16/02/2012

Economie de l'information

La théorie des contrats résume les contraintes en termes d’information :

- contrats implicites : le respect du contrat repose sur des normes de comportement

- contrats explicites : ils sont personnalisés et garantis par l’existence d’un tiers.

C’est une remise en cause de la théorie de l’équilibre général.

La théorie des contrats se situe dans le paradigme principal / agent, qui est un cadre restrictif.

On retrouve deux acteurs : le principal et l’agent. L’agent détient une information pertinente pour le bien être. Le principal ne dispose pas, lui, d’information.

Pour traiter ces problèmes de négociation avec information asymétrique, on donne le pouvoir de négociation à l’une des parties. On considère que le principal détient tout le pouvoir.

Celui-ci propose un contrat à l’agent qui est à prendre ou à laisser. L’agent accepte ou non le contrat.

 

I] L’aléa moral

C’est la théorie de l’agence au sens strict, décrite par Stephen Ross[1]

  • Cadre théorique

Dans une transaction, une des parties (l’agent) peut entreprendre des actions que l’autre partie (le principal) ne peut ni contrôler, ni imposer parfaitement.

Ces actions vont affecter la valeur de la transaction. Le principal ne va observer qu’un signal imparfait : le résultat de l’action.

  • Principales applications

Les relations salariales :

On observe que pour que l’agent agisse dans le sens de la simplicité, sa rémunération doit dépendre du résultat quantitatif (comme la rémunération à la pièce par exemple).

De cette observation découlent plusieurs résultats :

Ex : l’évaluation individuelle ou l’évaluation collective

Ex : l’évaluation de la performance relative : « tournois » entre salariés

Ex : le renvoi

Les impôts :

Les agents vont avoir tendance à modifier leurs comportements réels ou déclarés.

Il existe un contrat entre l’Etat et les citoyens ; en vertu duquel les citoyens participent au financement de la protection sociale, mais des agents vont changer leur comportement à niveau de protection donné et vont chercher un niveau de redistribution minimal.

Il faut déterminer la somme que les contribuables sont disposés à payer pour éviter le phénomène de passager clandestin.

La théorie de la firme :

Elle exprime la relation d’agence entre actionnaires et dirigeants.

Les actionnaires sont les principaux qui engagent des dirigeants pour mettre en œuvre la stratégie de l’entreprise. Il faut les inciter à prendre des actions souhaitables pour les actionnaires : c’est à dire à maximiser la richesse, la valeur de l’entreprise.

La théorie des contrats va permettre de mettre en place des incitations internes à l’entreprise.

Ex : payer les dirigeants en actions

Ex : indexer les salaires sur les profits de l’entreprise

Ex : distribuer des stocks options, qui les incitent à faire augmenter la valeur de l’action

L’incitation externe étant la prise de contrôle de l’entreprise.

 

II] L’antisélection

On parle aussi d’autosélection ou de « sélection adverse » quand un individu dispose d’une information privée.

  • Cadre théorique

Dans une transaction, une des parties détient des informations que l’autre partie gagnerait à connaître. L’antisélection est utilisée dans les modèles de signalement.

Georges Akerlof s’intéresse au marché des voitures d’occasion[2] sur lequel sont vendues de bonnes et de mauvaises voitures. Il constate que certaines configurations font que des mauvaises voitures chassent les bonnes. Dans ce cas, le prix n’est plus le signal parfait de la valeur.

Le résultat de l’antisélection c’est la diminution de la quantité échangée (seules les mauvaises restent sur le marché) et la baisse de la qualité échangée.

Les vendeurs de bonnes voitures doivent donc se signaler aux acheteurs.

- la réputation

- payer un expert

- l’intervention de l’Etat

- l’éviction du marché

 

  • Principales applications :

Le marché du travail :

Michael Spence[3] propose un modèle d’émission de signal : « market signalling ».

Le point de départ, c’est le marché du travail sur lequel coexistent deux types de qualités :

- des agents compétents, habiles à la productivité élevée

- des agents malhabiles à faible productivité

Si la firme ne peut pas observer cette habilité, elle va offrir un salaire moyen : calculé selon la moyenne des productivités marginales des travailleurs.

Les travailleurs habiles vont chercher à acquérir un signal pour montrer leur habilité, comme l’éducation par exemple. Cela coûte moins cher au travailleur habile de supporter le coût du diplôme que de se faire embaucher au salaire moyen. On obtient un équilibre où tous les travailleurs habiles choisissent leur éducation par rapport aux malhabiles. En effet, pour ces derniers cela coûte trop cher car ils ne sont pas prédisposés à faire des études.

L’assurance :

Une compagnie d’assurance ne connaît pas le niveau de risque des individus. Or, dans une population il y a des hauts risques et des bas risques. Si le tarif est basé sur la moyenne des agents, les hauts risques sont attirés mais les bas risques trouvent le tarif trop élevé.

Les bas risques ne souscriront pas le contrat d’assurance et seront évincés du marché.

Michael Rothschild & Joseph Stiglitz[4] montrent que pour remédier au problème, les sociétés vont chercher à inciter les agents à divulguer leur information en leur proposant des menus de contrats.

Ex : pour attirer les hauts risques on offre une prime plus élevée, cela permet de supprimer la franchise. Pour les bas risques on conserve la franchise mais le montant de la prime diminue.

La franchise est donc le coût de l’asymétrie d’information.

Ex : au lieu de vendre au même prix, les entreprises vont chercher la valeur de la demande pour chaque consommateur. Elles pratiquent des tarifs différenciés pour connaître le type de chaque consommateur : il y a discrimination par les prix.

La différenciation :

Les entreprises ne connaissent pas la demande de leurs clients et ceux-ci accordent différentes valeurs aux produits offerts.

Dès lors un producteur doit chercher la valeur de la demande de chaque consommateur (ou groupe de consommateur) en leur proposant des tarifs différenciés. Chaque demandeur se signale par la discrimination par les prix.

Ex : tarification dans les transports



[1] ROSS, Stephen : The Economic Theory of Agency: The Principal's Problem, Journal of Political Economy, 1973

[2] AKERLOF, George : Le marché des « lemons » : l'incertitude sur la qualité et le mécanisme du marché, Idées, 1970

[3] SPENCE, Michael : Job Market Signaling, Quarterly Journal of Economics, 1973

[4] ROTHSCHILD, Michael & STIGLITZ, Joseph : Equilibrium in Competitive Insurance Markets: An Essay on the Economics of Imperfect, Quarterly Journal of Economics, 1976

 

18:31 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.