10/05/2012

Les classiques de l'économie

La notion de « classiques » est évidemment un jugement de l’histoire : ce sont les auteurs qui ont fourni l’appareil analytique le plus élaboré et le plus reconnu d’une science nouvelle.

Leurs traits communs : la prise en compte de l’intérêt personnel et de l’instinct de reproduction, selon Guy Caire.

Ex : vision du bonheur par l’utilitarisme ; limites naturelles à la production agricole.

Q : quels sont les changements introduits dans la pensée économique par les classiques ?

 

I] Adam SMITH (1723-1790)

Philosophe écossais, il publie en 1776 : Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations.

 

  • L’ouvrage emblématique de la révolution industrielle

Son questionnement est de comprendre l’origine de la croissance économique : il analyse donc les facteurs qui sont liés à la richesse.

La division du travail permet par exemple d’augmenter la productivité (ex : une manufacture d’épingles).

La valeur d’échange des biens provient de la quantité de travail nécessaire pour les produire (la valeur travail).

Le mécanisme du marché permet la meilleure allocation des ressources. C’est en servant ses propres intérêts qu’on parvient à échanger des produits à un prix donné grâce au mécanisme de l’offre et de la demande (ex : la main invisible). Il faut donc assurer la liberté du commerce

Pour assurer les échanges il faut une monnaie qui joue le rôle d’intermédiaire.

 

  • L’échange est la source des revenus

Les salaires doivent permettre aux travailleurs de subsister (que le travail soit productif ou improductif). La répartition des revenus fait l’objet d’un conflit.

Le capital doit être rémunéré par des profits car l’accumulation de capital est source de progrès économique. L’épargne est assimilée au capital, elle est rémunérée par l’intérêt.

La propriété doit être rémunérée par une rente.

Les pays ont un avantage à faire du commerce entre eux s’ils possèdent un avantage absolu en termes de prix.

L’Etat a un rôle à jouer dans l’économie : protéger contre les autres pays, protéger la société et construire des infrastructures (missions régaliennes). Il peut donc lever l’impôt mais doit éviter de s’endetter. Les citoyens doivent participer au financement de l’Etat (ex : péages).

 

  • La nouvelle dimension prise par l’économie et l’industrie dans la société

L’œuvre de Smith incarne un changement dans le système de pensée de la société.

La place donnée à l’égoïsme dans la réalisation de l’intérêt général (et par là même au marché) en fait le fondateur du libéralisme économique (même si le livre est plus nuancé).

Ce qui est marquant c’est la modernité de sa vision. La référence reste actuelle.

De plus, l’ouvrage de Smith n’est pas normatif, il entend décrire le phénomène de la révolution industrielle sans idéologie, même s’il critique sévèrement les mercantilistes.

Toutefois la plupart de ses concepts sont aujourd’hui périmés : valeur, monnaie …

 

II] Thomas Robert MALTHUS (1766-1834)

Pasteur anglais, il publie deux grands ouvrages d’économie Essai sur le principe de population (1798) et Principes d’économie politique (1820).

 

  • Les relations entre démographie et économie

L’explosion démographique associée à la révolution industrielle pose des problèmes de subsistance : il faut nourrir une population sans cesse croissante.

La terre subit la loi des rendements décroissants : plus la population augmente, plus on exploite des terres de mauvaise qualité qui sont moins productives. Il deviendra difficile de produire suffisamment de nourriture.

Malthus en tire une morale : les pauvres doivent tenter de contrôler les naissances.

La pauvreté ne vient donc pas d’une répartition inégale des richesses.

L’assistance aux pauvres ne fait que renforcer cet état de fait en permettant à une surpopulation de subsister. L’Etat ne doit donc pas intervenir dans ce domaine.

Cette vision démographique très pessimisme est qualifiée de « malthusianisme ». Toutefois, elle n’est absolument pas étayée par des faits : elle se veut d’application générale …

 

  • Une analyse économique d’ensemble

Dans ses principes, Malthus étudie les facteurs qui permettent la croissance :

- l’accumulation du capital

- la fertilité du sol

- le progrès technique.

La richesse dépend de la demande effective : sans débouchés, les entreprises peuvent ne pas produire assez.

L’excès d’épargne peut réduire la demande effective et donc causer des crises.

