14/04/2012

La communication

 Communiquer c’est faire partager, faire connaître, se mettre en relation avec quelqu’un.

 

        Une notion à large portée

Elle touche à la fois à l’information, aux techniques, aux supports de communication.

La communication n’est pas une notion moderne, elle est d’ailleurs un sujet d’étude anthropologique classique. Par contre le contexte technologique et social ayant fortement évolué, les médias de masse et les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont renouvelé son analyse. L’information communication est un sujet d’étude autonome.

La communication reste une activité sociale basique. Elle peut être analysée de manière pluridisciplinaire : sémiologie, anthropologie, psychologie …

 

        L’approche technique

Shannon & Weaver (1975) étudient par exemple le modèle de communication d’un point de vue technique et scientifique. La communication est la transmission d’un message d’un émetteur à un récepteur par le biais d’un canal et qui peut subir des perturbations.

Communiquer s’est s’assurer que le message circule correctement de la source au destinataire.

Dans cette logique Wiener (1962) insiste sur la rétroaction dans le processus de communication : le message a un effet sur celui qui le transmet.

La communication peut aussi être vue comme l’étude des médias de communication.

Mc Luhan (1968) étudie le rôle primordial joué par le medium sur les modes de connaissance. Le medium est le message, il peut impliquer une participation sociale forte des individus.

 

        L’approche psycho-sociale

Les théoriciens de l’école de Palo Alto considèrent le processus de communication d’un autre point de vue. Ils insistent sur la généralité des processus de communication. Watzlawick (1979) montre que tout comportement a la valeur d’un message, la communication est donc inévitable. Hall (1959) insiste sur le langage silencieux, càd la manière dont les comportements ou les tenues participent à la communication.

De même, la sociologie interactionniste analyse l’importance des actes de communication.

Goffman étudie les actes et les rites par lesquels les individus communiquent, les relations publiques peuvent être vues comme une mise en scène des individus. Les rites sociaux sont également déterminants dans les interactions (ex : la gestuelle).

Q : quelle est l’importance du contexte dans l’étude de la communication ?

 

I] Les médias

L’avènement de la communication de masse pose de nouvelles questions à la communication.

 

  • Les processus d’influence

Il faut saisir la manière dont les médias agissent sur les individus. Ex : le marketing, Cochoy (1999)

Ainsi Lasswell (1948) considère qu’on peut réduire l’étude des processus de communication à une série de questions : qui dit quoi, par quel canal, à qui et avec quel effet ?

Cette approche positiviste a permis de dépasser la tradition critique de l’influence des masses.

Tarde, Le Bon ou Tchakhotine insistent par exemple sur les phénomènes de propagande et les comportements dangereux des foules.

Packard (1958) critique également le phénomène de persuasion clandestine auquel procède la publicité. Le consommateur est manipulé à son insu.

Les analyses de l’école de Francfort sur l’aliénation culturelle suivent la même logique.

Dès lors, des études empiriques ont tenté d’analyser concrètement les processus d’influence médiatique. Katz & Lazarsfeld (1955) montrent que ce sont les relations interpersonnelles qui sont déterminantes dans la réception des messages. La communication suit deux étapes : le message est transmis puis interprété par des leaders d’opinion qui le reformulent.

L’influence des médias n’est donc pas si forte.

Les médias ont un effet « agenda » : ils influencent le public sur la matière pas sur le contenu. McCombs & Shaw (1972) montrent que la manière dont les médias exposent les problèmes pousse les individus à s’intéresser précisément à ces questions.

 

  • La réception des messages

Les « cultural studies » insistent sur le contexte culturel, social et individuel dans lequel les individus interprètent les communications. Cela détermine le sens qu’ils leur donnent.

Hoggart (1970) étudie la manière dont les classes populaires réagissent face aux produits culturels qui leur sont proposés par un mélange de méfiance et de réappropriation.

Hall (1994) analyse ce décalage entre le codage par l’émetteur et le décodage par le récepteur. C’est le code socialement dominant du récepteur qui donne un sens au message.

Ex : Liebes & Katz (1990) l’interprétation de la série Dallas dans des contextes socio-culturels variés.

