24/03/2012

La population

L’étude des populations tant au niveau individuel, collectif, quantitatif et qualitatif relève de la démographie.

Source des données françaises : l’INSEE (recensement) et l’INED.

La personnalité incarnant la démographie française : Alfred Sauvy.

Domaine qui présente beaucoup d’intérêt pour les sciences sociales car a une composante historique, sociologique et économique.

Quelques indicateurs démographiques :

Taux de natalité = nombre de naissances dans l’année / pop totale moyenne de l’année

Taux de fécondité = nombre de naissances vivantes issues des femmes de 30 ans / nombre de femmes de 30 ans

Solde naturel = nombre de naissances – nombre de décès

Taux d’accroissement naturel = taux de natalité – taux de mortalité (…)

 

 I] La transition démographique

C’est un phénomène démographique socio-historique.

 

•        Le déroulement de la transition

La transition débute au XVIIIème et se compose de deux phases :

- accroissement de la population du fait du déclin de la mortalité

Cela s’explique par les progrès médicaux, l’amélioration des conditions sanitaires ou d’hygiène et (essentiellement) par les progrès agricoles.

Le phénomène n’est ni linéaire, ni causal. L’industrialisation induit notamment la concentration urbaine et des conditions de travail difficiles.

- baisse sensible des taux de natalité et de fécondité d’où une nouvelle diminution du taux de mortalité

La fécondité diminue chez les couches supérieures, comportement qui se diffuse chez les classes populaires.

La mortalité infantile et juvénile baisse.

Le travail des enfants diminue : leur charge pour la famille augmente.

Pour Malthus (1798) la population augmente plus vite que les moyens de subsistance. Les hommes doivent donc limiter la procréation (c’est le « malthusianisme ») sinon la mort ou les guerres sont inévitables.

Pour Marx (1858) la surpopulation est liée au capitalisme : cela permet aux bourgeois d’accroître la plus value et de maintenir les salaires bas (armée industrielle de réserve).

 

•        Un phénomène lié à la révolution industrielle

Le développement du capitalisme industriel se traduit sur le plan démographique par le dépassement des sociétés précapitalistes caractérisées par :

- faible accroissement naturel à long terme

- fortes fluctuations de la natalité et de la mortalité (ex : récoltes ou épidémies)

- forte mortalité

- forte natalité

On constate une corrélation historique entre croissance économique et croissance démographique (ex : Grande Bretagne, Allemagne ou USA) mais aussi des exceptions.

Pour Bodin (1576), mercantiliste : la population doit être nombreuse pour qu’une nation soit prospère.

Pour Vauban (1706) l’abondance n’est pas une condition suffisante ; il faut une bonne politique (ex : critique les impôts trop élevés et mal répartis).

Pour Quesnay, c’est l’augmentation de la richesse agricole qui favorisera l’augmentation de la population.

 

•        Spécificité française de la transition

La France est le pays le plus peuplé d’Europe au XVIIIe (comme le souligne l’historien Pierre Goubert) mais il est le premier à voir sa fécondité baisser.

Hypothèses :

- l’importance du secteur agricole / pour transmettre le patrimoine

- l’influence de l’esprit des lumières / droits de l’individu

D’où quatre grandes conséquences :

- la France est dépassée à partir du XIXe : Allemagne (1865), UK (1895), Italie (1930)

- le vieillissement de la population est plus prononcé

- la France ne participe pas aux grands flux migratoires (à l’exception de l’Algérie)

- l’immigration se développe : belge, italienne, polonaise et espagnole

 

II] Evolutions démographiques contemporaines

Analyses qui concernent les pays développés.

 

•        La remontée des taux de fécondité en Europe et aux USA à partir de 1940.

Phénomène qui tient à plusieurs éléments :

- le baby boom : concentration de naissances différées

- les politiques familiales natalistes (ex : allocations familiales en France)

- le climat économique et social positif

Kuznets (1965) et Sauvy (1972) invalident la théorie malthusienne : il n’y a pas de corrélation entre augmentation de la population et baisse du niveau de vie.

