18/05/2012

Les fondateurs de la sociologie

Auteurs qui ne faisaient pas de la sociologie … ou alors sans le savoir.

Application a posteriori, car réflexions restent actuelles ; méthodes également.

Quatre grands auteurs : Montesquieu, Comte, Tocqueville & Marx.

Q : Leur questionnement permet-il de raisonner sur les sociétés actuelles ?

 

 

I] Montesquieu (1689-1755)

 

  • Une réflexion politique sur la société

Montesquieu analyse « l’esprit des lois », càd l’organisation juridique de la vie sociale.

Certaines lois sont naturelles : elles existent sans intervention humaine ; les autres sont positives : elles sont le fait des hommes.

Comme les lois humaines sont très diverses, Montesquieu cherche à les expliquer et à les analyser au regard de la raison.

Toute loi doit pouvoir se comprendre en fonction d’un contexte historique et social : Montesquieu évoque les nombreux facteurs à prendre en compte dans cette optique.

- géographie

- démographie

- économie

- culture (ex : religion)

 

  • Une analyse des rapports sociaux

Montesquieu mobilise la sociologie quand il propose des typologies des lois ou des gouvernements.

Ex : les régimes fondés sur l’assentiment, l’intérêt ou la crainte

Son analyse évoque également les aspects moraux des sociétés.

Ex : la liberté doit être protégée contre le pouvoir

De plus, sur le plan méthodologique, Montesquieu utilise une méthode comparative consistant à puiser dans l’histoire ses exemples.

Ex : Rome antique, modèle anglais

Son approche de la politique repose sur le changement social : il cherche à comprendre comment des régimes s’affirment puis disparaissent pour en tirer des conséquences. D’où une défense du libéralisme, de l’équilibre des pouvoirs, du rôle du commerce

Originalité de l’œuvre : son influence à l’extérieur de la France …

 

 

II] Comte (1798-1857)

 

  • Fonder la sociologie comme science

Comte est le créateur du terme « sociologie ». C’est un philosophe qui considère qu’on peut expliquer de manière scientifique l’ensemble des facultés humaines et de leurs réalisations dans le cadre d’une connaissance de l’évolution historique. C’est le positivisme.

Comte est l’auteur d’une œuvre monumentale et foisonnante car reposant sur un projet particulièrement ambitieux : dépasser les sciences existantes pour les unifier.

La sociologie est une théorie de la connaissance : elle relie l’esprit humain et la réalité de manière plus efficace que la théologie ou la métaphysique. Le positivisme se fixe comme objectif de faire émerger les lois sociales qui décriront la formation du réel ( !!!).

Comte distingue ainsi entre la croyance (théologie), l’abstraction (métaphysique) et la réalité.

Analyse qui illustre l’affirmation institutionnelle de la sociologie en France.

Ainsi, la vérité se découvre par un effort d’apprentissage. La connaissance étant limitée par la constitution de l’esprit humain, mais tend à obtenir des résultats toujours meilleurs.

La philosophie de Comte peut être qualifiée d’évolutionniste : les problèmes sociaux sont résolus progressivement car ils sont assujettis à des lois naturelles invariables.

 

  • Une vision holiste de la société

La société doit donc pouvoir s’étudier de manière positive, c’est le but de la sociologie, la « physique sociale ». La morale et la politique découlent donc d’un ordre social naturel.

Comte utilise la méthode inductive pour décrire cet ordre social : à partir de faits particuliers établis empiriquement on établit des principes généraux.

Comte est ainsi le premier penseur qu’on puisse qualifier de holiste : la société n’est pas une somme d’individus, analyser le comportement d’une personne isolée n’a pas de sens.

La critique de l’individualisme est très marquée dans l’œuvre d’Auguste Comte : sans nier le rôle des actions individuelles, il faut nécessairement analyser la société dans son ensemble pour comprendre les lois de l’ordre social.

Ainsi, Comte estime que les règles sociales doivent être acceptées par les individus : un consensus est nécessaire à l’ordre social. L’interdépendance des individus dans une société revient à minorer la place de l’égoïsme.

Dans cette optique l’éducation joue un rôle essentiel pour que la morale et la politique fondent un ordre social positiviste : le progrès humain est nécessaire à la dynamique de l’ordre social.

Comte met donc en valeur la place de l’opinion dans la sociologie : la pensée positive doit permettre de faire émerger la connaissance.

 

 

III] Tocqueville (1805-1859)

 

  • Sociologue de la modernité

Notamment par ses sujets d’étude : le passage de l’Ancien régime à la Révolution ou la mise en place de la démocratie américaine.

Mais Tocqueville ne cherche nullement à construire un système : il analyse les différents facteurs sociaux qui entraînent les phénomènes qu’il étudie.

