03/05/2012

La révolution industrielle

Phénomène qui s’inscrit dans le long terme. Phénomène européen.

Expression qui désigne une période de progrès technique radical modifiant les structures économiques d’une société.

 

  • Une rupture progressive

Le terme « révolution » est assez mal adapté car les changements s’inscrivent dans la durée.

Selon l’historien Jean Gimpel (1975) la révolution industrielle plonge ses racines au Moyen Age, ses grands bouleversements datent de l’époque médiévale :

- les inventions technologiques (ex : horloges)

- les modifications du monde du travail (ex : ouvriers)

- le développement de sources d’énergie (ex : mines)

Ceci dit l’échelle est nettement plus réduite : on parle de proto-industrialisation, Mendels (1972). La révolution industrielle consacre le passage d’une économie dominée par l’agriculture à une économie fondée sur l’industrie.

Pour Braudel, le capitalisme industriel se fonde sur le capitalisme marchand. Les cités Etats du Moyen Age (Venise, Anvers) avaient développé une extraordinaire activité marchande sur le plan mondial. L’industrie vient simplement prendre le relais des négociants : les Etats décident de produire sur place plutôt que de dépendre d’autres pays.

Comme le montre également Favier (1987) les marchands médiévaux sont porteurs des principes de l’entrepreneur moderne : prise de risque, capacité d’organisation, connaissance des marchés …

 

  • Une expression polysémique

L’expression est utilisée en 1837 par Adolphe Blanqui (frère de l’homme politique socialiste). Elle est consacrée en histoire par Arnold Toynbee (père) en 1884 qui privilégie encore l’approche globale de la révolution : c’est un ensemble de facteurs réunis qui ont permis ce phénomène (ex : rôle primordial des inventions). La révolution est ainsi décrite du point de vue du pays qui l’a menée.

Livre fondateur de la réflexion française : Paul Mantoux (1905) qui considère que la révolution réunit trois phénomènes. Invention de procédés qui permettent de produire plus ; concentration des capitaux ; nouvelle organisation sociale du travail.

Chronologie retenue aujourd’hui : entre 1770 et 1880, de l’invention de la machine à vapeur à la seconde révolution (électricité). Mais ce découpage fait toujours débat.

Q : la révolution industrielle est-elle un phénomène économique inéluctable ?

 

I] Les facteurs agricoles

 

  • Aspects pratiques

En Angleterre, une minorité de grands propriétaires terriens décident de modifier leur méthode d’exploitation agricole : remplacement des jachères par des plantes fourragères, enclosures, remembrements, suppression des droits coutumiers sur les terres …

En se fondant sur les nouvelles connaissances et techniques de l’agronomie, l’Angleterre voit sa production agricole augmenter fortement (blé, houblon, chanvre ou colza).

Par effet d’entraînement, les autres exploitants suivent le mouvement : la productivité agricole fait d’énormes progrès.

D’autres innovations apparaissent : sélection des grains, utilisation de machines agricoles (semoir, labour), développement de l’élevage (viande et engrais) qui complète l’agriculture traditionnelle. Il s’ensuit de nombreux défrichements ou des drainages pour exploiter de nouveaux terrains.

C’est une évolution qui favorise les gros propriétaires : les petits disparaissent, deviennent fermiers ou ouvriers agricoles. Les autres partent pour la ville. L’Angleterre voit se développer un capitalisme agricole qui permet de nourrir une population croissante.

En France, le monde rural est plus morcelé. La Révolution (politique) favorise ce mouvement en confisquant les terres du clergé.

Seules certaines régions (Alsace, Beauce) voient apparaître la grande exploitation agricole. Le phénomène finit par s’imposer mais de manière moins forte qu’en Angleterre.

 

  • Aspects théoriques

Pour certains auteurs, comme Rostow (1960) et surtout Bairoch (1963), la révolution agricole est à l’origine de la révolution industrielle.

- Elle permet le développement démographique.

- Elle permet d’accumuler des capitaux.

- Elle favorise la production dans d’autres branches (ex : métallurgie)

- Les équipements produits pour l’agriculture trouvent d’autres usages (ex : textile)

Pour Crouzet (2000) l’enchaînement n’est pas aussi clair, ni aussi radical : l’industrie s’est développée sans réellement profiter de l’agriculture (main d’oeuvre ou équipements). Le commerce colonial anglais a été plus stimulant pour la demande. La situation française l’illustre bien puisqu’un « décollage » industriel a été constaté même sans révolution agricole de l’ampleur de celle de l’Angleterre.

Selon Rioux (1971), la révolution agricole est étroitement liée à la révolution industrielle mais elle n’en est pas la condition déterminante. C’est une condition nécessaire puisque les gains de productivité permettront à la population agricole de se réorienter vers l’industrie naissante.

 

II] Les facteurs techniques

La révolution industrielle est caractérisée par l’utilisation de machines de manière efficace. C’est la condition qui permet le changement d’échelle de la production et des débouchés.

Pour Verley (1997b), l’industrialisation de l’occident est le passage à « l’échelle du monde ».

 

  • Nouvelles techniques

Le XVIIIe est marqué par de nombreuses inventions qui se diffusent rapidement dans l’économie. Ceci s’explique par les avancées de la science, de l’ingénierie et de l’éducation.

L’énergie nouvelle de la révolution industrielle est la vapeur. Elle permet de pomper l’eau des mines ou d’automatiser la production.

L’industrie textile est à la pointe du progrès : le coton devient la matière de base, dépassant la laine (difficile à mécaniser). Les métiers à tisser permettent de produire de plus grandes quantités de bonne qualité (même si l’Angleterre est moins efficace que l’Inde à l’époque). Les brevets sont déposés en Angleterre, qui prend une avance décisive dans ce domaine.

