02/07/2012

La crise des années 1970

  • Une rupture

1974 est l’année de rupture. Fin d’une période de croissance exceptionnelle depuis 1945.

Double conséquence théorique :

- La période précédente est idéalisée : les « trente glorieuses » Fourastié (1979)

- La crise était en germe, Lorenzi Pastré & Toledano (1980)

La vérité est évidemment entre les deux … La crise est un enchaînement de déséquilibres dont certains préexistaient et enclenchée par un choc pétrolier.

Trait marquant : le passage net d’une croissance positive à un PIB négatif pour les économies développées, alors que les anticipations de 1973 restaient positives.

Ex : en France taux de chômage de 2,6 %

Certaines analyses radicales estiment que la crise était inéluctable. C’est le cas des économistes du Club de Rome : le rapport Meadows est publié en 1972. (Prémisse du thème de la décroissance).

Mais il reste remarquable que le phénomène soit aussi massif et aussi généralisé. Ainsi l’étude classique de Carré Dubois & Malinvaud (1972) n’envisageait pas de ralentissement sensible de la croissance.

 

  • Une crise originale

Notamment par rapport aux crises précédentes : alors que 1929 est liée à une surproduction et à une baisse du prix des actifs, 1974 voit apparaître chômage et inflation … La théorie économique viendra donc apporter de nouveaux éclairages (monétarisme en particulier).

Plusieurs interprétations de la crise sont pourtant avancées :

- Pour les monétaristes, c’est une politique monétaire laxiste qui est à l’origine des déséquilibres

- Pour les keynésiens, le renouvellement du capital nuit à l’augmentation des revenus ; cela entraîne de l’inflation et du chômage et donc une diminution de la demande

- Pour la théorie de la régulation, c’est l’épuisement des gains de productivité et de la norme de consommation qui mettent un terme au régime de croissance

- Pour les schumpeteriens, c’est un changement de dynamique du système économique

- Pour les marxistes, les capitalistes voient leur profit diminuer en raison de l’augmentation des salaires, ce qui réduit leur rentabilité

Q : quelles sont les conséquences actuelles du phénomène ?

 

 

I] La crise monétaire

La période de forte croissance de l’après-guerre comportait de forts déséquilibres monétaires et financiers.

 

  • La crise du système de Bretton Woods

Pour être efficace en termes d’échanges internationaux et d’inflation, il faut que le dollar joue un rôle particulier : à la fois rare et provenant d’une économie équilibrée.

Or dès les années 60 ces conditions ne sont plus remplies.

Les Etats Unis doivent financer des investissements à l’étranger, des conflits. Cela entraîne des déficits de la balance des paiements et des déficits budgétaires.

Comme le dollar est la monnaie pivot du système (la seule convertible en or avec des parités fixes) les Etats Unis en tirent profit. C’est le privilège d’émission (seigneuriage).

Mais les pays développés membres du SMI contournent la difficulté en détenant de l’or à la place du dollar.

On crée en 1969 les droits de tirage spéciaux (DTS) panier de monnaies de référence.

Les déficits US ne permettent plus de maintenir la parité. En 1971, Nixon met un terme à la convertibilité du dollar en or.

C’est la fin de Bretton Woods : les monnaies doivent être réévaluées entre elles. Certaines étaient surévaluées (dollar ou livre sterling) d’autres sous-évaluées (yen et mark) …

En 1971 le dollar est dévalué ; la plupart des autres monnaies réévaluées ; les marges de fluctuations sont élargies. Mais dès 1973, les déséquilibres américains rendent nécessaire une nouvelle dévaluation.

La crise monétaire relève donc d’un choix politique américain, naissance de l’Economie politique internationale : courant de science politique.

 

  • Le nouveau système monétaire international

On assiste à un passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flexibles : les monnaies flottent librement entre elles en fonction du jeu du marché. (Jamaïque 1976)

- Avantage : autonomie des politiques économiques nationales, les pays peuvent adapter leurs politiques monétaires aux chocs

- Inconvénients : de fortes fluctuations de change sont possibles ; cela peut pénaliser le commerce international

La fin de Bretton Woods rend nécessaire l’émergence de nouveaux organismes de régulation mondiale :

- Les institutions existantes sont conservées : FMI et BIRD

- Les sommets entre pays sont institutionnalisés : du G5 au G7

- Les européens cherchent à rapprocher leurs politiques monétaires : serpent en 1972

Sur le plan monétaire c’est un système flexible et instable qui émerge.

 

 

II] La crise pétrolière

La croissance des trente glorieuses a bénéficié d’un prix faible du pétrole.

