14/04/2012

La communication

 Communiquer c’est faire partager, faire connaître, se mettre en relation avec quelqu’un.

 

        Une notion à large portée

Elle touche à la fois à l’information, aux techniques, aux supports de communication.

La communication n’est pas une notion moderne, elle est d’ailleurs un sujet d’étude anthropologique classique. Par contre le contexte technologique et social ayant fortement évolué, les médias de masse et les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont renouvelé son analyse. L’information communication est un sujet d’étude autonome.

La communication reste une activité sociale basique. Elle peut être analysée de manière pluridisciplinaire : sémiologie, anthropologie, psychologie …

 

        L’approche technique

Shannon & Weaver (1975) étudient par exemple le modèle de communication d’un point de vue technique et scientifique. La communication est la transmission d’un message d’un émetteur à un récepteur par le biais d’un canal et qui peut subir des perturbations.

Communiquer s’est s’assurer que le message circule correctement de la source au destinataire.

Dans cette logique Wiener (1962) insiste sur la rétroaction dans le processus de communication : le message a un effet sur celui qui le transmet.

La communication peut aussi être vue comme l’étude des médias de communication.

Mc Luhan (1968) étudie le rôle primordial joué par le medium sur les modes de connaissance. Le medium est le message, il peut impliquer une participation sociale forte des individus.

 

        L’approche psycho-sociale

Les théoriciens de l’école de Palo Alto considèrent le processus de communication d’un autre point de vue. Ils insistent sur la généralité des processus de communication. Watzlawick (1979) montre que tout comportement a la valeur d’un message, la communication est donc inévitable. Hall (1959) insiste sur le langage silencieux, càd la manière dont les comportements ou les tenues participent à la communication.

De même, la sociologie interactionniste analyse l’importance des actes de communication.

Goffman étudie les actes et les rites par lesquels les individus communiquent, les relations publiques peuvent être vues comme une mise en scène des individus. Les rites sociaux sont également déterminants dans les interactions (ex : la gestuelle).

Q : quelle est l’importance du contexte dans l’étude de la communication ?

 

I] Les médias

L’avènement de la communication de masse pose de nouvelles questions à la communication.

 

  • Les processus d’influence

Il faut saisir la manière dont les médias agissent sur les individus. Ex : le marketing, Cochoy (1999)

Ainsi Lasswell (1948) considère qu’on peut réduire l’étude des processus de communication à une série de questions : qui dit quoi, par quel canal, à qui et avec quel effet ?

Cette approche positiviste a permis de dépasser la tradition critique de l’influence des masses.

Tarde, Le Bon ou Tchakhotine insistent par exemple sur les phénomènes de propagande et les comportements dangereux des foules.

Packard (1958) critique également le phénomène de persuasion clandestine auquel procède la publicité. Le consommateur est manipulé à son insu.

Les analyses de l’école de Francfort sur l’aliénation culturelle suivent la même logique.

Dès lors, des études empiriques ont tenté d’analyser concrètement les processus d’influence médiatique. Katz & Lazarsfeld (1955) montrent que ce sont les relations interpersonnelles qui sont déterminantes dans la réception des messages. La communication suit deux étapes : le message est transmis puis interprété par des leaders d’opinion qui le reformulent.

L’influence des médias n’est donc pas si forte.

Les médias ont un effet « agenda » : ils influencent le public sur la matière pas sur le contenu. McCombs & Shaw (1972) montrent que la manière dont les médias exposent les problèmes pousse les individus à s’intéresser précisément à ces questions.

 

  • La réception des messages

Les « cultural studies » insistent sur le contexte culturel, social et individuel dans lequel les individus interprètent les communications. Cela détermine le sens qu’ils leur donnent.

Hoggart (1970) étudie la manière dont les classes populaires réagissent face aux produits culturels qui leur sont proposés par un mélange de méfiance et de réappropriation.

Hall (1994) analyse ce décalage entre le codage par l’émetteur et le décodage par le récepteur. C’est le code socialement dominant du récepteur qui donne un sens au message.

Ex : Liebes & Katz (1990) l’interprétation de la série Dallas dans des contextes socio-culturels variés.

Pasquier (1995) étudie l’impact de la série Hélène et les garçons sur l’éducation sentimentale des adolescents. La série propose des modèles comportementaux et sociaux qui permettent de s’interroger sur les relations amoureuses. Elle favorise l’identification des plus jeunes filles et l’ironie des autres téléspectateurs (qui regardent quand même).

L’étude des médias a beaucoup insisté sur le rôle du canal de transmission, en particulier sur la télévision.

Dayan & Katz (1996) considèrent que la télévision est productrice d’évènements.