Pour Boserup (1965) c’est même au contraire la pression démographique qui accroît les ressources : il faut mieux exploiter les sols, il faut accroître la productivité …

 

•        Le renversement de tendance

Cette période prend fin au milieu des 60’s pour l’ensemble des pays développés : déclin des familles nombreuses (3 et plus) et recul du calendrier des naissances.

On peut écarter plusieurs explications :

- la crise économique (débute avant)

- la crise du mariage (les naissances ont aussi lieu hors mariage)

- la contraception (elle ne fait qu’accompagner le phénomène selon Michel-Louis Levy)

Le modèle de la famille à deux enfants se diffuse, cela s’explique par des raisons d’éducation ou de transmission de patrimoine.

Pour Leibenstein (1957) dans une famille au niveau de vie élevé, la charge économique d’un enfant augmente et réciproquement.

Pour Becker (1981) le choix du nombre d’enfant et du mariage résulte d’un calcul économique (coûts/avantages) en fonction de l’utilité accordée (ex : un enfant est un bien de luxe)

 

•        Les populations aujourd’hui

On constate deux grands phénomènes dans les pays industriels :

- le ralentissement démographique : le seuil de non renouvellement des générations est atteint en Europe (Allemagne, Italie)

- le vieillissement de la population : (Gérard-François Dumont) phénomène qui s’accélère car la fécondité baisse et l’espérance de vie augmente

Cette situation pose de nouveaux problèmes :

- financement des retraites

- dépenses de santé

- dépendance

 

Conclusion : la professionnalisation croissante des femmes

Le nombre d’actifs féminins s’accroît et la fécondité baisse. On voit apparaître une relation inverse entre taux d’activité féminine et nombre moyen d’enfants en France ; mais pas en Italie ou en Allemagne.

 

Références :

BECKER, Gary : A treatise on the family, Harvard University Press, 1981

BODIN, Jean : Les six livres de la République, Librairie Générale Française, 1576

BOSERUP, Ester : Evolution agraire et pression démographique, Flammarion, 1965

DUMONT, Gérard-François dir. : La France ridée, Hachette, 1979

DUMONT, Gérard-François : Démographie, Dunod, 1992

GOUBERT, Pierre : Louis XIV et vingt millions de Français, Fayard, 1966

KUZNETS, Simon : Croissance et structures économiques, Calmann Levy, 1965

LEIBENSTEIN, Harvey : Economic backwardness and economic growth, Wiley, 1957

LEVY, Michel-Louis : Déchiffrer la démographie, Syros, 1998

MALTHUS, Thomas Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MARX, Karl : Grundrisse: Foundations of the critique of political economy, Penguin, 1858

QUESNAY, François : Physiocratie, Flammarion, 1991

SAUVY, Alfred : Les charges économiques et les avantages de la croissance de la population, Population, 1972

SAUVY, Alfred : De Paul Reynaud à Charles de Gaulle, Casterman, 1972

VAUBAN, Sébastien : La dîme royale, Imprimerie Nationale, 1706

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La famille

  • Penser la famille comme un économiste

La famille est une question classique en économie politique : Mill (1848) défend la liberté de travail des femmes. Suivant une logique libérale, il considère que c’est une solution économique efficace car créatrice de richesse.

Malthus considère la famille sous l’angle de la démographie et analyse de manière pessimiste le phénomène de sur-population.

L’application du raisonnement coûts / bénéfices à la famille : on considère que ce sont des décisions économiques, elles mettent en jeu la rationalité, l’utilité ou l’altruisme … dans un perspective de choix (donc avec coût d’opportunité). Ex : donner une valeur à un enfant

Cela découle de la logique de l’impérialisme économique (ex : Becker) qui généralise le raisonnement économique à toutes les décisions sociales en défendant le bon fonctionnement du marché. Pourtant si l’approche économique est utile, elle n’explique pas tout.