Sur le plan méthodologique, Tocqueville mobilise une approche comparative. La tendance à l’égalité qu’il met en valeur n’est pas un phénomène historique inéluctable, mais peut s’interpréter comme la conjonction de plusieurs facteurs généraux : l’absence de mobilité sociale dans l’Ancien régime, le développement des connaissances d’une élite intellectuelle, l’enrichissement des bourgeois … favorisent l’idée de mérite individuel.

De même certains facteurs particuliers interviennent : le pouvoir royal absolu, la philosophie puritaine des pères fondateurs …

Ainsi Tocqueville explique les faits sociaux par une pluralité de facteurs d’importance variable : c’est par comparaison spatiale et temporelle qu’on peut comprendre des phénomènes et leurs conséquences.

Ex : la société américaine égalitaire favorise la religion car celle ci est une condition de l’égalité alors que la société française considère la religion comme un pouvoir contraignant.

Tocqueville s’efforce de faire apparaître les motifs de l’action humaine : c’est une sociologie de la connaissance, car toute action obéit à une logique qu’il appartient de découvrir.

Forte influence sur les travaux de Mendras ou de Boudon.

 

  • Sociologue du changement social

Ainsi la société égalitaire est basée sur plusieurs facteurs.

- l’individualisme : la situation sociale s’explique par la personne

- la matérialisme : le goût pour les richesses

- les mœurs : l’adoucissement des relations (sympathie)

- l’inquiétude : les positions sociales sont incertaines

Pour Tocqueville, il n’existe pas d’association systématique entre cette configuration et l’égalité.

Il montre que la société subit plusieurs tendances, parfois antagonistes, entre liberté et égalité. Or selon lui, le libéralisme est la clé de l’organisation sociale.

Ainsi Tocqueville met en valeur certaines clés de la sociologie moderne : les faits sociaux sont explicables de manière non déterministes (ex : révolution ou non) ; la mobilité sociale est un facteur essentiel pour comprendre la société.

 

 

IV] Marx (1818-1883)

 

  • Une sociologie de la domination

Marx prolonge l’approche de Comte, notamment sa vision historique de la société. Mais alors que Comte insiste sur le progrès social, Marx considère que la société se fonde sur la lutte des classes.

Pour Marx la liberté est conditionnée au niveau de richesse : cela induit une hiérarchisation des conditions de l’action sociale. Les moyens sont nécessaires aux fins, il n’y a pas d’autonomie des individus par rapports aux moyens de production.

Marx se base sur le matérialisme historique et la dialectique : l’histoire a un sens (celui de l’exploitation) et repose sur des contradictions. Il va donc s’appuyer sur l’histoire pour mettre en valeur l’existence de classes sociales dépendant de la propriété des moyens de production, et leurs luttes pour posséder ces moyens.

 

  • Une société de classes

La lutte des classes permet d’expliquer à la fois les comportements et les croyances :

- les comportements : les capitalistes cherchent à exploiter les travailleurs et à les maintenir dans une situation de dépendance (prolétaires), alors que la classe ouvrière doit s’émanciper et s’approprier les moyens de produire la richesse

- les croyances : l’exploitation capitaliste tend à justifier sa domination sur la plan idéologique en s’appuyant sur l’appareil d’état pour imposer ses valeurs et défendre ses intérêts.

Marx a posé des questions essentielles à la sociologie mais a fait l’objet de réinterprétations, de simplifications … le marxisme n’est pas Marx.

De plus, il défend une vision déterministe de la société, même si dans les faits les problèmes posés existent toujours.

 

Conclusion :

Analyses dépassées mais indépassables. Toutes sont à l’origine des grands courants actuels ou permettent de se positionner.

 

Références :

COMTE, Auguste : Cours de philosophie positive, Flammarion, 1839

MARX, Karl : Manuscrits de 1844, Flammarion, 1932

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : L’idéologie allemande, Nathan, 1846

MARX, Karl : Misère de la philosophie, Payot, 1847

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Manifeste du Parti communiste, Flammarion, 1848

MARX, Karl : Contribution à la critique de l’économie politique, Editions sociales, 1859

MARX, Karl : Les luttes de classes en France, Gallimard, 1850

MARX, Karl : Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Editions sociales, 1852

MARX, Karl : Le capital Livre I, Puf, 1867

MARX, Karl : La guerre civile en France, Editions sociales, 1871

MONTESQUIEU : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, Flammarion, 1734

MONTESQUIEU : De l’esprit des lois, Flammarion, 1748

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique I, Gallimard, 1835

TOCQUEVILLE, Alexis de : De la démocratie en Amérique II, Gallimard, 1840

TOCQUEVILLE, Alexis de : L’ancien régime et la révolution, Gallimard, 1856

19:18 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire, Sociologie |  Facebook | | |

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