Pasquier (1995) étudie l’impact de la série Hélène et les garçons sur l’éducation sentimentale des adolescents. La série propose des modèles comportementaux et sociaux qui permettent de s’interroger sur les relations amoureuses. Elle favorise l’identification des plus jeunes filles et l’ironie des autres téléspectateurs (qui regardent quand même).

L’étude des médias a beaucoup insisté sur le rôle du canal de transmission, en particulier sur la télévision.

Dayan & Katz (1996) considèrent que la télévision est productrice d’évènements.

C’est la télévision cérémonielle : elle utilise des ressorts dramaturgiques pour ritualiser le message qu’elle souhaite transmettre. Ex : l’importance de l’événement

Mehl (1996) met en valeur l’aspect compassionnel et intimiste de certains programmes de télévision. Le but est de permettre l’identification des récepteurs.

Pour Wolton (1990) la télévision généraliste est un facteur de lien social, elle permet de partager des expériences et de se situer socialement. Mais Missika (2006) considère que le nouveau contexte économique et concurrentiel va entraîner la fin de la télévision telle qu’on l’avait étudiée jusqu’à présent.

 

II] Les techniques de communication

Les progrès technologiques ont renouvelé la réflexion sur le rôle des techniques sur les processus de communication.

 

  • Le rôle de la technologie

La sociologie des sciences montre l’influence sociale des innovations technologiques

Latour (1992) étudie l’échec d’une invention du fait de son rejet par les utilisateurs, malgré la satisfaction des ingénieurs qui ont mené le projet.

Castells (2001) montre les changements induits par le développement de l’Internet.

Les TIC bouleversent l’économie (production en réseaux), la société (nouvelles formes de sociabilité), la politique (participation de la société civile) et la culture.

Cependant l’inégalité et l’exclusion sociale ne sont pas éliminées. Le risque de fracture numérique peut être évité par la diffusion des TIC et de l’instruction. Castells plaide pour une régulation et un travail démocratique afin d’éviter le renforcement des inégalités.

 

  • L’influence de la communication sur l’organisation économique

Alter (1986) étudie les décisions d’investissement technologique. La diffusion des innovations repose sur des stratégies d’acteur qui leur permet de modifier le fonctionnement d’une organisation à leur profit ou qui peut, au contraire, réduire leur autonomie.

Ex : les logiciels d’aide à la décision ou les XAO, assistance par ordinateur

Touraine (1969) & Bell (1976) ont montré que les technologies modifient la division du travail héritée de l’ère industrielle. Dans la société post-industrielle, le pouvoir appartient à celui qui maîtrise l’information.

Les relations de travail sont perturbées par l’introduction de nouvelles technologies qui permettent à la fois d’accroître la productivité et de mieux contrôler l’exécution des tâches.

Méda (1995) en fait une des causes de la remise en question de la valeur du travail.

 

Conclusion :

La sociologie de la communication est à la fois intemporelle et contextualisée.

Pour éviter le simplisme ou la naïveté, il faut donc délimiter socialement, techniquement ou géographiquement l’analyse.

 

Références :

ALTER, Norbert : La gestion du désordre en entreprise, L’Harmattan, 1986

BELL, Daniel : Vers la société post-industrielle, Robert Laffont, 1976

CASTELLS, Manuel : La galaxie Internet, Fayard, 2001

COCHOY, Franck : Une histoire du marketing, La Découverte, 1999

DAYAN, Daniel & KATZ, Elihu : La télévision cérémonielle, Puf, 1996

GOFFMAN, Erwing : Les rites d’interaction, Minuit, 1974

HALL, Edward T. : Le langage silencieux, Seuil, 1959

HALL, Stuart : Codage/encodage, Réseaux, 1994

HOGGART, Richard : La culture du pauvre, Minuit, 1970

KATZ, Elihu & LAZARSFELD, Paul : Influence personnelle, Armand Colin, 1955

LASSWELL, Harold : Power and personality, Transaction Publishers, 1948

LATOUR,Bruno: Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte, 1992

LE BON, Gustave: Psychologie des foules, Puf, 1895

LIEBES, Tamar & KATZ, Elihu : Six interprétations de la série Dallas, Hermès, 1990

MEHL, Dominique : La télévision de l’intimité, Seuil, 1996

MEDA, Dominique : Le travail Une valeur en voie de disparition, Aubier, 1995

McCOMBS, Maxwell & SHAW, Donald : The agenda-setting function of mass media, Public Opinion Quarterly, 1972