 

  • L’économie du pétrole

La consommation d’énergie augmente fortement pendant toute la période 1945-1974 : les pays développés sont la plupart dans une situation de dépendance énergétique.

La production pétrolière est concentrée entre 7 compagnies internationales : Exxon, Chevron, Mobil oil, Texaco, Gulf oil, Royal Dutch Shell et British Petroleum. Elles sont organisées sous la forme d’un cartel et dominent toute la filière.

Elles partagent les coûts et les revenus d’exploitation avec les pays producteurs.

Les pays producteurs s’organisent également sous la forme d’un cartel : l’OPEP en 1960 pour coordonner la production et les prix.

L’économie des trente glorieuses utilise massivement le pétrole comme source d’énergie dans l’industrie, les transports ou le secteur résidentiel. Mais comme le pétrole est essentiellement facturé en dollar, les dévaluations entraînent une perte de revenus des pays pétroliers. De plus, les compagnies pétrolières exploitent des gisements de plus en plus coûteux (en mer ou en Alaska). Les pays de l’OPEP et les entreprises ont donc intérêt à une hausse de prix.

 

  • Les chocs pétroliers

En 1973, à l’occasion de la guerre du Kippour, est décidée une augmentation du prix du pétrole : il passe de 3 à 9 dollars le baril. Cette multiplication par trois constitue le premier choc pétrolier (qui sera amplifié en 1979 par la révolution iranienne). En décembre 1973 les accords de Téhéran fixent un montant de 12 $ le baril. Il est de 24 $ en 1980.

Double conséquence :

- Effet inflationniste : l’augmentation du prix d’une matière première entraîne des hausses de coûts de production ; les agents anticipant les hausses négocient des hausses de revenus (salaires et profits). Selon Boyer & Mistral (1978) c’est un processus inflationniste qui se met en place : les conflits de répartition vont favoriser l’augmentation de l’inflation.

- Effets dépressif sur la demande : l’augmentation du pétrole rend certains produits beaucoup plus coûteux et modifier la consommation des ménages. C’est la facture pétrolière. Cela réduit les débouchés des entreprises. Elles diminuent leurs investissements et elles réduisent l’emploi. Le chômage connaît une hausse sensible dans les pays développés.

La crise de 1974 met en valeur l’importance des ressources et de l’énergie dans l’économie.

 

 

III] La crise industrielle

Le modèle de croissance des trente glorieuses (fordisme) finit par atteindre ses limites.

 

  • Les gains de productivité ralentissent

La désindustrialisation de l’économie et la tertiarisation rendent de plus en plus faible l’augmentation de la productivité.

Les dépenses dans des domaines nouveaux liés à l’augmentation de la qualité de vie (santé, environnement) favorisent la tertiarisation.

Les progrès technologiques finissent par être maîtrisés et ne plus dégager de gains de productivité.

Les conditions de travail sont marquées par la pénibilité ou la parcellisation : l’organisation du travail n’est plus adaptée.

 

  • La transformation de la consommation de masse

La demande en biens durables ou d’équipement parvient à saturation : la consommation d’automobiles, d’équipements ménagers ou d’habillement n’augmente plus autant.

La consommation de remplacement n’assure pas les mêmes débouchés.

Les ménages consomment de plus en plus de services.

Le modèle fordiste basé sur une production de masse de biens indifférenciés ne répond plus aux aspirations des consommateurs. Voir le développement du marketing, Cochoy (1999).

 

  • La rupture du rapport salarial

La répartition des revenus entre salaires et profits était fortement encadrée par l’Etat ou les syndicats.

L’inflation et le chômage rendent nécessaire un nouveau régime de répartition.

D’autant que les dévaluations monétaires ont joué sur le prix des produits échangés.

 

Conclusion :

Retour en force de problématiques essentielles en économie : les anticipations et la politique monétaire.

 

Références :

BOYER, Robert & MISTRAL, Jacques : Accumulation, inflation, crises, Puf, 1978

CARRE, Jean-Jacques ; DUBOIS, Paul & MALINVAUD, Edmond : La croissance française, Seuil, 1972

COCHOY, Franck : Histoire du marketing Discipliner l’économie de marché, La Découverte, 1999

DELAUNAY, Janine dir. : Halte à la croissance ?, Fayard, 1972

FOURASTIE, Jean : Les trente glorieuses, Fayard, 1979

LORENZI, Jean-Hervé ; PASTRE, Olivier & TOLEDANO, Joëlle : La crise du XXe siècle, 1980

MARCEL, Bruno & TAIEB, Jacques : Les grandes crises, Armand Colin, 2008

MAZIER, Jacques ; BASLE, Maurice & VIDAL, Jean-François : Quand les crises durent …, Economica, 1993

18:12 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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