07/06/2012

Les néo-classiques : la révolution marginaliste

Modification radicale de la méthodologie économique.

Fruit de découvertes simultanées et indépendantes.

Cette révolution peut s’expliquer par deux facteurs :

- professionnalisation de l’économie = approfondissement

- réponse aux débats théoriques posés par Marx, Robinson (1942) = élargissement

On parle de l’école néo-classique. Ecole car fondent des courants d’analyse. Invention de ce qu’on appelle aujourd’hui la microéconomie. Véritable rupture d’où « révolution ».

Analyse fortement influencée par les progrès en physique, Mirowski (1989).

Fondement de l’analyse néoclassique = le concept d’utilité marginale. Cela permet l’utilisation d’outils mathématiques : la maximisation, càd l’optimisation d’une valeur.

La valeur des biens dépend de leur rareté et de l’utilité qu’on leur attribue.

A partir d’ouvrages fondateurs, trois grandes écoles sont apparues :

- l’école de Cambridge

- l’école de Vienne

- l’école de Lausanne

Q : la révolution marginaliste est elle toujours d’actualité ?

 

 

I] William S JEVONS (1835-1882)

Prévisionniste, économiste professionnel (pour les chemins de fer) puis professeur.

Publie en 1871 The theory of political economy.

 

  • Une nouvelle théorie de la valeur.

Ce n’est pas le travail qui fonde la valeur car la durée nécessaire pour produire un bien n’a rien à voir avec sa consommation. Il y a un décalage dans le temps entre les deux fonctions.

Pour Jevons, c’est la valeur d’échange qui compte. Les consommateurs se procurent des biens en fonction de leur utilité marginale : le degré de satisfaction apporté par la dernière unité consommée.

Le prix est déterminé par l’action des producteurs et des consommateurs.

 

  • Une vision libérale de la société

Puisque chaque individu est libre d’échanger : les prix s’ajustent pour satisfaire les offreurs et les demandeurs. Jevons croît donc à la liberté des échanges. Le prix agira sur la quantité échangée.

Mais Jevons ne précise pas pour autant la nature de l’offre (comment différencier les biens).

De plus, son analyse ne prend pas en compte les inégalités.

 

 

II] Carl MENGER (1840-1921)

Professeur d’économie à Vienne.

Publie en 1871 Grundsätze der Volkswirtschaftslehre.

 

  • Une approche psychologique de la valeur

Pour Menger, les individus attribuent une valeur aux biens car ils en ont besoin.

Menger raisonne en quatre étapes pour définir un bien :

- il existe un besoin humain

- la chose doit satisfaire ce besoin

- l’individu doit reconnaître cette capacité

- l’individu utilise le bien pour satisfaire son besoin

Les deux premières conditions expriment la notion d’utilité.

Les besoins peuvent donc être rationnels ou non, pas de connotation morale. Cela permet à Menger d’analyser toute action humaine.

La satisfaction des besoins est donc subjective.

 

  • Une approche marginaliste de la satisfaction

Si les besoins sont supérieurs aux quantités disponibles on parle de biens économiques : on peut leur appliquer le raisonnement utilitariste. Si les quantités sont importantes, ce sont des biens non économiques.

Menger propose une classification des besoins : comme les biens ont des natures différentes, il faut trouver un principe unificateur. C’est donc la satisfaction marginale qui détermine la valeur d’un bien : plus on consomme un bien plus la satisfaction supplémentaire diminue.

Comme Jevons, il ne propose pas de théorie de l’offre. De plus, il considère que les coûts n’ont aucune influence sur la valeur : ce qui est faux.

 

 

III] Léon WALRAS (1834-1910)

Ingénieur de formation. Devient professeur d’économie à Lausanne car n’arrive pas à se faire recruter en France.

Walras distingue l’économie politique pure (théorie abstraite), l’économie politique appliquée (mise en œuvre de la théorie) et l’économie sociale (ce qui est juste).

D’où une œuvre à plusieurs dimensions : fonde l’économie concurrentielle et sa critique.

Pour Walras l’économie politique pure consiste à modéliser mathématiquement la situation dans laquelle s’échangent librement des produits. Eléments d’économie politique pure (1874)

 

  • Une description formelle du fonctionnement de l’économie

Walras montre qu’on peut décrire l’économie par un système d’équations. Les prix permettent d’équilibrer ce système. Les prix sont obtenus par tâtonnement.

A l’équilibre la situation est telle que ni les producteurs ni les consommateurs n’ont intérêt à modifier les quantités échangées.

Walras utilise également l’utilité marginale pour fonder la valeur des biens.

