10/05/2012

Les critiques de l'économie classique

Pensée du XIXe. Inspirée de philosophie (Rousseau, More ou Hegel).

Liée aux évolutions sociales : apparition d’une classe de travailleurs pauvres. (voir en histoire des faits économique « L’industrialisation »).

Q : pourquoi critiquer l’économie classique ?

 

 

I] Le socialisme

 

  • Charles Fourier (1772-1837)

Savant français qui s’intéresse aux questions économiques, publie Le nouveau monde industriel en 1827.

Ses analyses sont à l’origine d’un mouvement de pensée : la Phalange (journal de disciples).

Il défend une conception naturaliste de l’homme : les passions humaines sont bonnes et la société humaine évolue vers l’harmonie, mais le commerce dans le monde est à l’origine de désordres.

Fourier propose de fonder la vie sociale sur les Phalanstères : institutions qui organisent le travail et la vie sociale pour les individus. Préférence pour le travail agricole.

On parle de socialisme associationniste. Vision utopique.

Plusieurs types de phalanstères sont envisagés pour prendre en compte la diversité des classes sociales ; mais pas de différences au sein d’un phalanstère. La recherche de prospérité pour l’association permet d’éviter les conflits.

Cependant cette utopie n’a pas trouvé de financement durable.

 

  • Robert Owen (1771-1858)

Réformateur anglais, publie Le nouveau monde moral en 1844.

Owen est un entrepreneur : il gère une filature à New Lanark. Il met en œuvre des principes de gestion novateurs : lutte contre l’ivrognerie, le vol dans l’usine, réduction du temps de travail, jardins d’enfant, cours du soir … Vision très morale.

Cherche à créer une usine modèle où les travailleurs seraient à la fois efficaces et satisfaits.

La base de sa réflexion est la coopération : une entreprise ne doit pas être basée sur l’exploitation privée (capitaliste) mais sur la propriété commune de la production.

Comme ses idées ne peuvent s’appliquer en Angleterre, il fonde un village coopératif en Amérique (New Harmony) en 1824. Dès son départ, la colonie tourne à l’échec.

Même si ce mouvement connaîtra un certain succès, puisque quelques coopératives modèles voient le jour ; ces idées ne s’imposent pas (ex : remplacer la monnaie par des bons de travail).

Il reste la référence de l’économie solidaire.

 

  • Claude Henri de Rouvroy Comte de Saint Simon (1760-1825)

Aristocrate et penseur français, publie le Catéchisme des industriels en 1823.

Il veut fonder le socialisme sur des bases scientifiques.

Il oppose l’industrialisme au libéralisme : il prône un système qui respecte le droit de propriété mais qui se fonde sur l’organisation du travail (en vue d’améliorer la situation de la classe la plus faible).

Saint Simon pense que ce seront des techniciens qui gèreront les industries, car il faut des compétences pour organiser le travail. Critique du pouvoir politique.

 

  • Jean-Charles Léonard Sismonde de Sismondi (1773-1842)

Théoricien d’origine suisse ayant réussi dans les affaires, publie en 1819 les Nouveaux principes d’économie politique.

Adhère d’abord aux théories de Smith. Puis face au développement de la misère modifie radicalement ses opinions.

Critique la loi des débouchés par l’expérience : les crises existent.

Critique les inégalités découlant du libéralisme : les travailleurs sont moins rémunérés que les entrepreneurs et l’écart ne cesse de croître (critique du salaire de subsistance).

Sismondi propose donc de favoriser l’accès des travailleurs à la propriété, d’encourager la participation aux bénéfices. Les entrepreneurs doivent protéger leurs travailleurs contre les maladies ou le chômage (une législation est nécessaire).

Approche très critique mais lucide : Sismondi reconnaît que l’entreprise est créatrice de la richesse. Théorie qui ressemble aujourd’hui à l’ « entreprise éthique ».

 

 

II] L’anarchisme & le communisme

 

  • Pierre-Joseph Proudhon (1802-1864).

Philosophe politique français.

Publie Système des contradictions économiques ou philosophiques de la misère en 1846.

Critique la propriété privée : considère la liberté et l’égalité comme des droits absolus et sacrés. Sans ses droits les individus ne peuvent vivre ensemble.

« La propriété c’est le vol ». L’accaparation des richesses empêche d’établir la liberté et l’égalité. Par conséquent la propriété collective proposée par les socialistes est également critiquable : Proudhon est un penseur libertaire, anarchiste.

Cependant, il ne suggère pas d’abolir la propriété, car elle assure une certaine liberté économique. Ce faisant, il propose de fonder les relations humaines sur le principe du contrat : chaque individu libre pourra négocier son travail. Aucun individu ne pourra donc obtenir plus qu’il ne mérite. Proudhon théorise le mutualisme.

Il en conclut qu’il faut développer le crédit aux pauvres pour leur garantir l’indépendance.

Vision prophétique. Refus de la révolution. Mais développe une pensée plutôt incohérente.

Intérêt fondamental : la question de l’harmonie entre justice sociale et liberté individuelle.