McLUHAN, Marshall : Pour comprendre les médias, Seuil, 1968

MISSIKA, Jean-Louis : La fin de la télévision, Seuil, 2006

PACKARD, Vance : La persuasion clandestine, Calmann Levy, 1958

PASQUIER, Dominique : « Chère Hélène », Réseaux, 1995

SHANNON, Claude & WEAVER, Warren : La théorie mathématique de la communication, Retz, 1975

TARDE, Gabriel : L’opinion et la foule, Editions du Sandre, 1901

TCHAKHOTINE, Serge : Le viol des foules par la propagande politique, Gallimard, 1935

TOURAINE, Alain : La société post-industrielle, Denoël, 1969

WATZLAWICK, Paul : Une logique de la communication, Seuil, 1979

WIENER, Norbert : Cybernétique et société, Union Générale d’Editions, 1962

WOLTON, Dominique : Eloge du grand public, Flammarion, 1990

11:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

La santé

        Richesse des Nations et dépenses de santé

 Constat général : la santé est liée à la macroéconomie, car quand les pays sont développés et riches les dépenses de santé augmentent. On constate un lien entre croissance et santé.

L’augmentation des dépenses de santé découle de deux grands facteurs :

- l’augmentation du niveau de vie et des revenus : la santé est un bien de luxe, son élasticité revenu est supérieure à 1 (augmente plus que proportionnellement avec le revenu).

- le progrès technique : la médecine est plus performante, on dispose de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies. Car loi des rendements décroissants !

De plus le contexte actuel est différent, Dormont (2009) :

- le vieillissement : peu d’effets macroéconomiques pour l’instant mais la probabilité est forte …

- le coût : comme la plupart des pays de l’OCDE ont mis en place un financement public c’est un problème pour l’Etat (mais le constat est le même pour un pays comme les USA où l’essentiel du financement est privé).

 

        Une domination de l’approche économique

Pour évaluer économiquement la santé, on peut utiliser trois critères :

- son efficacité : atteindre des objectifs

- son accès : tenir compte des personnes visées

- son coût : total et individuel

La question de la valeur de la vie est posée par Sauvy (1977) dans une logique démographique et de développement. Pour les économistes, au delà des questions éthiques, il faut quantifier la durée de la vie de manière monétaire pour arbitrer entre différentes solutions.

Ex : lutter contre une épidémie

La santé est également une question essentielle pour les pays en développement, Duflo (2010) montre que quelques actions simples et peu coûteuses peuvent avoir des effets très bénéfiques. Ex : vaccins, moustiquaires …

La sociologie de la maladie et de la médecine ayant une portée moins opérationnelle et plus descriptive. Ainsi Adam & Herzlich (1994) fournissent une synthèse de ses apports : la santé est une construction historique. Ex : médecine moderne, épidémies ; les déterminants sociaux de la santé ; l’interprétation sociale et culturelle de la maladie ; la relation médecin-malade ; la sociologie de l’hôpital.

 

I] L’organisation des systèmes de santé

On retrouve les oppositions typologiques classiques de l’Etat Social : bismarckien / fondé sur la profession et l’activité ou beveridgien / universel.

 

  • Economie des systèmes de santé

Plusieurs éléments d’analyse ont été avancés

- Le risque

C’est Arrow (1963) qui a mis en valeur le caractère original de la santé : c’est un problème économique car elle est indissociable d’un choix en situation d’incertitude.

Ex : prévention ou hospitalisation

- Les incitations

L’économie de la santé est un des grands domaines d’application de l’économie de l’information.

Dans un système de santé, la plupart des intervenants sont dans une situation d’asymétrie d’information, Rothschild & Stiglitz (1976).

Ex : patients, médecins, hôpitaux, assureurs …

De plus, la santé est source d’externalités (ex : épidémies) et certains biens sont des biens publics (ex : brevets, vaccins).

De même, l’assurance santé peut entraîner un aléa moral : le fait d’être couvert peut inciter à minimiser le risque ou la qualité des soins.

La tarification des soins peut entraîner de la sélection adverse : si elle est trop élevée, seules les personnes à risque vont s’assurer et si elle est trop faible, seuls les mauvais médecins seront disponibles.

Enfin, l’économie des soins subit des relations d’agence puisque le médecin prescrit, la patient est un client, puis l’assureur rembourse.

