24/03/2012

La population

L’étude des populations tant au niveau individuel, collectif, quantitatif et qualitatif relève de la démographie.

Source des données françaises : l’INSEE (recensement) et l’INED.

La personnalité incarnant la démographie française : Alfred Sauvy.

Domaine qui présente beaucoup d’intérêt pour les sciences sociales car a une composante historique, sociologique et économique.

Quelques indicateurs démographiques :

Taux de natalité = nombre de naissances dans l’année / pop totale moyenne de l’année

Taux de fécondité = nombre de naissances vivantes issues des femmes de 30 ans / nombre de femmes de 30 ans

Solde naturel = nombre de naissances – nombre de décès

Taux d’accroissement naturel = taux de natalité – taux de mortalité (…)

 

 I] La transition démographique

C’est un phénomène démographique socio-historique.

 

•        Le déroulement de la transition

La transition débute au XVIIIème et se compose de deux phases :

- accroissement de la population du fait du déclin de la mortalité

Cela s’explique par les progrès médicaux, l’amélioration des conditions sanitaires ou d’hygiène et (essentiellement) par les progrès agricoles.

Le phénomène n’est ni linéaire, ni causal. L’industrialisation induit notamment la concentration urbaine et des conditions de travail difficiles.

- baisse sensible des taux de natalité et de fécondité d’où une nouvelle diminution du taux de mortalité

La fécondité diminue chez les couches supérieures, comportement qui se diffuse chez les classes populaires.

La mortalité infantile et juvénile baisse.

Le travail des enfants diminue : leur charge pour la famille augmente.

Pour Malthus (1798) la population augmente plus vite que les moyens de subsistance. Les hommes doivent donc limiter la procréation (c’est le « malthusianisme ») sinon la mort ou les guerres sont inévitables.

Pour Marx (1858) la surpopulation est liée au capitalisme : cela permet aux bourgeois d’accroître la plus value et de maintenir les salaires bas (armée industrielle de réserve).

 

•        Un phénomène lié à la révolution industrielle

Le développement du capitalisme industriel se traduit sur le plan démographique par le dépassement des sociétés précapitalistes caractérisées par :

- faible accroissement naturel à long terme

- fortes fluctuations de la natalité et de la mortalité (ex : récoltes ou épidémies)

- forte mortalité

- forte natalité

On constate une corrélation historique entre croissance économique et croissance démographique (ex : Grande Bretagne, Allemagne ou USA) mais aussi des exceptions.

Pour Bodin (1576), mercantiliste : la population doit être nombreuse pour qu’une nation soit prospère.

Pour Vauban (1706) l’abondance n’est pas une condition suffisante ; il faut une bonne politique (ex : critique les impôts trop élevés et mal répartis).

Pour Quesnay, c’est l’augmentation de la richesse agricole qui favorisera l’augmentation de la population.

 

•        Spécificité française de la transition

La France est le pays le plus peuplé d’Europe au XVIIIe (comme le souligne l’historien Pierre Goubert) mais il est le premier à voir sa fécondité baisser.

Hypothèses :

- l’importance du secteur agricole / pour transmettre le patrimoine

- l’influence de l’esprit des lumières / droits de l’individu

D’où quatre grandes conséquences :

- la France est dépassée à partir du XIXe : Allemagne (1865), UK (1895), Italie (1930)

- le vieillissement de la population est plus prononcé

- la France ne participe pas aux grands flux migratoires (à l’exception de l’Algérie)

- l’immigration se développe : belge, italienne, polonaise et espagnole

 

II] Evolutions démographiques contemporaines

Analyses qui concernent les pays développés.

 

•        La remontée des taux de fécondité en Europe et aux USA à partir de 1940.

Phénomène qui tient à plusieurs éléments :

- le baby boom : concentration de naissances différées

- les politiques familiales natalistes (ex : allocations familiales en France)

- le climat économique et social positif

Kuznets (1965) et Sauvy (1972) invalident la théorie malthusienne : il n’y a pas de corrélation entre augmentation de la population et baisse du niveau de vie.

Pour Boserup (1965) c’est même au contraire la pression démographique qui accroît les ressources : il faut mieux exploiter les sols, il faut accroître la productivité …

 

•        Le renversement de tendance

Cette période prend fin au milieu des 60’s pour l’ensemble des pays développés : déclin des familles nombreuses (3 et plus) et recul du calendrier des naissances.

On peut écarter plusieurs explications :

- la crise économique (débute avant)

- la crise du mariage (les naissances ont aussi lieu hors mariage)

- la contraception (elle ne fait qu’accompagner le phénomène selon Michel-Louis Levy)

Le modèle de la famille à deux enfants se diffuse, cela s’explique par des raisons d’éducation ou de transmission de patrimoine.

Pour Leibenstein (1957) dans une famille au niveau de vie élevé, la charge économique d’un enfant augmente et réciproquement.

Pour Becker (1981) le choix du nombre d’enfant et du mariage résulte d’un calcul économique (coûts/avantages) en fonction de l’utilité accordée (ex : un enfant est un bien de luxe)

 

•        Les populations aujourd’hui

On constate deux grands phénomènes dans les pays industriels :

- le ralentissement démographique : le seuil de non renouvellement des générations est atteint en Europe (Allemagne, Italie)

- le vieillissement de la population : (Gérard-François Dumont) phénomène qui s’accélère car la fécondité baisse et l’espérance de vie augmente

Cette situation pose de nouveaux problèmes :

- financement des retraites

- dépenses de santé

- dépendance

 

Conclusion : la professionnalisation croissante des femmes

Le nombre d’actifs féminins s’accroît et la fécondité baisse. On voit apparaître une relation inverse entre taux d’activité féminine et nombre moyen d’enfants en France ; mais pas en Italie ou en Allemagne.

 

Références :

BECKER, Gary : A treatise on the family, Harvard University Press, 1981

BODIN, Jean : Les six livres de la République, Librairie Générale Française, 1576

BOSERUP, Ester : Evolution agraire et pression démographique, Flammarion, 1965

DUMONT, Gérard-François dir. : La France ridée, Hachette, 1979

DUMONT, Gérard-François : Démographie, Dunod, 1992

GOUBERT, Pierre : Louis XIV et vingt millions de Français, Fayard, 1966

KUZNETS, Simon : Croissance et structures économiques, Calmann Levy, 1965

LEIBENSTEIN, Harvey : Economic backwardness and economic growth, Wiley, 1957

LEVY, Michel-Louis : Déchiffrer la démographie, Syros, 1998

MALTHUS, Thomas Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MARX, Karl : Grundrisse: Foundations of the critique of political economy, Penguin, 1858

QUESNAY, François : Physiocratie, Flammarion, 1991

SAUVY, Alfred : Les charges économiques et les avantages de la croissance de la population, Population, 1972

SAUVY, Alfred : De Paul Reynaud à Charles de Gaulle, Casterman, 1972

VAUBAN, Sébastien : La dîme royale, Imprimerie Nationale, 1706

19:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Géopolitique, Sociologie |  Facebook | | |

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