Ex : la comptabilité nationale préfère la notion de « ménage ».

 

  • Penser la famille comme un sociologue

La famille est une « institution » : elle est fondée sur la loi, la tradition ou la religion. C’est également un « compagnonnage » : elle repose sur l’affection et l’épanouissement de la personnalité. Burgess (1973).

On constate une diversité des formes familiales autour d’une définition commune : ensemble formé par le père, la mère et les enfants.

On oppose polygamie et monogamie : union d’un ou plusieurs conjoints. La polygynie est plus courante que la polyandrie. On distingue la monogamie de fait et celle de droit.

On oppose la famille étendue et la famille restreinte (ou conjugale) : une ou plusieurs générations dans le même foyer. Pour Parsons, la famille nucléaire est plus adaptée à la société industrielle moderne : rupture des liens entre enfants mariés et parents. Pourtant, les contacts ne sont pas interrompus. Ex : aide financière, garde.

Question longtemps abordée par les ethnologues : étude des systèmes de filiation ou des lignages dans les sociétés traditionnelles.

Levi-Strauss (1949) met ainsi en valeur les règles structurant la parenté : l’exogamie (le conjoint appartient à un autre groupe social) et la prohibition de l’inceste. Cette explication culturelle entraîne deux logiques d’ « échange des femmes » : échange réciproque (entre deux familles) ou échange généralisé (entre plusieurs groupes sociaux).

L’interdiction de l’inceste est essentielle pour Levi-Strauss, car elle pousse les groupes sociaux à échanger et évite les conflits.

  

I] Economie de la famille

•        La fécondité

On raisonne en termes de demande d’enfants, on considère que ce sont des biens économiques. Dès lors, la demande dépend de leur coût, de leur prix ou du revenu.

Becker montre que la demande d’enfants dépend à la fois de la quantité et de la qualité :

- quand le revenu augmente on veut moins d’enfants

- on veut des enfants dont on va s’occuper plus (ex : éducation, soin)

Dans cette optique, les enfants sont des « biens de luxe ».

 

•        Le mariage

On applique le mécanisme de marché : il y a une offre et une demande de mariage.

Becker montre l’intérêt économique du mariage :

- il permet la division du travail. Ex : économies d’échelle, avantages comparatifs …

- il permet de partager les risques. Ex : chômage, maladie …

- il permet de produire. Ex : la production domestique

Il y a équilibre sur le marché si chaque partie a un gain à l’échange : plus le marché est concurrentiel, plus le gain peut être élevé.

Il faut donc tenir compte des goûts et des besoins dans les fonctions d’utilité des agents :

- l’homogamie = on recherche quelqu’un qui a les mêmes caractéristiques que soi

- l’endogamie = on recherche des caractéristiques complémentaires

 

•        Les décisions familiales

Samuelson (1956) montre qu’on peut considérer que la famille est un individu ayant une fonction d’utilité de bien être social : càd qui tient compte de l’ensemble de ses membres.

Ainsi, Hirshleifer (1977) a développé le modèle du bienfaiteur : le chef de famille se comporte comme un dictateur en termes de répartition des revenus sans tenir compte des capacités contributives des membres de la famille. Dans ce modèle aucun membre ne souhaite que le revenu du bienfaiteur diminue : cela peut déboucher sur le théorème de l’enfant gâté.

Dès lors, dans cette logique, il existe une fonction d’utilité unique pour l’ensemble de la famille, cela peut rendre inefficace les politiques publiques :

- pour Barro (1974) la dette publique ne sert à rien car des agents altruistes ne voudront pas que leurs enfants paient des impôts pour la rembourser

- pour Buchanan (1975) les aides de l’Etat peuvent modifier les comportements des enfants : s’ils savent qu’ils les recevront ils vont tout consommer tout de suite ; s’ils ne savent pas qu’ils les recevront ils risquent de ne pas coopérer avec les parents. C’est le dilemme du samaritain.