 

  • Sociologie des systèmes de santé

Approche plus basée sur la représentation sociale de la santé des individus.

- La profession médicale

S’appuie sur les travaux classiques de Parsons ou des interactionnistes pour mettre en valeur la particularité des relations liées à la santé.

Ainsi le jugement sur l’état de santé relève de l’expertise. Dodier (1993) montre que le médecin du travail ne se contente pas d’appliquer un savoir objectif mais qu’il prend une décision complexe et circonstancielle, liée à la fois à des caractéristiques individuelles et collectives.

De plus la sociologie a étudié l’organisation hospitalière.  Peneff (1992) a ainsi mené une enquête d’observation participante d’un service des urgences montre les différences de statuts (brancardiers ou infirmières) et l’alternance routine/urgence qui joue sur les rapports hiérarchie/coopération.

- L’expérience de la maladie

A travers l’étude des asiles Goffman (1968) considère que l’hôpital ne remplit pas qu’une fonction thérapeutique, mais tend plutôt à écarter les malades mentaux du reste de la société.

Idée qu’il approfondit en montrant la stigmatisation subie par les handicapés, Goffman (1975). Cela pousse les individus à mettre en œuvre des stratégies : cacher la différence, modifier sa condition ou se retirer de la vie sociale.

Enfin, les épidémies sont des périodes sociales clés pour relier santé et société : Pollak (1988) étudie ainsi le cas du SIDA dans la communauté homosexuelle. Il montre notamment les difficultés de mobiliser autour de cette cause, l’ambivalence entre le traumatisme de la maladie et l’espoir de guérison ou encore le soutien apporté par des associations de malade proches des victimes plus que par les familles …

 

II] La réforme des systèmes de santé

Les dépenses sont engagées à un niveau décentralisé avec de nombreuses asymétries d’information.

 

  • La variété des systèmes

Phelps (1992) constate empiriquement cette variété tant dans la pratique médicale que dans les coûts.

Cela va du système bureaucratique du NHS anglais (coûts faibles mais rationnement) au système concurrentiel américain (coûts élevés et fortes inégalités).

On constate que les inégalités face à la santé sont corrélées au statut social (ex : PCS) et aux revenus. Cela semble confirmer l’hypothèse que la santé est un bien de luxe ou que la valeur de la vie augmente. Ainsi cela justifie des réformes de type Couverture Maladie Universelle (CMU) pour favoriser l’accès à la santé des plus modestes.

Majnoni D’Intignano (2005) souligne que le système français possède un financement bismarckien et fournit des soins de type beveridgien. C’est un système centralisé avec une forte régulation étatique pour la protection sociale mais avec une dose de mécanismes de marché (ex : médecine libérale, assurances privées).

Il poursuit une double logique :

- contrôle de l’offre de soins. Ex : numerus clausus, carte sanitaire

- rationnement budgétaire. Ex : tarification des prestations hospitalières

Les prix sont déconnectés de la demande, d’où une gestion par les quantités.

 

  • Les débats

Pour réformer les systèmes, on peut chercher à mettre en œuvre de meilleures incitations (dans une logique d’économie normative) pour éviter que les offreurs maximisent leur profit en augmentant les actes ou les prescriptions et pour éviter que les demandeurs maximisent leur utilité en augmentant les soins.

On peut proposer des menus de contrats pour obtenir l’information sur les patients ou les docteurs. On peut également réaliser des « benchmark » : comparer les offres de soins.

Sachant qu’il serait trop coûteux d’extraire toute l’information sur la santé, Geoffard (2009) montre qu’une mise en concurrence des assureurs, des médecins ou des hôpitaux n’aurait pas pour effet d’accroître l’efficacité mais déboucherait sur une concurrence imparfaite.

Pour améliorer le financement, on cherche à diminuer les dépenses par la responsabilisation.

Ex : panier de soins, ticket modérateur, dossier médical, médecin référent …

On estime que les dépenses de santé représentent en moyenne 8,4 % du PIB des pays de l’OCDE (d’où une gestion étatique depuis la réforme de 1995).

Pour Elbaum (2008) cette orientation vers des réformes d’inspiration libérale entraîne une dualisation progressive entre solidarité et logique assurantielle.