C’est la télévision cérémonielle : elle utilise des ressorts dramaturgiques pour ritualiser le message qu’elle souhaite transmettre. Ex : l’importance de l’événement

Mehl (1996) met en valeur l’aspect compassionnel et intimiste de certains programmes de télévision. Le but est de permettre l’identification des récepteurs.

Pour Wolton (1990) la télévision généraliste est un facteur de lien social, elle permet de partager des expériences et de se situer socialement. Mais Missika (2006) considère que le nouveau contexte économique et concurrentiel va entraîner la fin de la télévision telle qu’on l’avait étudiée jusqu’à présent.

 

II] Les techniques de communication

Les progrès technologiques ont renouvelé la réflexion sur le rôle des techniques sur les processus de communication.

 

  • Le rôle de la technologie

La sociologie des sciences montre l’influence sociale des innovations technologiques

Latour (1992) étudie l’échec d’une invention du fait de son rejet par les utilisateurs, malgré la satisfaction des ingénieurs qui ont mené le projet.

Castells (2001) montre les changements induits par le développement de l’Internet.

Les TIC bouleversent l’économie (production en réseaux), la société (nouvelles formes de sociabilité), la politique (participation de la société civile) et la culture.

Cependant l’inégalité et l’exclusion sociale ne sont pas éliminées. Le risque de fracture numérique peut être évité par la diffusion des TIC et de l’instruction. Castells plaide pour une régulation et un travail démocratique afin d’éviter le renforcement des inégalités.

 

  • L’influence de la communication sur l’organisation économique

Alter (1986) étudie les décisions d’investissement technologique. La diffusion des innovations repose sur des stratégies d’acteur qui leur permet de modifier le fonctionnement d’une organisation à leur profit ou qui peut, au contraire, réduire leur autonomie.

Ex : les logiciels d’aide à la décision ou les XAO, assistance par ordinateur

Touraine (1969) & Bell (1976) ont montré que les technologies modifient la division du travail héritée de l’ère industrielle. Dans la société post-industrielle, le pouvoir appartient à celui qui maîtrise l’information.

Les relations de travail sont perturbées par l’introduction de nouvelles technologies qui permettent à la fois d’accroître la productivité et de mieux contrôler l’exécution des tâches.

Méda (1995) en fait une des causes de la remise en question de la valeur du travail.

 

Conclusion :

La sociologie de la communication est à la fois intemporelle et contextualisée.

Pour éviter le simplisme ou la naïveté, il faut donc délimiter socialement, techniquement ou géographiquement l’analyse.

 

Références :

ALTER, Norbert : La gestion du désordre en entreprise, L’Harmattan, 1986

BELL, Daniel : Vers la société post-industrielle, Robert Laffont, 1976

CASTELLS, Manuel : La galaxie Internet, Fayard, 2001

COCHOY, Franck : Une histoire du marketing, La Découverte, 1999

DAYAN, Daniel & KATZ, Elihu : La télévision cérémonielle, Puf, 1996

GOFFMAN, Erwing : Les rites d’interaction, Minuit, 1974

HALL, Edward T. : Le langage silencieux, Seuil, 1959

HALL, Stuart : Codage/encodage, Réseaux, 1994

HOGGART, Richard : La culture du pauvre, Minuit, 1970

KATZ, Elihu & LAZARSFELD, Paul : Influence personnelle, Armand Colin, 1955

LASSWELL, Harold : Power and personality, Transaction Publishers, 1948

LATOUR,Bruno: Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte, 1992

LE BON, Gustave: Psychologie des foules, Puf, 1895

LIEBES, Tamar & KATZ, Elihu : Six interprétations de la série Dallas, Hermès, 1990

MEHL, Dominique : La télévision de l’intimité, Seuil, 1996

MEDA, Dominique : Le travail Une valeur en voie de disparition, Aubier, 1995

McCOMBS, Maxwell & SHAW, Donald : The agenda-setting function of mass media, Public Opinion Quarterly, 1972

McLUHAN, Marshall : Pour comprendre les médias, Seuil, 1968

MISSIKA, Jean-Louis : La fin de la télévision, Seuil, 2006

PACKARD, Vance : La persuasion clandestine, Calmann Levy, 1958

PASQUIER, Dominique : « Chère Hélène », Réseaux, 1995

SHANNON, Claude & WEAVER, Warren : La théorie mathématique de la communication, Retz, 1975

TARDE, Gabriel : L’opinion et la foule, Editions du Sandre, 1901

TCHAKHOTINE, Serge : Le viol des foules par la propagande politique, Gallimard, 1935

TOURAINE, Alain : La société post-industrielle, Denoël, 1969

WATZLAWICK, Paul : Une logique de la communication, Seuil, 1979

WIENER, Norbert : Cybernétique et société, Union Générale d’Editions, 1962

WOLTON, Dominique : Eloge du grand public, Flammarion, 1990

11:06 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Sociologie |  Facebook | | |

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