 

II] Sociologie de la famille

•        Le rôle des familles et les politiques familiales

La famille exerce traditionnellement trois fonctions économiques :

- Patrimoine : transmission de richesses (mais diminue car la durée de vie augmente).

- Production : unité de base (mais diminue avec le développement des entreprises et du salariat). Reste lieu de production domestique.

- Consommation : acquisition de biens et de services.

La famille joue également un rôle social :

- socialisation : appropriation des normes sociales (partagé avec l’école).

- solidarité : prise en charge des parents âgés (mais diminue avec l’Etat social).

- affectivité : union d’amour (fonction déterminante aujourd’hui).

La famille est une institution qui a subi de profonds changements : augmentation du nombre de divorces, fluctuations de la fécondité, féminisation de l’emploi, libéralisation des mœurs …

Burgess considère que c’est la famille « contrat » qui prédomine : elle crée des règles qu’elle peut modifier ; par opposition à la famille « institution » stable et hiérarchisée.

Les politiques publiques ont beaucoup influencé les conceptions de la famille.

Avec la modernité, l’Etat cherche à instaurer une police des familles : contrôle de l’éducation, de l’hygiène ou du crime. Donzelot (1977).

Lenoir (2003) montre ainsi que la famille est aussi une construction étatique qui mêle morale et expertise. Ex : la démographie ou les politiques natalistes.

 

•        Les signes d’indépendance

La famille prend aujourd’hui son autonomie par rapport à la parenté :

Les générations cherchent à se démarquer. Ex : les prénoms des enfants sont choisis, ils ne découlent plus de ceux des parrains et marraines. Pour Besnard & Desplanques (1986), le choix du prénom est limité, il découle d’une lutte symbolique entre groupes sociaux. C’est un facteur de distinction : il apparaît dans les classes supérieures avant de se diffuser.

A partir de cet ouvrage, étude de la cote des prénoms et des effets de mode.

Par ailleurs, la famille se replie sur la vie conjugale. La croissance des trente glorieuses avec l’aménagement urbain (banlieues, qualité du logement …) et les nouvelles pratiques culturelles (télévision) ont favorisé un repli sur le foyer. Young & Willmott (1957).

De plus, ce repli s’accompagne d’une compétition sociale sur la maison ou le jardin.

 

•        Les nouveaux liens de parenté

Malgré le constat de Parsons sur l’isolement de la famille conjugale, certains services sont maintenus à une condition : leur compatibilité avec l’affection et l’indépendance.

Ainsi, Roussel & Bourguignon (1976) remarquent que les 2/3 des enfants mariés interrogés habitent à moins de 20 km de leurs parents. Condition d’indépendance tout en permettant les contacts.

Par ailleurs, les relations familiales peuvent se centrer sur les choses. Ex : l’héritage. Comme il n’est plus une condition patrimoniale, il devient un élément affectif.

Déchaux (1994) montre que le contexte économique (salariat et retraites) permet de mettre en œuvre ces nouveaux liens : les parents peuvent fournir une aide financière pour montrer leur affection et pour donner des moyens à leurs enfants.

Dès lors, la famille devient un lieu de fourniture de services : pour Pitrou (1977) il faut distinguer l’aide de subsistance (maintien du statut social) et l’aide de promotion (amélioration du statut social).

On peut aussi considérer, comme Bourdieu que la famille permet de transmettre le capital social (réseaux).