Ex : la réforme de santé aux USA

On peut également s’interroger sur le gouvernement de la Sécurité sociale : le système français a longtemps reposé sur le paritarisme jusqu’à la réforme de 1995. Pour Palier (2002) le système est inadapté au nouveau contexte économique et social. Mais pour le réformer il faudrait arbitrer entre quatre objectifs contradictoires :

- la viabilité financière

- l’égal accès

- la qualité des soins

- la liberté des patients et des professionnels

 

Conclusion :

Renouveau de l’économie de la santé par les travaux empiriques sur l’effet placebo ou la pénibilité au travail … Approfondissement de la sociologie de la santé avec le rôle des inégalités sociales, l’expérience médicale …

 

Références :

ADAM, Philippe & HERZLICH, Claudine : Sociologie de la maladie et de la médecine, Armand Colin, 1994

ARROW, Kenneth : Incertitude et économie du bien-être des soins médicaux, in Théorie de l’information et des organisations, Dunod, 1963

DODIER, Nicolas : L’expertise médicale, Métailié, 1993

DORMONT, Brigitte : Les dépenses de santé, Editions de la Rue d’Ulm, 2009

DUFLO, Esther : Le développement humain, Seuil, 2010

ELBAUM, Mireille : Economie politique de la protection sociale, Puf, 2008

GEOFFARD, Pierre-Yves : Concurrence en santé: marché des soins, marché de l’assurance, Regards Croisés sur l’Economie, 2009

GOFFMAN, Erving : Asiles, Minuit, 1968

GOFFMAN, Erving : Stigmate, Minuit, 1975

MAJNONI D’INTIGNANO, Béatrice : L’organisation du système de santé français, in TRONQUOY, Philippe dir., La santé, La Documentation Française, 2005

PALIER, Bruno : Gouverner la sécurité sociale, Puf, 2002

PENEFF, Jean : L’hôpital en urgence, Métailié, 1992

PHELPS, Charles : Les fondements de l’économie de la santé, Publi-Union, 1992

POLLAK, Michael : Les homosexuels et le sida, sociologie d’une épidémie, Métailié, 1988

ROTHSCHILD, Michael & STIGLITZ, Joseph : Equilibrium in competitive insurance markets, Quarterly Journal of Economics, 1976

SAUVY, Alfred : Coût et valeur de la vie humaine, Hermann, 1977

11:03 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

La science

        La science est un phénomène social

La science est un ensemble de connaissances, d’études d’une valeur universelle, caractérisées par un domaine et une méthode déterminés et fondées sur des relations objectives vérifiables.

Domaine étudié par les philosophes : rapport entre le sujet qui connaît et l’objet à connaître.

L’épistémologie va plus loin et analyse le savoir sur le savoir, c’est la science des sciences.

La sociologie cherche plutôt à comprendre comment émerge le savoir. Elle s’intéresse au fait et à la manière de connaître des objets et des idées, de former des concepts et des représentations.

Domaine également étudié par les historiens : intérêt pour les pratiques, les techniques, le contexte social dans lequel elles apparaissent …

La sociologie des sciences va plus loin et cherche à mettre en évidence les liens entre la connaissance et les facteurs sociaux. Ex : l’universalité de la science, son action sur la société, la rivalité entre scientifiques, la qualité de la science …

 

        La science est une construction sociale

Ainsi apparaît tout un courant qui considère que la science ne correspond pas à la définition maximaliste énoncée. La connaissance pure n’existe pas réellement, elle découle des conditions sociales, économiques et politiques dans lesquelles elle émerge.

Le « programme fort » énoncé par Bloor (1997) considère que tous les systèmes de connaissance ont un seul et même fondement : la société. La magie, la religion, le mythe ou la science découlent de quatre facteurs :

- la causalité : une explication déterministe

- l’impartialité : explication des croyances admises

- la symétrie : explication des croyances vraies et fausses par la même cause

- la réflexivité : application des schémas explicatifs à tous les domaines

Mais si la science découle du social, elle ne peut se fonder sur la nature. Elle ne serait qu’une idéologie. Or, les frontières entre science et non-science existent et fluctuent.

Les travaux de Latour et Callon poursuivent dans cette optique : les aspects techniques, sociaux, politiques et économiques sont inextricablement liés à l’activité scientifique.

