporer dans des services ou rechercher des innovations : ils sont producteurs de leurs goûts. On peut donc expliquer les questions de mode ou les effets d’expérience en termes de productivité, de capital et d’investissement.

Son analyse microéconomique lui permet d’investir de nombreux champs d’étude (1976) :

- le mariage et la natalité : les gains de l’homme et de la femme convergent dans un ménage et réduisent la spécialisation. Un enfant peut être un bien d’investissement ou de consommation selon les revenus de la famille.

- le crime : une personne qui commet un délit compare le coût (la probabilité d’être sanctionné) et le bénéfice.

- la discrimination : les fonctions d’utilité des agents prennent en compte la race, la religion ou le sexe ; ce qui implique des différences de prix.

L’analyse de Becker ne considère pas nécessairement que les humains sont égoïstes, il est possible de les considérer comme altruistes ou influençables par les autres. Cela modifie simplement leur utilité, ils restent maximisateurs (2000).

 

 

II] La nouvelle économie classique

Vision principalement macroéconomique. Complémentaire de l’approche microéconomique de l’école de Chicago et des intuitions des classiques. Les nouveaux classiques prolongent les analyses monétaristes.

Ils tirent des conclusions qui remettent radicalement en cause la théorie keynésienne : la politique économique ne peut réduire le chômage ou les fluctuations.

 

  • Les principes de la nouvelle macroéconomie classique

- Les anticipations rationnelles :

Muth (1961) considère que les agents forment leurs anticipations de manière rationnelle, càd qu’ils cherchent à maximiser leur utilité. Ils utilisent donc au mieux toutes les informations disponibles.

Cela n’empêche pas les erreurs de prévision, mais cela suppose que les pouvoirs publics doivent disposer d’informations que les agents ne possèdent pas pour influencer leurs décisions. De plus, les décisions gouvernementales révèlent l’information.

- L’ajustement continu des marchés : tous les marchés fonctionnent parfaitement selon le modèle de l’équilibre général. Cela permet aux agents de réagir de manière optimale en termes d’offre et de demande. L’économie est donc en situation d’équilibre permanent : les prix s’adaptent, Barro (1984).

De même Lucas & Rapping (1969) estiment que les décisions des travailleurs et des entreprises sont rationnelles et qu’elles reflètent un comportement optimisateur.

Ex : l’arbitrage loisir/travail dépend du salaire : si le niveau n’est pas satisfaisant la demande de loisir augmente.

Lucas (1972) montre que l’offre de travail et la production dépendent donc essentiellement des prix : ils reflètent toute l’information disponible.

 

  • Les implications de la nouvelle macroéconomie classique

- Le cycle d’équilibre

Seuls les chocs non-anticipés ont une influence sur les fluctuations de la croissance puisque l’économie est structurellement en situation d’équilibre.

Pour Sargent & Wallace (1976) les anticipations rationnelles rendent inutile l’action gouvernementale pour augmenter l’offre de monnaie ou la dépense publique : les agents s’adaptent en permanence.

- La désinflation

L’inflation est un phénomène monétaire qui découle d’un excès d’offre. La diminution de l’inflation découle d’un ratio de sacrifice (durée d’ajustement des prix) : la contraction monétaire doit donc être crédible pour influencer les anticipations. Sargent (1986)

Les politiques désinflationnistes menées aux USA et au UK dans les années 80 ont été suivies de récession car la politique anglaise n’était pas encore crédible et que la politique budgétaire américaine n’était pas cohérente.

- L’incohérence temporelle

Kydland & Prescott (1977) considèrent que les politiques économiques ont intérêt à contredire les anticipations des agents pour être le plus efficace possible. Les politiques discrétionnaires ne maximisent pas le bien être social, il faut donc encadrer l’action gouvernementale par des règles de politique économique.

Barro & Gordon (1983) montrent que les règles sont plus efficaces que la discrétion car elles permettent d’obtenir une réputation.

Ex : Alesina & Summers (1993) ont ainsi montré que les banques centrales indépendantes sont plus favorables à la stabilité des prix.

- La critique de Lucas

Selon Lucas (1976) les simulations de politique économique considèrent que les paramètres ne sont pas modifiés par l’intervention de l’Etat, ce qui est une erreur. Les hypothèses de la nouvelle économie classique permettent, par contre, de modéliser l’économie dans une situation structurelle.

Blanchard (1984) ne confirme pas empiriquement la critique. Mais cela montre le rôle essentiel des anticipations.

 

Conclusion :

Généralisation du raisonnement économique : agaçant mais stimulant (ex : l’évaluation)

Approfondissement de l’approche monétariste, particulièrement adapté à la stagflation et au besoin de nouvelle politique économique.

 

Références :

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BARRO, Robert : La macroéconomie, Armand Colin, 1984

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BLANCHARD, Olivier : The Lucas Critique and the Volcker Deflation, American Economic Review, 1984

BECKER, Gary : Human capital, University of Chicago Press, 1964

BECKER, Gary : A theory of the allocation of time, Economic Journal, 1965

BECKER, Gary : The economic approach to human behavior, University of Chicago Press, 1976

BECKER, Gary : Accounting for tastes, Harvard University Press, 1996

BECKER, Gary & MURPHY, Kevin : Social economics, Harvard University Press, 2000

KYDLAND, Finn & PRESCOTT, Edward : Rules rather than discretion, Journal of Political Economy, 1977

LAMOTTE, Henri & VINCENT, Jean-Philippe : La nouvelle macroéconomie classique, Puf, 1993

LUCAS, Robert & RAPPING, Leonard : Real wages, employment, and inflation, Journal of Political Economy, 1969

LUCAS, Robert : Expectations and the Neutrality of Money, Journal of Economic Theory, 1972

LUCAS, Robert : Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

LUCAS, Robert : Evaluation économétrique de la politique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

MUTH, John : Anticipations rationnelles et théorie des mouvements des prix, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1961

SARGENT, Thomas & WALLACE, Neil : Anticipations rationnelles et théorie de la politique économique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

SARGENT, Thomas : Rational expectations and inflation, Longman, 1986

STIGLER, George : The economics of information, Journal of Political Economy, 1961

STIGLER, George : Essays in the history of economics, University of Chicago Press, 1965

STIGLER, George : La théorie des prix, Dunod, 1966

STIGLER, George : The organization of industry, University of Chicago Press, 1968

STIGLER, George : The citizen and the state, University of Chicago Press, 1975

13:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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