De plus, il expose une théorie du producteur : celui ci offre un bien en utilisant du capital, du travail et de la terre. Les facteurs de production sont donc eux aussi échangés, ce qui permet de les inclure dans le système d’équation.

 

  • L’équilibre général

Walras a donc proposé une théorie de l’équilibre général qui décrit le fonctionnement d’une économie dans une situation de concurrence pure et parfaite. C’est donc le régime idéal pour créer le maximum de richesses (car la libre concurrence crée le maximum de satisfaction).

Ouvrage fondateur de l’économie moderne : véritable programme de recherche.

Analyse qui repose sur une loi simple et efficace : la loi de l’offre et de la demande.

Mais Walras ne prend pas en compte la spécificité du travail, ni le fait que la concurrence n’est pas toujours parfaite, ni le rôle de la monnaie.

 

 

IV] Les prolongements de la révolution marginaliste

 

  • L’école anglaise

A la suite de Jevons, une école néoclassique apparaît à Cambridge (UK).

Marshall en expose la synthèse dans les Principes d’économie politique (1890) :

A court terme, la valeur d’un bien dépend de la demande ; à long terme, de l’offre.

L’économie peut être étudiée par les équilibres partiels : le fonctionnement des marchés est considéré toutes choses égales par ailleurs (ceteris paribus).

L’échange s’explique par les surplus : c’est le prix que les consommateurs sont disposés à payer pour une unité supplémentaire. Le prix d’équilibre annule les surplus du producteur et du consommateur.

Pigou tentera d’approfondir l’étude des marchés dans Welfare economics (1920) :

Le marché n’est pas toujours efficace : certaines défaillances sont possibles en raison d’externalités (càd une action individuelle dont le coût est supporté par d’autres). Les externalités proviennent d’imperfection des droits de propriété selon Pigou, l’Etat peut donc intervenir pour faire supporter le coût par le responsable.

Les agents réagissent de manière logique face à l’inflation : c’est l’effet d’encaisses réelles. Quelque soit la masse monétaire, les agents souhaitent conserver un même montant d’argent pour consommer (encaisses). En cas de déflation / inflation, l’effet d’encaisses réelles permet à l’économie de retrouver l’équilibre, car la consommation fait diminuer / augmenter les prix.

Pour Pigou, il ne peut y avoir de chômage involontaire : il suffit que les prix soient flexibles.

 

  • L’école autrichienne

A la suite de Menger émerge l’école de Vienne.

Von Wieser publie Ursprung und hauptgesetze des wirtschaftlichen werthes (1904).

Ouvrage qui généralise l’individualisme méthodologique : à partir de la valeur marginale, on peut considérer que les individus rationnels suivront cette logique maximisatrice.

Mais Von Wieser constate surtout que l’utilité marginale peut être exploitée en situation de monopole : c’est la discrimination par les prix.

De plus, Von Wieser met en évidence la notion de coût d’opportunité : avec un raisonnement marginaliste, on peut envisager des usages alternatifs pour un facteur de production.

Böhm-Bawerk publie Die positive theorie der kapitalismus (1889).

La production capitaliste suppose un décalage dans le temps: on fabrique d’abord des outils de production puis des biens de consommation. C’est le détour de production.

Les biens de production sont donc à l’origine du profit : le capital rapporte un intérêt.

De plus, les individus préfèrent consommer des biens présents que des biens futurs : le capital permet de garantir que les biens futurs seront abondants.

 

  • L’école de Lausanne

A la suite de Walras apparaît l’école de Lausanne.

Pareto en est l’auteur le plus connu, du fait d’un apport majeur à la science économique : la théorie de l’optimum. Manuel d’économie politique (1906)

Pareto reprend la distinction économie pure / appliquée et pose le problème qui permettra d’unifier l’économie : comment comparer les utilités des individus ?

Dans une économie d’échange en situation de concurrence les prix garantissent le maximum de satisfaction des agents : on est dans une situation optimale car on ne peut améliorer la situation d’un individu sans dégrader celle d’un autre.

La théorie de l’optimum fonde l’économie du bien être : tout équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto. Il faut donc tout faire pour garantir la concurrence.

Pareto propose donc une analyse amorale de l’efficacité, mais qui ne prend pas en considération la justice sociale.

 

Conclusion :

Courant novateur sur le plan intellectuel et dominé par le libéralisme.

Fin de cette approche = la grande dépression

 

Références :

BLAUG, Mark : La pensée économique, Economica, 1996

MIROWSKI, Philip : Plus de chaleur que de lumière L’économie comme physique sociale, la physique comme économie de la nature, Economica, 1989

ROBINSON, Joan : Essai sur l’économie de Marx, Dunod, 1942

15:29 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire |  Facebook | | |

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