16/02/2012

Economie de l'entreprise

L’économie de l’entreprise permet de dépasser la vision simpliste de la théorie du producteur : une entreprise est plus qu’une fonction de production qui transforme des inputs en outputs dans le but de maximiser son profit. L’entreprise se confond avec l’entrepreneur.

Comme l’entreprise réunit des moyens humains, matériels et financiers dans le but de produire pour vendre ; elle suppose donc de choisir. L’économie de l’entreprise souhaite expliquer ces choix sans recourir à la gestion ou à la théorie des organisations.

Ronald Coase[1] va poser la question de la nature de la firme et montrer que le marché et l’entreprise sont deux manières alternatives d’allouer des ressources. Chacune ayant des coûts de transaction différents cela permet de développer une approche contractualiste de l’entreprise.

 

I] La taille de l’entreprise

On s’intéresse aux frontières de l’entreprise.

  • La prise en compte des coûts

La minimisation des coûts : plus une entreprise est grande, plus elle réduit ses coûts unitaires,  c’est le principe des économies d’échelle. Dès lors, une entreprise va chercher à accroître sa production pour réduire ses coûts fixes d’administration.

La prise en compte des coûts de transaction : la définition des coûts de transaction est formulée par l’économiste institutionnaliste Commons[2] pour qui les transactions sont à la base des relations économiques. Pour s’assurer qu’elles soient efficaces on cherche la meilleure organisation possible (ce qui a un coût).

Oliver Williamson[3] généralise cette approche et celle de Coase pour expliquer les institutions : on peut réaliser des transactions par les marchés ou par les entreprises, on choisit entre l’une et l’autre en fonction des coûts de transaction. On compare « faire » et « faire faire ».

=> Le marché fournit des incitations grâce aux prix. Ex : économies d’échelle …

=> Les entreprises ont un avantage en termes de coordination. Ex : centralisation de l’information, fonctionnement hiérarchique …

Williamson considère qu’il faut tenir compte de plusieurs aspects :

- la fréquence des transactions

- l’incertitude entourant les transactions

- la spécificité des actifs nécessaires à la transaction

- la rationalité limitée des agents

- l’opportunisme des agents

- les contrats incomplets (ne peuvent tout prévoir)

 

  • Les contrats incomplets

Si on ne peut prévoir tout ce qui peut se passer ou si certaines situations sont invérifiables, la création d’une entreprise permet de régler les relations entre deux agents.

Ex : le problème du hold-up dans une relation contractuelle suppose qu’une des deux parties possède un actif spécifique dont elle peut vouloir profiter exclusivement. Il existe un risque de sous-investissement.

Sanford Grossman & Oliver Hart[4] considèrent que le pouvoir de décision doit appartenir à celui qui a investi. Le droit de propriété dans l’entreprise appartient au créancier résiduel (actionnaire).

 

II] Le comportement de l’entreprise

Adolf Berle & Gardiner Means[5] montrent que le modèle de la firme néo-classique ne correspond pas à la réalité des grandes entreprises : le contrôle et la propriété de l’entreprise sont séparés. Cela découle de la révolution managériale au cours du XXe siècle.

  • L’organisation de l’entreprise

D’après la théorie de l’agence les actionnaires et les dirigeants sont dans une situation d’asymétrie d’information : il faut donc inciter les dirigeants à se comporter dans le sens souhaité par les actionnaires, la maximisation du profit d’après Michael  Jensen & William Meckling[6].

Jensen & Meckling étudient le marché des capitaux ou les décisions des dirigeants pour illustrer leur théorie : ceux qui prêtent de l’argent ou ceux qui apportent des capitaux sont des principaux qui chargent des agents de gérer des organisations. Ils vont donc établir des contrats qui doivent favoriser le comportement souhaité : le taux d’endettement ou la rémunération des dirigeants s’expliquent par des relations d’agence.

La théorie de l’agence permet de sélectionner la meilleure organisation possible : il faut parfois séparer la propriété de l’entreprise de sa direction, il faut fixer des indicateurs de performance, il faut déterminer qui supportera les pertes résiduelles.

L’entreprise cherche tout simplement à assurer la meilleure coordination possible. Williamson montre qu’en utilisant les prix de transferts (transactions fictives entre unités de l’entreprise) une entreprise peut simuler le marché à l’intérieur de sa structure.

 

  • La structure financière

Dans une économie où les marchés financiers sont efficients, Franco Modigliani & Merton Miller[7][8] montrent que la manière dont une entreprise se finance n’a pas d’influence sur sa valeur.

Les marchés parfaits supposent la concurrence pure et parfaite, le prix correspond à la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs, absence de fiscalité, absence de coûts de transaction.

Dans ce cadre, Modigliani & Miller formulent deux propositions :

- la structure financière est neutre

C’est une application de la loi de conservation de la valeur. Comme la valeur d’une entreprise découle des flux de trésorerie qu’elle va générer, peu importent les modalités de financement.

Les choix de financement n’influencent pas la valeur de l’entreprise : ils découlent d’une simple logique d’arbitrage (entre créanciers et actionnaires).

- le risque des actionnaires augmente avec l’endettement

Tant que l’emprunt est sans risque, la rentabilité attendue des capitaux propres augmente. Quand la dette devient risquée, les créanciers exigent une rentabilité plus élevée : la croissance de la rentabilité des capitaux propres diminue. (On peut tenir le même raisonnement avec les coûts).

Pourtant, Stephen Ross considère que le choix de financement d’une entreprise (arbitrage entre capitaux propres et dettes) remplit une fonction de signal[9]. Une entreprise qui s’endette va devoir payer régulièrement des intérêts : elle ne le fait que si elle est certaine de pouvoir rembourser. Au contraire, une augmentation de capital est un signal négatif : si les actionnaires en place sont prêts à partager les revenus futurs avec d’autres personnes, cela signifie que l’entreprise n’a pas de perspectives positives.



[1] COASE, Ronald : La nature de la firme, in L’entreprise le marché et le droit, Editions d’organisation, 1937

[2]COMMONS, John : Institutional Economics: Its Place in Political Economy, Transaction Publishers, 1934

[3]WILLIAMSON, Oliver : Market and hierarchies: Analysis and antitrust implications, Free Press,1975

[4]GROSSMAN, Sanford & HART, Oliver : The Costs and Benefits of Ownership: A Theory of Vertical and Lateral Integration, Journal of Political Economy, 1986

[5]BERLE, Adolph & MEANS, Gardiner : The modern corporation and private property, Transactions Publishers, 1932

[6]JENSEN, Michael & MECKLING, William : Theory of the Firm: Managerial Behavior, Agency Costs, and Ownership Structure, Journal of Financial Economics, 1976

[7]MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : The cost of capital, corporation finance, and the theory of investment, American Economic Review, 1958

[8]MODIGLIANI, Franco & MILLER, Merton : Corporate income taxes and the cost of capital: a correction, American Economic Review, 1963

[9]ROSS, Stephen : The Determination of Financial Structure: The Incentive - Signalling Approach, Bell Journal of Economics, 1977

 

18:44 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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