 

  • Une pensée morale

Malthus a proposé une analyse normative de l’économie avec quelques idées lumineuses : rendements décroissants ou équilibre de sous-production. Son approche traduit la façon de voir de son époque, Petersen (1980).

Il sera le premier titulaire d’une chaire d’économie politique

 

III] Jean-Baptiste SAY (1767-1832)

Professeur français, il publie en 1803 un Traité d’économie politique.

 

  • Une synthèse des apports de l’école classique.

Le libéralisme économique, la libre concurrence et la propriété privée sont les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’économie.

Les produits peuvent être matériels ou immatériels (les services).

Le prix est l’indicateur de l’utilité des biens pour les agents.

La monnaie est neutre : elle ne sert qu’à réaliser des échanges.

 

 

  • La loi des débouchés

L’économie est caractérisée, selon Say, par la loi des débouchés : comme l’achat d’un produit est fait grâce à la valeur d’un autre, c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits. L’offre crée donc sa propre demande. Les crises de production générales sont impossibles (même si des pénuries sont possibles à court terme). Le mécanisme des prix vient réguler le marché.

Rappel : Malthus critique cette approche.

Comme la loi de Say a été contredite par les faits (crise des années 30) elle n’est plus d’actualité. Pourtant, elle traduit le fonctionnement d’une économie de marché en situation de concurrence pure et parfaite.

 

IV] David RICARDO (1772-1823)

Homme d’affaires anglais, il publie en 1817 Des principes de l’économie politique et de l’impôt.

 

  • L’aboutissement de la pensée classique

Ricardo reprend certains acquis de Smith et Malthus puis prolonge leur réflexion pour proposer un véritable système d’analyse de l’économie.

La valeur des biens dépend du travail nécessaire pour les produire ainsi que du capital incorporé dans l’appareil productif.

Les revenus se répartissent entre la rente pour les propriétaires, les salaires pour les travailleurs et les profits pour les capitalistes.

La loi des rendements décroissants est à l’origine de la rente des propriétaires : ceux dont les terres sont les plus fertiles gagnent plus que ceux exploitant des sols de mauvaise qualité.

Les salaires dépendent du niveau de subsistance des ouvriers : le prix du travail tend vers un prix naturel grâce aux mécanismes de marché.

Le taux de profit tend à s’égaliser entre les branches de l’économie. Ils dépendent du niveau des salaires (et donc du niveau de subsistance lui même lié au prix des produits agricoles).

 

  • Les débats économiques

Pour Ricardo, l’augmentation du niveau de subsistance entraîne une baisse tendancielle du taux de profit (sauf en cas de progrès technique).

Le progrès technique, la mécanisation a une double influence : favorable aux travailleurs pour augmenter la productivité mais défavorable également car elle permet d’économiser du travail.

Le libre échange doit s’appliquer au niveau international au nom des avantages comparatifs : tout pays a intérêt à commercer avec un autre en se spécialisant dans la production pour la quelle il est comparativement (relativement) plus efficace. Chaque pays pouvant produire une plus grande quantité de biens au total.

Il défend ainsi en 1815, dans L’essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, la libre circulation des produits agricoles (alors que Malthus est contre, car le blé doit servir à nourrir la population).

 

  • Une référence

Ricardo a proposé un ensemble théorique de référence qui sera utilisé par Marx notamment. Ses principes sont encore utiles malgré l’usure de certains concepts.

Ex : ses analyses sur le commerce ou la technologie

 

Conclusion :

L’étude à travers les grandes œuvres est réductrice mais symbolique.

 

Références :

CAIRE, Guy : L’école classique, in MONTOUSSE, Marc dir. : Histoire de la pensée économique, Bréal, 2008

DENIS, Henri : La « Loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée ? Une nouvelle approche de la surproduction, Economica, 1999

MALTHUS, Thomas-Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MALTHUS, Thomas-Robert : Principes d’économie politique, Calmann Levy, 1820

PETERSEN, William : Malthus Le premier anti-malthusien, Bordas, 1980

RICARDO, David : Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, Economica, 1815

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

SAY, Jean-Baptiste : Traité d’économie politique, Economica, 1803

SAY, Jean-Baptiste : Cours d’économie politique, Flammarion, 1996

SMITH, Adam : Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations, Economica, 1776

11:42 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

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