10/03/2012

Economie publique

L’intervention de l’Etat dans l’économie se justifie dans deux grands cas de figure :

I] Les externalités

          Définition

Ce sont des biens qui n’ont pas de prix de marché.

Les externalités proviennent de l’interdépendance des choix économiques des agents. Ce sont des situations où la consommation ou la production d’un bien par un agent modifie la satisfaction ou le profit d’un ou plusieurs agents sans que le marché évalue cette interaction.

Les externalités peuvent être négatives ou positives.

L’exemple type d’externalité négative c’est la pollution : l’entreprise qui pollue fixe son prix à son coût marginal privé et ne prend pas en compte le coût imposé aux autres agents. Ainsi l’entreprise va produire plus que ce qui est socialement optimal.

 

          Les solutions

Les taxes à la Pigou :

Pigou (1920) estime que comme les entreprises fixent leur prix au regard de leur coût marginal privé, il faut ajouter une taxe pour atteindre le coût marginal social. La taxe va couvrir le coût marginal de la pollution.

Mais les autorités fiscales doivent connaître parfaitement ce coût pour fixer le bon montant de taxe, sinon cela va affecter le comportement du consommateur (incidence fiscale).

Par ailleurs, le gouvernement peut instaurer un système de quotas, en fixant la quantité correspondant au coût marginal social.

 

Les marchés manquants et les droits de propriété :

Coase (1960) considère que s’il existe des biens sans prix, c’est qu’il n’y a pas de droits de propriété définis sur ces biens. Les externalités proviennent d’une structure incomplète des droits de propriété : ils ne sont pas exclusifs et transférables, il y a donc inefficacité.

Il faut créer un marché des droits de propriété sur les externalités. Il existe deux méthodes :

- les pollués ont un droit de propriété sur leur pollution et le vendent aux entreprises à un prix positif

- les entreprises ont ce droit de propriété et le vendent aux pollués à un prix négatif

Ainsi, le pollueur prend en compte dans son calcul le fait qu’il doit acheter ou vendre de la pollution : il fixe donc la valeur optimale.

 

L’internalisation par fusion :

S’il existe des externalités positives entre deux entreprises et que l’une rachète l’autre, la firme unique qui demeurera possédera la valeur de marché des deux entreprises plus la valeur de l’externalité positive.

Selon Arrow (1968) les limites d’une organisation sont atteintes quand toutes les externalités de production ont été internalisées. Cela explique la taille des entreprises.

 

La tragédie des communs :

Concernant la propriété commune des ressources, les externalités viennent du fait que tout le monde peut utiliser gratuitement ces ressources, Hardin (1968).

Par exemple dans les zones de pêche, on ne prend en compte que le coût privé, celui de la pêche du poisson proprement dite. Or le coût social comporte également les effets induits sur les quantités disponibles pour les autres pêcheurs. Dans ce cas les agents vont pêcher de trop grandes quantités car il n’y a pas de propriété privée sur les zones de pêche.

La seule solution est d’attribuer des droits de propriété à un petit nombre de pêcheurs : ainsi ils vont internaliser les externalités entre eux. Seulement cela peut déboucher sur une situation de rente car la concurrence est limitée.

 

II] Les biens publics

          Définition

Ce sont des biens qui ont un caractère fondamentalement public.

Les biens privés ont deux caractéristiques que les biens collectifs ou publics n’ont pas :

- Ce sont des biens rivaux : deux personnes ne peuvent utiliser simultanément un même bien. La consommation par une personne réduit la quantité disponible pour les autres.

- Ce sont des biens exclusifs : on dispose du bien en payant. Les autres sont exclus de sa consommation.

On distingue :

- les biens publics purs, qui doivent respecter trois conditions : l’impossibilité d’exclusion (Ex : l’éclairage public) ; l’obligation d’usage : la décision de consommation ne vient pas des agents eux même (Ex : la défense nationale ou les démarches administratives) ; l’absence d’effets d’encombrement : la satisfaction des consommateurs de biens publics ne dépend pas du nombre d’usagers.

- les biens publics mixtes, qui ne satisfont qu’une partie de ces caractéristiques.

Le marché n’est pas un système d’allocation efficace pour les biens publics mais il est difficile de déterminer le niveau optimal de bien public.

 

          Les solutions

Le vote :

Le vote est cependant soumis au paradoxe de Condorcet. Il y a non-transitivité des choix collectifs. Il existe toujours une majorité (ou inversement une minorité de blocage) pour n’importe quel choix.

Le théorème d’impossibilité d’Arrow (1961) généralise le paradoxe de Condorcet : on ne peut établir un choix démocratique sur des préférences collectives par un vote.

Un électeur va pouvoir faire la différence en choisissant son camp : c’est l’électeur médian. Le bien public ne va pas être fourni sur la base des préférences collectives mais sur celle des préférences de l’électeur médian

 

Les problèmes d’information :

Ce sont des mécanismes de révélation des préférences. Pour trouver le prix de réserve des biens publics on mobilise plusieurs pratiques : les enchères, les concessions de monopole naturel, les droits à polluer, les titres de dette publique …

Ex : les enchères sont un mécanisme d’allocation dans lequel un agent en monopole met en concurrence plusieurs demandeurs sur la base d’une règle pré-annoncée d’allocation et de paiement.

Les enchères permettent de déplacer l’asymétrie d’information pour qu’elle ne soit plus entre l’offreur et les consommateurs mais entre ces consommateurs.

 

Références :

ARROW, Kenneth : Les limites de l’organisation, Puf, 1968

ARROW, Kenneth : Choix collectifs et préférences individuelles, Calmann Levy, 1961

COASE, Ronald : Le problème du coût social, Revue Française d’Economie, 1960

HARDIN, Garrett : The tragedy of the commons, Science,1968

PIGOU, Arthur Cecil : Wealth and welfare, Macmillan 1920

00:11 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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