02/07/2012

Milton Friedman et le monétarisme

  • Un courant de pensée d’origine libérale

Rôle de la société du Mont Pèlerin. Réaction forte au keynésianisme, tant sur les plans économique que politique. Reconnaissance intellectuelle parallèle au déclenchement de la crise économique. Nobel 76.

Le terme « monétarisme » est utilisé par Karl Brunner en 1968 pour qualifier ce qu’il considère être une révolution économique. On peut parler de contre-révolution pour montrer l’opposition frontale avec le keynésianisme. Pour Brunner le monétarisme poursuit trois axes :

- les impulsions monétaires sont déterminantes dans la variation de la production, de l’emploi et des prix

- l’évolution de la masse monétaire est le meilleur indicateur pour mesurer ces impulsions

- les autorités monétaires peuvent contrôler l’évolution de la masse monétaire au cours des cycles économiques

Friedman (1912-2006) en est l’inspirateur avec une idée générale : la quantité de monnaie joue un rôle économique essentiel. Les autres postulats de base : l’efficacité du marché, la validité de la théorie des prix (néoclassique), le refus de l’intervention de l’Etat.

 

  • Un manque de cohérence doctrinale

Au delà des qq principes énoncés et d’un retour sur la théorie quantitative de la monnaie (intuition de Bodin formalisée par Fisher) : une modification de la masse monétaire induit une modification du niveau général des prix. Cela explique les croyances fortes dans le non interventionnisme et le marché.

Ex : Brunner & Meltzer (1989) considèrent que la politique monétaire ne suffit pas pour obtenir la croissance, il faut également limiter la pression fiscale et les déficits budgétaires.

La crise des 70 consacre l’échec des solutions keynésiennes. Les problèmes monétaires et financiers à l’origine de la crise vont favoriser le développement de ce courant de pensée, qui inspire la vague libérale des années 80 (gouvernements Reagan ou Thatcher).

Le monétarisme fonde un renouveau de la pensée néoclassique qui fait apparaître des prolongements devenus aujourd’hui incontournables, « classiques » (anticipations rationnelles, critique de Lucas, équivalence ricardienne …).

Q : quelles sont les ambitions de l’analyse monétariste ?

 

 

I] La macroéconomie monétariste

  • La méthodologie

Friedman (1953) distingue l’économie positive et l’économie normative :

- l’économie positive concerne « ce qui est »

- l’économie normative concerne « ce qui doit être »

La science économique est positive car elle consiste à élaborer des théories selon des hypothèses qui peuvent être vérifiées (validées). Une théorie est efficace si ses prédictions se réalisent. Dans un second temps, les prédictions peuvent servir de base aux décisions politiques. Friedman défend une économie empirique basée sur les données.

Par ailleurs, il considère que la pertinence d’une théorie n’est pas liée au réalisme de ces hypothèses : comme l’économie repose sur l’élaboration de modèles, les hypothèses sont des simplifications de la réalité (qui est complexe) dont le but est d’élaborer des prévisions robustes. (La fin justifie les moyens ?).

Ex : les entreprises cherchent à maximiser le profit même si en réalité le chef d’entreprise ne va pas procéder à la résolution d’un système d’équations comme dans le modèle.

C’est une conception instrumentaliste.

 

  • La consommation et le revenu permanent

La théorie keynésienne de la consommation n’est pas valable sur longue période (Kuznets).

Pour Friedman (1957), cela s’explique par la théorie du revenu permanent : un consommateur dispose d’une somme qui comporte deux composantes.

- Le revenu permanent : la richesse déterminée par la formation ou l’aptitude

- Le revenu transitoire : richesse qui dépend d’évènements aléatoires

Dès lors, la consommation comporte également ces deux composantes. Il existe une consommation permanente qui n’est liée qu’au revenu permanent, et une consommation transitoire liée aux chocs. Ces deux aspects ne sont pas liés entre eux.

C’est pourquoi une politique de relance de la demande (keynésienne) ne modifie la consommation qu’à court terme, elle n’agit que sur la consommation transitoire.

Les agents suivent un processus d’anticipations adaptatives : le revenu transitoire n’est pas entièrement consommé, il est lissé sur une période de temps. Ce qui rend inefficace la politique de relance.

Pour Friedman cela invalide la théorie du multiplicateur d’investissement : la fonction de consommation monétariste a une composante autonome beaucoup plus importante que la fonction de consommation keynésienne.

 

  • Le taux de chômage naturel

Friedman (1968) critique la relation de Phillips entre inflation et chômage qui suggère qu’un arbitrage est possible dans le cadre d’une politique keynésienne.