 

  • Karl Marx (1818-1883)

Philosophe politique allemand.

Publie Critique de l’économie politique en 1859 et le premier tome du Capital en 1867.

Sans doute la plus grande critique de l’école classique.

Fondée sur des principes philosophiques (Hegel / matérialisme ou Feuerbach / aliénation) et utilisant le système intellectuel de Ricardo : critique de l’économie par l’économie. On qualifie parfois Marx de dernier des classiques pour souligner cette continuité.

La méthode de Marx reste originale : il se base sur une interprétation économique de l’histoire. C’est la lutte des classes qui fonde l’évolution des sociétés : les individus sont en conflit pour la propriété des moyens de production.

Marx adopte la théorie de la valeur travail. (Grande réflexion sur la notion de travail, mais un peu datée aujourd’hui). Il met en valeur la notion d’exploitation : le capitalisme est un mode de production qui s’approprie la richesse créée par les travailleurs. C’est la plus value : la valeur supplémentaire de la marchandise créée par le travail.

Enfin Marx critique le fétichisme de la marchandise : la société est régie par des rapports entre objets.

Karl Marx théorise la crise du système capitaliste : l’accumulation du capital (la plus value est réinvestie dans du capital au détriment des travailleurs) va entraîner une baisse tendancielle du taux de profit. L’augmentation du capital se fait au détriment du chômage : une armée industrielle de réserve se crée qui garantit des bas salaires. Mais dans le même temps, cela débouche sur des crises de surproduction. Ces crises favoriseront la concentration industrielle.

Double intérêt de son œuvre : méthodique & inspiratrice (ex : Lenine ; Théorie de la Régulation).

 

 

III] Les précurseurs des néo-classiques

Ensemble d’auteurs sans cohérence qui ont produit des réflexions formalisées qui sont toujours utilisables.

 

  • Augustin Cournot (1801-1877)

Mathématicien français, publie en 1838 Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses.

Livre très novateur qui ressemble à l’économie contemporaine : maths + illustration

Introduit des analyses sur la concurrence imparfaite (fixation des prix en monopole et duopole), les coûts de production, le commerce international et le taux de change …

Ouvrage ignoré par les économistes, malgré une tentative de vulgarisation ultérieure en 1863.

 

  • Jules Dupuit (1804-1866)

Ingénieur français, publie entre 1844 et 1853 des articles sur la tarification des services publics.

La gestion publique d’un monopole (pont ou route) se contente de fixer un montant de péage qui couvre les coûts de construction.

Pour Dupuit, il faut comparer l’utilité d’un ouvrage public (pont, voie navigable, chemin de fer) et son coût de production. Comme un ouvrage public permet de réaliser des économies, il doit se financer par un péage qui prenne en compte l’économie réalisée par chaque individu (c’est la tarification discriminante).

 

  • Henri Von Thünen (1783-1850)

Economiste allemand, publie en 1854 L’Etat isolé.

Il propose une théorie de la localisation économique. Pour nourrir une zone géographique, il faut calculer la localisation de la production agricole en fonction des coûts de transport et de la distance entre chaque ville. Plus on s’éloigne d’une localisation plus les rendements sont décroissants : c’est l’intersection avec une autre zone spécialisée dans une culture différente.

 

  • Heinrich Gossen (1810-1858)

Autodidacte allemand, publie Exposition des lois de l’échange en 1854.

Ouvrage méconnu des milieux académiques.

Les consommateurs tendent à rendre égales les satisfactions qui leur sont procurées par les unités monétaires marginales dépensées pour l’achat de divers biens. Plus on consomme un bien, moins la satisfaction supplémentaire augmente.

 

Conclusion :

Critiques qui portent en germe la révolution marginaliste déclenchée par les néo-classiques

 

Références :

COURNOT, Augustin : Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, Dunod, 2001

COURNOT, Augustin : Principes de la théorie des richesses, Vrin, 1981

DUPUIT, Jules : Œuvres économiques complètes, Economica, 2009

GOSSEN, Hermann Heinrich : Exposition des lois de l'échange et des règles de l'industrie qui s'en déduisent, Economica, 1995

HURIOT, Jean-Marie : Von Thünen Economie et espace, Economica, 1994

MARX, Karl : Critique de l’économie politique, Allia, 2007

MARX, Karl : Le capital Livre I, Puf, 2009

MARX, Karl : Les crises du capitalisme, Demopolis, 2009

MUSSO, Pierre : Saint Simon et le saint simonisme, Puf, 1999

PROUDHON, Pierre-Joseph : Qu’est ce que la propriété ?, Flammarion, 2009

PROUDHON, Pierre-Joseph : Manuel du spéculateur à la bourse, Editions Ere, 2009

SIMONIN, Jean-François & VATIN, François dir. : L’oeuvre multiple de Jules Dupuit (1804-1866): Calcul d'ingénieur, analyse économique et pensée sociale, Presses de l’Université d’Angers, 2002

SISMONDI : Nouveaux principes de l’économie politique, Calmann Levy, 1971 

11:46 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

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