 

Références :

BARRO, Robert : La dette de l’Etat est-elle une richesse nette ?, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1974

BECKER, Gary : A treatise on the family, Harvard University Press, 1981

BESNARD, Philippe & DESPLANQUES, Guy : Un prénom pour toujours, Balland, 1986

BOURDIEU, Pierre : Le bal des célibataires, Seuil, 2002

BUCHANAN, James : The samaritan’s dilemma, in PHELPS, Edmund dir., Altruism, morality and economic theory, Russel Sage, 1975

BURGESS, Ernest : Ernest W. Burgess on Community, Family, and Delinquency, University of Chicago Press, 1973

DECHAUX, Jean-Hugues : Les trois composantes de l'économie cachée de la parenté, Recherches Sociologiques, 1994

DONZELOT, Jacques : La police des familles, Minuit, 1977

HIRSHLEIFER, Jack : Shakespare vs. Becker on altruism: The importance of having the last word, Journal of Economic Literature, 1977

LENOIR, Rémi : Généalogie de la morale familiale, Seuil, 2003

LEVI-STRAUSS, Claude : Les structures élémentaires de la parenté, Editions de l’EHESS, 1949

MALTHUS, Thomas-Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1848

PARSONS, Talcott : The structure of social action, Free Press, 1937

PITROU, Agnès : Le soutien familial dans la société urbaine, Revue française de sociologie, 1977

PITROU, Agnès : Les politiques familiales Approches sociologiques, Syros, 1994

ROUSSEL, Louis & BOURGUIGNON, Odile : La famille après le mariage des enfants, Puf-Ined, 1976

SAMUELSON, Paul : Social indifference curves, Quarterly Journal of Economics, 1956

YOUNG, Michael & WILLMOTT, Peter : Le village dans la ville, Puf, 1957

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Le travail

•        Une approche originale

Parallélisme sociologie des organisations / sociologie du travail : terrain d’étude identique, beaucoup de références communes, origine partagée (sociologie industrielle aux USA).

Mais apparaît comme une spécificité française faisant suite aux critiques de l’organisation du travail taylorienne.

L’auteur fondateur du courant est Georges Friedmann, philosophe de formation. Il s’appuie sur les recherches de l’école des relations humaines qu’il prolonge en montrant les limites du progrès et de la technique. Ce sont des sources de déshumanisation, de déqualification et d’aliénation.

Ouvrage de synthèse de cette approche : le Traité de sociologie du travail dirigé par Friedmann et Naville (1962). S’appuie sur quatre idées :

- le travail n’est pas une question comme les autres : lien fort avec la modernité

- le rôle primordial de la rationalisation du travail et ses effets sur la qualification

- la capacité des acteurs sociaux à transformer cette rationalisation

- la priorité aux recherches empiriques

C’est dans ce cadre que Touraine mènera ses premières recherches. C’est également dans cette optique qu’est créée la revue Sociologie du travail (1959).

 

•        Une question classique

De plus, la sociologie du travail a été étudiée par des grands classiques.

Marx en fait le centre du processus de transformation du capitalisme. Critique de la division du travail : fonction d’aliénation. Analyse réactualisée par Gorz (1973).

Durkheim considère que le travail joue un rôle essentiel dans le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique.

Mais ce domaine semble avoir été débordé aujourd’hui par l’économie (l’économie du travail est un des secteurs les plus dynamiques de recherche), par la psychologie ou la sociologie des organisations (dont le but est d’étudier la manière dont s’effectue le travail).

Q : a quoi sert le travail ?

 

I] L’intégration

Le travail remplit un rôle social essentiel : il donne un statut aux individus.

 

•        Travail et lien social

Méda (1995) montre la construction historique de la notion de travail. Aujourd’hui centrale dans le champ politique. Ex : augmenter la quantité de travail.

Le travail n’était absolument pas une nécessité dans la monde antique notamment. Ce n’est qu’avec la modernité que le travail est inventé (XVIIIe). Il est alors devenu un élément essentiel des rapports sociaux : il faut pourtant dépasser cette vision (notamment économique). Dès lors, le travail n’est plus la valeur primordiale. Il faut plutôt envisager un nouveau rapport au temps.