Cette théorie de l’acteur-réseau ou sociologie de la traduction s’appuie sur une démarche anthropologique, l’étude de la vie en laboratoire ou des stratégies de carrières des chercheurs.

Ex : fabriquer des faits que la communauté doit considérer comme crédibles

Mais certaines connaissances s’établissent sans réseaux ou malgré des oppositions sociales.

Q : quels sont les différents aspects de la crise de la science ?

 

I] Les théories de la connaissance scientifique

  • L’émergence de la science

Merton étudie l’émergence de la science et de la technique en Angleterre. Il montre les conséquences sociales des inventions : dès le XVIIe la science s’institutionnalise pour favoriser l’apparition d’un savoir fiable et solide.

Ex : organisation professionnelle de la recherche

Merton estime que la science n’est pas liée à des besoins économiques et sociaux mais qu’elle découle des valeurs protestantes. La plupart des recherches ne visaient pas des applications pratiques. Les rapports entre la science et la société reposent sur quatre principes :

- l’universalisme : toute vérité peut être vérifiée

- le communalisme : caractère collectif de l’entreprise scientifique

- le désintéressement : éviter que les chercheurs fraudent

- le doute systématique : disponibilité à la critique et à la révision des connaissances

Dès lors, plusieurs autres conséquences sociales apparaissent : la rationalité, l’utilitarisme, l’individualisme, le progrès ou l’amélioration.

Ces principes sont des idéaux qui ne peuvent fonder la science en pratique.

Needham étudie les différences entre science et société à l’Ouest et à l’Est. Il constate que la science moderne repose sur la rationalité, l’empirisme et la systématisation des hypothèses. Ainsi, cette approche occidentale de la science s’est développée grâce au capitalisme et à la démocratie, dont elle est indissociable.

Le processus scientifique découle d’une activité d’observation, d’expérimentation ou de calcul. Les facteurs sociaux ne permettent pas de comprendre ce processus.

Ex : c’est le scepticisme de l’expérimentateur qui fonde l’objectivité du savoir, comme le scepticisme de l’électeur fonde la démocratie.

 

  • La production des connaissances

Kuhn (1977) analyse le processus de changement et de tradition dans les sciences. Il montre que la science évolue du fait d’une tension permanente entre tradition et innovation. Les savoirs acquis sont partagés et fondent une communauté scientifique : ce sont les paradigmes. Une révolution scientifique consiste à remplacer un paradigme par un autre.

Ce sont des processus sociaux qui mènent au rejet ou à l’acceptation des nouvelles théories.

Pour Lakatos, la croissance des savoirs dépend d’une concurrence entre les producteurs de connaissances. Les programmes de recherche sont testés pour être validés ou non, ce qui leur permet de se répandre et de se développer.

Blume (1974) estime que la science n’est qu’une profession traversée par des champs de pouvoir et des contraintes économiques. La recherche est une industrie qui nécessite des moyens et une organisation afin d’être efficace.

Ainsi les travaux de Lebaron sur les croyances et les idéologies des économistes montrent les jeux de pouvoir et l’utilisation du capital symbolique pour imposer des discours et des pratiques au politique.

 

II] Les fondements de la science

  • La validité des lois scientifiques

La connaissance découle d’une logique d’abstraction rationnelle. Elle traduit une rupture avec le sens commun ou l’expérience immédiate.

Si on considère que la rationalité est déterminée par des facteurs sociaux, la crédibilité de lois universelles est remise en cause.

Popper a donc proposé une méthode qui permet de sortir de cette impasse théorique. On ne peut prouver la validité des théories scientifiques si elles reposent sur des hypothèses, on peut simplement les falsifier càd les tester pour les valider.

De même, Popper estime que les théories hypothétiques doivent être révisées en permanence.

Ainsi pour Malinvaud, les économistes ne font pas de « découvertes », car ils ne font pas apparaître de nouveautés importantes, soudaines et irréversibles … Ils vont simplement chercher à établir empiriquement des phénomènes économiques.

 

  • L’expérience scientifique

On distingue l’expérience (vérifier une hypothèse en laboratoire), l’expérimentation (modification d’un phénomène pour l’étudier) et l’observation scientifique.

L’observation va permettre de produire du savoir pour en faire apparaître la cause et les lois. Mais l’observation n’est pas une activité passive d’enregistrement, elle intervient sur le social.