La métallurgie connaît également de grands progrès : le chauffage au bois est de moins en moins rentable. L’agriculture a des besoins de produits métallurgiques. On fabrique donc de la coke à partir de la houille. Des procédés d’épuration du fer sont mis en place. Des forges modernes produisent donc du fer de bonne qualité en grande quantité.

 

  • Nouvelle organisation productive

Les grandes entreprises industrielles, reposant sur des usines, viennent d’apparaître.

De plus, la croissance démographique du XVIIIe en Europe influence à la fois la demande (par la consommation) et l’offre (par le travail). Mais c’est avant tout un changement économique tiré par la demande et qui ensuite proposera des innovations technologiques, Landes (1983).

La révolution industrielle est également marquée par une révolution des transports. L’acheminement des produits se fait tout d’abord par les canaux (en particulier la houille) du fait des prix faibles. Le chemin de fer vient ensuite concurrencer ce mode de transport (locomotives vapeur).

Pour De Vries (1994) c’est une « révolution industrieuse » : il calcule la durée du travail en mesurant l’écart entre la richesse du patrimoine au décès des individus et ce que permettent d’accumuler les salaires d’une vie. Il estime ainsi que la quantité de travail a joué un rôle plus important que ce lui des inventions : c’est le « putting out system ».

 

III] Les facteurs politiques

En Angleterre et en France, le pouvoir politique consacre la place de la bourgeoisie.

Ces deux pays ayant vécu leurs révolutions politiques.

 

  • Comparaison Angleterre - France

Le parlementarisme anglais favorise la représentation des grands propriétaires fonciers.

L’Angleterre est une nation conquérante qui a développé un réel marché extérieur colonial.

La politique commerciale est fondée sur le libre échange : les lois sur le commerce des grains sont abolies, le transport maritime de marchandises est libéralisé …

La supériorité de l’Angleterre lui permet de prôner ce libéralisme. Elle devient une plate forme financière grâce à sa monnaie convertible en or. Pour Verley (1997a) cependant, la révolution industrielle n’est pas marquée par un fort besoin de capital.

En France, dans la même période, l’instabilité politique ne favorise pas le même essor économique. La bourgeoisie qui a vu son pouvoir reconnu avec la Révolution, lance également le mouvement industriel.

La politique guerrière de Napoléon et l’affrontement avec l’Angleterre (le blocus) vont permettre un certain rattrapage sans jamais pourtant égaler l’Angleterre, Crouzet (1985). Le libéralisme s’installe dans la culture politique française mais avec un Etat fort et interventionniste.

 

  • Conséquences sociales de la révolution industrielle

Les classes dirigeantes comportent à présent des entrepreneurs, des banquiers …

De nouveaux métiers apparaissent : ingénieurs, employés …

La révolution industrielle voit apparaître les ouvriers : ceux ci sont souvent des artisans ou des paysans ayant du changer d’activité. Leurs conditions de travail sont mauvaises. Des mouvements ouvriers vont voir le jour (luddites, droit de grève, syndicalisme).

La législation sociale viendra en partie répondre à ses problèmes : travail des femmes, des enfants, aide aux pauvres …

La révolution industrielle permet aux pays de gérer leur transition démographique en sortant la population de la pauvreté, mais les progrès économiques se sont faits au détriment d’une partie de la population. Controverse difficile à trancher en l’absence de données fiables.

La révolution industrielle repose sur le marché colonial et l’expansion mondiale des échanges.

Le paysage industriel est une grande nouveauté : le développement des villes, les dégradations de l’environnement ou la pollution font leur apparition.

 

Conclusion :

Les transformations sociales du développement industriel sont essentielles pour comprendre le mouvement des idées au XIXe. Intérêt : relier aux débats de pensée économique (mercantilisme / physiocratie / libéralisme).

On parle des révolutions industrielles à présent. Car le phénomène s’est répété.

2ème révolution : électricité fin XIXe jusqu’aux 60’s.

3ème ? la révolution de la communication et de l’information

 

Références :

BAIROCH, Paul : Révolution industrielle et sous-développement, Mouton, 1963

BLANQUI, Adolphe-Jérôme : Histoire de l’économie politique en Europe, BiblioBazaar, 1837

BRAUDEL, Fernand : La dynamique du capitalisme, Arthaud, 1985

COCHET, François & HENRY, Gerard-Marie : Les révolutions industrielles, Armand Colin, 1995

CROUZET, François : De la supériorité de l’Angleterre sur la France, Perrin, 1985

CROUZET, François : Histoire de l’économie européenne, Albin Michel, 2000

DE VRIES, Jan : The industrial revolution and the industrious revolution, Journal of Economic History, 1994

FAVIER, Jean : De l’or et des épices, Fayard, 1987

FOHLEN, Claude : Qu’est-ce que la révolution industrielle ?, Robert Laffont, 1971

GIMPEL, Jean : La révolution industrielle du Moyen Age, Seuil, 1975

LANDES, David : Richesse et pauvreté des Nations, Albin Michel, 1983

MANTOUX, Paul : La révolution industrielle au XVIIIème siècle, Genin, 1905

MENDELS, Franklin : Proto-industrialisation: the first phase of the industrialisation process, Journal of Economic History, 1972

RIOUX, Jean-Pierre : La révolution industrielle, Seuil, 1971

ROSTOW, Walt : Les étapes de la croissance économique, Seuil, 1960

TOYNBEE, Arnold : Lectures on the Industrial Revolution in England, Rivington’s, 1884

VERLEY, Patrick : La révolution industrielle, Gallimard, 1997a

VERLEY, Patrick : L’échelle du monde, Gallimard, 1997b

VERLEY, Patrick : La première révolution industrielle, Armand Colin, 1999

17:50 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

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