Lallement (2007) dans un contexte de crise du travail, il faut constater qu’il reste à la fois le moteur et le révélateur du changement social.

Le travail est une institution ayant quatre composantes :

- les di-visions : la manière de découper le monde social a une influence sur la manière de hiérarchiser le travail. Ex : efficacité de la division du travail puis source de déqualification

- l’individuation : tension permanente entre émancipation et socialisation. Ex : organisation du travail toyotiste

- l’intégration : le travail continue de générer du lien social. Même si le retrait de l’Etat social et l’individuation ont pu favoriser des processus de désaffiliation.

- la régulation : l’ensemble des règles organisant le travail. Les relations entre syndicats, patrons et Etat sont marqués par une forte conflictualité en France. D’où l’idée qu’il est rationnel de modifier les règles de la négociation. Ex : grève froide Morel (1981)

 

•        Le travail repensé ?

Sennett (1998) met en valeur les nouvelles caractéristiques du monde du travail : risque, flexibilité, travail en réseau ou précarité. Ces changements modifient le statut du travailleur : il devient difficile de mener un projet de vie active. L’employé perd son ancrage et son identité. La notion de « carrière » est dépassée. Pour Sennett, la précarité s’est généralisée.

Baudelot & Gollac (2003) montrent pourtant que le travail reste une condition primordiale de l’existence pour ceux qui en sont dépourvus. Plus les conditions de travail sont mauvaises ou précaires, plus les individus font du travail une des conditions essentielles du bonheur.

 

II] Les professions

Approche classique de la sociologie du travail : étudier les travailleurs et leurs métiers.

 

•        Travail et gestion

Veltz (2000) montre que les nouvelles organisations du travail, caractérisées par une rupture avec le modèle taylorien, entraînent une nouvelle approche de l’efficacité qui modifie la vision du travail.

Le travail devient une problématique de gestion : la coordination du travail se retrouve dans la gestion de la qualité, des compétences ou dans la culture d’entreprise. Courpasson (2000) montre que ce sont de nouvelles formes de contrainte.

 

•        Les interactions au travail

Hughes (1971) étudie principalement les relations de services, mise en contact d’un professionnel et d’un client : il montre l’importance des routines. Celles ci découlent d’un apprentissage et ont pour but de séparer le professionnel du client.

Une profession remplit donc deux fonctions :

- c’est une licence individuelle : elle incite à poursuivre une activité

- c’est un mandat : elle veut dire à la société ce qui est bon

Strauss (1963) étudie la profession médicale et considère que l’organisation d’un hôpital est un ordre négocié entre plusieurs professions. C’est une approche interactionniste.

Les règles de fonctionnement de l’hôpital font l’objet de tractations permanentes entre médecins, infirmières et aide-soignantes, ainsi qu’avec les malades. Malgré l’existence de statuts, les négociations sont permanentes.

 

•        Les catégories professionnelles

Boltanski (1982) analyse la formation de la catégorie des « cadres ». Il montre la diversité de la notion et le fait qu’on ne peut la considérer comme homogène. Les diplômes, les revenus, les origines sociales ou les opinions politiques sont extrêmement variés.

C’est donc en analysant l’histoire de l’émergence des cadres que Boltanski en fait apparaître les traits essentiels : la reconversion de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie ainsi que la reconnaissance collective de leur spécificité comme une évidence.

Beaud & Pialoux (1999) constatent que la modernisation des entreprises industrielles tend à rendre obsolètes la qualification des ouvriers.

De ce fait, les ouvriers ne sont plus une « unité » solidaire. Ils sont d’ailleurs méprisés par leurs enfants. Pourtant, ils restent porteurs d’identités et de traditions malgré la dynamique qui voit leur profession se réduire.

 

III] L’emploi

Question fondamentale dans un contexte de passage du plein emploi à la crise économique.