Ex : la critique des sondages par Bourdieu ou son analyse du champ scientifique comme une compétition pour le monopole de l’autorité scientifique

C’est l’organisation conceptuelle des informations recueillies par une classification qui donne un caractère scientifique à l’observation. Ce qui explique que plusieurs interprétations scientifiques soient envisageables.

L’économie qui a longtemps été considérée comme une science non-expérimentale, a développé des pratiques visant à tester des hypothèses :

- l’économie comportementale : situation de laboratoire, Ariely ou Vernon Smith

- les expériences naturelles : situation réelle par incident, List

- les expériences aléatoires contrôlées : situation réelle créée, Duflo

 

  • L’argumentation scientifique

Les théories de l’argumentation considèrent que la logique scientifique aboutit à des démonstrations et que la logique naturelle débouche sur la conviction ou la persuasion. Le savoir est donc décrit sur une base argumentative.

Selon Passeron, les sciences sociales ne peuvent pas reposer sur des objets simples. Elles proposent des découpages et des définitions interprétatives qui ne relèvent pas d’une logique expérimentale. C’est l’espace non-poppérien du raisonnement, même s’il repose sur des méthodes quantitatives.

Boudon montre qu’il suffit de saisir les raisons qui sont à la base des choix ou des actions des individus. L’argumentation permet de donner les bonnes raisons de croire.

Ainsi plusieurs effets peuvent pousser à se convaincre d’idées reçues ou fausses :

- les effets de position : le point de vue

- les effets de disposition : le contexte

- les effets de communication : les informations difficiles à vérifier

- les effets épistémologiques : la confusion entre explication et connaissance

Pour Lazear (2000) l’intérêt des modèles économiques réside dans la solution idéale qu’ils proposent et qui permet d’informer les agents pour qu’ils agissent dans leur meilleur intérêt.

 

Conclusion :

Alors que la science économique fait de la science et du savoir un élément essentiel du progrès, les doutes sur les fondements d’une connaissance universelle et objective remettent en question une vision sans doute naïve : les théories récentes permettent de relativiser sans sombrer dans le relativisme.

 

Références :

AKRICH, Madeleine ; CALLON, Michel & LATOUR, Bruno dir. : Sociologie de la traduction, Presses de l’Ecole des Mines, 2006

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2008

BLOOR, David : Le « programme fort » à l’épreuve de la mémoire, Enquête, 1997

BLUME, Stuart : Toward a political sociology of science, Free Press, 1974

BOUDON, Raymond : L’art de se persuader, Fayard, 1990

BOUDON, Raymond : Le juste et le vrai, Fayard, 1995

BOURDIEU, Pierre : L’opinion publique n’existe pas, in Questions de sociologie, Minuit, 1981

BOURDIEU, Pierre : Science de la science et réflexivité, Raisons d’agir, 2001

DUFLO, Esther : Expérience, science et lutte contre la pauvreté, Fayard, 2009

KUHN, Thomas : La structure des révolutions scientifiques, Gallimard, 1962

LAKATOS, Imre : Histoire et méthodologie des sciences, Puf, 1994

LATOUR, Bruno : Les microbes : guerre et paix, Métailié, 1984

LATOUR, Bruno : La science en action, La Découverte, 1989

LATOUR, Bruno : La clef de Berlin, La Découverte, 1993

LAZEAR, Edward : Economic imperialism, Quarterly Journal of Economics, 2000

LEBARON, Frédéric : La croyance économique, Seuil, 2000

LEBARON, Frédéric : Le savant, la politique et la mondialisation, Editions du Croquant, 2003

LEBARON, Frédéric : La crise de la croyance économique, Editions du Croquant, 2010

LIST, John : An introduction to field experiments in economics, Journal of Economic Behavior & Organization, 2009

MALINVAUD, Edmond : Pourquoi les économistes ne font pas de découvertes, Revue d’Economie Politique, 1996

MERTON, Robert : The sociology of science, University of Chicago Press, 1973

NEEDHAM, Joseph : La science chinoise et l’occident, Seuil, 1977

PASSERON, Jean-Claude : Le raisonnement sociologique, Albin Michel, 1991

POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1934

POPPER, Karl : Conjectures et réfutations, Payot, 1953

SMITH, Vernon : Papers in experimental economics, Cambridge University Press, 1991

11:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |