14/06/2012

L'entre-deux-guerres

Période marquée par trois grands bouleversements économiques : les guerres, la révolution bolchevique et la grande crise.

Q : comment est-on sorti de ce demi siècle apocalyptique ?

 

 

I] La Grande Guerre

De 1914 à 1918 le vieux continent voit s’affronter les grands empires.

 

  • Economie de la grande guerre

Sur le plan économique plusieurs faits marquants, Crouzet (2000) :

- le rôle de l’Etat s’est affirmé pour piloter l’économie de guerre : approvisionnement, fabrication, pilotage de l’industrie de guerre, organisation de la main d’œuvre …

- le ravitaillement alimentaire a été instauré pour faire face aux pénuries agricoles : taxation, réquisitions, rationnement …

- la main d’œuvre s’est féminisée, les salaires ont augmenté

- l’inflation : dans une période de pénurie et de rationnement les prix sont élevés

- le financement de la guerre : accroissement de la dépense publique, endettement public, création de monnaie, crédits internationaux (fournis essentiellement par les USA)

- la concentration des entreprises s’est renforcée : sidérurgie ou construction moteurs …

Le bilan du conflit est double : l’Europe est en déclin (sur les plans démographique, financier, économique et social) alors que l’Amérique et le Japon s’affirment comme puissances.

 

  • L’après guerre

L’après guerre est marqué par de forts mouvements sociaux : du fait de l’inflation et du chômage.

Les Etats Unis et la Grande Bretagne pratiquent des politiques déflationnistes pour lutter contre les instabilités monétaires et financières dues au conflit : cela débouche sur une sévère crise économique en 1920-1921, Keynes (1925)

L’Allemagne sort du conflit avec une obligation de verser des réparations élevées à ses adversaires, Keynes (1920). Pour faire face, elle crée massivement de la monnaie : cela débouche sur une situation d’hyperinflation de 1921 à 1923, Feldman (1997).

La France est extrêmement endettée, le Franc est dévalorisé : une politique de rigueur est mise en place pour stabiliser l’économie (Poincaré) avec une dévaluation.

A partir de 1922 l’économie mondiale suit trois tendances, Bairoch (1997) :

- forte croissance tirée par l’automobile et l’aéronautique, la radiodiffusion (années folles)

- retour au libéralisme mais avec une nouvelle vague de concentration

- essor des échanges internationaux mais avec protectionnisme

Broadberry & Harrison (2005) étudient la performance économique de l’Europe et montrent que sur la période 1918-1929 les pays connaissent la croissance ; alors que si on considère la période 1913-1929 la perte de richesse n’est pas compensée.

 

 

 

II] L’économie socialiste

En 1917 l’Empire russe est renversé par la révolution bolchevique. D’abord menée par des sociaux démocrates (février) ce sont les marxistes léninistes qui s’imposent (octobre).

 

  • Une révolution politique et économique

Le nouveau régime est dirigé par Lénine qui prône des changements économiques radicaux :

- la collectivisation

Dans l’agriculture, la grande propriété foncière est abolie, les réquisitions sont mises en place pour ravitailler les villes. Création de fermes d’Etat (sovkhozes).

Dans l’industrie, le contrôle ouvrier sur les entreprises est instauré. La nationalisation de l’économie est mise en place dans tous les secteurs.

- la planification

Les décisions économiques doivent être coordonnées et centralisées.

Un organe planificateur est chargé de fixer les objectifs, répartir les matières premières, écouler les produits et de donner les directives.

 

  • La réforme de la NEP

Les échecs économiques de cette transformation radicale poussent Lénine à tempérer sa démarche : il mettra en œuvre une nouvelle économie politique (NEP) pour réinstaurer une dose d’économie de marché tout en conservant la doctrine socialiste. 1921-1927

La NEP est un capitalisme d’état caractérisé par le rétablissement d’un étalon monétaire, par le recul de la collectivisation agricole (et une certaine liberté d’utilisation des surplus), la réorganisation des entreprises sur une base hiérarchique … Johnson & Temin (1993).

Mais même si la NEP assure un certain redressement économique : la Russie reste peu développée notamment sur le plan industriel, et les tensions avec le monde paysan sont fortes.

 

  • La rupture stalinienne

L’arrivée au pouvoir de Staline en 1928 marque une rupture très nette :

- socialisme dans un seul pays et industrialisation à marche forcée (autarcie)

- planification totale et impérative

- collectivisation des campagnes

- développement de l’industrie lourde

 

 

III] La crise de 1929

Apres la croissance des années 20 (années folles) la plus grande crise économique du monde capitaliste va se mettre en place.

Plusieurs causes profondes : distorsion entre production et consommation, fort développement du crédit et spéculation boursière, Hautcoeur (2009)

 

  • La crise américaine

L’événement fondateur de la crise est le krach boursier du jeudi 24 octobre 1929.

La Grande Bretagne cherche à rétablir le rôle dominant de la Livre : les taux d’intérêts anglais sont très élevés. Aux Etats Unis, il est beaucoup plus facile d’emprunter et d’investir : Wall Street draine des capitaux en provenance du monde entier qui favorisent la spéculation.

La Réserve fédérale américaine décide de freiner ce mouvement en pratiquant une politique déflationniste : elle augmente son taux d’escompte pour freiner le crédit. Pour Friedman & Schwartz (1963) c’est l’élément essentiel. Il s’explique par la jeunesse de l’institution.

Face à ce rationnement, les investisseurs paniquent et cherchent des liquidités en vendant leurs placements. Les valeurs des actions s’effondrent. Tous les agents essayent de récupérer leurs capitaux. Galbraith (1954) insiste sur les enchaînements néfastes.

D’autant que la croissance économique montre des signes de ralentissement qui incitent à réduire les placements boursiers.

La chute des cours entraîne la ruine des actionnaires. Le remboursement des crédits n’est plus possible : une crise bancaire vient s’ajouter. Les déposants s’efforcent de récupérer leur argent, ce qui aggrave la situation bancaire. Dans le même temps, les banques ne peuvent plus prêter aux autres agents : fermiers, commerçants … Bernanke (1983)

 

  • La crise mondiale

La dépression américaine va se propager au niveau international car l’économie américaine est le moteur de l’économie mondiale : les banques américaines rapatrient les capitaux investis en Europe. Thèse de Kindleberger (1973) : absence de leadership économique.

L’Allemagne ne peut plus rembourser ses dettes de guerre. La France et la Grande Bretagne décident de ne plus rembourser les USA.

La crise devient monétaire : l’or est la valeur refuge pour assurer la liquidité, toutes les monnaies sont dévaluées à tour de rôle.

Enfin la crise touche l’économie réelle : les prix agricoles et industriels chutent entraînant une forte contraction de l’activité. Le chômage augmente fortement.

Pour faire face à cette crise, les pays prennent des mesures protectionnistes : quotas, droits de douane élevés … Les pays capitalistes se replient sur leurs empires pour subsister. Les échanges mondiaux se contractent fortement.

Sur le plan politique les tensions sociales se manifestent par des changements de régime : New Deal démocrate aux USA, Front Populaire en France, fascistes en Italie, nazis en Allemagne …

Sont des reformulations du capitalisme. Ex : Bettelheim (1945) pour l’Allemagne nazie ou Cohen (1988) pour l’Italie fasciste

 

Conclusion :

La seconde guerre mondiale consacre les USA comme la première puissance économique mondiale : l’économie de guerre est pilotée par l’Etat fédéral. L’Allemagne se comporte en puissance impériale en Europe, Tooze (2006). La Grande Bretagne résiste au prix de lourds sacrifices.

 

Références :

BAIROCH, Paul : Victoires et déboires Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours, Gallimard, 1997

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande Dépression, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BETTELHEIM, Charles : L’économie allemande sous le nazisme, Maspero, 1945

BROADBERRY, Stephen & HARRISON, Mark dir. : The economics of World War I, Cambridge University Press, 2005

COHEN, Jon : Was Italian fascism a developmental dictatorship? Some evidence to the contrary, Economic History Review, 1988

CROUZET, François : Histoire de l’économie européenne, Albin Michel, 2000

FELDMAN, Gerald : The great disorder: politics, economics, and society in the German inflation, 1914-1924, Oxford University Press, 1997

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

GALBRAITH, John Kenneth : La crise économique de 1929, Payot, 1954

HAUTCOEUR, Pierre-Cyrille : La crise de 1929, La Découverte, 2009

JOHNSON, Simon & TEMIN, Peter : The macroeconomics of NEP, Economic History Review, 1993

KEYNES, John Maynard : Les conséquences économiques de la paix, Gallimard, 1920

KEYNES, John Maynard : Les conséquences économiques de la politique de M. Churchill, in Essais de persuasion, Gallimard, 1925

KINDLEBERGER, Charles : La Grande Crise Mondiale, Economica, 1973

NOVE, Alec : An economic history of the USSR, Penguin, 1991

TOOZE, Adam :  The wages of destruction The making and breaking of the Nazi economy, Penguin, 2006

10:24 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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