La stagflation des années 70 invalide cette approche. Pour Friedman, l’analyse de Phillips ne prend pas en compte le taux de chômage naturel : c’est le niveau de chômage d’une économie en équilibre, en dessous duquel il n’est pas possible de descendre.

Il dépend des caractéristiques structurelles de l’économie et des préférences des agents.

Une politique de relance keynésienne va accroître l’inflation, ce qui réduit les salaires réels. Les salariés vont donc demander une augmentation pour se procurer les biens au prix plus élevé. Par un phénomène d’anticipation adaptative, les agents prennent en compte l’inflation : ce qui annule les effets positifs en termes d’emploi. Par contre, une inflation accélérée demeure. Dès lors, seule une inflation non anticipée peut avoir un effet sur le chômage.

 

 

II] L’économie monétaire et financière monétariste

  • La théorie quantitative de la monnaie

Friedman (1956) se rallie à cette théorie mais en la reformulant : la monnaie est un actif patrimonial pour les ménages et un capital pour les entreprises.

Moyen de détenir de la richesse (ménages) / Source de services productifs (entreprises)

La demande de monnaie dépend de 3 facteurs :

- La richesse totale, comportant différents actifs (dont la monnaie)

- Les prix et les rendements des actifs

- Les goûts et les préférences des ménages ou des entreprises

La demande de monnaie sera d’autant plus élevée que le niveau de revenu (permanent) est élevé, que le rendement des autres actifs (biens de consommation, de production, actions, obligations) est bas, que le taux d’inflation anticipé est faible et que le niveau des prix est élevé. Et réciproquement.

Ainsi, toute variation de la quantité de monnaie affecte le niveau général des prix.

Un accroissement de cette quantité entraîne un excès des encaisses effectives par rapport aux encaisses désirées qui permet d’acheter d’autres actifs : leur prix va donc augmenter.

La monnaie n’est pas neutre à court terme, mais elle le redevient à long terme.

Friedman confirmera sa théorie par des analyses historiques sur les USA (1963) et le Royaume Uni (1982) : les cycles économiques sont fortement influencés par la quantité de monnaie en circulation. Il propose une explication monétaire de la crise de 29.

Ainsi pour Friedman, le rôle des autorités monétaires est de créer de la monnaie en fonction des besoins de l’économie et pas d’utiliser la politique monétaire pour une relance. L’Etat doit se limiter à un encadrement stable des opérations de marché tant sur les plans monétaire que fiscal. Critique féroce des post-keynésien, Kaldor (1981) : renoncement à l’action politique.

 

  • Les changes flexibles (1953)

Pour Friedman, un système de taux de change flexibles (flottants), càd librement déterminé par le jeu du marché des changes, est la meilleure solution économique possible.

C’est par le jeu du marché que sera fixé le prix d’équilibre.

Cela permet un ajustement des demandes de devises par le biais des importations et des exportations : la baisse du taux de change favorise les exportations et pénalise les importations, ce qui permet de rétablir l’équilibre.

De plus les mouvements de change sont contrebalancés par la spéculation : une baisse de taux sera suivie d’une hausse anticipée. Les spéculateurs favorisent donc le retour à l’équilibre.

Un système de changes fixes comporte plusieurs inconvénients :

- les difficultés de paiement sont problématiques à résoudre : elles aggravent les crises car les changements de parité doivent être négociés

- la spéculation est déstabilisatrice : elle amplifie les variations de taux de change

- les politiques économiques sont contraintes

Analyse à relier aux échecs du système de Bretton Woods.

 

Conclusion :

Analyse macroéconomique de long terme, qui corrige certains excès du keynésianisme.

Analyse politique du libéralisme en parallèle (apologie de la liberté individuelle) qui a pu nuire à la connaissance de sa pensée.

 

Références :

BRUNNER, Karl : The Role of Money and Monetary Policy, Federal Reserve Bank of St Louis Review, 1968

BRUNNER, Karl & MELTZER, Allan : Money and the economy, Cambridge University Press, 1989

FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953

FRIEDMAN, Milton : Studies in the quantity theory of money, University of Chicago Press, 1956

FRIEDMAN, Milton : A theory of the consumption function, Princeton University Press, 1957

FRIEDMAN, Milton : Capitalisme et liberté, Laffont, 1962

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

FRIEDMAN, Milton : The role of monetary policy, American Economic Review, 1968

FRIEDMAN, Milton & FRIEDMAN, Rose : La liberté de choix, Belfond, 1980

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : Monetary Trends in the United States and the United Kingdom, University of Chicago Press, 1982

KALDOR, Nicholas : Le fléau du monétarisme, Economica, 1981

KUZNETS, Simon dir. : National product since 1869, NBER, 1946

18:15 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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