 

•        Aspects historiques

Castel (1995) analyse l’histoire du salariat. Il distingue deux étapes :

- « de la tutelle au contrat » on assiste à un développement du salariat avec plusieurs caractéristiques : situation difficile (sacrifices, souffrances) et contrainte mais qui voit se développer progressivement des protections.

- « du contrat au statut » au moment où le salariat devient hégémonique et que l’Etat social est consolidé, il est remis en cause : les protections sont réduites et les statuts deviennent vulnérables.

Lallement (1996) montre que le rapport salarial s’est constitué historiquement autour de trois pôles : le patronat, les syndicats et l’Etat.

 

•        Le travail et la crise

Lazarsfeld, Jahoda & Zeisel (1933) étudient les effets du chômage sur une petite ville autrichienne. Etude empirique quantitative et qualitative.

La crise des années 30 ayant quasiment réduit à néant l’activité économique, le chômage y est massif. Les auteurs constatent que la situation a des effets variés sur les relations familiales : le chômage du père de famille détruit de nombreux foyers, mais il permet à d’autres de se rééquilibrer. La tendance générale reste une apathie et une résignation forte qui traduit l’importance du statut conféré au travail.

 

•        Le travail des femmes

Maruani (2000) met en valeur la spécificité de l’emploi féminin. Malgré l’augmentation de la participation féminine au marché du travail, l’emploi féminin est marqué par le temps partiel et le secteur tertiaire. De plus, la typologie des emplois reste très sexuée. Ex : postes d’exécution, malgré la réussite scolaire plus élevée.

Pour Maruani il existe deux formes de ségrégation :

- horizontale : l’emploi féminin est concentré dans certaines activités

- verticale : les postes hiérarchiquement élevés sont rarement féminins

 

•        La précarité

Paugam (2000) montre qu’on peut être salarié et précaire.

Cela découle de l’intégration professionnelle. Celle ci consiste à croiser deux facteurs : la satisfaction dans le travail et la stabilité de l’emploi. C’est l’idéal type du travailleur intégré. Trois déviations existent :

- intégration incertaine : satisfait mais instable

- intégration laborieuse : insatisfait mais stable

- intégration disqualifiante : insatisfait et instable

 

Conclusion :

Renouveau de la sociologie du travail, mais à la croisée de nouveaux thèmes : inégalités, discriminations

 

Références :

BAUDELOT, Christian & GOLLAC, Michel dir. : Travailler pour être heureux ?, Fayard, 2003

BEAUD, Stéphane & PIALOUX, Michel : Retour sur la condition ouvrière, Fayard, 1999

BOLTANSKI, Luc : Les cadres, Minuit, 1982

CASTEL, Robert : Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995

COURPASSON, David : L’action contrainte, Puf, 2000

FRIEDMANN, Georges & NAVILLE, Pierre : Traité de sociologie du travail, Armand Colin, 1962

GORZ, André : Critique de la division du travail, Seuil, 1973

HUGHES, Everett : Le regard sociologique, Editions de l’EHESS, 1971

LALLEMENT, Michel : Sociologie des relations professionnelles, La Découverte, 1996

LALLEMENT, Michel : Le travail, Gallimard, 2007

LAZARSFELD, Paul ; JAHODA, Marie & ZEISEL, Hans : Les chômeurs de Marienthal, Minuit, 1933

MEDA, Dominique : Le travail, une valeur en voie de disparition, Aubier, 1995

MARUANI, Margaret : Travail et emploi des femmes, La Découverte, 2000

MOREL, Christian : La grève froide Stratégies syndicales et pouvoir patronal, Octarès, 1981

PAUGAM, Serge : Le salarié de la précarité, Puf, 2000

SENNETT, Richard : Le travail sans qualités, Albin Michel, 1998

STRAUSS, Anselm : L’hôpital et son ordre négocié, in La trame de la négociation, L’Harmattan, 1963

VELTZ, Pierre : Le nouveau monde industriel, Gallimard, 2000

19:11 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |